Examen de la démarche philosophique préconnisée par Spinoza pour connaître le vrai.
Commençons par quelques textes tirés du Traité de la réforme et de l'entendement dans l'édition
GF Flammarion:
§ 26 […] De même l'entendement, avec sa puissance native (1), se façonne des
instruments intellectuels par lesquels il accroît ses forces pour
accomplir d'autres œuvres (2) intellectuelles ; de ces derniers, il
tire d'autres instruments, c'est-à-dire le pouvoir de pousser plus loin
sa recherche, et il continue ainsi à progresser jusqu'à ce qu'il soit
parvenu au faîte de la sagesse.[…]
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(1) Par puissance native, j'entends ce qui n'est pas* causé en nous par
des causes extérieures ; cela sera expliqué plus tard dans ma
Philosophie.
(2) Il est fait ici simple mention de ces œuvres ; dans ma Philosophie
j'expliquerai en quoi elles consistent.
§27 L'idée (3) vraie car nous avons une idée vraie) est quelque chose
de distinct de ce dont elle est l'idée : autre est le cercle, autre
l'idée du cercle. L'idée du cercle n'est pas un objet ayant un centre
et une périphérie comme le cercle, pareillement l'idée d'un corps n'est
pas ce corps même.[…]
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(3). Observons que nous n'avons pas seulement à tâche en cet endroit de
montrer ce que je viens de dire, mais encore de faire voir que nous
avons suivi la voie droite jusqu'ici et en même temps beaucoup d'autres
choses très nécessaires à savoir.
Spinoza aborde le rapport qui peut s'établir entre la méthode et l'idée
vraie. D'où, cette interrogation : comment procéder pour que la
réflexivité de l'idée vraie ne puisse avoir pour origine que la cause
interne de l'idée ?
Sachant que l'idée ne peut pas être la pensée intuitive d'une cause
extérieure mais bien celle d'une réflexivité interne du rapport avec
l'idée vraie.
Donc du rapport de l'idée à son origine, même si celle-ci a pour
origine une idée tout en restant encore une idée. Ce qui fait que
l'idée vraie émanera toujours d'une pensée duelle, d'un rapport entre
deux termes ; le fondement même de la pensée intrinsèque et absolument
pas extrinsèque. D'où l'intérêt de prendre conscience qu'une idée
fausse n'est pas extérieure à notre propre possibilité de penser.
Ainsi, ni une idée vraie tout comme une idée fausse n'est pensée
autrement qu'à l'intérieur de nous-même.
Ce qui, en une formule propre
à notre contemporanéité, nous rend responsables de nos actes. L'homme
pense et agit librement. Il est susceptible de penser vrai ou faux.
Spinoza procède systématiquement dans cette voie pour tout. En cela la
pensée est enveloppante. Elle nous conduit, étape par étape, à la
pensée la plus pure, la plus libérée, celle qui a un rapport avec Dieu.
Ce Dieu qui ne peut être qu'une idée, dont nous sommes son idée et
elle-même ne peut être qu'une idée.
Si la méthode est bien au
rendez-vous de notre entendement, elle engendre sûrement une
provocation pour toute construction mentale qui se réclame de Dieu. Celui-ci
étant, lui-même, hors de tout ce qui nous entoure et qui nous a créé.
Chez Spinoza, nous sommes pensés par Dieu comme nous nous pensons de
Dieu. Si nous sommes, par Dieu pensant, parce que nous sommes, c'est
que Dieu qui est en nous nous pense comme nous en lui. Tout est
immanent à nous-même comme tout est immanent à Dieu, mais comme Dieu
est en nous il est aussi immanent à nous, lui, qui est son propre
infini. Ainsi, nous sommes infini en Dieu et Dieu est infini en nous
comme fini en nous-même mais infini en nous, c'est-à-dire : Dieu de
nous comme nous de Dieu. Cependant, nous sommes en mesure d'altérer
cette voie.
Spinoza : " […]Il est certain qu'une pensée vraie ne se
distingue pas seulement d'une fausse par un caractère extrinsèque, mais
principalement par un caractère intrinsèque. […]" (TRE § 41)
Deleuze : "Il
faut donc conclure que la méthode générale de Spinoza n'assigne pas à
la démarche géométrique une valeur seulement propédeutique mais, à
l'issue de son mouvement, et par son interprétation formelle et
matérielle originale, communique à la méthode géométrique la force de
dépasser ses limites ordinaires, parce qu'elle l'affranchit des
fictions et même des généralités qui lui sont liées dans son usage
restreint (Lettre LXXXIII, Tschirnhaus)." (Spinoza, Editions de Minuit,
P.118)
Philart vous remercie.