Spinoza et Nous - Philosophie de l'affirmation Documents


La connaissance et la Raison

Auteur : Henrique

1 La valeur de l'expérience

La connaissance et la Raison




La valeur de l'expérience



Si l'expérience vague suffit à la conduite ordinaire de la vie, elle ne peut suffire dans le cadre d'une recherche rigoureuse de la vérité en raison de son caractère incertain et provisoire. A noter cependant que l'expérience ne se réduit pas à l'expérience vague, il existe aussi une expérience "déterminée par l'entendement".


Il y a une perception acquise par expérience vague, c'est-à-dire par une expérience qui n'est pas déterminée par l'entendement; (...) Je sais par expérience vague que je mourrai ; si je l'affirme, en effet, c'est que j'ai vu d'autres êtres semblables à moi rencontrer la mort, bien que tous n'aient pas vécu le même espace de temps que moi et ne soient pas morts de la même maladie. (...) Et ainsi ai-je appris tout ce qui ou presque se fait pour l'usage de la vie. (...)

Soient donnés trois nombres, on en cherche un quatrième qui soit au troisième comme le second est au premier. Des marchands diront ici maintes fois qu'ils savent ce qu'il faut faire pour trouver ce quatrième nombre parce qu'ils n'ont pas encore oublié le procédé que sans démonstration ils ont appris de leurs maîtres. D'autres de l'expérience des cas simples tirent un principe universel : il arrive que le quatrième nombre soit connu comme dans la proportion 2,4,3,6 et l'expérience montre qu'en divisant par le premier le produit du second et du troisième, on a comme quotient le nombre 6 ; en obtenant par cette opération le même nombre qu'ils savaient déjà être le quatrième proportionnel demandé, ils en concluent que cette opération permet toujours de trouver un quatrième proportionnel (...) Outre que cette connaissance est fort incertaine, et n'est jamais définitive, on ne percevra jamais par expérience vague autre chose que des accidents dans les choses de la nature, et de ces derniers nous n'avons d'idée claire que si les essences nous sont d'abord connues. Il faut donc (...) rejeter l'expérience vague.


Spinoza, Traité de la réforme de l'entendement (1661), §12,15,16, 23

Concepts clés : expérience, raison, intuition, entendement, certitude.





2 Nécessité et contingence

Le nécessaire et le contingent

L'idée de contingence comme caractéristique de ce qui pourrait ne pas exister ou aurait pu ne pas exister ne résulte que de notre ignorance des causes de l'existence d'un être donné. Il n'y a donc en réalité que de la nécessité : rien de ce qui existe aurait pu ne pas exister. Dans la partie IV, déf. III et IV de l'Éthique, Spinoza établira cependant une distinction entre le possible (les choses dont nous ignorons les causes) et le contingent (les choses dont l'essence ne suffit à poser l'existence).


On dit qu'une chose est nécessaire, en la considérant soit du point de vue de son essence, soit du point de vue de sa cause. Car l'existence d'une chose suit nécessairement ou bien de son essence et de sa définition, ou bien d'une cause efficiente donnée. C'est dans le même sens aussi qu'une chose est dite impossible : c'est en effet ou bien parce que son essence ou définition enveloppe une contradiction, ou bien parce qu'il n'existe pas de cause externe déterminée à produire une telle chose. Mais une chose n'est dite contingente qu'en raison, exclusivement, du défaut de notre connaissance. Une chose dont nous ignorons en effet que l'essence enveloppe une contradiction, ou bien dont nous savons à l'évidence que l'essence n'enveloppe aucune contradiction sans que nous puissions cependant rien affirmer de certain quant à son existence puisque l'ordre des causes nous échappe, une telle chose ne peut jamais nous apparaître ni comme nécessaire, ni comme impossible, et c'est pourquoi nous l'appelons ou contingente ou impossible.

Spinoza, Éthique, I, Prop. 33, scolie 1. (Trad. Misrahi)

Concepts clés : connaissance, ignorance, causalité, certitude, contradiction.




3 La méthode


La méthode comme outil à dégrossir les idées déjà vraies



Dans ce texte, Spinoza répond à l'argument sceptique de la régression à l'infini qui veut que rien ne soit fondé en vérité puisque tout argument doit s'appuyer sur un autre argument qui lui-même doit s'appuyer sur un autre argument et ainsi de suite. C'est en même temps une critique de la conception cartésienne de la méthode à laquelle s'applique la réfutation sceptique. La véritable méthode sera non pas constitutive de la vérité (elle ne la fabrique pas) mais réflexive.

Sachant maintenant quel est le [mode de], connaissance qui nous est nécessaire, il nous faut traiter de la voie et de la méthode au moyen de laquelle nous arriverons à connaître d'une telle connaissance les choses qu'il nous faut connaître. Pour cela il faut remarquer tout d'abord qu'il ne s'agira pas ici d'une recherche allant à l'infini, c'est-à-dire que, pour trouver la meilleure méthode de recherche de la vérité, on n'aura pas besoin d'une autre méthode pour rechercher cette méthode de recherche de la vérité ; et pour rechercher cette seconde méthode, on n'aura pas besoin d'une troisième, et ainsi à l'infini ; en effet, de cette façon on n'arriverait jamais à une connaissance de la vérité et même à une connaissance quelconque.
Il en est ici comme lorsqu'il s'agit d'instruments matériels, à propos desquels on pourrait argumenter de la même manière. Car pour forger le fer on a besoin d'un marteau, et pour avoir un marteau, il est nécessaire de le faire. Pour cela on a besoin d'un autre marteau et d'autres instruments ; et pour avoir ceux-ci on a besoin de nouveaux instruments, et ainsi à l'infini. Or c'est bien en vain qu'on s'efforcerait de prouver de cette façon que les hommes n'ont aucun pouvoir de forger le fer. "


SPINOZA, Traité de la réforme de l'entendement, § 30.

Concepts clés : méthode, connaissance, raison, vérité, scepticisme.