perfection et réalité

Questions et débats touchant à la conception spinozienne des premiers principes de l'existence. De l'être en tant qu'être à la philosophie de la nature.
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dheronde
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perfection et réalité

Messagepar dheronde » 16 juil. 2005, 23:43

J'arrive sur le forum, bonjour à tous. L'un d'entre-vous pourrait-il m'expliquer pourquoi la perfection est la réalité chez Spinoza ? Est-ce dans le sens où l'être dit parfait selon les modèles des hommes n'enveloppe aucune négation par rapport au genre, c'est-à-dire par rapport aux proprietés générales des êtres ? Pourquoi la perfection conçue comme une "manière depenser" relative peut-elle être en fait une réalité ? Cette question correspond à une incompréhension de la seconde moitié de la préface de la Servitude humaine, l'Ethique (IV). Merci par avance de votre aide.

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Faun
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Messagepar Faun » 17 juil. 2005, 13:25

Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris la question, aussi je vous renvoie directement à la définition 6 de la partie 2 de l'Ethique : "par perfection et réalité, j'entend la même chose". C'est à dire que c'est la réalité qui est parfaite, il me semble que cela se comprend mieux dans ce sens là que dans l'autre (la perfection est la réalité, cela marche aussi, mais c'est moins évident de prime abord). Pourquoi Spinoza pose-t-il cela comme une définition, sans la moindre démonstration ? Tout simplement parce que, selon toute la partie 1 de l'Ethique, la réalité, le réel, est Dieu, c'est à dire l'infinie puissance, et par conséquent aussi l'absolue perfection.

Et en effet, selon la préface de la partie 4 à laquelle vous faites référence : "perfection et imperfection ne sont donc, en vérité, que des manières de penser, à savoir des notions que nous forgeons habituellement de ce que nous comparons entre eux des individus de même genre ou de même espèce : et c'est pour cette raison que j'ai dit plus haut (def. 6 partie 2) que j'entend, moi, par réalité et perfection, la même chose." Les mots "forger", "manière de penser", renvoient au premier genre de connaissance, autrement dit l'imagination, car ce n'est qu'en tant que nous imaginons les choses sans les comprendre vraiment que nous pensons que certaines sont parfaites et d'autres imparfaites. Mais comme toutes les choses sont en Dieu (par la prop 15 partie 1), et sont des parties ou modifications de la substance divine (par la déf 5 partie 1) elles sont toutes, en tant que nous comprenons cela clairement, c'est à dire non par le moyen de l'imagination mais par les démonstrations de la raison ou intellect, parfaites.

On peut d'ailleurs faire la même remarque au sujet des mots "genre" et "espèce", qui ne sont pour Spinoza que des "étants d'imagination" et non des "étants réels", c'est-à-dire qu'il n'y a ni genre ni espèce réellement dans la Nature, mais seulement des individus, tous différents et uniques.

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Messagepar dheronde » 17 juil. 2005, 15:01

Merci pour votre réponse, Faun,
C'est en effet plus comprehensible de dire que la réalité est parfaite puisque le réel, c'est Dieu. Mes idées sont plus claires. Il y a juste une phrase qui me pose encore difficulté. J'ai bien compris que la notion "d'étant" résulte de notre imagination et nous fait à tort comparer les individus entre eux et les considérer comme parfaits ou imparfaits. Mais que faut-il comprendre de ce passage : "En tant donc que nous rapportons les individus de la Nature à ce genre, et les comparons entre eux, et trouvons que les uns ont plus d'étantité ou réalité que d'autres, en cela nous disons que les uns sont plus parfaits que d'autres; et, en tant que nous leur attribuons quelque chose qui enveloppe négation, comme une limite, une fin, une impuissance." C'est la connaissance du troisième genre qui nous permet de dire que dans la Nature l'imperfection n'existe pas puisque toutes les choses singulières sont parfaites, étant donné qu'elles suivent de la nécessité de Dieu et persévérent dans leur être. La réalité n'est dons pas parfaite pour ceux qui jugent d'après les images des choses, pourtant selon ce passage ces hommes attribuent une réalité, une "étantité" aux choses dites parfaites, certes pour eux toutes les choses réelles ne sont pas parfaites mais réalité et perfection sont liées. Dès lors, la négation qu'enveloppe les êtres imparfaits est-elle considérée à partir de la réalité la plus généralement reconnue ou observée? Autrement dit, ces hommes considéraient la chose parfaite comme la plus réelle car plus représentative de la norme générale ? Les choses peuvent se comprendre sans doute de façon plus simple mais je m'interroge juste sur la façon d'interpréter ce passage. Encore merci.

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Messagepar Faun » 17 juil. 2005, 23:44

A vrai dire la connaissance du second genre suffit pour comprendre cela, puisque c'est grâce aux démonstrations de l'intellect, ou raison humaine, que nous le savons.
Dans la préface de la 4eme partie Spinoza explique qu'il conserve les mots de perfection et d'imperfection, de même que les mots de bien et de mal, afin de former une idée de l'homme parfait, ou bon, qu'il nous donne comme modèle. Et donc ce n'est que par rapport à ce modèle imaginaire (un homme qui n'a ni haine, ni colère, ni envie, qui n'est ni moqueur, ni cruel, ni ambitieux, ni gourmand, ni avare, etc. etc.) que les hommes peuvent être comparés entre eux et dits plus ou moins parfaits selon qu'ils se rapprochent plus ou moins de ce modèle. Mais en tant qu'ils sont considérés en Dieu et non les uns par rapport aux autres, ils sont tous, évidemment, aussi parfaits qu'ils peuvent l'être. Bien sûr l'idéal de l'homme selon Spinoza n'existe pas dans la Nature, mais cela ne veut pas dire que la Nature est imparfaite.

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Messagepar dheronde » 17 juil. 2005, 23:57

Merci pour toutes ces précisions, cette aide m'est très utile. A bientôt.

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perfection et realité

Messagepar 8 » 05 sept. 2007, 17:32

J'ai mis tres longtemps a comprendre cette idee que la realite est perfection et je m'en suis sorti comme cela:que peut-on ajouter ou retrancher de la realité ?rien ,puisque le reel est ,tout simplement.
En revanche dire que la perfection est realité semble un postulat apriori
d'une philosophie pratique telle que Spinoza nous la propose(je devrai dire nous la démontre)


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