Existence de Dieu

Questions et débats touchant à la conception spinozienne des premiers principes de l'existence. De l'être en tant qu'être à la philosophie de la nature.
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Cette partie du forum traite d''ontologie c'est-à-dire des questions fondamentales sur la nature de l'être ou tout ce qui existe. Si votre question ou remarque porte sur un autre sujet merci de poster dans le bon forum. Merci aussi de traiter une question à la fois et d'éviter les digressions.

Spinoza a-t-il prouvé valablement l'existence de Dieu ?

Oui, ses arguments sont parfaitement valides
14
58%
Non, ses arguments ne sont pas vraiment convaincants
6
25%
Non, ses arguments ne sont pas valides
4
17%
 
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zerioughfe
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Messagepar zerioughfe » 29 avr. 2004, 15:01

Bonjour Yves,

Pour être franc, je dois dire que j'ignore si j'aurai le temps et le courage de participer à un grand débat sur la preuve cosmologique, mais c'est avec plaisir que je lirai tes réflexions à ce sujet. En attendant, je réponds rapidement à ton message :

YvesMichaud a écrit :La définition de nécessaire est fixée: «ce qui ne peut pas ne pas être».

Oui, ça je m'en doute un peu... mais ça se complique épouvantablement aussitôt qu'on demande ce qui rend la nécessité nécessaire (définition, etc.).

Il signifie donc, en conséquence, une absence de cause extérieure.

Là d'accord, c'est plus clair.

Donc, le grand défi de la preuve cosmologique est de prouver cette proposition:

Si un nécessaire existe, il est parfait (un parfait existe)

...ce que tu ne fais nulle part...

Mais perso, j'ai une autre approche, que je juge plus rigoureuse. La voici.

Le Monde est soit contingent, soit nécessaire
Or, le monde n'est pas nécessaire
Donc, le monde est contingent


Je prouve la mineure:

Tout nécessaire est parfait*
Or, le Monde n'est pas parfait
Donc, le Monde n'est pas nécessaire

Pour limiter l'étendue de mes critiques, je te rappelle simplement que la majeure n'est toujours pas prouvée, et que tu vas avoir quelque difficulté à le faire sans t'inspirer de la preuve ontologique !

Ce qui est contingent a une existence qui ne lui est pas essentielle, donc cette existence ne s'explique pas par ce qu'est l'être contingent. Donc, suivant l'axiome: ce qui ne s'explique pas par soi, s'explique par autrui, je peux dire que l'existence du contingent s'explique par autrui, que nous appellerons cause. Bref, le contingent est causé. Mais on ne peut remonter infiniment dans une série de causes. Il faut donc s'arrêter à un être non contingent (=nécessaire).

Non seulement cela ne prouve pas que cet être nécessaire soit Dieu (et encore moins qu'il soit le Dieu des chrétiens !), mais personnellement je conteste même la phrase écrite en rouge, car je n'en perçois aucunement la nécessité. Je n'ai aucun mal à concevoir que l'Univers (le Tout, la substance) existe depuis toujours, et, subséquemment, que les chaînes de causalité soient infinies. En revanche, la raison d'être de la substance elle-même ne peut évidemment pas faire partie d'une telle chaîne. C'est en quoi elle est nécessaire. Quant à prouver sa perfection, c'est là l'objectif des preuves de Bardamu -- exercice d'une grande subtilité mais, selon moi, fondé sur de la glaise...

Zerioughfe

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YvesMichaud
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Messagepar YvesMichaud » 30 avr. 2004, 02:36

Salut,

zerioughfe a écrit :Pour être franc, je dois dire que j'ignore si j'aurai le temps et le courage de participer à un grand débat sur la preuve cosmologique


De toute façon, le débat n'avancera pas vite: la clé de la preuve (prouver que le nécessaire est parfait), je ne suis pas en mesure de l'apporter en ce moment. Je sais que certains thomistes s'y sont essayés, mais je suis juste trop... paresseux pour fouiller dans mon paquet de notes...

Je pense à trois textes en particulier... C'est à voir. Mais deux d'entre eux m'avaient paru incomplets, malheureusement. Le troisième était plus long, mais je ne me souviens plus trop s'il en valait la peine. En tout cas, pour le moment. Quant à moi, j'entrevois confusément quelques éléments de la solution, mais je ne suis pas en mesure de clarifier mes idées.

Zerioughfe a écrit :ça se complique épouvantablement aussitôt qu'on demande ce qui rend la nécessité nécessaire (définition, etc.).


Ce qui rend «la nécessité nécessaire», et je parle seulement de notre point de vue, pas en soi (en somme: ce qui fait pour nous qu'un être nécessaire s'impose) ce n'est pas une définition, c'est l'existence du contingent, qui ne se suffit pas à lui-même, ainsi qu'une exigence d'intelligibilité (que rejette la philosophie de l'absurde). Je me dis que ce qui sépare l'ontologie athée et l'ontologie théiste, c'est que la première dit (arbitrairement) que c'est le Monde qui est l'être nécessaire (ce que rien du tout ne suggère), tandis que la seconde dit que c'est un être transcendant le monde et infini qui est nécessaire.

Il signifie donc, en conséquence, une absence de cause extérieure.


J'ajoute à ce que je dis: pas de «cause intérieure non plus». L'expression n'a pas de sens. S. Thomas rejette la possibilité d'un être «causa sui». Il dit que ce n'est pas possibile, parce qu'une cause est naturellement antérieure à son effet, et donc, que si un être était cause de soi, il serait antérieur à lui-même...

Donc, le grand défi de la preuve cosmologique est de prouver cette proposition:

Si un nécessaire existe, il est parfait (un parfait existe)
...ce que tu ne fais nulle part...


Patience

Mais perso, j'ai une autre approche, que je juge plus rigoureuse. La voici.

Le Monde est soit contingent, soit nécessaire
Or, le monde n'est pas nécessaire
Donc, le monde est contingent


Je prouve la mineure:

Tout nécessaire est parfait*
Or, le Monde n'est pas parfait
Donc, le Monde n'est pas nécessaire

Pour limiter l'étendue de mes critiques, je te rappelle simplement que la majeure n'est toujours pas prouvée, et que tu vas avoir quelque difficulté à le faire sans t'inspirer de la preuve ontologique !


Tu as accepté les yeux fermés la critique de Kant. Kant soulève un problème réel, mais son idée (la preuve ontologique suppose la preuve ontologique) ne vaut rien. Je le prouve.

Kant raisonne ainsi:

Tout nécessaire est parfait (à prouver)

Alors Kant s'imagine avoir trouvé la seule voie pour prouver cette proposition.

Notre proposition se convertit par accident (on transpose les termes en changeant la quantité du sujet pour voir sous un nouveau jour la signification de la proposition)

Ce qui donne:

Quelque parfait est nécessaire

Mais Kant se permet de passer de «quelque parfait» à «tout parfait» (ou plus simplement: «le parfait») en faisait remarquer que plusieurs êtres parfaits ne se distingueraient en rien, ils s'identifieraient, ils ne feraient qu'un.

Il en arrive donc à:

Le parfait est nécessaire

Et il retrouve là le principe de la preuve ontologique, qu'il venait de disqualifier. C'est ce qui lui fait dire que la preuve cosmologique se réduit à la preuve ontologique.

Mais qu'est-ce qui dit à Kant que c'était là la seule voie pour prouver la proposition de départ? Et si ce n'était pas la seule voie? Alors il ne faudrait pas dire: «cette preuve est réfutée», mais: «cette preuve est incomplète».

Si le problème avait été posé ainsi dès l'origine, je présume qu'il aurait été déjà résolu.

Non seulement cela ne prouve pas que cet être nécessaire soit Dieu (et encore moins qu'il soit le Dieu des chrétiens !), mais personnellement je conteste même la phrase écrite en rouge, car je n'en perçois aucunement la nécessité. Je n'ai aucun mal à concevoir que l'Univers (le Tout, la substance) existe depuis toujours, et, subséquemment, que les chaînes de causalité soient infinies.


La régression à l'infini n'est pas temporelle... Si tu te figures le temps comme une ligne horizontale, je te dirai que la régression à l'infini, celle qui est contradictoire, n'est pas horizontale, elle est verticale. Le problème ce n'est pas: «qu'est-ce qui a donné naissance à cet être?». C'est: «qu'est-ce qui fait que cet être existe en ce moment?». Il n'existe pas par ses propres forces, puisqu'il est contingent. Compare cela à la lune si tu veux. La lune brille. Mais quand on se rend compte que la lune n'est pas incandescente, on sait que la lune ne brille pas «de soi». La lune brille «par autrui» (le soleil). Or, on voit que la lune a besoin EN CE MOMENT du soleil pour briller. Telle est la condition de l'être contingent, qui a besoin EN CE MOMENT d'autre chose pour exister.

Dis donc, le forum est assez moribond... Henrique nous a laissés.

J'ai une joke poche de mon cru sur la religion:

Le dimanche, tous les couverts vont à la messe, sauf un. Lequel?

La cuillère à thé.

:lol:



Yves M
[/b]
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Messagepar zerioughfe » 30 avr. 2004, 17:45

Salut,

YvesMichaud a écrit :Je me dis que ce qui sépare l'ontologie athée et l'ontologie théiste, c'est que la première dit (arbitrairement) que c'est le Monde qui est l'être nécessaire (ce que rien du tout ne suggère), tandis que la seconde dit que c'est un être transcendant le monde et infini qui est nécessaire.

La première position est beaucoup plus raisonnable selon moi : elle satisfait mieux au principe du rasoir d'Occam. Ensuite, je dois dire qu'un tel sujet (à savoir la nécessité de la substance) me dépasse infiniment. Je me contente de penser que l'existence de Dieu n'est qu'une hypothèse, et que cette hypothèse ne résout pas grand chose.

J'ajoute à ce que je dis: pas de «cause intérieure non plus». L'expression n'a pas de sens. S. Thomas rejette la possibilité d'un être «causa sui». Il dit que ce n'est pas possibile, parce qu'une cause est naturellement antérieure à son effet, et donc, que si un être était cause de soi, il serait antérieur à lui-même...

D'accord, donc tu as l'air vacciné contre l'argument ontologique. Tant mieux. :wink:

Pour limiter l'étendue de mes critiques, je te rappelle simplement que la majeure n'est toujours pas prouvée, et que tu vas avoir quelque difficulté à le faire sans t'inspirer de la preuve ontologique !


Tu as accepté les yeux fermés la critique de Kant.

Sans l'avoir lue ?

Kant soulève un problème réel, mais son idée (la preuve ontologique suppose la preuve ontologique) ne vaut rien. Je le prouve.

Je ne suis pas apte à discuter la pensée de Kant, mais je veux bien te dire la mienne :

La preuve cosmologique consiste habituellement à refuser la régression infinie des causes, et à en déduire l'existence d'un être qui serait "cause de soi", un être dont la cause serait contenue dans sa propre définition. On retrouve donc bien le principe de la preuve ontologique. Mais je consens bien volontiers que tu récuses cette démarche et que tu cherches une autre preuve.

Enfin, je n'ai aucune idée de ce que tu entends par "perfection". La perfection morale ? Chez un relativiste (universaliste) comme moi, un tel concept n'a rien d'absolu. La perfection de l'amour ? Qu'a-t-elle à voir là-dedans ? La réalité ? Voilà qui est plus intéressant : cet argument me fait parfois vaciller, sans me convaincre. C'est celui de Bardamu, et nous en avons abondamment discuté plus haut.

Dis donc, le forum est assez moribond... Henrique nous a laissés.

Ouaip. Bizarre bizarre...

J'ai une joke poche de mon cru sur la religion:

Le dimanche, tous les couverts vont à la messe, sauf un. Lequel?

La cuillère à thé.

:)

Au fait, tu savais que le mot "théisme", en plus de son sens habituel, désigne les symptômes dus aux abus de la consommation de thé ? :wink: J'ai lu ça dans le dico.

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Messagepar YvesMichaud » 30 avr. 2004, 22:16

Salut,

zerioughfe a écrit :La première position est beaucoup plus raisonnable selon moi : elle satisfait mieux au principe du rasoir d'Occam. Ensuite, je dois dire qu'un tel sujet (à savoir la nécessité de la substance) me dépasse infiniment. Je me contente de penser que l'existence de Dieu n'est qu'une hypothèse, et que cette hypothèse ne résout pas grand chose.


Le principe du rasoir d'Occam n'est pas un critère de vérité.

« L'hypothèse Dieu » résout des problèmes, elle en soulève d'autres (comme la stupide question: «qui a créé Dieu?»), mais il fallait s'y attendre eu égard à la nature de Dieu ... de toute façon ce n'est pas ainsi qu'on sait si cette hypothèse est vraie.


Tu as accepté les yeux fermés la critique de Kant.
Sans l'avoir lue ?


Oh, désolé... ton énoncé coïncidait avec celui de Kant, alors j'ai cru...

La preuve cosmologique consiste habituellement à refuser la régression infinie des causes, et à en déduire l'existence d'un être qui serait "cause de soi", un être dont la cause serait contenue dans sa propre définition. On retrouve donc bien le principe de la preuve ontologique.


Non. La preuve ontologique veut déduire l'existence d'un concept. Démarche qui serait valable - mais inutile - si ce concept était issu de la perception de Dieu.

La preuve cosmologique passe d'existants contingents donnés dans l'expérience à un existant nécessaire en vertu d'une exigence d'intelligibilité.

Que signifie cette exigence d'intelligibilité? Pour certains, le principe supposé par la preuve cosmologique serait «tout a une cause». C'est faux. Le principe est plutôt:

Tout être en tant que tel est intelligible

Avec pour corollaire:

Tout intelligible est intelligible par soi ou par autrui

Et:

Ce qui n'est pas intelligible par soi est intelligible par autrui

Dans le passé, au 17ème siècle par exemple, ces principes étaient implicitement connus et admis universellement, tellement que Descartes les a exclus de son doute méthodique.

Maintenant, la philosophie de l'absurde, cette forme contemporaine de scepticisme, rejette ce principe. Sauf qu'après avoir rejeté ce principe, il n'est plus possible de poursuivre les sciences ou la philosophie.

Oui, dans les deux preuves, il y a un être dont la définition enveloppe l'existence. Ce n'est pas parce que les deux preuves fonctionnent semblablement, c'est parce que les deux preuves parlent du même Dieu.

Mais si tu veux vraiment voir la différence, dans la preuve ontologique, la définition de Dieu sert de prémisse, dans la preuve cosmologique, la définition de Dieu est dans la conclusion.

Enfin, je n'ai aucune idée de ce que tu entends par "perfection".


Dur à dire... la réalité est un mot assez juste, mais je lui préfèrerais positivité ou bien valeur d'être. Assez abstrait comme idée...

Par exemple, je suis spontanément porté à croire (et je ne vois aucune bonne raison de m'en abstenir) qu'il y a plus de réalité, de positivité ou de valeur d'être chez un savant que chez un ignorant, chez un homme en santé que chez un malade, chez un être conscient que chez un être inconscient, dans un vivant que dans un cadavre, dans un être en acte que dans un être en puissance. C'est ainsi qu'en Science, il est question de niveaux d'organisation de plus en plus complexes, ce qui est peut-être sa manière de parler d'une hiérarchie de la réalité des êtres.

Les métaphysiciens espèrent prouver que toute la réalité, ou positivité, des êtres finis se retrouve en Dieu comme en sa source, sous un mode infiniment supérieur.

La perfection morale ? Chez un relativiste (universaliste) comme moi, un tel concept n'a rien d'absolu. La perfection de l'amour ? Qu'a-t-elle à voir là-dedans ?


C'est le genre de choses qui sont hors de portée d'une preuve métaphysique de Dieu... Excepté si on tire un argument des miracles ou des expériences mystiques.

D'ailleurs le fait des miracles (comme il s'en produit à Lourdes), c'est le meilleur indice d'une providence spéciale de Dieu. Mais il y en aura toujours pour dire que les miracles, inexplicables aujourd'hui, seront explicables demain... Ce ne seront plus que des «phénomènes naturels».

Mais je ne vois pas quelle loi, ou quelle force mystérieuse, aveugle et anonyme de la nature expliquerait la guérison instantanée d'une sclérose en plaques... Je ne vois pas non plus comment on expliquerait que la nature, habituellement indifférente au sort de l'homme, manifeste occasionnellement des forces qui concourent promptement et efficacement à la guérison de maladies sérieuses.

Cordialement
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Messagepar YvesMichaud » 02 mai 2004, 00:03

Tiens, pour faire avancer la discussion, je rapporte un échange que je viens d'avoir avec un thomiste:



ThE ReNeGaTe dit :

j'ai une question pour vous

Sébastien dit :

oui

ThE ReNeGaTe dit :

comment peut-on déduire qu'un être existant de par soi (a se) est acte pur, absolument parfait?

Sébastien dit :

parce que la puissance implique la limitation

Sébastien dit :

or si l'existence est reçue elle est limitée

Sébastien dit :

donc elle est reçue dans une puissance

Sébastien dit :

donc l'être qui la reçoit n'est pas l'acte pur

ThE ReNeGaTe dit :

oui, l'essence est à l'existence ce que la puissance est à l'acte

ThE ReNeGaTe dit :

comme dit Grenet, l'essence est un «limitateur d'être».
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Messagepar hokousai » 02 mai 2004, 19:03

cher Yves

sans vouloir intervenir dans ces savants débats , vous dîtes """prouver que le nécessaire est parfait,"""

jean Dubuffet disait

"""" Ceux à qui le monde n'apparaît pas à leur goût, je leur conseille de ne pas tâcher de changer le monde mais de changer leur goût.""""

est -ce que cela répond .?
Non cest un peu court ..
je sais bien ,pourquoi vouloir faire simple quand on peut faire compliqué .

amicalement
jl hokousai






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Messagepar YvesMichaud » 03 mai 2004, 21:28

Cher Paul Herr Jean-Luc,
Ce n'est pas avec une telle philosophie qu'on a fait - et qu'on fera - du progrès. On n'a pas à accepter les défauts de la nature. La maladie par exemple.
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Messagepar YvesMichaud » 03 mai 2004, 21:49

Aujourd'hui, alors que j'étais à la librairie de mon école, j'ai vu le livre «présentations de la philosophie» de Comte-Sponville. J'étais très curieux de son avis sur les preuves de l'existence de Dieu alors j'ai tout de suite acheté le livre.

J'ai découvert que ce qu'il reprochait à la preuve cosmologique semblait s'inspirer de la philosophie de l'absurde.

Comte-Sponville a écrit :La preuve cosmologique ne vaut pourtant que ce que vaut le principe de raison. Or comment un principe, dans ces domaines, pourrait-il prouver quoi que ce soit? (...) Pourquoi notre raison serait-elle la norme de l'être? Comment serions-nous absolument certains de sa valeur, de sa portée, de sa fiabilité? Seul un Dieu pourrait les garantir. C'est ce qui interdit de démontrer rationnellement qu'il existe: puisqu'il faudrait, pour garantir la vérité de nos raisonnements, présupposer l'existence de ce Dieu même, qu'il s'agit de démontrer.


En somme, nous, métaphysiciens, sommes confrontés au même problème que Descartes: la valeur ne nos principes n'est pas justifiée, à moins qu'elle soit garantie par la véracité de Dieu. Mais alors, feignant d'ignorer Dieu, nous ne pouvons pas nous servir de ses principes, aussi incertains que l'existence de Dieu, pour accéder à Dieu.

Je réponds que la croyance en l'intelligibilité de l'être (qui est le postulat du bon sens et du dogmatisme) n'implique pas actuellement l'existence de Dieu. La preuve en est que de nombreux philosophes et savants, qui ont cru que le cosmos était intelligibile, ont cru devoir l'expliquer autrement que par Dieu - mais devoir l'expliquer quand même.

La critique de Comte-Sponville a une si grande portée que c'est tout le dogmatisme qu'elle ébranle. Je comprends mieux le mot de Garrigou-Lagrange, théologien thomiste: «le vrai Dieu ou l'absurdité radicale». Comte-Sponville n'est pas prêt à exclure l'absurdité radicale...

La preuve de Dieu suppose donc une croyance en l'intelligibilité de l'être, en la valeur de notre intelligence - laquelle nous dit: «les choses sont à expliquer». Moi, intellectualiste, je suis prêt à parier sur l'intelligibilité de l'être, ce qui m'entraîne aux preuves de Dieu. Toute preuve de l'existence de Dieu est un système axiomatique dont le premier axiome est que l'être est intelligible.

Mais si je suis confronté à un sceptique, qui nie l'intelligibilité de l'être: aucun moyen de lui prouver Dieu. Mais je peux lui dire: autant il est vraisemblable que l'être soit intelligibile, autant il est vraisemblable que Dieu existe, et voici quelles en sont les raisons...

Ce qui est curieux, c'est que Comte-Sponville ne reprend pas cette critique contre la preuve téléologique et que, dans la chapitre suivant - sur l'athéisme - il dit que l'univers dans son ensemble est à expliquer. Je vois là un signe que le principe d'intelligibilité («tout être en tant que tel est intelligible») est si spontané et s'impose avec tant de force qu'on a du mal à s'en séparer dans nos pensées. Ce principe n'est pas une invention de quelques métaphysiciens soucieux de prouver à tout prix leurs croyances religieuses. Il est l'expression même de la vie intellectuelle.
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Messagepar bardamu » 09 mai 2004, 13:09

YvesMichaud a écrit :Cher Paul Herr Jean-Luc,
Ce n'est pas avec une telle philosophie qu'on a fait - et qu'on fera - du progrès. On n'a pas à accepter les défauts de la nature. La maladie par exemple.

Ou plutôt, il nous faut lutter contre les faiblesses de notre nature d'êtres maladifs. La Nature n'a pas de défaut si elle est par définition la Perfection.

Comte-Sponville a écrit :La preuve cosmologique ne vaut pourtant que ce que vaut le principe de raison. Or comment un principe, dans ces domaines, pourrait-il prouver quoi que ce soit? (...) Pourquoi notre raison serait-elle la norme de l'être? Comment serions-nous absolument certains de sa valeur, de sa portée, de sa fiabilité? Seul un Dieu pourrait les garantir. C'est ce qui interdit de démontrer rationnellement qu'il existe: puisqu'il faudrait, pour garantir la vérité de nos raisonnements, présupposer l'existence de ce Dieu même, qu'il s'agit de démontrer

Si je retrouve-là la problématique de Descartes, j'aurais quelques réserves par rapport à celle de Spinoza.
A la question : "Pourquoi notre raison serait-elle la norme de l'être ?" Spinoza répond "Il y a un Etre qui s'exprime en un Entendement, et notre entendement participe de cet Entendement". Ce n'est donc pas que notre raison soit la norme mais c'est qu'il y a une norme à laquelle notre raison participe.
Avant l'individu , il y a un champ de pensée impersonnel expression de l'être et duquel participe notre pensée.
Comment savons-nous que cet Entendement existe ?
Nous le savons parce que notre entendement existe et que nous ne sommes pas "un empire dans un empire", nous ne sommes pas source de toute chose et ce qui est en nous, est à une puissance infinie dans la Nature.
C'est là le profond renversement de perspective par rapport à Descartes, chez qui le Cogito peut jouer un rôle de démiurge dont l'adéquation au réel est garantie par Dieu. Chez Spinoza, il y a d'abord la Nature, cette Nature s'exprime notamment sous la forme Pensée, et notre pensée est une part de celle-ci.

Et il me semble que si, comme Zeriougfhe, on n'admet pas l'Infinité de la Nature, on ouvre la porte à la transcendance qui conduit au Dieu religieux ou à l'absurde. L'adéquation de la pensée au réel est alors soit garantie magiquement par ce Dieu dont nous sommes séparé, soit niée avec le placement hors du monde d'un vide, d'une mort absurde.
Si l'absurdité surgit chez Sartre, c'est peut-être qu'il ne réussit pas à sortir d'une pensée-phénomène, d'un subjectivisme expérimental proche du Cogito. Si le monde se résume au monde pensé par l'homme et qu'on refuse Dieu, hors de ma pensée il n'y a plus que vide et mort.
Spinoza est dans la plénitude, sans vide ni mort (mais peut-être avec du chaos) : hors de la pensée de l'homme, il y a la pensée de ce qui est hors de l'homme, tout est pensable, la Nature est Pensée.

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Messagepar YvesMichaud » 09 mai 2004, 23:03

bardamu a écrit :Ou plutôt, il nous faut lutter contre les faiblesses de notre nature d'êtres maladifs. La Nature n'a pas de défaut si elle est par définition la Perfection.


Si nous, qui faisons partie de la nature, avons des faiblesses, on peut dire avec vérité que la nature a des faiblesses. Donc elle n'est pas parfaite.

Bardamu a écrit :Avant l'individu , il y a un champ de pensée impersonnel expression de l'être et duquel participe notre pensée.


Pensée impersonnelle est une expression dépourvue de sens. C'est ce que Hamelin et à sa suite Jolivet (un thomiste) reprochent aux idéalistes allemands. Une pensée, cela est l'acte d'une conscience, et conscience, subjectivité et personnalité s'identifient.
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