un exercice philosophique

Questions et débats touchant à la conception spinozienne des premiers principes de l'existence. De l'être en tant qu'être à la philosophie de la nature.
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bardamu
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Messagepar bardamu » 21 juil. 2008, 16:47

Louisa a écrit :(...)
Or cela n'est pas le cas: Dieu a mon idée, inadéquate, qu'en tant qu'il s'explique aussi par l'idée adéquate du soleil, et non pas en tant qu'il s'explique par mon Esprit seul. (...)

Bonjour Louisa,
j'ai bien l'impression que le débat avec Durtal tient au simple fait que lorsqu'il dit "un esprit" en le séparant de Dieu, tu dis "Dieu en tant qu'il s'explique par mon Esprit seul" en ne le séparant pas de Dieu.
Si c'est bien le cas, je serais plutôt d'avis de suivre ton usage qui me semble plus proche du langage de Spinoza et permet de mieux suivre certaines conséquences, par exemple, la différence d'"extension" entre l'entendement avec ou sans idées inadéquates telle qu'elle apparaît dans E2p49 scolie (cf la discussion avec Joseph).
D'autre part, un intérêt de conserver la paraphrase "Dieu en tant qu'il s'explique par un esprit seul" est qu'il n'y a pas de position éminente de Dieu par rapport à n'importe quel esprit particulier ayant des idées adéquates. Les entendements finis constituent l'entendement infini pour la part de vérité-réalité qui leur revient.

Pour ma part, je schématiserais ainsi :
Soit A un esprit particulier, c'est-à-dire Dieu en tant qu'il s'explique par un esprit seul, constitué d'idées adéquates (claires et distinctes) :
A = {a, b, c}
Soit B, un esprit particulier avec des idées inadéquates et adéquates :
B = {ab, c}
ab est une idée confuse mélangeant a et b. Il manque la virgule de distinction entre a et b.
ab n'est pas négatif en soi puisque c'est une affirmation mais reste "faux" en cela qu'une distinction entre a et b est possible.
Et on comprendra mieux que l'entendement avec idées inadéquates semble plus étendu que l'entendement adéquat :
à partir d'une réalité "extérieure" A = {a, b, c}, on pourra par exemple avoir B = {a, b, c, ab, ac, bc, abc} qui se distribueront dans des esprits particuliers (étant eux-mêmes des e, f, g etc. pour la part de pensée qui leur revient).
A vrai dire, je ne suis pas très convaincu par une représentation "atomique" des choses mais bon, si ça aide à la compréhension...

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Messagepar Durtal » 21 juil. 2008, 16:55

Louisa.

Pas grand chose à ajouter à ce que t'as dit vie ordinaire.

Je pense également qu'il n'y a aucune justification à l'introduction des idées inadéquates dans la définition de E2. Pour moi c'est une postulation ad hoc.

Ensuite tu ne peux pas m'objecter que selon moi les idées inadéquates et les idées adéquates seraient les mêmes et donc que ce serait contradictoire, puisque je te répète que les idées inadéquates sont des dénominations extrinsèques et qu'on ne les dit telles que parce qu'il manque à l'esprit humain certaines idées. Absolument parlant n'existent que des idées adéquates et donc elle ne s'opposent pas aux idées adéquates puisqu'elles ne sont réellement "rien". Ou encore, autre formulation : elles s'opposent aux idées adéquates comme le non-être à l'être.

C'est toujours le même problème: tu ne m'objectes rien si tes objections sont des pétitions de principes. Tu as le droit de penser ce que tu veux, mais si tes réfutations n'en sont pas, je n'y peux rien.

Autrement dit une idée, une seule et même idée, est donnée dans l'esprit de Dieu, idée conçue adéquatement, qui, donnée dans l'esprit humain est conçue inadéquatement, c'est pourquoi ton problème de contradiction n'existe pas. C'est bien la même idée dans les deux cas. Et il n'y a guère plus de difficulté à comprendre ceci que le cas de deux individus voyant le même soleil mais dont l'un est un astronome et connaît sa distance ( donc a des idées supplémentaires) tandis que l'autre ne l'est pas ( et n'a pas certaines idées du premier) et se trompe dans l'estimation qu'il fait de la distance. Même imagination dans un cas et dans l'autre, et pourtant idée adéquate dans l'esprit de l'astronome, idée inadéquate dans l'esprit de l'autre homme.

Même histoire donc à propos de ce que tu m''objectes à propos de l'imagination. Une seule et même imagination donnée est une idée adéquate ou inadéquate selon qu'on la considère au point de vue de l'esprit de Dieu ou au point de vue d'un esprit humain. Donc "je n'oublie pas" que Spinoza explique que l'imagination considérée en soi n'enveloppe pas d'erreur. C'est toi à nouveau qui fait une postulation ad hoc, qui n'est pas le moins du monde nécessaire à comprendre la théorie de Spinoza sur ce point, en prétendant qu'il faut faire un sort "particulier" à l'expression "en soi". "En soi" ou "absolument parlant" ça veut dire chez Spinoza "en Dieu".

Enfin concernant la citation produite par Vieordinaire

"Spinoza a écrit:

"Les idées d'une âme quelconque sont, les unes adéquates, les autres mutilées et confuses (par le Schol. de la Propos. 40, partie 2). Or, les idées qui sont adéquates dans une certaine âme, sont adéquates en Dieu, en tant qu'il constitue l'essence de cette âme (par le Corollaire de la Propos. 11, partie 2) ; et quant à celles qui, dans l'âme, sont inadéquates, elles sont, comme les autres, adéquates en Dieu (par le même Corollaire), non pas, il est vrai, en tant seulement qu'il contient l'essence de cette âme, mais en tant qu'il contient aussi en même temps les autres âmes de l'univers." (3p1)"

De quoi Vie ordinaire concluait, et il est difficile de faire autrement,

"les memes idees sont a la fois adequate et inadequate."

Mais tu réponds:

"en effet, c'est ce qu'on déduirait facilement de ce passage. Mais je crois qu'il s'agit néanmoins d'une erreur. Car Spinoza ici ne fait que résumer ce qu'il a dit en l'Ethique 2p11, comme il le dit, et c'est sur cela que je me base (ensemble avec la définition de l'adéquation) pour réfuter cette idée."

Alors de deux choses l'une: ou ce "résumé" est correct ou il ne l'est pas, si ce résumé est correct alors il indique tout de même que ta lecture de 2p11 a manqué quelque chose, s'il ne l'est pas (correct) alors tu dois être douée d'une science supérieure à la nôtre, qui, modestement nous contentons de lire ce qu'écrit Spinoza et supposons qu'il sait ce qu'il écrit. Plus sérieusement tu pourrais aussi te fonder sur ce passage pour te demander si la lecture de 2p11 était bien la bonne non?

Tu m'expliques ta lecture en ces termes:

"Si Dieu a une idée adéquate de nos idées inadéquates, c'est parce que une idée inadéquate est chez lui l'objet d'une autre idée, qui comporte comme objet également l'idée de la nature du corps extérieur qui nous affecte. Ainsi aucune idée en lui n'est inadéquate ou partielle, parce qu'elle est toujours l'objet d'une autre idée, qui comporte nécessairement la partie manquante. L'idée qui enveloppe les deux natures est donc forcément adéquate en lui, parce qu'elle enveloppe les deux natures de façon claire et distincte, là où l'idée inadéquate les confond."

Je n'ai rien à y redire si ce n'est que dire "Dieu à une idée adéquate de nos idées inadéquates" revient strictement à dire que nos idées inadéquates sont adéquates en Dieu précisément parce qu'il a les idées des "parties manquantes" qui sont en relation avec celles-là (pour reprendre ta façon de t'exprimer). Car entre "l'idée" et "l'idée de l'idée" il n'y a qu'une distinction de raison et donc "l'idée adéquate de l'idée inadéquate" n'est rien d'autre que l'idée elle même, inadéquate dans l'esprit de l'homme, adéquate dans l'esprit de Dieu.

L'esprit de l'homme n'est pas autonome ou n'est pas "un empire dans un empire", "ses" idées sont celles de Dieu en tant qu'il est substance pensante. C'est précisément la raison pour laquelle il ne peut y avoir de statut ontologique propre aux idées inadéquates. C'est le prix 'du tour de force" que réalise Spinoza sur la définition de l'idée et de l'esprit en général: à la fois expliquer que les pensées des hommes sont les pensées de Dieu lui même, et rendre compte malgré cela de la possibilité de l'erreur.

D.

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Messagepar Durtal » 21 juil. 2008, 17:27

Ah oui il y avait également ceci:

Tu me répondais "il ne s'agit pas d'effacer la frontière entre idée inadéquate et idée adéquate, il s'agit de l'affirmer beaucoup plus solidement que tu ne le fais, puisque pour toi, une seule et même idée peut être à la fois inadéquate et adéquate, en fonction du point de vue."

Mais je pense que tu n'as pas bien compris le sens de cette remarque. Qu'il n'y ait pas de frontière "ontologique" entre idées inadéquates et idée adéquates, c'est en effet ce qui résulte de ce que je soutiens puisque les idées inadéquates n'ont pas de "consistance ontologique" mais sont des privations d''idées adéquates. Ce que je dis donc est que la SIGNIFICATION de cette différence entre idées adéquates et idées inadéquates n'est pas ontologique, et je ne veux pas dire qu'il n'y a pas de différence du tout. Au contraire: c'est la différence qui joue entre passivité et activité, puissance et impuissance de l'esprit. On ne peut être à la fois passif et actif, or tes idées inadéquates ne contenant "en soi" aucune erreur, seront donc des impuissances de l'âme qui "en soi" sont des puissances de l'âme ce qui ne signifie clairement rien du tout.

D.

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Messagepar Louisa » 21 juil. 2008, 17:41

Durtal a écrit :Louisa.

Pas grand chose à ajouter à ce que t'as dit vie ordinaire.


Bonjour Durtal,

en effet, ayant lu ta réponse il ne me semble pas que tu apportes un nouvel élément par rapport à ce qu'écrit Vieordinaire ou par rapport à ce que tu as déjà dit toi-même (à part le fait que tu appelles maintenant ouvertement l'inadéquation une dénomination extrinsèque).

Par conséquent, je n'y trouve pas non plus une réfutation de la thèse que je défends, à savoir que du point de vue de Dieu, une idée humaine inadéquate a un AUTRE statut ontologique qu'une idée humaine adéquate, statut qui le rend contradictoire avec le texte spinoziste de dire qu'une seule et même idée peut être adéquate et inadéquate.

Or j'ai retravaillé ma réponse à Vieordinaire quelques fois, sans que la ré-édition soit mentionnée explicitement, donc tu n'as peut-être simplement pas encore eu l'occasion de lire ma réponse en entière? Dans ce cas, voici le dernier passage ajouté, et qui explique mes objections.

Vieordinaire a écrit:
Ce n'est pas claire du tout que Spinoza parle de l'inadequation avec E2D4; il definit simplement ce qu'est une idee adequate. C'est toi, avec ta propre logique , laquelle differe, a mon avis, de celle de Spinoza, qui parle d'"inadequation" comme le contraire d'adequation. Spinoza est bien clair sur ce qu'est une idee inadequate et la relation entre adequation et inadequation n'est pas celle d'un "contraire" (A et non-A). La logique de Spinoza va au-dela cette simple relation.

louisa:
pourrais-tu expliquer en quoi selon toi il est clair que chez Spinoza inadéquation et adéquation ne sont pas des contraires?

Car encore une fois, c'est bel et bien EN DIEU qu'une idée qui est adéquate en l'Esprit humain a un AUTRE statut qu'une idée qui est inadéquate en l'Esprit humain (là où Durtal semble supposer qu'en Dieu, une idée inadéquate en l'Esprit humain est elle-même adéquate, tout comme n'importe qu'elle autre idée adéquate en l'Esprit humain).

EN DIEU (donc en réalité), une idée qui est inadéquate dans l'Esprit humain ne peut se concevoir adéquatement QUE parce Dieu a aussi une deuxième idée d'une autre chose, là où Dieu lui-même n'a PAS besoin d'une deuxième idée lorsqu'il s'agit d'une idée qui dans l'Esprit humain est adéquate.

"S'expliquer par l'Esprit humain seul" ou NE PAS "s'expliquer par l'Esprit humain seul", c'est cela la différence entre l'adéquation et l'inadéquation chez Spinoza (toujours 2p11). C'est-à-dire: A ou ne pas A ... non?

Une seule et même idée ne peut pas aussi bien s'expliquer par l'Esprit humain seul ET avoir besoin d'une deuxième idée hors de cet Esprit avant de pouvoir s'expliquer. C'est pourquoi on ne peut pas dire qu'une idée partielle serait d'un certain point de vue non partielle. Dieu lui-même a besoin de l'autre partie avant de pouvoir en avoir une idée adéquate, besoin que Dieu n'éprouve pas quand l'idée est adéquate dans l'Esprit humain. C'est pourquoi il est impossible qu'une seule et même idée serait adéquate ou inadéquate.


Autrement dit: si tu veux qu'une seule et même idée puisse être à la fois adéquate (A) et inadéquate (non A), il faut pouvoir expliquer le corollaire de l'E2P11 autrement que ce que je fais. Car je vois bien que tu conçois l'inadéquation et l'adéquation autrement, mais je ne vois pas comment concilier ton interprétation avec ce corollaire.

Adéquation et inadéquation s'opposent EN DIEU en tant que dans le premier cas, il suffit d'avoir une idée seule, dans le deuxième il faut au moins deux idées. C'est ce qui fonde l'inadéquation, ontologiquement. Et qui la rend tout à fait différente de l'adéquation.

Sinon il me semble que si j'ai bien compris le message de Bardamu, il formule des arguments pro la même thèse: une seule et même idée ne peut être à la fois adéquate et inadéquate (il pourra me corriger si ce n'était pas ce qu'il a voulu dire). Tu peux donc également essayer de réfuter ce message-là, si cela te convient mieux.
Cordialement,
L.

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Messagepar Louisa » 21 juil. 2008, 18:11

Durtal a écrit :Ce que je dis donc est que la SIGNIFICATION de cette différence entre idées adéquates et idées inadéquates n'est pas ontologique, et je ne veux pas dire qu'il n'y a pas de différence du tout. Au contraire: c'est la différence qui joue entre passivité et activité, puissance et impuissance de l'esprit. On ne peut être à la fois passif et actif, or tes idées inadéquates ne contenant "en soi" aucune erreur, seront donc des impuissances de l'âme qui "en soi" sont des puissances de l'âme ce qui ne signifie clairement rien du tout.


la façon dont tu distingues l'adéquation et l'inadéquation a besoin de la distinction entre un esprit humain passif et un esprit humain actif. Cela implique qu'en Dieu, il n'y aurait plus de distinction ou de différence entre les deux (puisqu'il n'y a pas de passivité en Dieu), ce qui te fait dire qu'en réalité, toute idée inadéquate est adéquate.

Encore une fois, le corollaire E2P11 explique l'adéquation et l'inadéquation tout à fait différemment. Pour comprendre la différence, il faut NECESSAIREMENT adopter le point de vue de Dieu, et non pas considérer l'Esprit en soi (c'est ce que souligne Bardamu dans son message ci-dessus). Alors en voit qu'EN DIEU, la différence inadéquation-adéquation est la différence entre une idée divine ayant deux corps comme objet, et une idée divine ayant un seul corps comme objet. C'est EN DIEU que se produit la différence. Tandis que justement, en Dieu il n'y a aucune passivité. C'est pourquoi on ne peut pas expliquer l'inadéquation par la passivité.

Que l'Esprit humain soit passif quand il a une idée inadéquate est bien plutôt une CONSEQUENCE de la définition de l'inadéquation, conséquence que Spinoza ne pourra tirer qu'une fois entamé le livre 3. Elle ne dit rien en tant que telle de ce qui définit l'inadéquation, et elle n'est surtout pas la cause de l'inadéquation.

Puis il me semble évident qu'une idée inadéquate est affirmative, sinon comment pourrait-elle être une cause d'un autre effet? Si elle n'affirmait rien, on ne pourrait pas expliquer la "force" des affects. C'est quand tu confonds l'inadéquation ou le fait d'ETRE une partie avec l'erreur ou le pure manque (qui en tant que telle n'est pas, n'est "rien"), que tu dois faire comme si l'idée inadéquate n'affirme rien, n'a pas une puissance ou force à elle. Etre une partie n'est pas la même chose qu'être rien ou inexistant. Chaque mode est une partie de la nature. Ce n'est pour autant qu'il n'existe pas.

Enfin, n'oublie pas que beaucoup de nos Joies sont elles aussi des idées inadéquates, des affects passifs. Pourtant, contrairement aux affects Tristes, elles ne causent pas une diminution de notre puissance, elles sont même capables de l'augmenter. Comment ce qui n'est "rien" pourrait-il en même temps augmenter réellement notre puissance?

C'est pourquoi nous ne SOMMES pas "impuissants" en tant que nous avons une idée inadéquate, puisque toute idée inadéquate est un CHANGEMENT réel de puissance. L'Esprit n'est pas seulement passif quand il y a une diminution de la puissance de penser, il est également passif lorsqu'il y a une AUGMENTATION de sa puissance de penser causée par une idée inadéquate. Passivité et impuissance ne coincident pas.

Nous ne sommes impuissants qu'en tant que nous nous considérons comme étant PRIVES de telle ou telle quantité de puissance, en tant que nous trouvons (ou un tiers trouve) que ce serait bien d'avoir une plus grande puissance que ce que nous avons à tel ou tel moment de notre vie. C'est pourquoi jamais l'impuissance ne peut définir un Individu, ou pourquoi l'impuissance ne peut strictement rien causer, contrairement aux idées inadéquates.
L.
Modifié en dernier par Louisa le 21 juil. 2008, 19:30, modifié 3 fois.

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Messagepar Louisa » 21 juil. 2008, 18:35

Bardamu a écrit :Et on comprendra mieux que l'entendement avec idées inadéquates semble plus étendu que l'entendement adéquat :
à partir d'une réalité "extérieure" A = {a, b, c}, on pourra par exemple avoir B = {a, b, c, ab, ac, bc, abc} qui se distribueront dans des esprits particuliers (étant eux-mêmes des e, f, g etc. pour la part de pensée qui leur revient).
A vrai dire, je ne suis pas très convaincu par une représentation "atomique" des choses mais bon, si ça aide à la compréhension...


Bonjour Bardamu,

merci de tes explications. Le schéma que tu proposes a en tout cas l'avantage d'être particulièrement clair. Je ne suis pas certaine qu'il s'agisse nécessairement d'une représentation "atomique", au sens où tu ne fais que distinguer des idées singulières, qui même si Dieu est indivisible sont néanmoins "finies", ce qui permet la distinction. D'ailleurs, si le corollaire de l'E2P11 distingue entre Dieu en tant qu'il s'explique par l'Esprit seul et l'inverse, il me semble que cela confirme la possibilité de ne considérer que tel ou tel Esprit et donc idée "en soi", sans les autres.

Quant à l'extension de l'entendement: ne faudrait-il pas dire que l'entendement EST plus étendu en tant qu'on y comprend également les idées inadéquates qu'en tant qu'il a des idées adéquates au lieu de dire qu'il SEMBLE être plus étendu?

Car Spinoza dit quelque part que l'essence de l'Esprit est constituée autant de nos idées inadéquates que de nos idées adéquates, tandis que les idées inadéquates sont elles aussi des affirmations. Cela ne signifie-t-il pas que l'homme a la capacité d'affirmer beaucoup plus que seulement des idées adéquates?

C'est en tout cas ainsi que j'ai pour l'instant compris le passage concerné dans le dernier scolie de l'E2. Car "affirmer" et "avoir une idée adéquate" n'y coïncide pas. "Affirmer" pour Spinoza est synonyme de "adhérer", comme il y précise. Alors il est clair que nous pouvons réellement adhérer à une idée inadéquate. Le pouvoir d'adhérer est donc réellement plus étendue que le pouvoir de produire des idées adéquates.

Seulement, pour Spinoza la volonté ne se limite pas aux seules idées adéquates, elle comprend TOUTES les volitions singulières. Il est tout aussi difficile d'essayer de ne pas adhérer à une idée inadéquate en laquelle nous croyons que de ne pas adhérer à une idée adéquate une fois que nous l'avons. Je crois que c'est cela qui oblige à identifier volonté et entendement, chez Spinoza. C'est ainsi que Spinoza peut répondre à la première objection: "je dis que j'accorde que la volonté s'étend plus loin que l'intellect, si par intellect on entend seulement les idées claires et distinctes; mais je nie que la volonté s'étende plus loin que les perceptions, autrement dit que la faculté de concevoir".

La faculté de concevoir des idées est d'une extension égale à la faculté de produire des volitions, à partir du moment où l'on admet que les idées inadéquates sont bel et bien elles aussi conçues par notre entendement, et que nous ne pouvons pas y adhérer ou en douter par simple décision arbitraire. Cette impossibilité vaut autant pour les idées inadéquates que pour les idées adéquates.
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Messagepar Louisa » 21 juil. 2008, 20:25

PS à Durtal:

comme tu dis être d'accord avec les remarques de Vieordinaire: elle prétend que tu es incapable de montrer la fausseté de mes objections à ton raisonnement (c'est-à-dire de les réfuter) parce que les "prémisses" de ces objections seraient "confuses". Dès lors, une autre façon de s'y prendre pourrait être que tu dis clairement:

1. ce que vous appelez les "prémisses" de mes objections
2. en quoi ces prémisses contiennent selon vous des confusions, ce qui revient à montrer comment distinguer certaines notions que moi-même j'identifierais.

Si en revanche c'était plutôt une façon de parler pour simplement dire que vous ne voyez pas sur quoi je me base pour dire qu'une seule et même idée ne peut être adéquate et inadéquate à la fois: je me base, comme déjà dit, sur l'E2P11. Si tu ne sais pas directement réfuter mes objections à tes thèses, tu pourrais également donner ta version de ce corollaire, en essayant de rester le plus proche du texte possible, c'est-à-dire en essayant de montrer en quoi ce corollaire permettrait de dire qu'une seule et même idée est adéquate et inadéquate.
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Messagepar vieordinaire » 21 juil. 2008, 20:36

Louisa a écrit :je me base, comme déjà dit, sur l'E2P11.

Non! Tu te bases sur ton interpretation de 2P11. Laquelle est incomplete et repose sur conceptions et dispositions fondamentales (telles que 'c'est quoi penser', ou 'qu'est que chose', etc. qu'il est difficile d'aborder sur un forum) qui sont, a mon avis, inconsistentes avec celles de Spinoza.

Pour moi, il n'y a aucune tension entre 2p11c et le passage que j'ai cite. L'un est consistent avec l'autre. 3p1d est clair et simple. Il n'y a pas "d'erreur" si ce n'est la tienne. Il n'y a pas besoin d'introduire des complications inutiles.

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Messagepar Louisa » 21 juil. 2008, 20:46

Louisa a écrit:

je me base, comme déjà dit, sur l'E2P11.

Vieordinaire:
Non! Tu te bases sur ton interpretation de 2P11. Laquelle est incomplete et repose sur conceptions et dispositions fondamentales (telles que 'c'est quoi penser', ou 'qu'est que chose', etc. qu'il est difficile d'aborder sur un forum) qui sont, a mon avis, inconsistentes avec celles de Spinoza.

Pour moi, il n'y a aucune tension entre 2p11c et le passage que j'ai cite. L'un est consistent avec l'autre. 3p1d est clair et simple. Il n'y a pas "d'erreur" si ce n'est la tienne. Il n'y a pas besoin d'introduire des complications inutiles.


ok, je me base sur mon interprétation de l'E2P11, pas de problème.

Mais si tu veux que ta propre interprétation ne soit pas purement subjective et soit plus vraie que la mienne, ne faudrait-il pas pouvoir un peu fonder ce genre de prétentions ... ?

Tu as apparemment développé quelques hypothèses concernant ce que serait pour moi "une chose", ou "penser". Tu trouves que ces hypothèses sont incompatibles avec le spinozisme. Alors bon, tout ça c'est très bien, et je n'exclus nullement la possibilité que tu aies raison. Mais si tu dis que pour l'une ou l'autre raison bizarre, tu ne peux pas nous dire de quelles hypothèses il s'agirait, ni en quoi consiste l'incompatibilité ... dans ce cas, acceptes-tu de dire que ton interprétation est purement subjective, que tu ne disposes pas d'arguments pour la démontrer, ni pour démontrer la fausseté de la mienne?
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Messagepar sescho » 21 juil. 2008, 22:36

Je vais imiter ShBJ dans ce salut que je vois impérial et romain (poing droit frappant le sein gauche) :

A Durtal, salut !

Plutôt très en phase avec ce que tu dis en général (je passe les détails), et ce sur des points d’importance primordiale. Et belle abnégation !

Mon avis sur le point particulier en discussion :

E2P11C dit pour moi clairement que l’idée inadéquate vient d’une troncature irréductible, dans un mode fini existant, de l’idée vraie que Dieu a de la réalité globale. Pour donner une illustration, j’imagine un tir à la corde ; Dieu voit la corde tendue par les deux équipes qui tirent dessus chacune à un bout, mais moi, tournant le dos à l’une des équipes, je ne vois que l’autre et la corde tendue.

Toutes les propositions jusqu’à la proposition 36 développent cet aspect (ensuite E2P37 et suivantes passent en conséquence sur l’adéquation qui se trouve dans la saisie des propriétés communes des choses.)

Dans ces conditions peut-on dire que Dieu a une idée adéquate de notre idée inadéquate prise seule ?

A mon avis, non, et c’est même impossible : Dieu a l’idée de la situation globale, c’est tout. Il ne s’explique pas (ne se traduit pas, ne s’exprime pas) dans ce cas en tant qu’il a l’idée du corps humain seul, autrement dit il ne se traduit pas en l’occurrence par l’âme humaine (seule.)

Notre esprit n’est à proprement parler une partie de l’entendement infini de Dieu que lorsqu’il consiste dans des idées adéquates.

(Je considère en passant comme mille fois prouvé par son texte que pour Spinoza Dieu pense tout et non seulement « au travers » de l’esprit humain. En fait, chez Spinoza, Dieu vient toujours en premier, les choses singulières ensuite.)

L’erreur ne se conçoit que selon le second genre de connaissance, selon moi, et n’est rien de positif dans les choses réelles (c’est une entité fictive pratique qui relève en fait de l’ordre des lois, comme tout être de Raison), car il n’y a rien de réel que de positif et rien de positif qui puisse être considéré comme défaillant. Le concept d’erreur n’en est pas moins utile, comme celui de bien et de mal (et c’est d’ailleurs largement sinon totalement des synonymes.) Dans ce cadre, l’erreur, ou la fausseté, est bien dans le caractère tronqué, incomplet au sens divin, et par conséquent flou, confus (quoique ce terme pose quelque problème, puisqu’associé aussi à la confusion de l’esprit dans des idées contradictoires, etc.), de l’idée inadéquate. L’imagination (en fait la remémoration) n’est qu’une gradation dans l’inadéquation, qui traduit encore plus la détermination interne.

Il n’y a aucune idée d’inadéquation en Dieu, ni tout simplement d’idée tronquée.

Une idée inadéquate – et toute sensation y entre – mérite tout juste le nom d’idée. Ou disons, comme « idée » est justifié s’agissant d’un mode de la pensée, l’adjectif mis derrière « idée », tel « inadéquate », est d’importance : il en précise la « pureté. »

Spinoza a écrit :E2P36 : Les idées inadéquates et confuses découlent de la pensée avec la même nécessité que les idées adéquates, c’est-à-dire claires et distinctes.

Démonstration : Toutes les idées sont en Dieu (par la Propos. 15, partie 1) et, en tant qu’elles se rapportent à Dieu, elles sont vraies (par la Propos. 32, partie 2), et adéquates (par le Corollaire de la propos. 7, partie 2) ; les idées ne sont donc inadéquates et confuses qu’en tant qu’elles se rapportent à quelque âme particulière (voir les Propos. 24 et 28, partie 2). Par conséquent, toutes les idées, tant adéquates qu’inadéquates, découlent de la pensée avec la même nécessité (par le Corollaire de la Propos. 6, partie 2). C. Q. F. D.


Ave !

Serge
Connais-toi toi-même.


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