Ma santé engendre mes passions

Questions et débats touchant à la nature et aux limites de la connaissance (gnoséologie et épistémologie) dans le cadre de la philosophie spinoziste.
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Babilomax
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Ma santé engendre mes passions

Messagepar Babilomax » 09 août 2012, 17:27

Bonjour,

Depuis que j'ai découvert l'opuscule de Philippe Borrell sur Spinoza, disponible à la page des téléchargements, je ne cesse de trouver de nouveaux trésors de synthèse qui me font voir la doctrine de Spinoza sous un angle nouveau. J'éprouve aussi une grande admiration pour l'éloquence de cet homme (à seulement 21 ans).

J'aimerais discuter avec vous le passage sur les passions dans le chapitre I, partie 4b (p. 14). L'auteur y soutient que les passions sont de pures coïncidences :

Philippe Borrell a écrit :Ma santé, bonne ou mauvaise, engendre mes passions. Jusqu’à présent il ne paraît pas que cela puisse être. Cela ne serait jamais si je tenais ma santé pour ce qu’elle est : pour un état de mon corps. Mais en même temps que j’éprouve telle sensation organique, je vois telle personne, je me livre à telle occupation. Ce sont là de pures coïncidences. Malgré tout, je veux raisonner sur ces faits où il n’y a nulle raison, et je dis que cette occupation, que cette personne sont cause de ma joie ou de ma tristesse : je dis alors que je les aime ou que je les hais.
[…]
Il arrive souvent que je ne sens pas l’état de mon corps ; mais il peut être secrètement malade ou fonctionner parfaitement sans que j’y prenne garde. Il suffit alors de la moindre impression pour qu’à son occasion je devienne conscient de l’état de mon corps. L’association des images est sans limite : tout est associé avec tout. Je crois que l’image est cause de ma santé : par exemple, j’imagine que Pierre est cause de ma joie ; je dis que j’aime Pierre. Que je sois moins bien portant et une autre association me représente Jacques voulant nuire à Pierre : je dis que je hais Jacques.


Mon amour, ma haine, seraient imputables à la pression atmosphérique ? Voilà qui serait merveilleux. Mais comment se fait-il que je m'attriste lorsque je repense à une offense qui m'a été faite ? Est-ce là une pure coïncidence ? Elle est pourtant systématique.

Ou alors, serait-ce la tristesse, provoquée par on ne sait quelle défaillance interne, qui me mènerait à penser à l'offense ? Par quelle mécanisme ?

Enfin, lorsque je me fais insulter par Jacques, c'est bien Jacques en tant que mode de l'Étendue, qui est la cause prochaine de ma tristesse. Ou bien là encore, serait-ce purement fortuit ?

Merci d'avance de vos éclairements.

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Messagepar Miam » 10 août 2012, 22:25

Je comprend mal la raison pour laquelle un affect issu de problèmes de santé ou de l'influence atmosphérique devrait exclure un affect issu d'une insulte puisqu'ils consistent tous deux en la même étoffe et constituent tous deux le même individu où ils concourent à l'état d'un même corps sans pour autant se rapporter l'un à l'autre comme la cause à l'effet.

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Messagepar Explorer » 12 déc. 2012, 20:42

Babilomax, lorsque je vomis, je subis l'action d'un corps ou de plusieurs corps dont les rapports ne se composent à l'évidence pas avec tout ou partie des miens, peut-être ai-je dépassé ma imite à être affecté par le vin que j'ai bu par exemple, bref il n'y a ( de mon seul point de vue) composition de rapports mais décomposition. Si je dis que je suis affecté de tristesse c'est du point de vue de la durée (passage d'un affect à un autre) je peux dire que mon affectus est de tristesse dès lors que je suis passé d'un état de puissance donnée à un état de puissance moindre. Jusque là, rien de bien extraordinaire. Mais voilà (pour répondre à ta question) que je rencontre Jacques en pleine expulsion vomitive. Si par erreur j'imagine que jacques est associé à mon mal-être, à l'évidence la chose est totalement infondée, Jacques n'est en rien la cause des effets du vin que j'ai bu jusqu'à l'excès. Si par la suite, à chaque fois que je le vois, il me rappelle ce triste épisode de déchéance, c'est simplement que je ne me fais pas une idée claire de ce qui a causé mon mal-être, autrement Jacques n'aurait point sur moi cet effet désastreux.

Pour conclure, les associations sont le propre du monde des signes équivoques dans lequel nous baignons tous, du moins tant que nous demeurons, pour connaître, dans le premier genre de connaissance, c'est à dire dans le genre où je ne connais une chose que par les traces qu'elle laisse sur moi et non par ce qu'elle est en réalité, c'est-à-dire des ensembles infinis de particules élémentaires (sans intériorité) qui se composent entre elles selon certains rapports (et in fine en un rapport subsumant l'ensemble des sous rapports, rapport global dit singulier) rapport singulier lui-même déterminé par une essence.
Pour en sortir (de ces association trompeuses) il faut laisser en nous vivre ce qui va nous conduire pas à pas, à former des notions communes, idées adéquates du second genre de connaissance. je saurais alors ce qu'est le vin, et plus rien ne me fera passer des vessies pour des lanternes pour ce qui est des effets qu'il peut me faire subir si je dépasse la dose limite, celle qui correspond à une autre limite, mienne, ma capacité à être affecté par le vin.
J'espère avoir été clair.
JP Collegia


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