pensée analytique et pensée synthétique

Questions et débats touchant à la nature et aux limites de la connaissance (gnoséologie et épistémologie) dans le cadre de la philosophie spinoziste.
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Messagepar Vanleers » 31 août 2013, 17:09

A QueSaitOn

Je prolonge mon précédent message en indiquant qu’Henri Atlan se réfère fréquemment à Spinoza dans « Le vivant post-génomique » (Odile Jacob 2011)

Je ne citerai que le passage suivant (p. 25) :

« C’est ainsi que la notion – multiforme – d’auto-organisation a acquis aujourd’hui un nouveau droit de cité, non seulement dans des disciplines scientifiques diverses, très largement au-delà des limites traditionnelles des sciences de la vie, mais encore dans le vocabulaire philosophique. On en trouve déjà une définition dans un dictionnaire philosophique récent, très différente de la « finalité interne » kantienne d’inspiration vitaliste avec laquelle elle était autrefois confondue : « Processus par lequel des systèmes (physiques, biologiques ou sociaux) parviennent à un état stable de manière spontanée, immanente, sans intervention extérieure, sans finalité. » Sous cette forme mécanique, l’auto-organisation a trouvé sa place dans l’histoire de la philosophie, en filiation avec Spinoza plutôt qu’avec l’organisation téléologique kantienne ».

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Messagepar hokousai » 31 août 2013, 23:03

à QueSaitOn

Au niveau du "grand individu" il n y a pas chez Spinoza de rétroaction puisque le grand individu reste le même.
Au niveau d 'un individu les perturbations de l 'ordre interne semblent venir de l'extérieur il n y a pas ou peu de causes endogènes . Le système est stable tant que des causes extérieures ne viennent pas le perturber . Donc pas de rétroaction.

( je ne dis pas que je suis d'accord avec Spinoza )

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Messagepar Vanleers » 01 sept. 2013, 12:15

A QueSaitOn

1) Je poursuis la réflexion en citant d’abord un autre passage de « Le vivant post-génomique » d’Henri Atlan (p. 285) :

« Mais il faudrait pousser plus loin que nous ne l’avons fait l’analyse et l’interprétation de certaines formules de Spinoza dans ce qu’implique par exemple la présence de la nature infinie « cause de soi » -- auto-organisatrice – dans chacun de ses « modes » - productions finies – à travers l’effectivité de leur « conatus ». Il faut éviter de voir dans celui-ci un principe d’inertie finalisé, comme semble le suggérer la formule célèbre d’« effort pour persévérer dans l’être » isolée de son contexte. Il convient au contraire de voir dans le conatus aujourd’hui, pour chaque chose singulière, une instance particulière de la dynamique générale des lois de la nature, un système dynamique particulier éventuellement formalisé dans des équations qui exprimeraient RATIOnnellement le fameux « rapport (RATIO) de mouvement et de repos », c’est-à-dire de changement et d’invariance qui exprime pour Spinoza l’« essence » de chaque chose. »

2) H. Atlan décrit, au chapitre V des modèles de systèmes dynamiques.
Pour éclairer ce qui précède, citons le modèle classique d’un système d’équations différentielles (ou aux dérivées partielles) continues. Il écrit :

« Dans ces systèmes, chaque équation décrit la dépendance d’une variable, à chaque instant et en chaque lieu, couplée à celle des autres variables. L’ensemble constitue un système dynamique tel que la solution du système d’équations, si elle existe, décrit l’évolution temporelle (ou spatio-temporelle) de ces variables, depuis des conditions initiales (et/ou aux limites) données jusqu’à un ou plusieurs états stables (attracteurs de la dynamique), soit stationnaires, soit oscillants, soit chaotiques (oscillants non périodiques). »

3) Vous parlez de « rétroaction » (feed-back) dans votre dernier message.
H. Atlan précise que cette notion, ainsi que celle de servomécanisme, appartient à la première cybernétique « dont le thermostat était la réalisation la plus connue » (p. 24).
Mais à cette première cybernétique en a succédé une seconde, beaucoup plus élaborée, autour des idées d’auto-organisation ou d’autopoïèse.
A mon point de vue, c’est à cette deuxième cybernétique qu’il serait utile de confronter la pensée de Spinoza.

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Messagepar hokousai » 02 sept. 2013, 15:03

Atlan a écrit :Et il y a émergence de l’esprit, idée du cerveau (ou, plus précisément, du corps) à partir des idées des neurones, étant entendu, comme on l’a vu en commençant, que l’idée d’un neurone, comme d’un électron ou d’une pierre, n’est pas autre chose que sa loi d’organisation et de fonctionnement. Celle-ci est plus simple, bien que relevant aussi de l’attribut Pensée, que l’idée du corps humain, c’est-à-dire l’esprit humain.

Il me semble y avoir une petite contradiction entre émergence et loi de fonctionnement. L' émergence s' il y a n' est pas expliquée par "loi de fonctionnement".

D autre part
Atlan a écrit :Il convient au contraire de voir dans le conatus aujourd’hui, pour chaque chose singulière, une instance particulière de la dynamique générale des lois de la nature,


Le conatus semble avoir une efficicience de statique plus que de dynamique chez Spinoza .

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Messagepar Vanleers » 02 sept. 2013, 20:06

A Hokousai

Je réponds aux deux points de votre message.

1) Reprenant d’abord les mots qui interpellent cess au début du fil (« partie au Tout- Tout à la partie »), je dirai, en remplaçant « Tout » par le terme moderne de « système » qu’un système est plus que la somme de ses parties. Un système c’est les parties du système et les relations entre les parties.
Dans un système suffisamment complexe peuvent émerger des propriétés que nous ne pouvons pas expliquer par la nature de ses parties. Je vous rejoins donc : l’émergence n’est pas expliquée par la nature des parties du système.

Atlan envisage le cas où le système c’est un esprit humain et les parties des idées d’électrons. Nous ne pouvons que constater les propriétés émergentes de cet esprit au sens indiqué ci-dessus.

Mais qu’est-ce qu’un électron considéré sous l’aspect de la Pensée ? Autrement dit qu’est-ce qu’une idée d’électron ?

Pour un esprit humain et compte tenu de l’état actuel des sciences physiques, la meilleure idée, c’est-à-dire la moins inadéquate, que nous puissions avoir aujourd’hui de l’électron, c’est l’équation de Schrödinger qui le définit.
Si nous avions une idée adéquate de l’électron, c’est-à-dire si nous connaissions l’équation qui définit absolument l’électron (sa loi de fonctionnement), cette idée correspondrait complètement à ce qu’est l’électron considéré sous l’aspect de l’Etendue et, bien entendu, cette équation est éternelle et ne dépend pas de l’existence des physiciens (cf. Atlan « Le décret de la volonté » p.145).

2) A ma connaissance, Spinoza introduit le conatus dans l’Ethique en E III 6 :
« Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans l’être » (… in suo esse perseverare conatur)

Il démontre la proposition en rappelant que les choses singulières « expriment de manière précise et déterminée la puissance de Dieu, par laquelle Dieu est et agit ».
Ce qui montre que le conatus est une notion dynamique (du grec dynamis : puissance), ce que confirme la suite de l’Ethique, en particulier avec la notion de Désir.

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Messagepar hokousai » 02 sept. 2013, 23:43

à Vanleers

« Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans l’être » (… in suo esse perseverare conatur)


Pourquoi ne pas traduire par "dans son être" ? Je ne vois guère de dynamisme chez Spinoza . Spinoza ne reprend pas les distinctions d' Aristote entre puissance et acte (et surtout pas l' idée d'en- puissance )

Reste l'acte chez Spinoza ( l'acte est opposé à puissance chez Aristote ).

Spinoza a écrit : la puissance ou effort/conatus ( ce n'est pas l' en- puissance d'Aristote! ) par lequel elle s' efforce de persévérer dans son être n est rien à part l' essence donnée , autrement dit actuelle de cette chose
prop 7/3

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Messagepar Vanleers » 03 sept. 2013, 10:38

A Hokousai

1) J’ai donné la traduction de Pautrat.
Guérinot et Misrahi traduisent par « dans son être ».
C’est également le cas de Pierre Macherey dans son commentaire de la Troisième Partie.
A propos du concept de conatus, ce dernier écrit (p. 80) :
« Et c’est bien cette idée d’une première impulsion qui est au centre de cette notion : celle-ci exprime d’abord le fait qu’au fond de chaque chose « ça pousse » (conatur) (1), au sens d’un essentiel engagement qui ne peut en aucun cas s’expliquer par l’intervention d’une pression extérieure.

(1) L’équivalent allemand de conatus, ce pourrait être Trieb, la « pulsion ». »

2) Bien entendu, chez Spinoza la puissance est toujours en acte et jamais en puissance.

Bien à vous

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Messagepar Vanleers » 03 sept. 2013, 15:35

A Hokousai

Vous avez raison et je me suis trompé : Pautrat traduit bien le « in suo esse perseverare conatur » de E III 6 par « s’efforce de persévérer dans son être » et non par « s’efforce de persévérer dans l’être »

Bien à vous

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Messagepar QueSaitOn » 06 sept. 2013, 16:14

Intéressant le texte de Henri Atlan, qui se revendique en tant que scientifique (et philosophe) de l'apport de Spinoza. Il semble en effet que la "cause de soi" projetée partiellement sur le plan des modes recèle l'idée de l'auto-organisation.

... qui est en effet bien plus que la notion de "tout" en lien avec les parties, mais je me demande tout de même si le paradigme de l'auto-organisation n'est pas un cas particulier plus complexe de la relation tout/partie.

La "cause de soi" certes concerne toute la subtance, mais il n'en reste pas moins que localement elle peut contribuer à éclaircir ces processus et - contre le finalisme - éclairer la spontanéité des processus.

Cette "pseudo cause de soi" conforterait peut être le fait que l'auto-organisation ferati advenir quelque chose (un organisme ou de la matière inerte) à l'existence (pas forcément au sens de vie), étendant par là la première définition de l'Ethique ? ...

Bien sur, comme le rappelle Hokousai, il ne peut jamais y avoir stricto-sensu de rétro-action puisque tout chose est soumise à des forces extérieures.

Les phénomènes d'émergence montrent par ailleurs que le déterminisme spinoziste n'est pas sans création de nouveauté. La notion de chose singulière comme "effet" peut tendre à mettre en évidence ce fait (puisqu'elle est effet, elle est toujours actuelle).

A propos de la persévérance à être, je trouve que cette afffirmation de Sartre ("Critique de la Raison Dialectique") est intéressante, elle se réfère peut être à ce que la chose est un "effet" toujours actualisé, donc "n'est pas encore" si l'on veut:

Sartre a écrit : Il n'y a pas de persévérance de l'organisme dans son être, puisque l'organisme n'a pas d'être, mais a tendance à gagner son être, à être cet être qu'il n'est pas


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Messagepar Vanleers » 07 sept. 2013, 17:46

A QueSaitOn

Je ne comprends pas ce que vous écrivez :

« Bien sûr, comme le rappelle Hokousai, il ne peut jamais y avoir stricto-sensu de rétroaction puisque tout chose est soumise à des forces extérieures. »

Je n’ai pas davantage compris ce qu’a écrit Hokousai :

« Le système est stable tant que des causes extérieures ne viennent pas le perturber. Donc pas de rétroaction. »

La rétroaction est précisément le mécanisme qui permet à un système de rester stable quelles que soient les causes extérieures.
Par exemple, un thermostat est un système qui, par rétroaction, permet à une enceinte de rester à une température comprise entre deux limites, quelles que soient les variations de la température extérieure.

Bien à vous


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