empire de Hardt et Negri, une discussion

Questions et débats d'ordre théorique sur les principes de l'éthique et de la politique spinozistes. On pourra aborder ici aussi les questions possibles sur une esthétique spinozienne.
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deweydell
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empire de Hardt et Negri, une discussion

Messagepar deweydell » 05 mai 2010, 02:18


voilà une semaine que je traîne à mes côtés
l'ouvrage de Hardt et Negri Empire en version anglophonique
& j'ai lu là jusqu'à ce point
"the political constitution of the present"
j'ai ensuite été
discuter avec une copine
et elle me mentionnait que
x allait se mettre à écrire en vivant de son chômage
(nous vivons à bruxelles)
et elle semblait ironiser (car elle trouvait cela immoral)
à ce moment je lui ai cité le propos de Negri qui est sur la page wikkipedia
que Negri disait: "que tous auraient sur Terre un certain salaire, indépendamment de ce qu'elle ou il travaille ou non", wikkipedia disposant ce point de Negri en rapport à la gauche usuelle qui veut rapporter le salaire au travail .
Donc je dis ça et mon amie rit de bon coeur en déniant cela comme du communisme, du "totalitarisme": plus personne ne ferait rien!
Mais je tourne en rond.
Ce que je voudrais demander est ceci:
pour vous, l'Empire, tel que Hardt et Negri en élaborent le concept,
est-il perceptible pour vous? sinon avec vos corps et leurs dispositifs, du moins au travers de discussions lues dans les médias ou les journ-e-aux?
merci bcp
~Dewey Dell~

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Shub-Niggurath
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Messagepar Shub-Niggurath » 02 sept. 2010, 07:39

Je n'ai pas lu l'ouvrage, mais j'aimerais néanmoins discuter cette idée du rapport monnaies/salaires/travail.

Depuis l'invention de l'argent, c'est-à-dire aussi l'invention des cités et des systèmes politiques sédentaires urbains, les monnaies servent d'instrument de pouvoir aux rois afin de faire exécuter leurs ordres. Il est certain qu'un ordre rémunéré est plus certainement exécuté qu'un ordre donné comme un commandement obligatoire et gratuit. Le système du don et de la dette est relié au système du travail et de l'argent.
Nous vivons évidemment toujours sous un tel régime, et l'idée qu'un don puisse être gratuit et ne rien exiger en retour choque tous les humains, habitués depuis des millénaires à n'obéir à un autre qu'en échange d'une contrepartie quelconque, que les monnaies symbolisent.
Il suffit de voir le mépris dans lequel sont tenus ceux qui vivent des aides sociales et des minima sociaux en France pour constater que l'idée d'un don gratuit crée la haine chez la plupart des gens. "Tout travail mérite salaire" entend-on partout, et inversement tout salaire oblige au travail, ce qui est sous-entendu dans l'expression si connue.
Révolutionnaire est donc l'idée d'un entretient gratuit de la vie des gens du peuple, qui ne possèdent pas de capital, par le pouvoir politique.
Une autre idée révolutionnaire serait l'abolition de l'héritage familial, tout l'argent gagné par un individu serait récupéré par l'Etat lors de son décés afin d'être équitablement réparti entre tous les membres du corps politique, et non uniquement redistribué à ses enfants ou héritiers "légitimes". Mais là encore ce serait contredire à l'antique système familial ou clanique dans lequel évoluent tous les peuples de la Terre. Abolir le rapport du salaire et du travail ou abolir le rapport de la famille et de l'héritage sont de bien grandes entreprises, très risquées.
Il y aurait pourtant beaucoup de moyens simples d'assurer l'égalité stricte en matière monétaire entre tous les citoyens du monde, mais le monde est bien plus gouverné par les passions humaines que par la raison, et la passion du lucre, la cupidité, l'avarice, et le pouvoir que l'argent donne à celui qui le possède, sont des excitants qui ont beaucoup plus de pouvoir sur l'esprit humain que la volonté de faire que tous les humains soient égaux devant la richesse, ce que pourtant la raison conseille afin de maintenir la paix sociale...
Je serais donc absolument pessimiste sur ce sujet, même si l'idée de donner à chacun ce dont il a besoin pour vivre à égalité avec tous les autres est magnifique et digne d'être réalisée. Elle ne pourrait l'être qu'avec l'instauration d'un pouvoir mondial extraordinairement puissant, apte à légiférer contre la passion de la cupidité, ce qui me paraît utopique. Les passions gouvernent le monde, et le détruisent. C'est la folie qui est la reine du monde, la raison est un bien individuel rare et précieux, qui ne peut être donné ni vendu, raison pour laquelle l'humanité ne sera pas sauvée.
Mais je me trompe peut être dans mes conclusions pessimistes...

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Messagepar aldum » 02 sept. 2010, 10:02

la problématique que vous proposez est évidemment pleine d'intérêt et riche de perspectives de développement; c'était tentant, mais pour ma part je m'abstiendrai, tant il me paraît ardu d'évoquer des sujets de cette nature sur un forum philosophique, et d'entreprendre une discussion où s'entremêleront les définitions des choses selon leurs caractères intrinsèques d'une part, et les jugements de valeur (qu'on est par ailleurs en droit de poser) d'une autre; où la définition risque d'être prise pour le jugement, et inversement; avec comme corollaire malentendus et polémique sans fin; dommage pour moi;

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Messagepar QueSaitOn » 02 sept. 2010, 16:25

Bonjour,
Concernant le rapport entre l'argent et le travail, le capitalisme surtout dans sa version libérale, réduit aujourd'hui la Raison Commune à l'argent: l'individu "rationnel" est alors celui qui calcule au mieux ses pertes et profits, selon des critères principalement monétaires.

Or, la Raison Commune dont parle Spinoza est compatible avec la recherche de l'utilité propre de chacun, c'est à dire de son désir véritable. Elle ne peut donc être fondée sur l'argent. En effet, si le travail est salarié, alors il est fort peu probable qu'il soit compatible avec l'utilité propre de chacun dans la mesure où le salaire achète la part de sacrifice induite. Nous acceptons de soumettre notre vie à des puissances extérieures en contrepartie d'un salaire. Le travail salarié, selon cette définition, est une passion.

Le revenu d'existence (pas le RMI) est donc l'une des conditions pour que se déploient le désir véritable et , évidemment l'activité propre de chacun, compatible comme le dit Spinoza avec la Raison commune. Il n' y a là rien de totalitaire, bien au contraire.

Cette vision économique n'est totalitaire que pour ceux qui gagnent énormément d'argent en ne faisant "rien" c'est à dire les traders et autres actionnaires. Ou disons plutôt qu'ils ne sont pas actifs, en se plaçant peut être du point de vue spinoziste, car soumis à des affects de tristesse, non libres, i.e, des affects corrélés avec les causes extérieures que sont l'argent et le pouvoir. Un trader par exemple ne réalise pas son désir véritable car son comportement est mimétique. Mais peut ête que là on retombe dans la question soulevée par Miam au sujet des affects dans les sciences sociales ...

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Miam
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Messagepar Miam » 03 sept. 2010, 16:35

Tout dépend sur quelles bases on calcule ce "revenu d'existence", comment on le finance et ce qu'il remplace.
Chez nous le "revenu d'existence" est défendu par un petit parti ultra-libéral et (vraiment) très à droite...


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