La nature a horreur du vide

Lecture pas à pas de l'Ethique de Spinoza. Il est possible d'examiner un passage en particulier de cette oeuvre.
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Chocolatman
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La nature a horreur du vide

Messagepar Chocolatman » 19 avr. 2010, 22:10

Bonsoir tout le monde, j'aimerai avoir des explications sur le fait que Spinoza soutienne la thése que la nature a horreur du vide. Est-ce pour lui, une vérité scientifique, ou est-ce que cela signifie quelque chose philosophiquement parlant ?

Je me base sur la scolie de la proposition 15

"Puis donc qu'il n'y a pas de vide dans la Nature (nous nous sommes expliqué ailleurs la-dessus)"

J'aimerai savoir où est-ce qu'il en parle aussi s'il vous plait.

Ce qui est dérangeant, me semble-t-il, c'est qu'il se sert de ça pour argumenter.

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Murillo
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Messagepar Murillo » 08 mai 2010, 14:31

Salut,

A mon avis, cela veut dire que, puisque la nature consiste en une substance unique, composée d'une infinité d'attributs et d'une infinité de manières, il ne peut rien avoir en son sein qui ne soit causé par quelque chose... chose elle-même causée par quelque chose, et ainsi à l'infini.

Ainsi, en ce qui concerne le vide, cela pourrait vouloir dire que lui-même est causé par quelque chose. Le vide reste un mode d'existence de la substance, et pas du tout un "empire dans un empire", soumis à des lois différentes du reste de la nature.

"La nature a horreur du vide" est je pense une phrase "parfaitement" spinozienne. Il propose en effet dès le début de l'Ethique que chaque chose est en soi ou en autre chose. Avant de démontrer peu après qu'une seule chose est en soi, la substance... le reste étant donc forcément dans la substance, donc déterminé à agir de manière déterminée.

Scolie de la proposition XXXIII, livre I
« Quant à dire une chose contingente, il n'y a pour le faire d'autre raison qu'eu égard au défaut de notre connaissance ».

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Messagepar Babah » 08 mai 2010, 23:17

Spinoza ne dirait pas que la nature a horreur du vide puisque ce serait lui prêter un sentiment humain.

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Messagepar AUgustindercrois » 23 juil. 2010, 00:09

Spinoza répond aux théologiens chrétiens, pour lesquels, en gros, le corps pâtit, la matière se divise, du point de vue métaphysique.

Il répond que c'est une mauvaise compréhension du corps-matière, et de l'infini. Si l'infini est infini, alors le vide est seulement apparent; il est du plein de plein, du surplein, du plein qui se replie sur lui-même.

C'est ainsi que SPinoza résout le paradoxe de l'un et du multiple: si DIeu est Un (une substance), alors pourquoi le monde est - il multiple?

Parce que c'est la conséquence de la surpuissance de l'Un quant à la matière.

Reste qu'il ne répond pas à la question de la surpuissance de Dieu, et que personne ne peut y répondre, parce que Dieu est plus fort que nous (c'est pourquoi on ne peut le haïr).



Cette conception ontologique de la matière a des conséquences psychologiques importantes.

Pour les judéo-chrétiens, le corps c'est mauvais, ça s'oppose à l'esprit, qui lui permet l'union à Dieu.

Bon exemple; Pascal, sur le vide infini des espaces qui l'effraie.

Or, Spinoza réfute ce dualisme (opposition corps - esprit) en montrant que le corps, la matière, c'est du plein de plein de Dieu, l'expression de la surpuissance divine.

Spinoza pourfend ainsi Descartes, pour lequel quand l'esprit agit, le corps pâtit. Il déduit de la nature métaphysique de la matière le parallélisme psychologique du parallélisme entre le corps et l'esprit; quand mon corps agit, mon esprit agit; quand mon corps pâtit, mon esprit pâtit.

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Messagepar Miam » 23 juil. 2010, 14:02

Salut,

Pour saisir ce que Spinoza entend par contingence, voir II 44 Scolie.

Quant à la mention de l'absence de vide en I 15 scolie, on ne peut pas dire que ce soit un argument au sens strict puisqu'elle apparaît dans un scolie et non dans une démonstration.
Du reste, quand bien même ce serait un argument important, pourquoi serait-ce choquant ? Descartes affirme la même chose quoique pour des raisons différentes. Et aujourd'hui on sait que même le "vide quantique" est encore plein d'énergies en mouvement.


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