Attribut et modes, individu, l'idée et son objet

Ce qui touche de façon indissociable à différents domaines de la philosophie spinozienne comme des comparaisons avec d'autres auteurs, ou à des informations d'ordre purement historiques ou biographiques.
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Messagepar Miam » 18 juil. 2005, 15:41

A Bardamu (mais cela devrait aussi intéresser Louisa).

Je commence par le début.
Tous les attributs constituent et expriment l’essence, et donc la puissance, de la substance (I D4 et D6).

Il y a cependant une difficulté. Dans les définitions et ailleurs, les attributs constituent et exprime chacun l’essence de la substance, ou ils constituent la substance elle-même et expriment son essence (ID6). En I 10s1, par contre, ils expriment chacun « aeternam et infinitam certam essentiam ». Et l’on traduit cela parfois par « une essence infinie et éternelle » de la substance. Là les attributs semblent exprimer chacun à leur manière la même essence. Ici ils semblent exprimer chacun une essence différente.

Faut-il nécessairement traduire « certam » en ce sens ? Ou cela peut-il signifier également que chaque attribut exprime la même essence ?
Si chaque attribut exprime une essence de la substance, il faudrait parler ensuite de chacune de ces essences. Or Spinoza ne le fait jamais. Par la suite Spinoza ne parle plus que de « la nature de Dieu » ou de « l’essence de Dieu » au singulier et de sa relation aux attributs :

I 21d parle de « la nécessité de la nature d’un attribut » et fonde celle-ci sur la nécessaire « infinité de sa nature ». Or l’infinité de la nature de l’attribut s’étaie sur I 11, c’est à dire les preuves de l’existence de Dieu, en ce que « Dieu, c’est à dire une substance constituée par une infinité d’attributs dont chacun exprime l’essence éternelle et infinie (pas de « certam »), existe nécessairement ». La nature de l’attribut, c’est la nature de la substance exprimée par cet attribut. Aussi le mode « exprime d’une certaine manière cette même « nature de Dieu » en tant qu’il est » sous tel ou tel attribut (II 5d).

C’est pourquoi également, « De la nécessité de la nature divine doivent suivrent en une infinité de modes une infinité de choses » (I 16). Il s’agit de la puissance d’agir qui suit de « la nature de Dieu » elle-même. Et la proposition continue, qui la distingue déjà en quelque manière de la puissance de penser : « c’est à dire tout ce qui peut tomber sous un entendement infini ». On comprend alors pourquoi ce qui relève de la puissance d’agir, selon II 7 Coroll. « suit formellement de la nature infinie de Dieu ». Ce qui suit de la « nature de Dieu », c’est ce qui relève de la puissance d’agir, à savoir les modes (ici comme essences formelles) contenus (II 8) dans leurs attributs respectifs, qui constituent et expriment cette nature. Donc y compris l’attribut pensée. C’est là le parallélisme ontologique.

Spinoza distingue cette puissance d’agir de la puissance de penser à partir de l’énonciation du parallélisme sous sa forme épistémologique (II 7 et II 7 Coroll.), bien que cette distinction ait été annoncée, comme on l’a vu plus haut, par la très importante proposition I 16.

Ce qui relève de la puissance de penser « suit objectivement (et non plus formellement) dans le même ordre et avec la même connexion de l’idée de Dieu » (II 7 Coroll.). Et II 8 dit que les êtres objectifs sont compris dans l’idée de Dieu comme les êtres formels sont contenus dans les attributs. Les êtres objectifs relèvent donc de la puissance de penser.

Maintenant quelle est la relation entre la puissance d’agir et la puissance de penser ? Ce sont deux parties égales de la puissance infinie de Dieu (II 7 Coroll.). Mais l’idée de Dieu semble être un mode de l’attribut. Est-ce pour cela que l’on peut dire que la puissance de penser est un mode de la puissance d’agir ? Si elles sont les deux parties égales d’une même puissance, l’une ne peut être le mode de l’autre. Du reste l’expression « mode de puissance » ne se rencontre pas mais seulement « partie » de la puissance (et aussi, quant aux modes, « degré » de réalité ou de perfection).

L’idée de Dieu est-il un mode de l’attribut ? C’est bien plutôt son être formel, l’entendement infini, qui est le mode infini immédiat de l’attribut. Et de même que le mouvement est le rapport total de tous les rapports essentiels des modes, l’entendement est l’idée synthétique de toutes les idées prises dans leur essence formelle, c’est à dire comme mode. L’entendement infini « n’est qu’ » un mode de l’attribut. Mais toute la Nature, « en une infinité de modes une infinité de choses », « tombe sous lui » (I 16). Ce qui « tombe » sous lui, ce ne sont pas les modes, mais, selon le sens usuel de « tomber sous un concept », les objets et leurs idées : ce sont les êtres objectifs compris dans l’idée de Dieu. C’est pourquoi Deleuze, comme je crois Guéroult, dit que l’idée de Dieu, c’est l’aspect objectif de l’entendement infini (aspect formel). Il est à remarquer que cette distinction n’apparaît que dans l’attribut pensée.

Tout cela se fait simultanément, ou plutôt sub specie aeternitatis, si bien qu’il ne s’agit pas d’un processus. On ne peut dire que l’attribut, produit par la puissance d’agir, constitue l’entendement dont l’être objectif (l’idée de Dieu) produit les êtres objectifs par la puissance de penser. Ce n’est pas comme cela que ça se passe nous dit Spinoza. Et cela Deleuze ne l’a pas vu avec la double expression qui semble encore néoplatonicienne parce que expression et constitution, bien que toujours liées n’ont pas la même relation dans la nature naturante et la nature naturée :

D’abord l’attribut ne constitue pas les modes qu’il contient mais l’essence de la substance. C’est là une conséquence de l’autoconstitution infinitaire de la substance (partie I de l’Ethique).
Ensuite (II 11 et 13), l’essence des modes « contenus » dans l’attribut pensée est constituée par les êtres objectifs qui relèvent de la puissance de penser ! Lorsque plus tard, à partir de II 11 précisément, Spinoza dit « Dieu, en tant qu’il constitue la nature (ou l’essence) du Mental », il s’agit de la puissance de penser. Et quand il dit « une idée est (donnée) en Dieu », il s’agit de l’idée, ou être objectif, comprise dans l'idée de Dieu et qui constitue (ou non) l'essence de notre Mental.

Eu égard à la constitution on a : attribut (flèche droite) essence de la substance (puissance d’agir)
Essence du mode contenu dans l’attribut (flèche gauche) êtres objectifs = essence objective de la substance (Idée de Dieu) ou puissance de penser.

Une succession, même logique, n’est pas concevable. Cette circularité de la constitution qui permet la « réflexion » de Dieu dans l’idée de Dieu (dont le génitif est alors à la fois subjectif et objectif), n’est que la conséquence de l’autoconstitution infinitaire de la substance au niveau de la seule nature naturante. Si toutefois « la substance est antérieure à ses affections » c’est au sens où elle est cause de soi et que la cause est antérieur à l’effet malgré tout. Mais à partir du moment où elle est cause de soi (autoconstitution), ce qu’elle est toujours déjà, la substance est nécessairement affectée. On pourrait presque dire que si Descartes considère la réflexion comme une autoaffection du sujet, Spinoza la saisit comme une autoaffection de la substance (ce qui lui permet de se passer d’un « signe »).

De là la particularité de l’attribut pensée. Spinoza ne dit nulle part qu’un autre attribut possède cette particularité. Cette particularité est une nécessité épistémique : une idée « est donnée » comme dit l’Ethique et « nous avons une idée vraie » (TRE). C’est à la fois une chance pour nous, car la réflexion divine permet le processus vers la « conscience de soi et de Dieu ». Mais c’est aussi la marque de notre finitude, car nous n’avons que cela à partir de quoi nous pouvons connaître : des êtres objectifs, c’est à dire des idées d’objets. Mais cette nécessité épistémique pour nous demeure une nécessité ontologique pour la substance : naturalisation de l’homme, humanisation de la Nature.

A ce sujet il y a une certaine tension chez Spinoza dans la manière dont il traite de l’entendement infini de Dieu. Dans la lettre 64, le mode infini immédiat de la pensée est « l’intellectus absolute infinitus » où il semble, par l’emploi d’ « absolute », le confondre avec Dieu lui-même au niveau de la nature naturante. Il y a une grande évolution de Spinoza depuis le CT en ce qui concerne le rôle attribué aux modes infinis. Et il ne faut pas oublier que Spinoza parle ici un langage scolastique qui, s’il ne lui est pas étranger, n’est peut-être pas le véhicule idéal à sa pensée, comme pourrait en témoigner la diversité des genres littéraires que l’on trouve dans son œuvre.

Est-ce que j’ai répondu à ta question ?
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Messagepar bardamu » 19 juil. 2005, 00:55

Miam a écrit :(...)
Maintenant quelle est la relation entre la puissance d’agir et la puissance de penser ? Ce sont deux parties égales de la puissance infinie de Dieu (II 7 Coroll.).
Mais l’idée de Dieu semble être un mode de l’attribut. Est-ce pour cela que l’on peut dire que la puissance de penser est un mode de la puissance d’agir ? Si elles sont les deux parties égales d’une même puissance, l’une ne peut être le mode de l’autre. Du reste l’expression « mode de puissance » ne se rencontre pas mais seulement « partie » de la puissance (et aussi, quant aux modes, « degré » de réalité ou de perfection).

Ca, c'est un premier point que j'aimerais éclaircir.
Pourquoi considères-tu qu'il s'agit de 2 parties égales plutôt que la même chose dite selon 2 manières différentes, selon qu'on parle formellement ou objectivement ?
Différence quantitative (puissance coupée en 2) ou différence "attributive" (puissance selon tel ou tel point de vue) ?

Hinc sequitur quod Dei cogitandi potentia æqualis est ipsius actuali agendi potentiæ.
De là suit que la puissance de penser de Dieu est égale à sa puissance actuelle d'agir.

Où trouves-tu l'indication d'une scission en 2 parties de la puissance de Dieu ?
Miam a écrit :(...)Tout cela se fait simultanément, ou plutôt sub specie aeternitatis, si bien qu’il ne s’agit pas d’un processus. On ne peut dire que l’attribut, produit par la puissance d’agir, constitue l’entendement dont l’être objectif (l’idée de Dieu) produit les êtres objectifs par la puissance de penser. Ce n’est pas comme cela que ça se passe nous dit Spinoza.
Et cela Deleuze ne l’a pas vu

Tes références à Deleuze me semblent à nouveau curieuses puisque je n'ai pas l'impression qu'il dise autre chose que le fait qu'il y ait simultanéité sub specie aeternitatis, mais bon, passons...
Miam a écrit :(...)
Ensuite (II 11 et 13), l’essence des modes « contenus » dans l’attribut pensée est constituée par les êtres objectifs qui relèvent de la puissance de penser !

Comment comprends-tu dans E2P8 : "comme sont contenues dans ses attributs les essences formelles de ces choses" ?
Les essences formelles des idées ont-elles besoin d'un être objectif pour être contenues dans la Pensée ?
Miam a écrit :Eu égard à la constitution on a : attribut (flèche droite) essence de la substance (puissance d’agir)
Essence du mode contenu dans l’attribut (flèche gauche) êtres objectifs = essence objective de la substance (Idée de Dieu) ou puissance de penser.

Note : Pour faire les flèches, je fais tiret - et signe < ou >, ça se voit que c'est des flèches ?

L'idée de Dieu suit nécessairement de l'attribut, de sa nature de chose pensante, et non pas en tant qu'il se prend lui-même pour objet d'une idée (E2P5 dém.).
L'idée de Dieu suit nécessairement de la Pensée sans, encore, d'être objectif. On pourrait peut-être compléter ton schéma :

essence du mode <- être objectif = idée de Dieu (puissance de penser) <- attribut -> essence de la substance (puissance d'agir)
Miam a écrit :(...) De là la particularité de l’attribut pensée. Spinoza ne dit nulle part qu’un autre attribut possède cette particularité.

Comment concilies-tu le parallélisme ontologique avec cette particularité qu'aurait la Pensée ?
Pour moi, c'est tout simplement qu'on voit la même chose de 2 manières différente : d'une part on considère 2 modes dans leur attribut, et d'autre part on considère la relation qu'on opère entre ces 2 modes, de l'idée à son objet.
Et si je posais la question de l'objet du corps, comme équivalent de l'objet de l'idée, c'est que finalement cette relation que nous faisons entre une idée et son objet, peut-être parce que nous sommes nous-mêmes une idée et son objet, peut tout aussi bien être inversée. L'objet de notre Corps, c'est son Mental, ce qui constitue en premier l'essence de notre Corps ce n'est que le mouvement d'un Mental existant en acte.
La danse des esprits.
Miam a écrit :Cette particularité est une nécessité épistémique : une idée « est donnée » comme dit l’Ethique et « nous avons une idée vraie » (TRE). C’est à la fois une chance pour nous, car la réflexion divine permet le processus vers la « conscience de soi et de Dieu ». Mais c’est aussi la marque de notre finitude, car nous n’avons que cela à partir de quoi nous pouvons connaître : des êtres objectifs, c’est à dire des idées d’objets.

Si la chose est Dieu, si l'être objectif est l'idée de Dieu, où est la limite dans la connaissance ? Les objets des idées seraient-ils limités ?
C'est au contraire parce qu'il fonde une correspondance nécessaire entre les idées et les choses, que Spinoza me semble ouvrir la connaissance à l'infini. Il n'y a pas de limite de principe seulement une limite de fait.
Miam a écrit :(...)
Est-ce que j’ai répondu à ta question ?

Il me faudra un peu de temps pour saisir plus précisément ta manière de penser mais ça s'améliore, me semble-t-il.
Ce n'est toujours pas très net sur la relation que tu fais entre attributs et modes, j'ai toujours l'impression d'une coupure entre les deux.

Et je relis les Pensées métaphysiques (annexe des PPD), on y trouve, partie 1 chap. 2 :
Spinoza a écrit :Ce qu'est l'Etre de l'Essence, de l'Existence, de l'Idée et de la Puissance
On voit clairement par là ce qu'il faut entendre par ces quatre être. En premier lieu, l'Etre de l'Essence n'est rien d'autre que la façon dont les choses créées sont comprises dans les attributs de Dieu ; l'Etre de l'Idée, en second lieu, se dit en tant que toutes choses sont contenues objectivement dans l'idée de Dieu ; l'Etre de la Puissance ensuite se dit en ayant égard à la puissance de Dieu, par laquelle il a pu dans la liberté absolue de sa volonté créer tout ce qui n'existait pas encore ; enfin, l'Etre de l'Existence est l'essence même des choses en dehors de Dieu et considérée en elle-même, et il est attribué aux choses après qu'elles ont été créées par Dieu.

Ces quatres "être" ne se distinguent les uns des autres que dans les créatures.
Il apparait clairement par là que ces quatre être ne se distinguent que dans les choses créées mais non du tout en Dieu. Car nous ne concevons pas que Dieu ait été en puissance dans un autre être et son existence comme son entendement ne se distinguent pas de son essence.

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Messagepar Servais » 21 juil. 2005, 11:36

Grand merci à Louisa et à Bardamu pour leurs commentaires à mon dernier message. Ce que dit Louisa me semble apporter une explication au problème en tant qu'il se pose au niveau de l'idée de l'idée, mais Bardamu a bien relevé que la question était plus vaste et touchait la théorie mettant en équivalence des modes de pensée correspondant aux idées d'attributs avec leurs modifications correspondantes dans l'attribut étendue.
Maintenant, pour ce qui est de la connaissance des autres attributs ne nous constituant pas - sujet abordé par l'un ou l'autre des récents messages - je signale le texte elliptique et quelque peu mystérieux du Court Traité, première partie, chap. 1, n°7, note de la note 1, La Pléiade, p.18 (cité par Deleuze dans son "Spinoza et le problème de l'expression", p. 104) : "Nous trouvons en nous quelque chose qui nous révèle clairement l'existence, non seulement d'un plus grand nombre, mais d'une infinité d'attributs parfaits, qui devraient appartenir à cet être parfait, pour qu'il puisse être parfait. Et d'où vient cette idée de perfection? Ce quelque chose ne peut venir de ces deux attributs, car deux ne font que deux et non l'infinité ; d'où vient-il donc? Certainement pas de moi, car alors je devrais pouvoir donner ce que je n'ai pas. Ce quelque chose ne peut donc venir que d'attributs infinis, qui nous disent qu'ils sont, sans nous dire en même temps ce qu'ils sont. Car nous savons seulement ce sont deux des attributs."

...juste pour susciter vos commentaires sagaces.

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Messagepar Miam » 25 juil. 2005, 20:18

Cher Bardamu,

Je voulais faire court (trois paragraphes). Mais comme, si l’on veut tout prendre en compte, l’affaire est assez complexe, pour finir je t’ai écrit la version longue.

« Pourquoi considères-tu qu'il s'agit de 2 parties égales plutôt que la même chose dite selon 2 manières différentes, selon qu'on parle formellement ou objectivement ?
Différence quantitative (puissance coupée en 2) ou différence "attributive" (puissance selon tel ou tel point de vue) ? »

Lorsqu’il ne s’agit pas des « pareils » (aequales) au sens de « mes pareils », les occurrences d’ « aequalis », dans l’Ethique, concernent toujours le quantitatif. En particulier, en I 12d, « égales » se dit de parties :

« dès lors, si la substance entière était divisée en parties égales, elle perdrait sa nature de substance… »

La substance elle-même ne saurait se diviser en deux parties égales. Mais, semble-t-il, tel n’est pas le cas de sa puissance. Dans II 49s, Spinoza « nie absolument que nous ayons besoin d’une égale puissance de penser pour affirmer que ce qui est vrai est vrai, que pour affirmer que ce qui est faux est faux ». Ce qui montre encore, je crois, le caractère quantitatif de l’ « égal » lorsqu’il s’applique à la puissance.

Enfin le très intéressant III 28d énonce :

« Mais entre l’effort (conatus) du Mental ou (seu) la puissance qu’elle a en pensant (potentia in cogitando) et l’effort du Corps ou la puissance qu’il a en agissant (potentia in agendo), il y a par nature égalité et simultanéité. (Comme il suit du Coroll. de la Prop. 7 et du Coroll. de la Prop. 11, p.II. Donc nous faisons effort absolument parlant pour que cette chose existe »

A cette lecture, tu concluras sans doute que le Mental, puisqu’il est un mode de l’attribut pensée, est une chose pensante (cf. IID3) et possède donc une puissance de penser (potentia cogitandi) comme semble le montrer ici la mention de sa « puissance en pensant » (potentia in cogitando).

Seulement voilà : si le Mental possède bien une puissance de penser (III 11, III 12d, III 15d1, III 59d), il possède néanmoins et également une puissance d’agir à l’instar du Corps (III 53, III 53d, III 54, III 54d, III 58d, III 59d). Cela peut certes paraître étrange, mais c’est comme cela. Et cela s’accorde avec ce que j’ai dit : à savoir que le Mental est un mode qui « suit de l’attribut » et ressortit en cela de la puissance d’agir. Mais aussi que ce même Mental est constitué d’une idée ou être objectif (II 11 et II 13) qui suit de l’idée de Dieu et ressortit de la puissance de penser. Cela n’est pas sans produire quelque complexité. Car alors le Mental peut être saisi soit comme mode de l’attribut (puissance d’agir), soit en tant qu’il est constitué par des êtres objectifs (puissance de penser).

Quant à la puissance divine, on ne peut toutefois parler proprement d’une simple différence de « points de vue ». Car la différence concerne deux parties réellement distinctes d’une même puissance et non deux expressions d’une même puissance, comme le seraient deux attributs ou deux modes correspondants dans deux attributs. C’est ici qu’il faut distinguer « expression » et « constitution ». Car si l’attribut pensée « exprime » bien la puissance de penser qui constitue l’être de ses modes via les êtres objectifs (II 11, 13, 15, …), il constitue aussi lui-même l’essence de la substance (I Déf. 4), et donc sa puissance, qu’il exprime également (I Déf. 6). L’attribut pensée constitue la puissance de la substance, mais il est constitué (via l’être de ses modes) par la seule puissance de penser. On ne saurait non plus dire qu’il s’agit de deux points de vue différents sur la substance elle même, à moins d’assimiler indûment l’idée de Dieu (mode infini) et la nature ou l’essence de la substance qu’exprime tous deux l’attribut. (Par ailleurs peut-on toujours assimiler Dieu et la substance ?).

Les deux puissances sont-elles différents points de vue sur le mode de penser ? Sans doute puisqu’il s’agit du même mode et que cette distinction de puissance ne correspond pas à deux parties de ce mode sous peine de dualisme. De plus III 59d énonce : « sa puissance de connaître, c’est à dire sa puissance d’agir » (« Hoc est » et non « sive » cependant, « hoc est » dénotant une conséquence logique). Mais s’agit-il du même être ou de la même essence du Mental sans distinction formel/actuel ? On verra que non.

La citation précédente ne considère que la puissance de penser du Mental. On peut alors se demander pourquoi le conatus du Mental, qui est l’essence actuelle du mode (III 7) ressortit ici de la seule puissance de penser du Mental, alors qu’il aurait pu, à l’instar de celui du Corps, ressortir également de sa puissance d’agir.

Pour autant que l’on puisse assimiler l’être actuel et l’essence actuelle, cette essence actuelle du mode qu’est le conatus est constituée de l’idée (être objectif) non pas d’un mode mais d’une « chose » (II 11 : Louisa sera contente de cette distinction). Il est remarquable que lorsqu’il s’agit de la constitution du Mental en général (II 13) ou de l’être formel du Mental ((II 15d) et non plus de son être actuel, il n’est plus fait mention d’une idée de chose mais d’une idée de mode seulement (en l’occurrence le Corps).

Qu’est-ce que cela change ? Que seul l’être actuel du Mental a la capacité d’être constitué de toute la puissance de penser que possède ce Mental. La puissance d’agir totale étant égale à la puissance de penser totale (II 7 Coroll.), il s’ensuit que la puissance de penser du Mental doit s’étendre ou s’appliquer (selon nos deux termes) aux modes correspondants de tous les attributs et non seulement du seul étendu. L’être actuel du Mental est constitué de l’idée d’une chose et non d’un mode. Il en résulte que seul l’être actuel du Mental, selon II 11, peut être entièrement constitué par la puissance de penser de ce Mental. C’est pourquoi ici le conatus du Mental est identifié à la seule puissance de penser de ce Mental, et non sa puissance d’agir.

Se posent alors au moins trois questions.
Pourquoi seul l’être actuel du Mental permet-il l’accomplissement de la puissance de penser ?
Qu’est-ce qui distingue les conatus du Mental et du Corps ?
Quel est alors cet « effort du Mental d’imaginer sa puissance d’agir » que l’on rencontre en III 53, III 53d, III 54, III 54d, III 58d, et III 59d ?

Le conatus est l’effort pour persévérer dans l’ être. Cet être, pour le Corps, c’est son rapport interne de mouvement et de repos qui permet une quasi régénérescence permanente dans la variation des parties (cf. IV 39). L’on peut fort bien imaginer son analogue pour le Mental. L’être du Mental serait alors un rapport synthétique interne qui permet la variation des idées qui le composent. Il est un fait que nous changeons d’opinion sans changer notre individualité mentale. En ce sens l’être du Mental et du Corps présentent une homologie.

De quel être s’agit-il ? De l’être actuel, à n’en pas douter, puisqu’il s’agit ici de la persévérance d’une chose qui existe actuellement. Mais avons-nous bien fait de laisser jusqu’ici indistincts l’être actuel de l’essence actuelle ? Car qu’est ce le conatus ? L’effort pour persévérer dans son être ou cet être lui-même ? Le conatus est certainement l’essence actuelle du mode (III 7). Mais s’identifie-t-il à son être actuel ? Il semble bien que non. Il est l’effort pour conserver cet être actuel. Il est l’essence actuelle. Curieusement l’essence actuelle est l’effort pour conserver l’être actuel.

On retrouve ici le rôle médiateur de la durée, qui « est l’attribut sous lequel nous concevons l’existence des choses créées en tant qu’elles persévèrent dans leur existence actuelle » (PM I, 4). La durée est in-définie parce qu’elle est conservation d’un être intrinsèquement infini (l’infini quantitatif de la Lettre 12, la cause interne infinie) dont la finitude ne vient que de l’extérieur dans l’existence en acte. L’être actuel est intrinsèquement infini (rapport infini, degré d’une puissance infinie), mais l’essence actuelle, l’effort pour conserver l’être, est indéfinie, puisqu’elle dure autant que dure l’existence.

Ce n’est donc pas le conatus, l’essence actuelle, qui est constitué par les êtres objectifs, mais l’être actuel qu’il s’efforce de conserver. Les êtres objectifs ne constituent pas l’effort, car l’effort dépend des variations affectives (transitiones) dans la durée (chaque moment de la durée contenant alors un infini en acte). L’effort est secondé ou réduit selon que l’affect est joyeux ou triste (III 11). Un affect joyeux, même passif, peut en effet amorcer une série d’affects actifs. Mais c’est en fin de compte la seule joie s’accordant avec la Raison, la joie active, qui accroît ou seconde « la puissance de l’homme » (IV 59d). Or les êtres objectifs ou idées qui constituent le Mental peuvent êtres adéquates ou confuses, c’est à dire être affectivement passives ou actives. Qu’elles soient adéquates ou confuses, elles constituent toujours la totalité (infinie) de l’être actuel du Mental. Mais l’essence actuelle du Mental, à savoir le conatus, n’est redevable que des affects actifs qui constituent cet être. Il est une puissance positive et toujours en acte. Si les affects tristes le « réduisent », c’est qu’ « un Désir qui naît de la connaissance vraie du bon et du mauvais peut être éteint ou réduit par beaucoup d’autres Désirs naissant des affects par lesquels nous sommes dominés » (III 15). Le conatus ou essence actuelle n’est constitué que des degrés actifs de la puissance de penser de Dieu. Au contraire, l’être actuel du Mental est constitué d’idées adéquates ou non. Autrement dit, si des idées adéquates ou non constituent l’être du Mental, seules les idées adéquates constituent sa puissance de penser, étant entendu que toute puissance est en acte. De là les variations affectives du conatus ou de la puissance de penser du Mental. (Pourtant, l’être actuel n’est pas autre « chose » que l’essence actuelle ou conatus du Mental.)

On peut alors répondre à la question : pourquoi seul l’être actuel du Mental est-il constitué d’une idée de chose, qui permet à la puissance de penser de s’identifier à son essence actuelle ou conatus ? L’être en général (II 13) ou l’être formel du Mental (II 15d, référence à II 13) n’est constitué que de l’idée du Corps, mode étendu, et non pas de l’idée de la chose existante (modalité).

Qu’est-ce qu’un être formel ? Selon la distinction de Wolfson (être formel – essence formelle), c’est un degré de la puissance infinie de Dieu. Ce sont des formes possédant quelque valeur causale dans la série des modes, et qui sont donc destinées à exister. C’est pourquoi III, Déf. Gén. des aff assimile la puissance d’agir à la puissance d’exister (« agendi potentia sive existendi »). Aussi bien : l’être formel, c’est le même « être » que l’être actuel. Tous deux sont les formes possédant une certaine puissance d’exister. Ils relèvent tout deux de la puissance d’agir. Toutefois comme être formel, ce mode est considéré comme un simple degré de puissance infinie contenu dans l’attribut ; tandis qu’en tant qu’être actuel, ce même mode est considéré dans son rapport (cause interne infinie) intrinsèque. Et c’est ce rapport (infini) du Mental, qui est constitué par l’idée d’une chose.

On comprend dès lors pourquoi la relation être –essence qui, au niveau formel, recouvre l’opposition puissance dynamique – structure (voir nos messages précédents), semble s’inverser au niveau actuel : la puissance dynamique y est alors l’essence (le conatus), tandis que la structure s’apparente à l’être actuel. C’est que l’être formel et l’être actuel sont exactement la même chose selon deux points de vue différents, et relèvent tout deux de la puissance d’agir. On pourrait comparer l’être actuel à un zoom sur l’être formel (degré de puissance infinie). Bref, c’est le même « être ». Et il n’y a pas de raison qu’une même chose d’ « être » qu’elle était, devienne subitement une « essence », pour la seule raison qu’on la considère intrinsèquement et non dans sa relation de participation à la production de l’infinité des autres modes contenus dans l’attribut, puisqu’il s’agit du même degré de puissance.

Par ailleurs la définition de l’essence comme « ce sans quoi la chose ne peut être ni être conçue, et qui vice versa ne peut sans la chose être ni être conçue » (II D2) semble alors bien s’appliquer aux essences formelles et actuelles. Pour être une essence formelle, il suffit d’être contenu dans l’attribut (II 8). L’essence formelle se définira alors par cet attribut « comme par un genre », de sorte qu’elle recouvre avec ses pareilles tout ce qui peut être pensé ou étendu. On définit par la cause. L’énoncé d’une essence formelle doit donc comprendre sa cause : à savoir ici Dieu en tant qu’il est exprimé par cet attribut dans lequel elle est contenue.

L’essence actuelle doit aussi être définie par sa cause. Or si l’être actuel du Mental est constitué par des êtres objectifs, ceux-ci n’appartiennent pas nécessairement à l’essence du Mental. Les idées confuses, sans puissance causale, n’appartiennent pas au Mental que, pourtant, elles constituent. Ces idées n’appartiennent donc ni à la définition, ni à l’essence du Mental (cf. cinquième partie). Au contraire, l’essence actuelle du Mental n’est rien d’autre que le conatus, la puissance de penser ou la « vertu » du Mental, dans la mesure où il s’assimile à la puissance en acte des seules idées adéquates qui constituent l’être actuel.

Il y a une grande différence entre être et essence selon le niveau formel ou actuel. Certaines essences formelles ne sont pas des êtres formels : par exemple les essences formelles des choses non existantes (II 8). Les êtres formels sont des degrés de puissance de la substance. Mais ils ne sont pas nécessairement constitués par des idées adéquates. C’est ce que montre le zoom sur l’être actuel. Tous les êtres actuels possèdent une force intrinsèque qui les fait se conserver dans l’être. Cette force intrinsèque s’applique à la définition de tout ce qui peut « être dit exister » (II 8). On peut donc l’appeler « essence actuelle ».

L’ « être actuel » ou rapport interne infini n’est pas différent de l’être formel ou rapport à tous les autres êtres formels de l’attribut, même si, en changeant de point de vue sur cette même chose, on passe d’un registre « dynamique » à un registre « structural » et d’un rapport infini externe mais cependant « contenu » dans l’attribut à un rapport infini intra-modal. On voit bien alors que l’ « être actuel » du Mental, n’étant pas différent de son être formel, relève de la puissance d’agir du Mental, bien qu’il soit « constitué » par des idées qui suivent de la puissance de penser. Mais le conatus ou essence actuelle, est constitué par les seuls affects actifs (ou degrés de puissance en acte) qui appartiennent en effet au Mental c’est à dire « se rapportent à Dieu en tant qu’il constitue (par sa puissance de penser donc) la nature du Mental » seulement et pas aussi la nature d’autre chose (II7s). (Les idées confuses partielles constituent donc également la nature du Mental). Le conatus se confond alors avec la puissance de penser du Mental (II 28d) comme partie de la puissance de penser de Dieu. Et c’est pourquoi le Mental est une partie de l’entendement infini de Dieu (II 7 Coroll.)

Si seul l’être actuel du Mental est constitué de l’idée d’une chose (et non d’un mode) (II 11), c’est qu’il est le seul à pouvoir exprimer le conatus (essence actuelle) c’est à dire les idées adéquates qui le constituent (la puissance de penser), puisqu’il exprime toutes les idées qui le constituent, adéquates ou non.

L’être formel n’exprime pas la puissance de penser, le conatus, mais seulement le degré de puissance du mode qui, dans l’être actuel, sera constitué d’idées adéquates ou non, c’est à dire également d’idées impuissantes qui réduisent la puissance de penser. L’être actuel relève bien lui-aussi de la puissance d’agir, mais du fait qu’il est constitué de l’idée d’une chose, il est apte a exprimer la puissance de penser (affectus sive constitutio). En revanche, la constitution de l’être formel se limite à l’idée du Corps (et non de la chose). Et c’est la seulement une conséquence de la capacité de l’être actuel à exprimer la puissance de penser (II 13 et 15 se réfèrent à II 11) ; car l’être formel, bien que constitué également d’une idée d’objet, ne saurait exprimer une puissance de penser qui s’étend non à un seul attribut mais à la chose comprise dans tous les attributs.

Qu’est-ce qui distingue alors le conatus du Mental du conatus du Corps ? Le second, contenu dans un attribut qui constitue l’essence de la substance, relève de la seule puissance d’agir. Par contre il semble qu’il y ait deux conatus dans le Mental. L’un correspond à la puissance de penser (III 28d) Mais l’autre correspond à sa puissance d’agir (III 54d qui se réfère à III 7). Comment expliquer cela ? III 28d semble affirmer que le Mental et le Corps possèdent tous deux une partie égale de la puissance : le conatus de l’un est sa puissance d’agir, celui de l’autre la puissance de penser. Mais le Mental relève aussi de la puissance d’agir et cette puissance s’identifie aussi à son conatus, qui n’est plus assimilé à son essence actuelle seulement, mais à son essence tout court (III 54d). Le Mental alors, par cette double puissance, ne possèderait-il pas à lui seul le conatus « absolument », c’est à dire entièrement, selon l’expression de III 28d ?

Oui et non. (Je sais, c’est très embêtant, mais je m’explique). C’est l’idée de l’idée qui permet d’expliquer ce paradoxe. C’est là en effet l’objet de III 53 et suivants. Grâce à sa puissance de penser qui s’applique aux modes correspondants de tous les attributs y compris lui-même, le Mental parvient à se penser lui-même. Plus précisément l’idée qui l’a pour objet est l’idée de sa puissance d’agir. L’être objectif, ici comme idée de l’idée, lui permet de saisir son propre être qui relève, comme on l’a dit, non pas de la puissance de penser, mais de la puissance d’agir. En d’autres termes l’idée de l’idée est l’idée du mode en tant qu’être formel. C’est pourquoi dans le TRE, « l’idée de l’idée n’est rien d’autre que la forme de l’idée » ou la vérité elle-même, l’essence objective.

III 53 : « Quand le Mental se considère lui-même et considère sa puissance d’agir, il est joyeux et d’autant plus qu’il s’imagine lui-même et imagine sa puissance d’agir plus distinctement. »

Il s’agit d’imagination. L’être objectif n’est pas nécessairement une idée adéquate. Du reste lorsqu’il est l’idée d’une idée il n’est pas nécessairement adéquat non plus (II 29). Pourtant l’idée de l’idée est l’instrument de la certitude (II 43 et 43s.) Le Mental se considère nécessairement lui-même quand il conçoit une idée vraie ou adéquate (II 43 et III 58d). Mais le contraire n’est pas nécessairement vrai. Dans le TRE l’idée de l’idée est même toujours vraie dans la mesure où elle est la forme de la vérité : la certitude même. Alors comment expliquer que l’être objectif de l’idée (l’idée de l’idée) soit une idée de l’imagination ?

C’est que l’essence du Mental consiste en ce qu’ « il affirme nécessairement l’existence actuelle de son Corps ». L’idée n’est pas représentative mais affirmative. Aussi :

III 54 : « Le Mental s’efforce d’imaginer cela seulement qui pose sa propre puissance d’agir ».

Le conatus, la puissance de penser, se recèle déjà dans l’imagination, bien que les idées confuses ne fassent qu’emprunter leur degré de puissance aux notions communes (et affects actifs) qu’elles supposent. L’être objectif considérera donc préférentiellement la puissance d’agir du Mental. Il y a bien un effort spécifique à l’imagination lorsque le Mental se considère lui-même : elle devient plus distincte. Il me semble qu’ici, Spinoza explique comment l’imagination peut devenir distincte. Ce qu’il avait déjà avancé en II 40s1. Elle le peut, je pense, par les idées d’affects, qui sont également des idées d’idées, puisqu’un affect est une idée. C’est, me semble-t-il, par les idées d’affects, que l’être objectif, même s’il est une idée de l’imagination, peut saisir la puissance d’agir du Mental (d’où l’importance des définitions des affects à la fin de la troisième partie). Cette idée sera d’autant plus distincte que l’affect est actif. Et l’idée sera nécessairement celle de la puissance d’agir du Mental.

On comprend alors pourquoi III 59d fait suivre la puissance d’agir de « puissance de connaître du Mental » (intelligendi potentia), et non de sa puissance de penser (cogitandi potentia). La puissance d’agir du Mental dépend de la distinction de l’imagination et réciproquement. En effet la distinction de l’imagination dépend de l’aptitude du Corps a être affecté, c’est-à-dire de la puissance d’agir du Corps. Et cette puissance d’agir ou degré de puissance doit être la même que celle du mode de penser correspondant, à savoir le Mental. La puissance de connaître, c’est bien la puissance de penser, mais en tant qu’elle s’applique au Mental lui-même : en tant qu’idée de l’idée. C’est sans doute là du reste le propos du TRE. Et n’est-ce pas là, chère Louisa, le lieu de la distinction entre l’être objectif et l’essence objective ...?

Est-ce que le Mental et le Mental du Mental possèdent à deux tout le conatus « absolument » (III 28d), c’est à dire la totalité de la puissance (de penser et d’agir) ? La puissance d’agir du Mental est la même que la puissance d’agir du Corps, exprimée par des attributs différents. Je réponds donc oui à la question dans la seule mesure où la puissance de penser du Mental relève de l’idée de l’affect et que cet affect n’est autre que la constitution du Corps (« affectus sive constitutio »). Dire que la puissance de penser et la puissance d’agir composent une puissance « totale » (le conatus absolument) dans le Mental du Mental, c’est dire également que la puissance de penser du Mental s’associe à la puissance d’agir du Corps pour former une puissance « totale » (le conatus « absolument »).

Bon voilà quoi.
Miam.


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