L'éternité de l'idée des modes en Dieu (Spinoza/Platon)

Questions et débats touchant à la nature et aux limites de la connaissance (gnoséologie et épistémologie) dans le cadre de la philosophie spinoziste.
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L'éternité de l'idée des modes en Dieu (Spinoza/Platon)

Messagepar SoleneAttend » 08 févr. 2018, 22:10

Bonjour à tous,

Si je comprends bien Spinoza, l'existence a une durée car les modes s'affectent les uns les autres, la durée de chaque mode étant indéfinie. Mais une idée qui correspond à l'essence de chaque mode est donnée en Dieu de toute éternité (un peu comme l'idée du cercle en plus complexe quand il s'agit d'un homme).

Quelle différence avec le monde des idées de Platon?

Merci d'avance!

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Henrique
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Re: Spinoza/Platon

Messagepar Henrique » 25 févr. 2018, 19:28

La différence est que cette idée n'est pas un modèle dont la réalité dans la durée ne serait que la peinture ou l'imitation, comme chez Platon. L'idée de cet écran en face de vous est éternelle dans l'entendement infini. En effet, cet entendement en perçoit complètement la nécessité extrinsèque, avec l'idée adéquate de l'enchaînement infini des causes qui l'ont fait être dans cet endroit et à ce moment de l'univers. Or percevoir complètement la nécessité d'un objet, c'est le percevoir comme ne pouvant être autre qu'il n'est, autrement dit déjà là avant qu'il ne commence de durer et toujours là une fois que sa durée est terminée. Voir Mc Taggart à ce sujet : on peut dire "Jacques Chirac a été le président de la RF et ne l'est plus" mais pour la raison, qui perçoit les choses comme nécessaires et donc comme éternelles (Ethique II, 44, cor. 2), autant dire "Jacques Chirac est (= sans que le passage du temps y puisse quoique ce soit, indépendamment des limites de sa durée) président de la RF de 1995 à 2007".
Ainsi l'idée de cet écran en face de vous n'est pas dans l'entendement infini un modèle de l'écran mais l'idée de cet écran unique qui est là, bien plus complète et concrète que l'idée qu'un entendement fini comme le nôtre peut former, du fait qu'elle est coprésente à l'idée de l'enchaînement infini des causes qui ont rendu nécessaire cet écran : en fait, à la différence des idées inadéquates que nous formons en fabriquant une image mentale des objets que nous percevons, l'idée adéquate d'une chose et cette chose même, cela revient exactement au même.
Nous ne pouvons connaître adéquatement la nécessité extrinsèque des modes de la substance, ni donc l'éternité de leur existence : entre l'idée de l'étant absolu ou de Dieu et l'idée de l'existence de cet écran, il y a un grand vide, dans la représentation que nous pouvons en former, vide qui permet d'imaginer que cet écran aurait pu ne pas être ou être autrement, mais ce vide n'existe pas en réalité, il y a bien une nécessité qui fait que cet écran est en lui-même éternel, puisque son existence dérive d'autres modes qui eux-mêmes existent nécessairement (cf. Eth. I, 33) et que le temps n'a pas de prise sur ce dont l'existence dérive d'une chose nécessaire (cf. Eth. I, déf. 8)
Mais nous pouvons connaître adéquatement et intuitivement la nécessité intrinsèque des modes : l'être de cet écran, son essence est connue adéquatement, non à partir d'une connaissance de la nécessité de l'infinité de causes qui l'ont amenée à l'existence, mais en tant qu'elle dérive nécessairement de l'essence de l'étendue absolument infinie de la substance (si nous en avons une connaissance claire et suffisante) qui elle-même cause de soi et ainsi éternelle. L'étendue n'est pas l'essence singulière de cet écran là en face de vous, mais elle n'en est pas moins essentielle à l'écran, puisque sans l'étendue, il n'aurait pu avoir aucune existence. Or se représenter adéquatement cet attribut de la substance, c'est se le représenter nécessairement comme devant produire une infinité infinie de modes de cet attribut (en vertu de Ethique I, prop. 16). C'est donc bien l'essence de cet écran, dans toute sa concrétude, qu'il s'agit de connaître de cette façon, qui correspond au troisième genre de connaissance (cf. II,40, sc.)
Henrique Diaz
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