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Liberté et déterminisme chez Spinoza

 
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PifLeChien
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MessagePosté le: 03/09/2008 04:51    Sujet du message: Liberté et déterminisme chez Spinoza Répondre en citant

Bonjour amis spinozautes,

Cela fait un bon moment que je lis ce forum après avoir découvert Spinoza au fur et à mesure de mes lectures, en tant que "philosophe en herbe". Toute ma reconnaissance d'ailleurs irait pour cela à Bensayag qui le cite abondamment. Enfin bref, je me suis donc lancé dans la lecture de "L'Ethique", qui si j'ai bien compris m'ouvrirait la route d'une conception philosophique solide. J'ai donc lu L'Ethique pratiquement en totalité (il me reste encore la 5ième partie, cela ne saurait tarder ) en m'aidant des indications de Misrahi.
Je m'immisce donc dans ce forum même si je ne prétend pas loin de là avoir tout compris de cette vaste philosophie (et sachant qu'une seule lecture de l'Ethique même ne suffit pas).

Bon allons au fait. Une question - surement classique, j'imagine que cela a du être débattu ailleurs - me taraude. Celle du lien entre liberté et déterminisme chez Spinoza.

Ai je bien compris si mon interprétaton est la suivante: nous sommes libres, en tout cas nous nous libérons (émanciper serait plutôt le mot juste) si nous connaissions nos déterminations. Mais même cela ne suffit pas à faire de nous la cause de nous même ("cause de soi") car nous sommes de toutes façons une partie de la nature. Seule la Substance (Dieu Nature) est libre de fait.

Reste donc cette possibilité: la liberté chez Spinoza est elle en fait un enrichissement de nos déterminations (celle du Dieu Nature) par le fait même de les connaître. Autrement dit faire advenir plus de potentialités au Tout dont nous sommes partie prenante, enrichir les déterminations du Tout, à mesure que nous comprenons le monde. La liberté plutôt la liberation est ce processus d'enrichissement des déterminations du Dieu-Nature.

Je ne sais pas si je suis trés clair ...

PifLeChien
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MessagePosté le: 03/09/2008 20:15    Sujet du message: Répondre en citant

Je reprends autrement: Spinoza nous dit, si j'ai bien compris, que nous sommes "libres" ou plutôt en terme spinozistes (?) que nous agissons, "lorsqu'il se produit en nous ou hors de nous, quelque chose dont nous sommes la cause adéquate (...) il suit de notre nature, qqch qui peut être clairement ou distinctement compris par cette seule nature" E3D3.
Or cette notion "d'essence" ou de "nature" me pose problème chez Spinoza, car que signifie l'action libre si notre "nature" est celle d'un esclave, d'un exploité, par exemple. Et quelle serait la "nature" véritable d'un esclave qui toute sa vie a été esclave ? Que signifie cette essence si notre ce que nous persévérons à être est une nature aliéné. Dans ces conditions agir adéquatement selon sa nature reviendrait à une maintien du statu-quo. comment par miracle accroit on sa puissance d'agir par l' enchainement des connaissances adéquates ? Si "connaître ses déterminations, c'est se déterminer" cela ne nous dit pas comment de cette connaissance de nos déterminations, résultent des changements d'existence "objectifs". SAUF à penser que la compréhension de nos déterminations, participe de la production de l'attribut Pensée, et permet EN RETOUR des effets sur ma vie personnelle.
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Louisa
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MessagePosté le: 03/09/2008 21:34    Sujet du message: Répondre en citant

PifLeChien a écrit:

Or cette notion "d'essence" ou de "nature" me pose problème chez Spinoza, car que signifie l'action libre si notre "nature" est celle d'un esclave, d'un exploité, par exemple. Et quelle serait la "nature" véritable d'un esclave qui toute sa vie a été esclave ? Que signifie cette essence si notre ce que nous persévérons à être est une nature aliéné. Dans ces conditions agir adéquatement selon sa nature reviendrait à une maintien du statu-quo. comment par miracle accroit on sa puissance d'agir par l' enchainement des connaissances adéquates ? Si "connaître ses déterminations, c'est se déterminer" cela ne nous dit pas comment de cette connaissance de nos déterminations, résultent des changements d'existence "objectifs". SAUF à penser que la compréhension de nos déterminations, participe de la production de l'attribut Pensée, et permet EN RETOUR des effets sur ma vie personnelle.


Bonjour PifLeChien,

bienvenue sur ce forum!

J'aurai bientôt l'occasion de rester de nouveau plus longtemps sur ce site, en attendant juste une première remarque.

Spinoza jamais ne parle d'une "nature aliénée" (ce ne sont que certains commentateurs qui associent l'idée d'une aliénation au spinozisme). Notre nature ou essence (même s'il faudra probablement distinguer les deux) est entièrement définie par notre degré de puissance, et donc par nos idées adéquates seules. L'esclavage ne désigne que les idées inadéquates, c'est-à-dire les idées que nous subissons, dont nous pâtissons. Notre essence ne peut être définie par notre impuissance, celle-ci n'étant qu'une privation, qui n'existe qu'en comparaison avec une autre puissance.

Quant à la citation "connaître ses déterminations, c'est se déterminer" : je suppose qu'il s'agit de nouveau d'une citation d'un commentateur, et non pas de Spinoza lui-même?

En tout cas, chez Spinoza la liberté certes s'appuie sur la connaissance de ses propres affects, mais elle ne se réalise pleinement que par la connaissance du troisième genre, qui est une connaissance de l'essence de moi-même mais surtout aussi d'autres choses dans le monde, et de Dieu. On peut sans doute déjà surmonter des passions par la raison ou la connaissance du deuxième genre, et en ce sens nous "libérer" d'un type d'enchaînement d'idées dans notre Esprit qui empêche un fonctionnement "adéquat" (puisque le deuxième genre de connaissance, appliqué à nos affects, remplace cet enchaînement "fortuit" par un enchaînement de nos idées selon la raison, c'est-à-dire selon notre nature), mais pour devenir toujours plus libre cela ne suffit pas, il faut aussi acquérir la plus grande connaissance possible du monde, hors de soi-même, et cela aussi bien des propriétés des choses singulières que de leur essence (propriétés et essence étant pour certains interprètes finalement la même chose (si je les ai bien compris), ce dont je ne suis pas convaincue moi-même).
A bientôt,
L.
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PifLeChien
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MessagePosté le: 04/09/2008 05:18    Sujet du message: Répondre en citant

Merci pour cette prompte réponse,
C'est plus clair en effet en ce qui concerne l'essence lié à l'utilité propre de l'être humain. Par contre, en fait, je crois que je bute sur la notion du parallélisme chez Spinoza. Car j'ai du mal à voir en quoi un esprit agissant, une puissance de pensée ou la connaissance adéquate de soi (et du monde) fonde un processus de libération du corps ou de ce qui relève de l'attribut Etendue. Même si l'esprit est "l'idée du Corps" et que "l'ordre et la connexion des idées est le même que celui du corps" (E2P7), il n'en reste pas moins que
l'Esprit ne peut déterminer le Corps à agir ou l'inverse (E3D2). La seule porte de sortie que je vois, c'est le fait que d'une part l'Attribut Etendue et
Pensée relèvent tous deux de la Substance Divine (= L'unité de la Nature ou la Réalité ?), et d'autre part l'homme étant une partie de ce Dieu Nature, il participe de sa production infinie et par là même accroit sa puissance d'agir par la connaissance adéquate. Les changements éventuels de l'existence "objective", c'est à dire relevant simultanément des attributs Pensée et Etendue (?) (attributs en tout cas percus comme tels par l'humain) résultent de la participation de l'homme pour accroitre cette productivité infinie du Dieu Nature par sa connaissance adéquate.
bien à vous,
PifLeChien
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