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Ethique de la joie

 
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Calvin
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MessagePosté le: 21/12/2004 21:35    Sujet du message: Ethique de la joie Répondre en citant

Bonjour, je suis nouveau sur le forum et je poursuis avec plaisir l'étude de spinoza . Je m'interroge déja sur le point de savoir si l'éthique de la joie de spinoza ne peut etre rapproché de la béatitude et de la joie chrétienne ( ou plutot christique ) percu comme un dépassement de la Loi et une manière d'etre présent au monde et à Dieu sans aucun intermédiaire. Suis je complètement dans l'erreur ?
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Faun
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MessagePosté le: 22/12/2004 12:43    Sujet du message: Répondre en citant

Vous n'êtes pas dans l'erreur, la différence réside seulement dans le fait qu'avec le nouveau testament vous n'avez que la possibilité d'y croire (et donc vous avez toujours un doute, de même que vous avez le devoir d'espérer et donc d'être toujours dans la crainte), alors qu'avec l'Ethique vous pouvez en être certain.
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Henrique
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MessagePosté le: 23/12/2004 00:03    Sujet du message: Répondre en citant

Comme d'habitude, Faun a su dire l'essentiel en peu de mots.
Je reviendrai néanmoins sur l'idée d'une nuance entre "joie chrétienne" et "joie christique". Le Christ semble bien décrit par Spinoza dans le Traité théologico-politique comme un homme qui a connu Dieu par ce qu'il appellera plus tard la "science intuitive" : présence (du mode fini) à Dieu sans intermédiaire (notamment sans images comme Moïse).

Voilà ce que serait effectivement la joie christique, dont on peut considérer, si on s'en tient aux seuls évangiles (compte tenu des nombreuses retranscriptions qu'ils ont connu), qu'elle n'implique ni espoir (c'est dès à présent que le fils de l'homme ou fils de Dieu connaît cette béatitude) ni crainte (puisque la crainte est essentiellement celle d'être séparé de Dieu alors que l'homme-Dieu est inséparable du Dieu s'étant fait homme, ou en langage spinoziste "Dieu s'exprimant dans le mode humain").

Dans cet ordre d'idées, je dirais que Jésus n'est pas ontologiquement moins homme ou plus divin que n'importe quel autre homme, ce n'est que gnoséologiquement, du point de vue de la simple connaissance, qu'il y a une différence entre tel ou tel homme. Ainsi quand il dit "Je suis la voie, je suis la vie, je suis la vérité", il indique que c'est dans l'approfondissement de sa conscience de l'unité avec le divin que n'importe quel "je" peut renouer avec lui-même. Quand il dit "Nul ne vient au Père que par moi", il indique que c'est dans la conscience de soi que l'homme accède à la connaissance de Dieu, donc effectivement sans intermédiaire, de façon immanente.

Une joie "chrétienne", ce serait au contraire celle éprouvée par ceux qui se sont réclamé de l'enseignement du Christ en interprétant ses paroles comme celles d'un sauveur ontologiquement supérieur au reste de l'humanité. Les actes des apôtres nous rapportent en effet que ce n'est qu'après la mort du Nazoréen que certains de ses disciples ont choisi de s'appeler "chrétiens" ce qui a donné lieu à la mise en place de ceux qui suivaient (sectari) le Christ, compris comme figure historique et unique du Dieu fait homme, et qui ce faisant se coupaient (sector) du reste de la société des hommes par ce titre même (D'où le terme de "secte" pour désigner ce groupement). Dans cette optique, un seul être aurait pu dire "je suis la voie, etc." à savoir le personnage historique que fut Jésus le Nazoréen lui-même.

En quoi consisterait cette joie "chrétienne" ? Il faut se rapporter à ce que nous en disent les apôtres, notamment Paul, qui de son aveu même n'avait jamais connu le Christ : l'accès à une gloire post mortem, une joie dont celles que nous pouvons connaître aujourd'hui ne sont qu'un pâle reflet. On trouvera là toutes l'insistance "chrétienne" sur l'idée d'un salut réservé à une autre vie, objet d'espérance et de crainte. Et dans ce cas, il y a bien un intermédiaire entre Dieu et l'homme, c'est Jésus lui-même.

Bien évidemment, je ne fais ici qu'indiquer avec cette disctinction un outil de lecture critique possible ; pour en faire une thèse, il faudrait étayer tout cela avec des citations précises, mais chacun peut se faire son idée en consultant les textes.

En voici quelques unes néanmoins qui confirment la lecture "christique" :
Jean 10,34-36 : " Jésus leur répondit: N'est-il pas écrit dans votre loi: J'ai dit: Vous êtes des dieux? Si elle a appelé dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée, et si l'Écriture ne peut être anéantie, celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde, vous lui dites: Tu blasphèmes! Et cela parce que j'ai dit: Je suis le Fils de Dieu. "
Jn 14,12 : "En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera aussi les oeuvres que je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je m'en vais au Père"

Pour la lecture "chrétienne" :
Paul aux Romains 2, 5-8 : "Mais, par ton endurcissement et par ton coeur impénitent, tu t'amasses un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses oeuvres; réservant la vie éternelle à ceux qui, par la persévérance à bien faire, cherchent l'honneur, la gloire et l'immortalité; mais l'irritation et la colère à ceux qui, par esprit de dispute, sont rebelles à la vérité et obéissent à l'injustice."
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Calvin
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MessagePosté le: 27/12/2004 20:46    Sujet du message: Répondre en citant

Je souscris à ton analyse avec ce bémol quand tu dis

"Une joie "chrétienne", ce serait au contraire celle éprouvée par ceux qui se sont réclamé de l'enseignement du Christ en interprétant ses paroles comme celles d'un sauveur ontologiquement supérieur au reste de l'humanité."


j'ai lu chez Spinoza cette expression ; le christ était "la bouche de dieu "

En utilisant cette formule forte, il me semble que spinoza place la personne du christ à part, indépendamment du message transmis
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Henrique
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MessagePosté le: 16/01/2005 21:31    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour Calvin,
Je ne trouve pas l'expression dont tu parles dans le TTP. Il faudrait pouvoir identifier le contexte. Cela dit, j'étais parti d'une distinction entre "joie chrétienne" et "joie christique" que de fait on ne trouve pas explicitement chez Spinoza. Partant de Spinoza, je ne prétends pas que tout ce que j'ai dit sur ce sujet aurait pu être dit par Spinoza.
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Calvin
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MessagePosté le: 22/01/2005 04:14    Sujet du message: Répondre en citant

"bien qu'il semble aussi avoir écrit des lois au nom de Dieu, on doit penser au contraire qu'il a perçu les choses en vérité et les a connues adéquatement ; car le Christ ne fut pas tant un prophète que la bouche de Dieu."(Traité Théologico-politique, Chap. V, O.C. p. 674) .
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Faun
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MessagePosté le: 22/01/2005 14:51    Sujet du message: Répondre en citant

Spinoza fait du Christ la même chose que l'intellet universel et éternel, L'intellect de Dieu est dans tous les êtres (modes), et selon Spinoza c'est par le Christ qu'il parlait le mieux.

"Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. " Evangile de Jean.
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