Pourquoipas participe avec force d'âme et générosité


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Posté le: 24/04/2005 16:05 Sujet du message: Un contresens d'Appuhn ? |
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Bonjour à tous,
Sur les conseils de Fabrice, à qui j'ai fait part de mes réflexions sur la citation qui lui sert de signature, je me permets de vous faire part d'un problème de traduction concernant cette célèbre citation :
Au début de la lettre 21, de Spinoza à Blyenbergh, le texte latin dit :et si fructum, quem jam ex intel-lectu naturali cepi, vel semel falsum esse deprehenderem, me fortunatum redderet, quoniam fruor, et vitam non maerore et gemitu, sed tranquillitate, laetitiâ, et hilaritate transigere studeo et subinde gradum unum adscendo. Appuhn traduit : « et le fruit que j’ai retiré de mon pouvoir naturel de connaître, sans l’avoir jamais trouvé une seule fois en défaut, a fait de moi un homme heureux. J’en jouis, en effet, et tâche à tra-verser la vie non dans la tristesse et les pleurs, mais dans la tranquillité d’âme, la joie et la gaieté, et m’élève ainsi d’un degré. »
Saisset, lui (critiqué pour sa lecture dans Gebhardt IV 398), traduit : « Et si je venais à penser une seule fois que je n’ai recueilli jusqu’à ce moment du travail de ma raison d’autre fruit que l’erreur, cela suffirait pour me rendre entièrement malheureux [ici note de Saisset : “ Je lis infortunatum au lieu de fortunatum, qui me paraît en contradiction directe avec la pensée de Spinoza ”]. Car la raison fait ma jouissance, et le but où j’aspire dans cette vie, ce n’est point de la passer dans la douleur et les gémissements, mais dans la paix, la joie et la sérénité. Voilà le terme de mes désirs, et mon bonheur est d’en approcher peu à peu de quelques degrés. »
Sené, modifiant Appuhn dans sa traduction de Nadler, Spinoza. Une vie (p. 257) : « et même si je découvrais une fois qu’un fruit issu de mon pouvoir naturel est faux, alors je tirerais de cette découverte de la satisfaction parce que j’en tirerais profit ; je tâche à traverser la vie non dans la tristesse et les pleurs, mais dans la tranquillité d’âme, la joie et la gaieté, et je m’y élève ainsi d’un degré . »
Moi : « et le fruit que j’ai déjà retiré de l’entendement naturel, même si une fois je le trouvais être faux, me rendrait heureux, parce que j’en jouis et m’applique à traverser la vie non dans l’abattement et la plainte, mais dans l’apaisement, la joie et la bonne humeur, et je m’élève ainsi d’un degré ».
En fait, ici, me semble-t-il, Spinoza, pour insister sur la joie qu’il éprouve à mener son travail intellectuel, évoque une hypothèse pour lui impossible (et même pas hautement improbable).
De plus, de toute évidence, Spinoza fait ici référence (ironiquement sans doute) à ce qu’avait dit Blyenbergh dans la lettre 20 : Profectò licet spes ista aliquando falsa esse deprehenderetur, me tamen, dum spero, beatum reddit « Assurément cette espérance [de contempler Dieu après ma mort], même si un jour elle se trouvait être fausse, me rend cependant bien-heureux tant que j’espère. » (G IV 122, 38 s.)
Je vous souhaite à tous de bien vous porter. Je prends plaisir à venir de temps en temps vous lire sur ce forum.
Jean-François |
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