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Spinoza et Levinas
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Krishnamurti
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MessagePosté le: 07/03/2004 23:25    Sujet du message: Répondre en citant

Levinas ou le cache-misère de l’éthique
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succube
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MessagePosté le: 08/03/2004 04:31    Sujet du message: Répondre en citant

lu en travers , sans intérêt

Ce texte , dont vous nous faites part, est une référence stupide et malveillante à l'égard d'un penseur original . A mon avis, on ne comprend rien à Lévinas si on ne remonte pas à l'esprit de l'oeuvre maîtresse de Rosenzweig, l'Etoile de la rédemption , autre penseur juif allemand traumatisé par la menace d'une mort violente et horrible dans les tranchées de la première guerre et sa propre méditation sur le génocide nazi auquel il a échappé .

Question redoutable. Que valent toutes les promesses sur le progrès humain et les consolations théoriques découlant de la joie qu'il y aurait à contempler selon ses sources et raisons adéquates le déroulement de telles nécessités historiques au seuil de la chambre à gaz ou devant les corps déchiquetés dans la boue et les éclats d'obus .

La philosophie, toutes les philosophies de la totalité et de l'unité , piquent du nez devant ces extrêmités abominables et il est normal que d'autres voies de pensée soient anxieusement recherchées . Non, tout le monde ne meurt pas dans son lit en accord avec lui même , ses proches et avec la vie .

Il n'est pas sérieux d'enfermer la pensée de Lévinas dans une tentative de mise à jour de la bible et du judaïsme . Lévinas part des bonnes questions , de la vrai vie , souvent insupportable et de la vraie mort toujours incongrue et désespérée . Nous ne sommes pas obligés de le suivre tout au long de son chemin mais son diagnostic est tout aussi correct que celui de Spinoza en son temps , qui pouvait se bercer de l'illusion de cerner intellectuellement selon les voies de la raison mathématique ,l'inconnu de notre existence et l'enseignement de la bible alors ques les sciences historiques et herméneutiques , étaient balbutiantes à son époque .

Etant juifs tous les deux , baignés dans cette culture , il y a sans doute des points de rapprochements accessoires entre lévinas et Spinoza , mais le point de départ est totalement différent , Spinoza conformément à son époque pose la question du bien et du salut dans un monde fondamentalement cohérent ( c'est aussi la position de la Kabale qui semble l'avoir beaucoup inspiré ) où le mal n'est qu'un accident ou une erreur à corriger ; Lévinas part du caractère tragique de la vie , et de la mort solitaire pour s'élever jusqu'àu sentiment de l'infini dans l'acte infiniment simple de solidarité envers celui qui en a besoin , et non dans un sentiment océanique grandiose , sans que jamais le Dieu espéré , mais jamais démontré , prenne figure , autrement que dans proximité d'autrui.

Henrique ,nous dit en parlant de la bible .

Citation:
Ce dépassement est le passage du moralisme de l'obéissance à l'éthique de la joie.


Le moralisme de l'obéissance que recèlerait la bible est une opinion , l'opinion de ceux qui justement n'en font qu'une lecture littérale et qui n'est effectivement plus partagée par l'immense majorité des juifs ou des chrétiens contemporains .

et aussi:
Citation:
''eyeh asher eyeh''

vieil araméen , on sait depuis quelques années déjà que la vrai traduction n'est pas je suis celui qui suis et encore moins " Je suis celui qui est " de nos théologiens catholiques mais :

JE SERAI QUI JE SERAIS
Futur conditionnel qui, avouons le , change sensiblement les fondements que nous pourrions avoir sur Dieu à travers la Bible .Ce changement est un tel ébranlement des perspectives qu'il se passera du temps avant d'être introduit dans les traductions contemporaines .
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Krishnamurti
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MessagePosté le: 08/03/2004 07:24    Sujet du message: Répondre en citant

Je l'ai aussi lu en travers. c'est pour ça que je ne n'en dis rien Wink mais il y a beaucoup de citations qui parlent d'elle-mêmes.
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Henrique
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MessagePosté le: 14/06/2005 22:45    Sujet du message: Répondre en citant

Je réponds avec quelque retard à Succube, ci-dessus.

Je pense que Succube caricature les conditions d'existence de Spinoza, comme celles du philosophe du XXème siècle. Il nous explique que l'existence au temps de Spinoza était calme et sereine, seul l'ennui semblait menacer le citoyen des Provinces unies, convaincu que la raison mathématique pouvait tout expliquer. Un tel tableau est bien idyllique. Les maladies, les massacres politiques et l'antisémitisme étaient pourtant monnaie courante dans l'Europe du XVIIème siècle et Pascal ne s'est pas privé de "partir du tragique de l'existence". Par ailleurs, il est indéniable que le génocide juif constitue un événement historique sans précédent au XX° siècle, mais pourquoi le philosophe rationaliste piquerait-il nécessairement du nez devant ce fait ? Si on l'autorise à expliquer - ce qui n'est pas justifier mais on sait que nous sommes ici sur un terrain moralement épineux - il n'y a pas forcément d'impossibilité. D'autre part, vouloir essentialiser une époque comme vous le faites, d'un côté le XVIIème de la sérénité, de l'autre le XXème, temps de la tragédie, cela ne se conçoit que dans une conception providentialiste de l'histoire, ce que je réfute (ne retenir qu'un événement, fût-il très marquant, ne saurait définir une époque de même que l'homme ne saurait se définir comme "animal qui raisonne" ou "animal qui rit" - et l'histoire n'est pas la réalisation progressive d'une finalité transcendante).

En ce qui concerne "eyeh ahser eyeh", votre argument d'autorité ne tient pas : il n'y a pas de succession passé-présent-futur en hébreu, on peut donc considérer qu'une traduction par le futur de l'indicatif du verbe être est ici encore plus inexacte qu'une compréhension du verbe être au présent de l'indicatif, car ce qui sera en ce sens n'est pas encore mais s'accomplira - tout le contraire de Dieu : il est déjà et ce qu'il sera ne l'enfermera pas dans une essence donnée. La distinction se fait en hébreu entre l'inaccompli et l'accompli : Dieu n'est pas accompli au sens où il ne saurait être limité de quelque façon que ce soit. Aussi A. Chouraqui propose finalement le très christologique traduction "l'Etre qui a été, qui est, qui sera" à chaque instant. (http://www.nouvellescles.com/Entretien/Chouraqui/Chouraqui.htm). N'oublions pas d'ailleurs que le Christ qui affirme l'éternité de la conscience : "avant que Moïse ait été, je suis", était juif lui aussi et qu'il parlait araméen. Or en Français, le présent de l'indicatif concerne certes l'instant présent qui passe et disparaît, ce qui signifie un accomplissement et un achèvement certainement incompatible avec la nature divine, Dieu ne saurait être comme l'état de la météorologie "est". Mais le présent désigne tout aussi bien une réalité à la fois passée, présente et future, autrement dit une réalité indépendante de la succession temporelle : ex. "2 et 2 sont égaux à 4", compris non comme ces deux moutons et ces deux chèvres qui font -pour l'heure- quatre ovins, mais comme le lien logique et nécessaire entre plusieurs unités.
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merkar
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MessagePosté le: 15/06/2005 05:09    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour,

Je voulais juste revenir sur la problèmatique question du dépassement de Spinoza du judaisme.
Dans le chapitre 14 du TTP, Spinoza propose une liste d'article de foi qu'il appelle "universelle", et qu'il s'agirait d'enseigner au peuple afin d'éviter des querelles sectaires et de réaliser le véritable enseignement des Ecritures.
Ces articles de foi reprennent d'une part beaucoup d'élèments de ceux du judaisme traditionnel et d'autre part reposent sur l'imagination et l'obéissance. Si Spinoza distingue bien la foi de la philosophie il semble tout de même accorder une valeur décisive pour nos sociétés à la foi biblique tel qu'il la comprend.Il y aurait une certaine nécessité de l'enseignement par la foi. C'est une question difficile sur laquelle on ne peut pas passer trop rapidement.

A propos de Lévinas, il m'a semblé que son hostilité à Spinoza ne vient pas que de son excommunication (herem) de sa communauté, mais qu'il y a un refus d'une éthique qui puise sa source dans la connaissance, dans la quête de compréhension de ce qui est.Si j'ai bien compris Lévinas, il faudrait voir en l'autre un espace inviolable (une part d'absolu que la connaissance ne peut atteindre) et qui serait pour simplifier quelque chose comme l'image divine. Il faudrait donc laisser un espace au tout autre sans chercher à le "dissoudre" ou "concquérir"par la connaissance.
Ainsi d'après ce que j'ai compris il serait comme inscrit cet absolu dans le visage humain sous la forme de l'interdit au meurtre.J'ai bien conscience que cela semble très bancal et c'est pour cette raison que je m'inquiète de ne pas avoir saisi quelque chose, peut-être que quelqu'un pourrait éclaircir les choses?
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AUgustindercrois
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MessagePosté le: 15/06/2005 08:09    Sujet du message: Tragédies du XVIème siècle Répondre en citant

Pour compléter Henrique sur la première partie de sa réponse, il faut se rendre compte du drame de la peste des années 1630 à Amsterdam. SPinoza perd sa mère, 20% (!!!!!!!!!!!!!!!!!!!) de la population d'Amsterdam meurt. Ramenée à la France, on aboutit à 12 millions de personnes; soit beacoup plus que la seconde guerre mondiale.
La Peste est, quantitativement, un phénomène naturel bien pire que les pires des fléaux du vingtième siècle (le génocide nazi, l'extremination stalinienne en Ukraine). Historiquement, la peste est un fléau inimaginable.

Et puis, d'un point de vue privé, le herem n'a pas arrangé Spinoza, de me^me que la ruine de son père. L'existence de Spin est d'abord tragique; plus tragique que celle de Pascal. Et pourtant, leurs conclusions sont contraires. l'un affirme la tragédie de l'homme, l'autre affirme la joie de l'existence.
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Miam
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MessagePosté le: 15/06/2005 21:02    Sujet du message: Répondre en citant

Je voulais juste dire que vos deux traductions de Exode 3, 14 ''eyeh asher eyeh'' ne sont pas incompatibles. Chez Spinoza aussi, l'éternité n'est pas séparable d'une extase temporelle vers le futur. L'éternité n'est jamais que le conatus sub specie aeternatis, c'est a dire un "kairos", pour parler Grec, un peu comme si on était à tout instant à cheval sur une ligne de présence en mouvement constant vers l'avenir. Plutôt qu'une eschatologie entendue par la tradition comme marche vers une présence subsistante, il s'agirait alors d'une eschatologie de la durée du point de vue de l'éternité.

Enfin bon : je dis ça, je dis rien.
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mandel
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MessagePosté le: 11/02/2008 22:56    Sujet du message: Répondre en citant

il est certain que Lévinas était hostile à Spinoza. Je crois me souvenir qu'il cite Jacob Gordin, lequel par ailleurs a eu des mots très durs sur Spinoza.
Pourquoi ? il me semble qu'au-delà de tous les divergences sur les concepts philosophiques, ils ont vu en lui un "delator", concept talmudique pouvant se traduire par "dénonciateur", et qui désigne en substance un "ennemi de la communauté juive allant jusqu'à la calomnier auprès des autorités, qui pourraient alors déclencher des persécutions".
Perso, je crois qu'à cet égard on lui a fait un mauvais procès (Ben Gourion avait d'ailleurs réclamé l'annulation de l'excommunication).
Spinoza a simplement été le premier qui voulait tout à la fois remettre en cause la Bible perçue comme document dont chaque lettre avait été dictée par Dieu, et se revendiquer en même temps de son identité juive.
Bref, le premier juif laïque.
Et cela, l'establishment rabbinique de son temps ne lui a pas pardonné, car il y voyait une menace sur le judaïsme tout entier.
De même que plus tard il a vu une menace sur le hassidisme (dont certains adeptes furent précisément..."dénoncés" à la police du tsar, par les disciples du Gaon de Vilna, leader du monde juif lithuanien au 18ème siècle), et comme au 20ème siècle, la majeure partie de l'orthodoxie juive a dénoncé en termes épouvantables le mouvement sioniste, en ce sens qu'il avait élaboré une nouvelle forme d'identité juive, démocrate, et échappant à l'establishment rabbinique. Idem dans leur réaction virulente au mouvement de la réforme juive.
On pourrait ajouter (mais les spécialistes de ce forum approuveront ou infirmerons) que Spinoza fut l'un des précurseurs de la démocratie moderne. En ce sens, je trouve incompréhensible (mais peut-être ai-je mal compris) que l'apôtre de l'ouverture à l'Autre -enl'occurence Lévinas- soit tellement opposé à Spinoza.
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