Posté le: 03/02/2008 02:00 Sujet du message: IV, LVII, Sc. : Orgueil et pitié.
Dans IV, LVII, Sc., Spinoza nous dit que l'orgueilleux n'est soumis à nulles affections plus qu'à celles de l'Amour et de la Miséricorde.
Pour être exact, la traduction de C. Appuhn dit :
Citation:
Il serait trop long d'énumérer ici tous les maux de l'Orgueil, puisque les orgueilleux sont soumis à toutes les affections, mais à nulles plus qu'à celles de l'Amour et de la Miséricorde.
Celle de Saisset :
Citation:
Il serait trop long d'énumérer ici tous les maux qu'entraîne l'orgueil, puisque les orgueilleux sont sujets à toutes les passions, mais à aucune moins qu'à l'amour et à la pitié.
Quelle que soit la traduction, l'idée semble être la même. Or, Spinoza dit plus loin :
Citation:
(...) la haine [que l'orgueilleux éprouve à l'égard de ceux qu'on loue pour leurs vertus] n'est pas aisément étouffée par l'amour et par les bienfaits (...).
Puis plus rien à propos de cette affaire qui m'a l'air important à savoir : les affects qui priment chez l'orgueilleux pourraient être ceux d'amour et de pitié.
Je me pose donc la question de savoir si la traduction rend bien compte de ce que Spinoza dit en latin (je n'ai pas de version latine et j'aurais bien du mal à m'en servir si c'était le cas) et si ce que j'en retire n'est pas de l'ordre du contre sens.
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Posté le: 03/02/2008 04:28 Sujet du message: Erreur de traduction...
A erahoth, salut !
le passage incriminé est tout bonnement mal traduit par Appuhn... le latin dit à l'inverse: "sed nullis minus, quam affectibus Amoris, & Misecordiae"... autrement dit, si l'orgueilleux est sujet à de nombreux affects, "ceux auxquels il est le moins sujet sont les affects d'amour et de pitié" (Pautrat), ou encore, plus littéralement : "il est sujet rien moins qu'aux affects d'amour et de pitié"... nulle contradiction de Spinoza, donc, ni même la moindre difficulté, mais une étourderie de son traducteur.
Posté le: 03/02/2008 05:03 Sujet du message: Hic jacet lepus.
Merci de cet éclairage. Toutefois, un problème se pose encore dans mon esprit que je vous soumets.
Dans le même passage, Spinoza précise que l'Orgueil est "la Joie née de l'opinion fausse par laquelle un homme se croit supérieur aux autres". Cette Joie spécifique à l'orgueilleux est définie en Ethique III, LV, Sc. comme "Amour propre" ou "Contentement de soi". Or l'Amour propre est bien un affect d'amour (certes, chez l'orgueilleux, démesuré).
Quant à la Miséricorde, ou pitié, en tant qu'elle affecterait l'orgueilleux, on la conçoit bien par nous-même : l'orgueilleux prend en pitié toute sorte de personnes au-dessus desquels son Amour propre le place.
En somme, ma question est la suivante : ce que vous relevez, sans doute véracement, comme une erreur de traduction ne pourrait-il pas rendre compte de ce que constitue en vérité l'orgueil, à savoir l'amour de soi et la pitié pour les autres ? _________________ Caute.
L'amour dont parle Spinoza ici est bien celui défini par lui comme ayant une cause extérieure, et non l'amour-propre.
Quant au sentiment que l'orgueilleux éprouve pour ceux qui sont placés socialement au dessous de lui, il doit davantage se rapprocher du mépris, c'est à dire de la haine, que de la pitié.
Par suite l'orgueilleux éprouve pour ceux qui sont au dessus de lui de l'envie, c'est à dire de la haine, et pour ceux qui sont au dessous de lui du mépris, c'est à dire également de la haine. On comprend mieux, me semble t il, pourquoi Spinoza affirme que l'orgueilleux éprouve très peu les affects d'Amour (pour les autres) et de pitié, tant la haine des autres et l'amour de soi emplissent tout son espace mental et affectif.
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