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Par Générosité, j'entends le Désir par lequel chacun s'efforce d'aider tous les autres hommes et de se lier avec eux d'amitié, uniquement selon ce que dicte la raison.
Per Generositatem autem Cupidatem intelligo, quâ unusquisque ex solo rationis dictamine conatur reliquos homines juvare, et sibi amicitiâ jungere
Ethique III, scolie de la prop. 59.
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Les problèmes posés par le langage de l’Ethique

Gnoséologiemartinetl a écrit : "Étude d'un certain nombre de difficultés concernant le rapport entre l'Éthique comme expression du spinozisme et le langage. La théorie de l'Éthique impossible et la théorie de l'Éthique vraie.


1. La théorie de l’Ethique impossible


Dans le deuxième scholie de la proposition 40 de la deuxième partie de l'Ethique, De l'esprit, Spinoza présente les trois genres de connaissance par lesquels nous percevons les choses. Le premier genre se décompose en perception sensorielle, sans ordre pour l'intellect (ce qu'il appelle connaissance par expérience vague), et en perception de signes (ensemble dont font partie les mots) qui, éveillant l'imagination, permettent de former des idées dans l'esprit. Ces deux sous-genres forment "l'imagination" ou "l'opinion". Le second genre de connaissance procède par "notions communes" et "idées adéquates des propriétés des choses" que selon Spinoza "nous avons". Ce second genre est "la raison". Le troisième genre de connaissance est la "science intuitive" qui procède de  la "connaissance adéquate" de l'essence de certains attributs de Dieu à la "connaissance adéquate" de l'essence des choses. Or cette séparation entre le domaine de l'imagination et des signes et celui de la raison ne permet pas de rendre compte d'une expression par signes des vérités de raison. La raison spinoziste se constitue en opposition au langage en tant qu'il est constitué de signes vocaux ou écrits. Le simple fait que l'Ethique se présente sous la forme matérielle d'un texte contrevient donc à l'idée selon laquelle la vérité s'appréhende de façon purement intellectuelle, et cette constatation a amené plusieurs commentateurs à rejeter le spinozisme pour son incohérence.

Selon David Savan

David Savan, dans son article de 1958, Spinoza and Language, estime que, compte tenu de sa conception du langage, Spinoza lui-même ne pouvait pas tenir l’Ethique pour une simple exposition de la vérité. En effet, si les mots ne sont rien d’autre que des « mouvements corporels », (EII, P49, scholie.) s’ils « sont issus de l’expérience et ne se réfèrent qu’à elle » (P18, s.), « il ne nous est pas plus possible de découvrir et d’exprimer la vérité avec des mots qu’il n’est possible au somnambule de communiquer avec le monde éveillé. »
 
Reprenant l’angle d’attaque inauguré par Leo Strauss dans La persécution et l’art d’écrire (1952), il relève certaines contradictions apparentes du texte spinozien et affirme, non sans ironie, qu'elles sont volontaires et servent à marquer l’inadéquation fondamentale du langage à l’expression du vrai. Par exemple, à propos de la définition de la substance comme ce « qui est en soi et se conçoit par soi » (EI, déf.3), il relève que le verbe « être » est à rapprocher du terme « étant » dénoncé comme un transcendantal dans EII, P40s, que le terme « concevoir » est un universel confus, et que la notion de « par soi » est contredite par l’effort de Spinoza pour concevoir la substance par autre chose qu’elle même, à savoir l’ordo geometrico.
 
« Il n’y a pas de remède au caractère de généralité imaginaire et confuse des mots. » … « Alors qu’il est dans la nature de la raison de concevoir les choses sous une certaine espèce d’éternité, les mots sont liés au temps et à la contingence ».

Selon Brice Parain

C’est dans le chapitre sur Leibniz de ses Recherches sur la nature et les fonctions du langage que Brice Parain règle son compte au spinozisme :
 
« La nécessité spinoziste résulte de l’identité de la réalité et de la vérité, c’est à dire de la réalité essentielle et des formules qui l’expriment adéquatement. La fissure qui affaiblit le système, par où la contingence y pénètre, se situe entre les idées et le langage. Comment, en effet, concilier cette théorie de l’adéquation du langage aux idées vraies avec la théorie selon laquelle « le fini est en réalité une négation partielle » et « toute détermination est négation » ? Notre langage n’est-il pas une figure et une détermination des idées ? »
 
Vole en éclat la possibilité d’une expression finie de l’infini, soit d’une « éthique » ou philosophie vraie qui serait exprimée par le langage et contenue dans un livre - compte-tenu des prémisses idéalistes spinozistes. Spinoza n’est pour Parain qu’un cartésien, c’est à dire un « réaliste ontologique aristotélicien », un « substancialiste traditionnel ».  C'est Leibniz qui propose une « théorie expressionniste cohérente du langage » avec sa notion de « possible » intercalée entre les formes substancielles et les mots.
 
Le langage – matériau dont l’Ethique se constitue – signale aussi son échec.
 
Pour ces deux lecteurs, la possibilité d’une Ethique vraie est une inconséquence logique. L’Ethique de Spinoza, prise au pied de la lettre comme exposition d'une vérité totale et méthode de libération par la raison, est impossible.

2. La théorie de l’Ethique vraie


Pour Pierre-François Moreau et pour Lorenzo Vinciguerra, il n’y a pas de problème du langage spinoziste, mais tout au plus une question qu’on évoque et qui se règle.

Dans Spinoza - L'expérience et l'éternité (PUF, 1994), PMF intègre le langage à un « ordre expérientiel » sous-jacent, c’est-à-dire en fait une partie d’une « expérience » entièrement intégrable au système (Voir L'hyperspinozisme de Pierre-François Moreau.)

Dans Spinoza et le signe (Vrin, 2005), Vinciguerra dénie toute pertinence à la problématique langagière au profit de la reconstruction d’un spinozisme intégral, du signe à l’éternité.

Lorenzo Vinciguerra commence par souligner qu’on ne trouvera pas de théorie du langage chez Spinoza. Les nombreuses réflexions ayant trait au langage « interviennent presque toujours dans le cadre de réflexions plus larges qui ont pour thème la nature et le fonctionnement de l’imagination. C’est donc aux principes de celle-ci qu’elles renvoient en dernière instance. » (Spinoza et le signe, introduction). Puis « la fonction du signe dépasse, sans pour autant l’exclure, une définition strictement linguistique. »
 
Dans sa lecture, le signe devient une notion centrale. Il revalorise l’imagination – connaissance « ex-signis » - , partie prenante de la théorie de la connaissance. Comme l’idée inadéquate à laquelle il semble lié par analogie, le signe n’est pas faux, mais exprime une chose de façon partielle.
 
« Formulons cette hypothèse : le signe n’exprime que partiellement la cause, celle-ci constituant pour Spinoza la définition complète et adéquate de la chose. L’exprimant, il la manifeste, du moins en partie. On peut alors supposer qu’une théorie de la signification complète des choses coïncide avec leur explication causale, et vice versa qu’une pensée adéquate de la causalité vaut une théorie complète de la signification. Il s’agit donc d’apprécier quelle est la part d’une sémiologie (mais mieux vaudrait parler ici de sémiotique) dans le régime général de la causalité.» (p.20-21).
 
On retrouve ici dans un défaut propre à une grande partie des spinozistes : la tentation de la belle histoire. Toute contradiction n’est qu’apparente ; le système doit forcément pouvoir se clore. Mais, comme le sussure le personnage de Sportin'live dans Porgy and Bess, à propos de ce que dit la Bible, "It ain't necessarily so".
 
Car il est fondamentalement absurde de faire équivaloir une totalité de signes à une idée vraie, le signe étant par essence incomplet et ne valant que par cela. Noir sur blanc ou blanc sur noir, le signe ressort du fond où il s’inscrit. Une totalité de signes ne peut pas avoir de sens, parce que tous les signes se neutraliseraient. La logique vraie de Spinoza ne peut pas être une sémio-logique. Il reste forcément une problématique du rapport entre signe et vérité, un hiatus du système dont l'usage du langage est l'exemple le plus frappant.

Lorenzo Vinciguerra est nécessairement amené à élaborer une théorie du langage spinoziste dans un développement sur "l'aspect public du signe" (p221): "Le signe incarne une règle à laquelle l'interprète se rapporte. Il est alors prédicable, c'est à dire, au sens premier du verbe praedicare, qu' "il se dit publiquement" d'une pluralité, voire d'une infinité de singuliers, dans la mesure où il est praticable publiquement dans la communauté de sens auquel il appartient. Sa signification dépend toujours d'une interprétation, mais cette dernière, sous l'empire public de signe, ne pourra pas varier de manière anarchique et incontrôlée." C'est l'occasion de donner à l'imagination "une certaine puissance, puisqu'elle se donne les moyens de rassembler en unités simplifiées ce qui autrement ne pourrait se donner que sous forme d'enchaînements complexes". "L'image commune est ainsi une image qui, bien que particulière, assume des fonctions de généralité."

Mais comme tout signe, en plus de son "utilité" et de sa "facilité, a cet aspect de "publicité", le domaine langagier est susceptible de s'étendre à l'infini, et de reposer ses problèmes. Le langage n'est-il pas le sens ultime de tout signe? Vinciguerra cite d'ailleurs une remarque d'Alexandre Matheron, pour qui le spinozisme, "en tant que système exposé publiquement d'une certaine façon plutôt que d'une autre" [ie, l'Ethique], pourrait ne pas être "la même chose que la vérité découverte par Spinoza."

Alors que Pierre-François Moreau se méfie du signe comme de l’intuition intellectuelle et reconstruit un spinozisme strictement rationnel à partir de la notion d’idée vraie, Vinciguerra refonde l’ensemble à partir d’une doctrine de l’imagination réinventée. Mais pour tous les deux il ne fait pas de doute que l’Ethique est un livre actuel, sempiternel, accessible hic et nunc. Historiens de la philosophie, ils habitent tous les deux l’Ethique et pensent pouvoir la faire revivre de l’intérieur. Pourtant leurs conceptions de la connaissance ex-signis semblent différer. Pour Pierre-François Moreau, "la différence est bien absolue" entre le premier et le second genre de connaissance. Le second ne peut  en aucun cas procéder du premier. C'est une "confusion" d'estimer que "la distinction entre les genres de connaissance est relative et non pas absolue" (L'expérience et l'éternité, p. 261, note 4). Or tout le travail de Lorenzo Vinciguerra consiste à démontrer que c'est dans l'imagination, c'est à dire dans le premier genre de connaissance, que prend racine non seulement le second genre de connaissance, qui est l'imagination corrigée par l'entendement, mais aussi le troisième, inscrit in nucleo: "Il y a donc bien comme un être conscient ou une sensation sourde et quasi aveugle de l'éternité de l'Esprit, même quand celui-ci imagine." Tandis que l'un sépare nettement les genres et les hiérarchise, l'autre les fait s'emboîter les uns dans les autres. Leur deux théories d'une Ethique vraie semblent supposer deux spinozismes différents.
 

Le langage rédimé

La seule thèse qui permette d’expliquer comment l’Ethique vraie s’écrit, et donc comment son existence matérielle est possible, est de postuler un miracle du langage spinoziste, comme si Spinoza, en tant que philosophe exceptionnel, avait eu une sorte de toute-puissance sur le langage. C’est la voie que choisit le linguiste Paul Laurendeau dans son Condillac contre Spinoza. C’est aussi la voie choisie par la plupart des spinozistes qui estiment que Spinoza a pu rédimer son langage pour écrire l’Ethique. Mais pour cette thèse, l’Ethique n’est pas un livre. C'est un objet quasiment magique.
 
Il n'y a pas de miracle. Il reste un problème du langage de l’Ethique. Ce n’est pas un texte qui s’est auto-généré, comme sa rhétorique (objectivité scientifique du more geometrico, anonymat choisi par l'auteur) voudrait le faire croire. Dans la mesure où Spinoza a utilisé le langage et ses mots pour nous communiquer l'Ethique, celle-ci est parcourue par une contradiction interne.
 
La théorie de l’Ethique impossible est juste. Et que c’est à partir de la reconnaissance de ce fait que l’on peut être spinoziste aujourd’hui. L’Ethique ? Impossible. Le spinozisme ? Possible. Pourquoi ? La suite au prochain épisode, "Le spinozisme du langage".

Laurent Martinet
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