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 Citation de Spinoza
Le bien suprême du Mental est la connaissance de Dieu ; et la vertu suprême du Mental est de connaître Dieu.
(Summum Mentis bonum est Dei cognitio, et summa Mentis virtus Deum cognoscere).
Éthique
IV, prop. 28.
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Spinoza et Nous - Philosophie de l'affirmation: Documents

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Bien, mal, éthique
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1 - Dans les Pensées Métaphysiques
2 - Dans le Traité de la Réforme de l'Entendement
3 - Dans le Court Traité
4 - Dans les Lettres
5 - Dans l'Ethique
6 - Dans le Traité Théologico-Politique
7 - Dans le Traité Politique

4 - Dans les Lettres

Lettre 19 à Blyenbergh : … je réponds à votre objection, dont voici le fondement : c’est que de la providence de Dieu, qui ne diffère pas de sa volonté et de son concours, et de la création continue, il résulte qu’il n’y a ni péché ni mal, ou que Dieu effectue le mal et le péché. Mais vous n’expliquez pas ce que vous entendez par le mal ; et autant que l’on peut le conjecturer d’après votre exemple de la volonté déterminée d’Adam, vous paraissez entendre par ce mot de mal la volonté elle-même, en tant qu’elle est conçue comme déterminée à un mode particulier, ou en tant qu’elle résiste à l’ordre de Dieu ; et vous en concluez (ce que je suis loin de contredire, si l’on admet votre hypothèse) qu’il y a une égale absurdité à soutenir ou que Dieu fasse lui-même ce qui est contre sa volonté, ou que ce qui est contre la volonté de Dieu puisse être bon. Quant à moi, je ne puis accorder que le péché ou le mal soit quelque chose de positif, encore moins que quelque chose puisse exister ou arriver contre la volonté de Dieu. Loin de là, je prétends non-seulement que le péché n’est rien de positif, mais que nous ne pouvons dire qu’improprement, et en subissant une condition imposée au langage humain, que nous péchons contre Dieu et que les hommes offensent Dieu.


En premier lieu, nous savons que chaque être, pris en lui-même sans aucun rapport au reste des choses, renferme une perfection qui n’a pour bornes dans chaque être que sa propre essence, et que l’essence même d’un être n’est pas autre chose. Je prends pour exemple le dessein ou la volonté déterminée d’Adam de manger du fruit défendu. Ce dessein ou cette volonté déterminée, considérée en elle-même, renferme précisément autant de perfection qu’elle exprime de réalité ; et on en peut conclure que nous ne pouvons concevoir d’imperfection dans les choses qu’en les comparant à d’autres choses qui ont plus de réalité : en conséquence, dans la détermination d’Adam, tant que nous la considérons en elle-même et que nous ne la comparons à rien qui soit d’une nature plus parfaite ou dans un état plus parfait, nous ne pouvons trouver aucune imperfection ; bien plus, nous pouvons la comparer à une infinité d’autres objets moins parfaits qu’elle, comme des pierres, des troncs d’arbres, etc. Voici encore ce qu’on ne peut contester : c’est que les mêmes choses qui dans les hommes paraissent détestables et dignes de toute notre aversion peuvent être vues dans les animaux avec admiration : ainsi les guerres des abeilles, la jalousie des colombes, etc. ; passions méprisables dans les hommes, et qui pourtant rendent les animaux plus parfaits à nos yeux. De tout cela il résulte clairement que les péchés, qui n’expriment rien si ce n’est une imperfection, ne peuvent consister en quelque chose qui exprime une réalité, comme la détermination d’Adam et l’acte qui en fut la suite.


… il est certain que la privation n’est pas quelque chose de positif, et que nous l’appelons ainsi par rapport à notre intelligence et non par rapport à celle de Dieu. Or la raison en est que nous renfermons tous les individus d’un genre, tous ceux par exemple qui ont extérieurement la forme humaine, sous une même définition, et nous pensons ensuite qu’ils sont tous également susceptibles de la plus grande perfection que cette définition comprenne ; puis, quand nous en trouvons un dont les actions répugnent à cette perfection, nous disons qu’il en est privé, qu’il s’éloigne de la nature ; ce que nous ne ferions pas si nous ne l’avions rapporté à cette définition, si nous ne lui avions attribué cette nature. Mais Dieu ne connaît pas les choses par abstraction, il n’a pas de définitions générales de cette espèce, il n’attribue pas aux choses plus de réalité que son intelligence et sa puissance ne leur en a effectivement donné ; et il suit de là que cette privation n’existe que pour notre esprit, et non pour le sien.


… j’avoue que les impies expriment à leur manière la volonté de Dieu, mais ils ne doivent pas pour cela entrer en comparaison avec les gens de bien. En effet, plus une chose est parfaite, plus elle tient de près à la Divinité et plus elle en exprime les perfections. Donc, comme les bons ont incomparablement plus de perfection que les méchants, leur vertu ne peut être comparée à celle des méchants ; d’autant plus que les méchants sont privés de l’amour divin qui découle de la connaissance de Dieu, et par lequel seul nous pouvons, dans la mesure de notre intelligence humaine, être appelés les enfants de Dieu. Il y a plus encore : ne connaissant pas Dieu, les méchants ne sont, dans la main de l’ouvrier, qu’un instrument qui sert sans le savoir et qui périt par l’usage ; les bons, au contraire, servent Dieu en sachant qu’ils le servent, et c’est ainsi qu’ils croissent sans cesse en perfection.


Lettre 21 à Blyenbergh : … le but où j’aspire dans cette vie, ce n’est point de la passer dans la douleur et les gémissements, mais dans la paix, la joie et la sérénité. Voilà le terme de mes désirs, et mon bonheur est d’en approcher peu à peu de quelques degrés. Mais n’allez pas croire que cela m’empêche de reconnaître cette vérité (qui est même la source du contentement et de la tranquillité de mon âme) : je veux dire que tout arrive par la puissance de l’Être souverainement parfait et selon l’ordre immuable de ses décrets.


… j’estime l’œuvre, non par sa qualité intrinsèque, mais par la puissance de l’ouvrier ; et la récompense qui vient après le travail en résulte avec la même nécessité qu’il résulte de la nature du triangle que la somme de ses angles égale deux droits. C’est ce que chacun comprendra sans difficulté, s’il veut seulement remarquer que notre souverain bonheur consiste dans l’amour de Dieu, et que cet amour découle nécessairement de la connaissance de Dieu, qu’on nous recommande avec tant de soin. Du reste, on peut donner de ces principes une démonstration générale en considérant la nature des décrets divins, ainsi que je l’ai expliqué dans mon Appendice. Mais j’avoue que ceux qui confondent la nature divine avec la nature humaine sont parfaitement incapables de comprendre toutes ces choses. …


La privation, selon moi, n’est pas l’acte de priver, mais purement et simplement le défaut ou le manque de quelque chose, lequel défaut en soi n’est rien. Ce n’est qu’un être de raison ou un mode de la pensée qui se forme par la comparaison des choses. … quand nous considérons la nature d’un homme emporté par le libertinage, et que nous comparons l’état actuel de son désir avec son état passé, ou avec le désir qui anime l’homme de bien, nous affirmons que le débauché est privé d’un désir meilleur que celui qui l’entraîne, parce que nous pensons qu’un désir vertueux convient actuellement à sa nature. Mais il faudra bien écarter cette pensée, si l’on considère la nature des décrets et de l’intelligence de Dieu ; car à ce point de vue, un désir vertueux ne convient pas plus à la nature de l’homme débauché qu’à celle du diable ou d’une pierre. Par où l’on voit que ce meilleur désir qu’on a supposé n’est point une privation réelle, mais seulement une négation. Et de cette façon, la privation consiste donc à nier d’un objet quelque chose que nous croyons appartenir à sa nature ; et la négation, à nier d’un objet quelque chose qui n’appartient pas à sa nature. …


… nous pouvons faire à Dieu de notre âme et de notre corps une offrande pure de toute superstition. Et n’allez pas croire que je nie l’utilité des prières ; car mon esprit est trop borné pour déterminer tous les moyens dont Dieu se sert pour amener les hommes à l’aimer, c’est-à-dire à faire leur salut. Mon sentiment n’a donc rien de nuisible ; et tout au contraire, il est pour tout homme dégagé de superstition puérile et de préjugés le seul moyen de parvenir au comble de la béatitude.


… tout homme qui ne s’abstient du mal que par crainte de la peine (et je suis loin de vous mettre dans cette catégorie) n’agit assurément point par amour du bien et ne mérite nullement le nom d’homme vertueux. Pour moi, je détourne mes yeux d’une telle morale, et j’ai besoin de n’y point penser ; car elle répugne à mon caractère, et elle m’éloignerait de la connaissance et de l’amour de Dieu. …


Lettre 23 à Blyenbergh : … Si, maintenant, vous pouvez me démontrer que le mal, que l’erreur, les crimes, etc., sont quelque chose qui exprime une essence, je vous accorderai entièrement que Dieu est la cause des crimes, du mal, de l'erreur, etc.


Il me semble vous avoir suffisamment montré que ce qui pose la forme du mal, de l'erreur, du crime, ne consiste pas en quoi que ce soit qui exprime une essence, et que l'on ne peut dire, par conséquent, que Dieu en est cause. …


… bien que les actes des gens de bien (c'est-à-dire de ceux qui ont une idée claire de Dieu, vers laquelle sont tournées toutes leurs œuvres et leurs pensées), et les actions des méchants (c’est-à-dire de ceux qui ne possèdent pas l'idée de Dieu, mais seulement les idées des choses terrestres, vers lesquelles sont tournées leurs œuvres et leurs pensées), et finalement les actions de toutes les choses qui existent, découlent nécessairement des lois et des décrets éternels de Dieu, et dépendent continuellement de lui ; j'aurais voulu remarquer, dis-je, que ces actions diffèrent les unes des autres, non seulement par le degré, mais encore par leur essence. Ainsi, quoique un rat et un ange, et la tristesse et la joie dépendent également de Dieu, l'on ne peut dire toutefois du rat qu'il a la forme d'un ange, ni de la tristesse qu'elle a l'apparence de la joie. …


Si vous demandez de nouveau : Le voleur et l'homme juste sont-ils également parfaits et heureux ?
Je réponds : Non.
Par homme juste, en effet, j'entends celui qui désire constamment que chacun possède ce qui lui appartient ; et ce désir, dans mon Éthique, non encore éditée, je démontre qu'il prend nécessairement sa source, chez les hommes pieux, dans la claire connaissance qu'ils ont, et d'eux-mêmes, et de Dieu.
Et comme le voleur n'a pas de désir de cette sorte, il est privé nécessairement et de la connaissance de Dieu, et de la connaissance de soi-même ; c'est-à-dire du fondement premier qui nous rend véritablement hommes.


Si vous me demandez enfin : Qui peut vous pousser à accomplir cette action que j'appelle vertu, plutôt que cette autre ?
Je réponds que je ne puis savoir de quelle voie, entre une infinité d'autres, Dieu se sert pour vous déterminer à cette action.
Il se pourrait faire que Dieu ait imprimé en votre esprit, une idée si claire de lui-même, que vous délaissiez le monde par amour pour lui, et que vous aimiez les autres hommes comme vous-même. Et il est manifeste que la constitution d’une âme de ce genre est en lutte contre tout ce que l’on appelle mal ; et c'est pourquoi on ne la peut trouver en un seul sujet.


… Si quelqu'un s'aperçoit qu'il pourra vivre plus agréablement attaché à une croix, qu'assis devant sa table, celui-là sera le dernier des sots de ne pas se crucifier. Et, de même, celui qui verrait clairement qu'il peut jouir réellement d'une vie meilleure et plus parfaite, en commettant des crimes, plutôt qu'en pratiquant la vertu, celui-là serait aussi un sot de ne pas le faire. Car les crimes, au regard d’une nature humaine pervertie en cette sorte, seraient des vertus. …


Lettre 43 à Osten : … c’est la pratique ordinaire des athées de rechercher avec excès les honneurs et les richesses, choses que j’ai toujours méprisées, comme le savent parfaitement tous ceux qui me connaissent. …


Est-ce rejeter toute religion, je le demande, que de reconnaître Dieu comme le souverain bien, et de penser qu’à ce titre il le faut aimer d’une âme libre ? Soutenir que toute notre félicité, que la plus haute liberté consistent dans cet amour, que le prix de la vertu, c’est la vertu même, et qu’une âme aveugle et impuissante trouve son supplice dans cet aveuglement même, dire enfin que tout homme doit aimer son prochain et obéir aux commandements du souverain, est-ce là, je le répète, renier toute religion ? Et tous ces principes, je ne me suis pas borné à les poser expressément ; je les ai démontrés par les raisons les plus solides. Mais je crois voir maintenant dans quels sentiments pleins de bassesse cet homme est enfoncé. La raison, la vertu pour elle-même n’ont à ses yeux aucun attrait, et le bonheur serait pour lui de vivre au gré de ses passions, s’il ne redoutait le châtiment. Ainsi donc il ne s’abstient du mal et n’obéit aux divins commandements qu’avec hésitation et à regret, comme ferait un esclave ; et pour prix de cet esclavage il attend de Dieu des récompenses qui ont infiniment plus de valeur à ses yeux que l’amour divin. Plus il aura ressenti d’éloignement et d’aversion pour le bien, plus il espère être récompensé ; et de là il se croit le droit de penser que tous ceux qui ne sont point retenus par la même crainte vivent sans loi et rejettent toute religion. …


… les préceptes de la morale, qu’ils reçoivent ou non de Dieu même la forme d’une loi, n’en sont pas moins divins ni moins salutaires ; et le bien qui résulte pour nous de l’exercice de la vertu et de l’amour de Dieu, soit que Dieu nous le donne à titre de juge, soit qu’il découle nécessairement de la nature même de Dieu, en est-il, je le demande, dans l’un ou l’autre cas, plus ou moins désirable ? Et de même, les maux qui résultent des actions mauvaises sont-ils moins redoutables, parce qu’ils en résultent nécessairement ? Enfin, que nos actions soient libres ou nécessitées, n’est-ce pas toujours la crainte et l’espérance qui nous conduisent ?


… j’ai déclaré au contraire expressément au chapitre IV De la loi divine (laquelle est inscrite, en effet, de main divine au fond de notre âme, ainsi que je l’ai dit au chapitre II), que toute la substance de cette loi et son précepte fondamental, c’est d’aimer Dieu à titre de souverain bien ; je dis à titre de souverain bien, et non point par crainte de quelque supplice, l’amour ne pouvant naître de la crainte, ou par amour pour tout autre objet que Dieu lui-même ; car autrement ce n’est pas tant Dieu que nous aimerions que l’objet final de notre désir. …


Lettre 44 à Jelles : … un de mes amis m'envoya un petit livre intitulé l'Homme politique, dont j'avais beaucoup entendu parler. J'ai parcouru cet opuscule, et j'ai vu que c'était le livre le plus pernicieux que les hommes puissent imaginer et composer.
Le souverain bien, pour l'auteur, ce sont les honneurs et les richesses. Il y accommode sa doctrine, et voici les moyens qu'il montre pour y parvenir : Rejeter intérieurement toute religion ; mais professer extérieurement celle qui sert le plus à son avancement. Ensuite, n'observer sa parole envers personne, si ce n'est en tant qu’on y trouve de l'avantage. Pour le reste, dissimuler, promettre et ne pas tenir ses promesses, mentir, se parjurer, et beaucoup d'autres prescriptions semblables, c'est l'objet de tous ses éloges.


Après avoir parcouru ces pages, je méditais, en moi-même, d'écrire indirectement contre l'auteur, un petit livre, où je traiterais du souverain bien ; où je montrerais ensuite quelle est l'inquiète et misérable condition des hommes avides d'honneurs et de richesses ; et où je prouverais enfin, par les raisons les plus évidentes et une foule d'exemples, que les républiques en proie a l'insatiable cupidité des honneurs et des richesses doivent périr, et ont péri en effet.


Ah! combien les pensées de Thalès de Milet étaient préférables et supérieures à celles de l'auteur susdit.
“ Toutes choses, disait-il, sont communes entre amis. Or les sages sont les amis des dieux ; et tout appartient aux dieux. Donc les sages possèdent tous les biens. ”
Ainsi, d'un seul mot, ce sage se rendait très opulent, en méprisant noblement les richesses, bien plus qu’en les recherchant misérablement.


Lettre 58 à Schuller : … Vient ensuite cette objection, que si nous sommes contraints par les causes extérieures, l’acquisition de la vertu n’est plus possible. Mais qui a dit à votre ami que la fermeté et la constance de l’âme dépendent de son libre décret, et ne se peuvent concilier avec le fatum et la nécessité ? Toute malice, ajoute-t-il, serait excusable avec une telle doctrine. Mais où en veut-il venir ? Des hommes méchants, pour être nécessairement méchants, en sont-ils moins à craindre et moins pernicieux ? …


Lettre 73 à Oldenburg : … je dis qu’il n’est pas absolument nécessaire pour le salut de connaître le Christ selon la chair ; mais il en est tout autrement si on parle de ce Fils de Dieu, c’est-à-dire de cette éternelle Sagesse de Dieu qui s’est manifestée en toutes choses, et principalement dans l’âme humaine, et plus encore que partout ailleurs dans Jésus-Christ. Sans cette Sagesse, nul ne peut parvenir à l’état de béatitude, puisque c’est elle seule qui nous enseigne ce que c’est que le vrai et le faux, le bien et le mal. …


Lettre 75 à Oldenburg : … J’ajoute que cette inévitable nécessité des choses n’ôte rien à la perfection de Dieu ni à la dignité de l’homme ; car les préceptes moraux, soit qu’ils prennent la forme d’une loi ou d’un droit émané de Dieu même, soit qu’ils ne la prennent pas, n’en sont pas moins des préceptes divins et salutaires ; et quant aux biens qui résultent de la vertu et de l’amour de Dieu, soit que nous les recevions des mains d’un Dieu qui nous juge, soit qu’ils émanent de la nécessité de la nature divine, en sont-ils, dans l’un ou l’autre cas, moins désirables ? Et de même, les maux qui résultent des actions ou des passions mauvaises sont-ils moins à craindre parce qu’ils en résultent nécessairement ? En un mot, que nos actions s’accomplissent sous la loi de la nécessité ou sous celle de la contingence, n’est-ce pas toujours l’espérance et la crainte qui nous conduisent ?


Les hommes ne sont inexcusables devant Dieu par aucune autre raison sinon qu’ils sont en la puissance de Dieu comme l’argile en celle du potier, qui tire de la même matière des vases destinés à un noble usage et d’autres à un usage vulgaire. …


Lettre 78 à Oldenburg : … Quand j’ai dit dans ma dernière lettre que ce qui nous rend inexcusables, c’est que nous sommes en la puissance de Dieu comme l’argile entre les mains du potier, j’entendais par là que nul ne peut accuser Dieu de lui avoir donné une nature infirme ou une âme impuissante. Et de même qu’il serait absurde que le cercle se plaignit de ce que Dieu lui a refusé les propriétés de la sphère, ou que l’enfant qui souffre de la pierre se plaignît de ce qu’il ne lui a pas donné un corps bien constitué, de même un homme dont l’âme est impuissante ne peut être reçu à se plaindre, soit de n’avoir pas eu en partage et la force, et la vraie connaissance, et l’amour de Dieu, soit d’être né avec une constitution tellement faible qu’il est incapable de modérer et de contenir ses passions. En effet, rien n’est compris dans la nature de chaque chose que ce qui résulte nécessairement de la cause qui la produit. Or qu’un certain homme ait une âme forte, c’est ce qui n’est point compris dans sa nature, et personne ne peut contester, à moins de nier l’expérience et la raison, qu’il ne dépend pas plus de nous d’avoir un corps vigoureux que de posséder une âme saine.


Vous insistez et vous dites : si les hommes tombent dans le péché par la nécessité de la nature, ils sont donc toujours excusables. Mais vous n’expliquez point quelle conclusion précise vous voulez tirer de là. Voulez-vous dire que Dieu ne peut s’irriter contre nous, ou bien que tous les hommes sont dignes de la béatitude, c’est-à-dire de la connaissance et de l’amour de Dieu ? Dans le premier cas, j’accorde parfaitement que Dieu ne s’irrite en aucune façon et que tout arrive suivant ses décrets ; mais je nie qu’il résulte de là que tous les hommes doivent être heureux ; car les hommes peuvent être excusables et cependant être privés de la béatitude et souffrir de mille façons. Un cheval est excusable d’être un cheval, et non un homme ; mais cela n’empêche pas qu’il ne doive être un cheval et non un homme. Celui à qui la morsure d’un chien donne la rage est assurément excusable, et cependant on a le droit de l’étouffer. De même, l’homme qui ne peut gouverner ses passions ni les contenir par crainte des lois, quoique excusable à cause de l’infirmité de sa nature, ne peut cependant jouir de la paix de l’âme ni de la connaissance et de l’amour de Dieu, et il est nécessaire qu’il périsse.


Traduction de Emile Saisset et J.-G . Prat.


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