Il n’y a PAS de « modes infinis médiats » chez Spinoza !

Questions et débats touchant à la conception spinozienne des premiers principes de l'existence. De l'être en tant qu'être à la philosophie de la nature.
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Messagepar hokousai » 28 juin 2013, 23:29

à Vanleers

Je me suis repenché sur distinction modale à partir des pensées métaphysiques (chap 5/2)
Descartes distingue la première distinction modale . Je peux penser deux modes , ils peuvent être conçus l'un sans l'autre mais les deux pas sans la substance .
C'est ce à quoi je devais penser quand j' ai répondu sur la distinction modale
Je conçois l'un sans l'autre (intellect, amour, désir etc) mais tous rassemblés je ne les conçois pas sans l'attribut . C'est à dire que je rassemble sous une généralité.
...........................

Sur le scolie de la prop 17/1 je rapprochei de la dem de la prop 9/2

Spinoza a écrit :L'idée d'une chose particulière et qui existe en acte est un mode particulier de la pensée, distinct de tous les autres modes (par le Corollaire et le Schol. de la Propos. 8, partie 2) ; et par conséquent (en vertu de la Propos. 6, part, 2) elle a pour cause Dieu considéré seulement comme chose pensante ; non pas comme chose absolument pensante (par la Propos. 28, partie 1)
.

Je suis bien d'accord avec la remarque de Macheray .
Oui mais si ce n'est pas l' intellect de Dieu qui est la cause (ce que Spinoza affirme pourtant ) si les modification finies n 'ont pas de causes dans la nature absolue de l'attribut pensée (ou/et d'autres )
il n' y a aucun lien entre l'infini et le fini .
Or dans la prop 8/2 Spinoza établi un lien entre l'idée infinie de Dieu et les choses singulières .

...Les idées des choses singulières n 'existent pas SINON en tant qu'il existe une idée infinie de Dieu . En tant qu'elles ont dite durer leurs idées enveloppent également l'existence . La cause n'est pas dans l'intellect infini mais est Dieu en acte. Il semble plus y avoir une coexistence qu 'une relation causale entre intellect infini et la modification finie .

Mais tout cela est bien difficile à comprendre . Les meileurs commentateurs semblent à la peine

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Messagepar Vanleers » 01 juil. 2013, 17:39

A Hokousai

Je réponds à votre message du 25/06.

Vous avez critiqué l’assertion :

« en vertu d’E I 22, ne peut suivre du mode infini immédiat que quelque chose d’infini. »

A la réflexion, cette question me paraît d’un intérêt éthique mineur et je me contenterai de citer deux commentateurs.

1) Pierre Macherey, à propos d’E I 22, écrit :

« Or Spinoza refuse de produire ici une démonstration nouvelle, mais il se contente d’écrire : « La démonstration de cette proposition procède de la même façon que celle de la précédente ». On ne saurait dire plus clairement que d’une chose infinie ne peut résulter qu’une chose elle-même infinie : l’attribut se reproduit à l’intérieur de l’ordre modal qui est sa conséquence directe à l’identique, sans altération ni déperdition, ou diminution ou dégradation, donc sans que s’opère une transition ou un passage, mais par le simple jeu de la causa immanens qui n’a pas besoin de sortir d’elle-même pour produire ses effets, comme l’a montré la proposition 18 » (Introduction… I p. 169)

2) Ferdinand Alquié, à propos des modes infinis et finis écrit :

« Ceci nous ramène au difficile problème que posent, chez Spinoza, les modes infinis. Nous avons signalé que Spinoza lui-même éprouve quelque difficulté, sinon quelque gêne, à répondre aux questions qu’on lui pose en ce qui les concerne [réponses à Schuller]. Quel statut exact leur accorde-t-il donc ? Propres à Dieu, infinis et éternels comme lui, ils sont pourtant créés ou, plus exactement « causés », et, la production des modes se faisant d’un coup, ils ne sont pas véritablement les causes des modes finis : ceux-ci sont leurs parties, non leurs effets. » (Le rationalisme de Spinoza p. 156)

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Messagepar Vanleers » 01 juil. 2013, 20:11

A Hokousai

Je réponds à votre message du 28/06

Vous écrivez :

« Je comprends que c'est l'esprit humain qui comprend que l'intellect en acte ( celui qu'il est ) doit se concevoir par la pensée absolue, à savoir par un attribut de Dieu et se concevoir tel que sans l’attribut il ne puise ni être ni se concevoir »

Dans la définition des distinctions réelle, modale et de raison, Sévérac utilise l’expression « concevoir clairement et distinctement » et non pas « comprendre » mais on peut assimiler l’un à l’autre.
Spinoza précise dans le scolie 1 d’E II 40 que les notions communes sont claires et distinctes puis, dans le scolie 2, il appelle raison la connaissance par notions communes.
Nous pouvons en conclure que concevoir clairement et distinctement, c’est connaître par la raison, donc s’appuyer sur les notions communes.
Peut-être est-ce cela que vous visez lorsque vous parlez d’intellections multiples mais il faudrait préciser que ces intellections multiples ne conduisent pas à une idée générale (critiquée en E II 40 sc. 1) mais à une notion commune de l’intellect.

Vous vous êtes référé à E I 31. Dans la démonstration, Spinoza précise que l’intellect « doit se concevoir par l’entremise de la pensée absolue… » (toute la démonstration est à lire).

La question se pose également de savoir ce qu’apporte la connaissance du troisième genre dans l’intelligence des distinctions réelle, modale et de raison.
Spinoza introduit cette connaissance dans le scolie 2 d’E II 40 :

« Et ce genre de connaissance procède de l’idée adéquate de l’essence formelle de certains attributs de Dieu vers la connaissance adéquate de l’essence des choses »

Est-ce que cette connaissance du troisième genre nous fait saisir intuitivement les distinctions entre substance, attributs, modes ?

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Messagepar Vanleers » 01 juil. 2013, 20:43

A Hokousai

Je réponds à votre deuxième message du 28/06

Vous avez écrit :

« si les modification finies n'ont pas de causes dans la nature absolue de l'attribut pensée (ou/et d'autres ) il n' y a aucun lien entre l'infini et le fini . »

Vous vous référez à E II 8 et cor. Spinoza y parle d’idées INCLUSES dans l’idée infinie de Dieu, d’essences formelles CONTENUES dans les attributs de Dieu…

Je rapproche cela de ce qu’écrit Ferdinand Alquié, cité dans un précédent message :

« ils [les modes infinis] ne sont pas véritablement les causes des modes finis : ceux-ci sont leurs parties, non leurs effets. »

Pierre Macherey précise cela dans son commentaire d’E I 28 :

« Ainsi la puissance infinie de la substance, considérée dans chacun de ses attributs, agit-elle dans les choses en sorte que celles-ci opèrent les unes sur les autres ou les unes à l’égard des autres, et ceci par l’intermédiaire des modes infinis comme le rappelle le scolie de cette proposition. Il ne faudrait pas en conclure que Spinoza distingue ainsi deux modèles de causalités, dont l’une, verticale, descendrait de la substance vers les modes, et l’autre, horizontale, s’étalerait sur le plan de la réalité modale : car la substance ne surplombe pas cette réalité, comme un ciel le ferait au regard d’une terre, mais elle l’anime de l’intérieur et du plus profond d’elle-même. La causalité absolue qui définit l’action divine et la causalité relative par laquelle se manifestent les rapports réciproques liant entre eux les divers éléments de la réalité modale, à l’intérieur du tout qui constitue cette réalité comme telle, c’est-à-dire telle qu’elle est produite par Dieu – l’infini, rappelons-le, ne produisant que de l’infini –, sont deux expressions différentes, à des points de vue distincts, de la même nécessité, celle qui définit la nature elle-même dans son rapport exclusif à soi, nécessité par laquelle elle s’effectue simultanément comme nature naturante et comme nature naturée. » (Introduction… I p. 179)

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Messagepar hokousai » 02 juil. 2013, 00:27

à Vanlers

pour résumer le problème est dans ça
En toute amitié il me semble que ça ne va pas :
Citation:
en vertu d’E I 22, ne peut suivre du mode infini immédiat que quelque chose d’infini.



Est-ce que Spinoza est si clair ?

Les choses finies sont causées par des choses finies et cela à l'infini. prop 28/1
que je connais archi bien si j ose dire .
Un attribut est modifié par une(des) modification qui est finie et qui a une existence déterminée .
ET PAS EN tANT QU'IL EST AFFECTÉ D' UNE MODIFICATION QUI EST ETERNELLE ET INFINIE.
Ce qui va de soi.

Alors vous dîtes que le fini ne peut être causé par l'infini.( encore que Spinoza le dise )
Je remarque qu' l'intellect tant infini que fini est de la nature naturée. Il n'est pas anodin qu'ils soient renvoyés au même régime de la nature . DIre que les modes finis de l'intelect sont modifications de l'intellect infini de Dieu ne me parait pas être dire que c' est cet intellect qui cause .

Est-ce que l’infini, rappelons-le, ne produisant que de l’infini a un sens ?
Dieu n'est- il pas infini ! Alors .....ne produit il pas du fini ?

Donc moi j'interprète ainsi :
que le mode infini immédiat ne suffit pas à produire et en ce sens il ne produit pas . II est cependant nécessaire qu'il existe ( qu 'existe l'intellect infini de Dieu ). En ce sens il est une cause . mais pas la seule cause .
l'autre cause c'est la nature en acte.
..............
Je reviens que ce que j 'ai écrit : et qui était excessif et polémique en réponse à Du mode infini immédiat ne peut donc rien s’ensuivre de fini. qui me semblait couper les ponts entre l'infini et le fini .
hokousai a écrit :C 'est l'intellect éternel et infini qui est modifié en un enchainement d' idées finies et déterminés.
Enfin moi je ne l'ai jamais compris autrement .

J 'ai commis qqs commentaires du scolie de la prop 8/2 ( le cercle et les rectangles )
Le corroll précise sinon en tant qu' il existe une idée infinie de Dieu . Pour moi l' idée de Dieu ne contient rien de fini préexistant à l'existence des choses singulières et en ce sens elle n'est pas modifiée, mais elle est nécéssaire( indispensable !).

Spinoza dit bien quand même que l'idée d' une chose singulière a pour cause Dieu en tant seulement qu'il est chose pensante ( prop 9/2) .Je veux bien que dire que c'est l'intellect de Dieu qui est modifié soit excessif .. en fait c'est restrictif .

Dieu en tant seulement qu'il est chose pensante a probablement un intellect mais il n'a pas( absolument ) que cet intellect là .

A moins que par ce "seulement qu'il est chose pensante" il soit privé d' intellect .

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Messagepar Vanleers » 02 juil. 2013, 10:58

A Hokousai

Les difficultés que vous soulevez dans votre dernier message ont reçu un début de solution dans la dernière citation de Macherey que je vous ai envoyée.
Il parle de causalité absolue et de causalité relative qui « sont deux expressions différentes, à des points de vue distincts, de la même nécessité ».

Je dirai donc, pour nous limiter à l’attribut de la pensée, qu’il est nécessaire de concevoir :
a) que « l’esprit humain est une partie de l’intellect infini de Dieu » (E II 11 cor.)
b) qu’une idée qui se forme dans cet esprit a pour cause une autre idée qui elle-même à pour cause… (E I 28)

C’est ce que dit également Pascal Sévérac :

« Or être une « partie » de l’entendement divin a deux sens.
- Cela veut dire d’abord entrer dans un rapport « interne » avec Dieu, puisqu’être une partie de l’entendement divin, c’est être une idée de Dieu : non pas l’idée infinie de Dieu (son entendement), mais une idée qu’a Dieu (parmi d’autres), une certaine idée par laquelle il perçoit quelque chose. Dieu, en un sens, perçoit à travers mon esprit.
- Mais cela veut dire aussi entrer dans un rapport « externe » avec d’autres idées, puisqu’une partie est nécessairement en relation avec d’autres parties du tout auquel elle appartient : ces autres parties sont elles-mêmes des idées, celles par exemple que Dieu a lorsque, percevant quelque chose, il constitue l’essence de mon esprit alors que celui-ci perçoit cette chose inadéquatement.
Voici donc, lorsque je perçois le chat sur mes genoux, par quelles idées, extérieures à lui, mon esprit est déterminé : par les idées qui, dans l’entendement divin, complètent la perception tronquée, partielle, inadéquate que j’ai du chat – si l’on veut bien admettre que je ne perçois pas en totalité la nature de ce chat, mais seulement en partie, sous le rapport de l’effet que ce félin produit en mon corps » (Spinoza Union et Désunion p. 98)

Vous écrivez :

« Spinoza dit bien quand même que l'idée d'une chose singulière a pour cause Dieu en tant seulement qu'il est chose pensante ( prop 9/2) »

Oui, mais il ajoute :

« Et non pas (par la prop. 28 I) en tant qu’il est chose absolument pensante » (E II 9 dém.)

La cause de l’idée d’une chose singulière n’est donc pas l’intellect divin (mode infini immédiat de l’attribut de la pensée)

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Messagepar hokousai » 02 juil. 2013, 14:05

à Vanleers

La cause de l’idée d’une chose singulière n’est donc pas l’intellect divin (mode infini immédiat de l’attribut de la pensée)

Non mais ça d'accord ! La cause d'une idée singulière est une autre idée singulière et cela à l'infini . Mais le "à l'infini" renvoie à la face totale de l'univers.(mode infini médiat).

Le mode infini immédiat de la pensée semble nécéssaire (indispensable ) s'il n'est pas cause. Mais je me demande bien s'il y a en lui des parties. Donc si nous sommes des parties c'est de l'entendement de Dieu peut- être en tant qu'il est chose pensante mais pas en tant qu'il est absolument pensant .

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Messagepar sescho » 03 juil. 2013, 12:23

On l’aura compris, mon point de vue consiste – dans la limite de mes moyens bien sûr – à embrasser l’ensemble des textes de Spinoza et de son système. De fait, et non par principe, cela s’oppose à des interprétations de Spinoza fortement extrapolées sur la base et le mixage de propositions, passages et autres tournures de phrases extraites du contexte général. Je le vois aussi comme la vérité simple (elle est suffisamment importante et renversante en elle-même, soyons-en sûr) contre l’originalité et le merveilleux, l’amour de l’universel contre le goût du singulier, etc.

Exemple entre autres dans ce qui précède : utiliser la proposition E1P36, basée de fait (appel à E1P25C et usages) sur les effets nécessairement produits par les choses singulières – et choses singulières eux-mêmes au sens général –, pour en déduire rétroactivement qu’il y a quelque chose qui nécessairement suit des modes infinis, MAIS que suivant E1P22 ce ne peuvent en aucun cas être… des choses singulières… Cela, disons, interpelle…

Soyons clair, si les développements, propositions et démonstrations de Spinoza étaient d’une pureté absolue (ou disons d’une clarté absolue au commun des mortels), il ne devrait y avoir aucune divergence entre les deux approches. Mais j’ose dire – comme Hokousai – que ce n’est pas le cas ; par exemple, certains renvois à des propositions comme bases de points de démonstration ne sont pas évidents du tout ; il y a des libellés qui évoluent sans explication au cours du développement, éventuellement des points de logique discutables, etc. Il faut donc nécessairement en passer par une vision et une cohérence globales.

Je peux bien sûr me tromper… (même si je n’affirme pas sans avoir soupesé la chose sur une base large.) A tout le moins, je peux certainement mal interpréter, très loin de les avoir tous examinés au micron, certains passages secondaires de Spinoza. Ce n’est pas un problème pour moi, bien au contraire, que ceci soit mis au jour, mais cela n’a rien à voir avec le genre de l’extrapolation-occultation précédente. Pour l’instant, même si certaines parties du système et du texte de Spinoza sont discutables, rien n’a entamé ma conviction qu’il n’y a pas de prétendus « modes infinis médiats » chez Spinoza (mais qu’il y ait des difficultés qui y ressemblent dans la Pensée, je suis d’accord.)


Ceci étant rappelé, c’est l’occasion ici de progresser sur l’ « examen de fond du détail » de la partie concernée de l’Éthique - ce qui n’est, rappelons-le donc, qu’un élément parmi d’autres (se reporter par exemple aux extraits reproduits en tête) :


Question préliminaire : Que veut dire le mot « suivre » (suit, suive, suivent, suivant, …) ?

La première référence est E1A3 : « Étant donnée une cause déterminée, il en suit nécessairement un effet, et, au contraire, s’il n’y a aucune cause déterminée, il est impossible qu’un effet s’ensuive. » L’axiome suivant E1A4 : « La connaissance de l’effet dépend de la connaissance de la cause et l’enveloppe » le complète et annonce déjà qu’il s’agit de causalité immanente (raison ; E1P18.)

Comme « cause » et « effet » sont des termes couplés, E1A3 fait figure de lapalissade… Il est utilisé dans E1P27, E4P31, E5P33. Dans E1P27 (« Une chose qui est déterminée par Dieu a opérer quelque chose ne peut se rendre elle-même indéterminée ») il constitue la démonstration à lui seul.

A noter que le « déterminé » semble prendre des sens légèrement différents dans ces passages. Il, et ceci, apparaît déjà dans E1D7 (« Est dite libre la chose qui existe par la seule nécessité de sa nature, et se détermine par soi seule à agir : et nécessaire, ou plutôt contrainte, celle qu’autre chose détermine à exister et opérer de façon précise et déterminée. ») Le sens dans E1A3 et de fin de E1D7 apparaît être « de nature précise » tandis que dans E1P27 et au début de E1D7, il s’agit plutôt de « de nature imposée. »

Quoiqu’il en soit, déjà, le lien de « suivre » avec cause/effet est direct et évident. Reste à savoir s’il pourrait y avoir dans ce cadre même un « saut » de la causalité immanente à la causalité transitive – quoique largement imaginaire – en quelque endroit, en particulier E1P28 (dans E1P11S, Spinoza utilise « découler » et non « suivre »…) Ceci, déjà discuté dans le passé, sera examiné plus tard.

Exemples d’autres occurrences :

Dans E1P16 : « De la nécessité de la nature divine doivent suivre une infinité de choses d’une infinité de manières (c’est-à-dire tout ce qui peut tomber sous un intellect infini). »

Avec en complément E1P16C1 : « De là suit que Dieu, de toutes les choses qui peuvent tomber sous un intellect infini, est la cause efficiente. »

Dans E1P28Dm et S : « … Cela a donc dû suivre, ou être déterminé à exister et à opérer, de Dieu ou d'un attribut de Dieu en tant qu'il est modifié par une modification qui est finie et a une existence déterminée. ...

Scholie : Comme certaines choses ont dû être produites immédiatement par Dieu, j’entends celles qui suivent nécessairement de sa nature absolue… »

Spinoza appose là à « suivre », « être déterminé à exister et à opérer, » comme le fait aussi implicitement E1P27Dm, et par ailleurs dans le sens inverse de la cause vers l’effet le relie à « produire. »

Dans E1P29S : « J’entends, au contraire, par nature naturée tout ce qui suit de la nécessité de la nature divine, ou de chacun des attributs de Dieu ; en d’autres termes, tous les modes des attributs de Dieu, en tant qu’on les considère comme des choses qui sont en Dieu et ne peuvent être ni être conçues sans Dieu. »

Dans E1P32C2 : « … quoique d’une volonté ou un intellect donnés suivent une infinité de choses, ce n’est pas pour autant une raison pour dire que Dieu agit par la liberté de la volonté, pas plus qu’on ne peut dire, à cause de ce qui suit du mouvement et du repos (en effet, d’eux aussi suivent une infinité de choses), qu’il agit par la liberté du mouvement et du repos. … »

Dans E2P7S : « … que nous concevions la nature sous l’attribut de l’Étendue, ou sous l’attribut de la Pensée, ou sous n’importe quel autre, nous trouverons un seul et même ordre, autrement dit un seul et même enchaînement des causes ; c’est-à-dire les mêmes choses se suivant l’une l’autre … »

Dans E3P3Dm : « … tout ce qui suit de la nature de l’Esprit, et dont l’Esprit est la cause prochaine par laquelle cela doit se comprendre, doit nécessairement suivre d’une idée adéquate ou d’une idée inadéquate. … »

Etc., etc.

Que Dieu (et il n’y a pas de distinction réelle entre Dieu et un attribut) soit dit cause (immanente) des choses singulières ne fait par ailleurs pas le moindre doute (E1P16C1, E1P18, E1P24C, E1P25, E1P28, E1P29, E1P36, etc., etc. …) Il faut donc bien aller de cause en cause des attributs aux choses particulières (voir en particulier E2P7S ci-dessus.) CT2Ch8, très proche de E1P28S, et recoupant par ailleurs E1P32C2 ci-dessus, confirme par ailleurs que les choses particulières sont causées par les modes généraux (infinis ; « immédiats, » et seulement tels, selon E1P28S confirmé par CT2Ch9.)
Modifié en dernier par sescho le 04 juil. 2013, 10:52, modifié 1 fois.
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Messagepar sescho » 03 juil. 2013, 12:28

1) Examen détaillé de E1P21 :

Spinoza a écrit :E1P21 : Tout ce qui suit de la nature absolue d'un attribut de Dieu a dû exister toujours et être infini, autrement dit est, par cet attribut, éternel et infini.

DÉMONSTRATION : Conçois, si c'est possible (et au cas où tu le nierais), que dans un attribut de Dieu il suive de sa nature absolue quelque chose de fini, et ayant une existence ou durée déterminée, par ex. l'idée de Dieu dans la pensée.

Or la pensée, puisqu'on la suppose un attribut de Dieu, est nécessairement (par la Prop. 11) de sa nature infinie. Mais, en tant qu'elle a l’idée de Dieu, on la suppose finie. Or (par la Défin. 2) elle ne peut se concevoir comme finie que si elle est bornée par la pensée elle-même. Mais non par la pensée elle-même en tant qu'elle constitue l'idée de Dieu, car, en tant que telle, on la suppose finie : C'est donc par la pensée en tant qu'elle ne constitue pas l'idée de Dieu, laquelle pourtant (par la Prop. 11) doit exister nécessairement : Il y a donc une pensée qui ne constitue pas l'idée de Dieu, et c'est pourquoi de sa nature, en tant qu’elle est pensée absolue, ne suit pas nécessairement l'idée de Dieu. (On la conçoit en effet comme constituant et ne constituant pas l’idée de Dieu.) Ce qui est contre l'hypothèse. Et donc, si l'idée de Dieu dans la pensée, ou quelque chose (il en va de même quoi qu'on prenne, puisque la démonstration est universelle) dans un attribut de Dieu, suit de la nécessité absolue de la nature de cet attribut, ce quelque chose doit être nécessairement infini ; ce qui était le premier point.

Ensuite, ce qui suit ainsi de la nécessité de nature d'un attribut ne peut avoir d'existence, autrement dit de durée, déterminée. Car, si tu le nies, suppose qu'une chose qui suit de la nécessité de nature d'un attribut se trouve dans un attribut de Dieu, par ex. l'idée de Dieu dans la pensée, et suppose qu'il y ait un temps où elle n'ait pas existé, ou bien aille ne plus exister. Et comme on suppose que la pensée est un attribut de Dieu, elle doit exister à la fois nécessairement, et immuablement (par la Prop. 11 et le Coroll. 2 Prop. 20). Et donc au-delà des limites de la durée de l'idée de Dieu (on suppose en effet qu'il y a un temps où elle n'existait pas, ou bien où elle n'existera pas) la pensée devra exister sans l'idée de Dieu ; or cela est contraire à l'hypothèse ; on suppose en effet que, étant donné la pensée, il en suit nécessairement l'idée de Dieu. Donc l'idée de Dieu dans la pensée, ou quelque chose qui suit nécessairement de la nature absolue d'un attribut de Dieu, ne peut avoir de durée déterminée ; mais, par cet attribut, ce quelque chose est éternel, ce qui était le second point.

Remarque que l'on doit affirmer la même chose de toute chose qui, dans un attribut de Dieu, suit nécessairement de la nature absolue de Dieu.

A) Analyse de la proposition

Première difficulté d’entrée : sauf erreur, Spinoza ne définit pas préalablement « suivre de la nature absolue d’un attribut… » Il faudra donc en trouver l’explication dans la suite.

(Précisons à toute fin utile qu’il est considéré comme une évidence que « de la nature absolue » est une précision indispensable au sens, et par conséquent que « tout ce qui suit d’un attribut » aurait un sens différent, comprenant en addition « suivre, mais PAS de la nature absolue… » Ceci a déjà été établi par tout ce qui précède au sujet de « suivre. »)

Nous pouvons remarquer à cette occasion sur le plan général que la nature des modes ne peut pas se déduire de l’attribut ; il faut donc en passer par une affirmation pure et simple d’existence. Toutefois, ici – en faisant abstraction de l’exemple de nature précise qui indique qu’il a effectivement un mode infini de la Pensée, car l’exemple n’est pas en lui-même une partie de la démonstration – la proposition est seulement générale et n’affirme rien d’existant (ce sera fait seulement par E2P1-2 même pour la nature précise des attributs, et de manière non véritablement explicite pour les modes infinis Entendement infini (ou Idée de Dieu) et Mouvement, à moins d'admettre en cela E1P32C2 à la rigueur, avec E2P3-4 et E2P13A1-2 et L1...)

L’équivalence de formulation comprise dans la proposition – « exister toujours » remplacé par « éternel » – n’apprend pas grand chose (si ce n’est que Spinoza remplace un concept temporel par un concept intemporel.)

B) Analyse de la démonstration

Le première phrase pose le principe de la démonstration par un exemple, le paragraphe qui suit traite de l’infinité, le suivant de l’éternité. La dernière phrase, en outre, doit être remarquée, car elle prépare la suite, et ce, en incluant bien un « suivre, dans un attribut de Dieu, nécessairement de la nature absolue de Dieu » (Dieu ou attribut étant la même chose en réalité.)

Certaines parties de la démonstration sont un peu ambiguës dans l’expression, mais il n’apparaît pas d’objection majeure à la résumer comme suit : si l’idée de Dieu est finie par hypothèse, elle doit être bornée par une autre idée, forcément distincte de la première. Donc on peut concevoir la Pensée modifiée sans l’être par l’idée de Dieu ; or cela est contre l’hypothèse. De même, d’un point de vue temporel : si la pensée peut (a pu ou pourra) exister sans l’idée de Dieu, c’est que celle-ci ne suit pas de sa nature absolue, ce qui est contraire à l’hypothèse.

On voit là que « suivre de la nature absolue d’un attribut » - mis en équivalence par Spinoza avec « suivre nécessairement d’un attribut, » « suivre de la nécessité absolue de la nature d’un attribut, » « suivre de la nécessité de nature d'un attribut » - veut dire qu’on ne peut pas concevoir l’attribut (en tant que modifié) sans le mode en question (alors même que du point de vue de l’entendement l’attribut se conçoive par lui-même, « vide plein », sans ses modes, infinis ou non.)

Le plus explicite dans le texte : « l’idée de Dieu suit de la nature absolue de la pensée » = « … étant donné la pensée, il en suit nécessairement l'idée de Dieu. » (Nécessairement : obligatoirement, automatiquement, …)

Remarque générale : quoiqu'il s'agisse de le nier pour l'objet précis de la proposition, on peut remarquer que la démonstration inclut "naturellement" le fini dans l'infini et comme suivant de l'attribut. La proposition ne peut donc certes pas affirmer le contraire, savoir que le fini ne peut suivre de - et donc être causé par - l'infini ; et si cela avait été le cas "le fini ne peut suivre de l'infini" constituerait bien plus simplement la proposition même, ôtant en plus la nécessité de poser E1P22. Inversement, donc, cela concerne aussi E1P22, puisque la démonstration est exactement de même nature, avec le fini suivant d'un mode infini...

C) Analyse de l’usage

(E1P22), E1P23, E1P28, E1P29, E1App, E2P11, E2P30, E4P4, E5P40S.

E1P23 : associe « immédiatement » au lien entre attribut et mode décrit par E1P21.

E1P28 : R.A.S.

E1P29 : tout en les associant dans le « suivre nécessairement de la nature divine », oppose « la nature divine considérée absolument » (renvoi sur E1P21) et « la nature divine déterminée à agir d’une manière précise » (renvoi sur ce second plan à E1P27, déduite directement de E1A3.) Il ne fait aucun doute que la première concerne les modes infinis (« immédiats »), et la seconde les modes finis, le tout étant dit « suivre de la nature divine. »

E1App : (contre les causes finales) « … comme il ressort clairement des Propositions 21, 22 et 23, est le plus parfait l’effet qui est produit immédiatement par Dieu, et, plus quelque chose a besoin de causes intermédiaires pour être produit, plus c’est imparfait. » Tout le passage montre bien qu’il s’agit d’un enchaînement de causes (immanentes) dont la perfection décroît en allant dans l’ordre vrai, savoir de Dieu aux choses singulières.

E2P11 : usage marginal, et de justesse à examiner car détourné de l’objet principal de E1P21, pour dire que ce qui est infini est aussi nécessairement éternel. E2P30, E4P4 : R.A.S. usage négatif. E5P40S : usage imprécis pour un scholie difficile à comprendre, en complément – ou alternative – non explicité aux 20 propositions, de E5P21 à E5P40, qui précèdent…
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Messagepar sescho » 03 juil. 2013, 17:23

2) Examen détaillé de E1P22 :

Spinoza a écrit :E1P22 : Tout ce qui suit d'un attribut de Dieu, en tant qu'il a été modifié d'une telle modification, qui, par cet attribut, existe nécessairement et comme infinie, doit aussi exister nécessairement et comme infini.

DÉMONSTRATION : La démonstration de cette Proposition procède de la même manière que la démonstration de la précédente.

A) Analyse de la proposition

Très similaire à E1P21 et supposée être démontrée de même, au rang près, son libellé naturel devrait être en première approche : « Tout ce qui suit de la nature absolue d'un mode éternel et infini a dû exister toujours et être infini, autrement dit est, par ce mode éternel et infini, éternel et infini. »

Ce n’est pourtant pas le cas. Spinoza veut manifestement partir de l’attribut, qui est Dieu même, … ce qui en retour complique les choses dans l’analogie entre E1P22 et E1P21. On peut légitimement supposer qu’en outre et conjointement il ne concède l’adjectif « absolu » qu’à l’attribut lui-même, et donc n’en fait référence qu’au premier rang (et seul rang, en fait, mais nous n’en savons rien à ce moment), « immédiat, » de filiation par un mode infini. Faisant les corrections allant dans ce sens, nous obtenons dans un premier temps :

« Tout ce qui suit nécessairement d'un mode éternel et infini a dû exister toujours et être infini, autrement dit est (, par ce mode éternel et infini,) éternel et infini. »

Cette formulation est de loin la plus simple. Mais manifestement ce n’était pas assez juste pour Spinoza… On peut supposer en particulier que pour lui les modes n’ont pas à proprement parler eux-mêmes de modes, mais que seuls les attributs – Dieu – sont réputés en avoir. De plus, si l’on veut remonter à l’attribut suivant la formulation de Spinoza, le « nécessairement » qui vient d’être substitué trouve mal sa place (un « nécessairement » étant porté en conclusion, en particulier…) :

« Tout ce qui suit nécessairement d'un attribut de Dieu, en tant qu'il a été modifié d'une telle modification, qui, par cet attribut, existe nécessairement et comme infinie, doit aussi exister nécessairement et comme infini. »

Bien sûr on peut choisir pour son confort personnel d’affirmer qu’il n’y a rien à changer du tout, que tout ce qui suit d’un mode éternel et infini est éternel et infini (soit la formulation la plus simple ci-dessus, en ôtant le « nécessairement » et la parenthèse ; ce que n’a donc pas voulu non plus Spinoza, par la même remontée à l’attribut), etc.

Sauf… que cela est démenti par tout le reste : sans compter tous les extraits produits en tête de fil : par les usages de « suivre » dont il a été question plus haut, qui incluent les choses singulières suivant des modes infinis, et la démonstration et l’usage de E1P22, ce que nous allons voir maintenant…

B) Analyse de la démonstration

Comme déjà dit, ce n’est pas parce que Spinoza renvoie sommairement à une démonstration similaire en tout point à celle de E1P21 que cela autorise à la passer par pertes et profits : honnêteté élémentaire dans le more geometrico demonstrata, chacun utilisant cette proposition est supposé pouvoir établir sans problème cette démonstration sur la base de la précédente…

Nous allons le tenter ici. Toutefois, en partant de l’attribut, ce qui ne faisait que compliquer la proposition même devient quasiment inextricable au niveau de la démonstration. Nous allons donc nous autoriser (ce que les puristes ne voudront sans doute pas faire afin d’expliciter le plus proprement du monde la démonstration de E1P22) en utilisant le libellé supposé équivalent mais simplifié :

« Tout ce qui suit d'un mode éternel et infini a dû exister toujours et être infini, autrement dit est éternel et infini. »

DÉMONSTRATION : Conçois […] que dans un mode éternel et infini de Dieu il suive [[de sa nature absolue]] quelque chose de fini, et ayant une existence ou durée déterminée, par ex. A dans l’idée de Dieu.

[…] l’idée de Dieu, […] en tant qu'elle a A, on la suppose finie. Or […] elle ne peut se concevoir comme finie que si elle est bornée par […] l’idée de Dieu en tant qu'elle ne constitue pas A, laquelle pourtant […] doit exister nécessairement : Il y a donc une manière de l’idée de Dieu qui ne constitue pas A, et c'est pourquoi de sa nature […] ne suit pas nécessairement A. (On la conçoit en effet comme constituant et ne constituant pas A.) [[Ce qui est contre l'hypothèse.]] Et donc, si A dans l’idée de Dieu, ou quelque chose (il en va de même quoi qu'on prenne, puisque la démonstration est universelle) dans un mode éternel et infini de Dieu, suit [[de la nécessité absolue de la nature]] de ce mode éternel et infini, ce quelque chose [[doit être nécessairement infini ; ce qui était le premier point.]]

Ensuite, ce qui suit ainsi [[de la nécessité de nature]] d'un mode éternel et infini [[ne peut avoir d'existence, autrement dit de durée, déterminée.]] Car, si tu le nies, suppose qu'une chose qui suit [[de la nécessité de nature]] d'un mode éternel et infini se trouve dans un mode éternel et infini de Dieu, par ex. A dans l’idée de Dieu, et suppose qu'il y ait un temps où elle n'ait pas existé, ou bien aille ne plus exister. […]. Et donc au-delà des limites de la durée de A (on suppose en effet qu'il y a un temps où elle n'existait pas, ou bien où elle n'existera pas) l’idée de Dieu devra exister sans A ; or [[cela est contraire à l'hypothèse ; on suppose en effet que, étant donné l’idée de Dieu, il en suit nécessairement A]]. Donc A dans l’idée de Dieu, ou quelque chose qui suit [[nécessairement de la nature absolue]] d'un mode éternel et infini de Dieu, [[ne peut avoir de durée déterminée ; mais, par ce mode éternel et infini, ce quelque chose est éternel, ce qui était le second point.]]

Remarque que l'on doit affirmer la même chose de toute chose qui, dans un mode éternel et infini de Dieu, suit [[nécessairement de la nature absolue]] de Dieu.

(Entre crochets : A) Avec 3 points : ce qui dans le texte adapté était lié à l’attribut et/ou devenu inutile compte tenu du nouveau contexte. B) Doubles, avec le texte : ce qui fait partie du texte adapté MAIS n’est pas applicable au libellé supposé de la proposition ; est donc supposé barré de fait.)

On voit le plus clairement du monde que la démonstration ne tient pas du tout si l’on n’ajoute pas un « nécessairement » (en équivalent de « de la nature absolue » dans E1P21)… La phrase la plus claire de la démonstration de E1P21 l’indique directement après transposition à E1P22 : « on suppose en effet que, étant donné l’idée de Dieu, il en suit nécessairement A… ».

C) Analyse de l’usage

E1P23, E1P28, E1App, E2P11

Dans E1P23 : Comme déjà signalé, le libellé de la proposition place bien un « nécessairement » avant l’objet de E1P22 : « Toute manière qui existe nécessairement et comme infinie a dû suivre nécessairement, soit […], soit d'un attribut modifié d'une modification qui existe nécessairement et comme infinie. » Troisième confirmation, déjà donnée plusieurs fois antérieurement, de la nécessité de faire cet ajout (rappelons ici ce qui a été signalé précédemment, savoir que, par ailleurs, la dernière phrase de la démonstration de E1P21 généralise les conditions de l'application de cette démonstration, avec un « suivre, dans un attribut de Dieu, nécessairement de la nature absolue de Dieu… »)

La réécriture de E1P23 en fin de démonstration dit alternativement « une manière qui existe nécessairement et comme infinie a dû suivre de la nature absolue d’un attribut de Dieu, soit […], soit moyennant une modification qui suit de sa nature absolue, c’est-à-dire (par la Prop. précéd.) qui existe nécessairement et comme infinie. »

En passant, comme déjà signalé, en plus E1P22 ne dit pas cela… Elle ne parle tout simplement pas de « suivre de la nature absolue », précisément… A moins de l’ajouter quelque part… Quoiqu'il en soit, on gagne là une équivalence, finalement, entre « suivre de la nature absolue de l’attribut » et « exister nécessairement et comme infini. »

Dans E1P28 : La proposition sera discutée plus tard. R.A.S. si ce n’est, compte tenu de ce qui précède, que l’usage confirme bien le libellé – pourtant incomplet, nous venons de le voir de façon surdéterminée – de E1P22…

Dans E1App : idem E1P21. Dans E2P11 : idem E1P21 ; marginal et discutable.
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