Il n’y a PAS de « modes infinis médiats » chez Spinoza !

Questions et débats touchant à la conception spinozienne des premiers principes de l'existence. De l'être en tant qu'être à la philosophie de la nature.
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sescho
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Messagepar sescho » 03 juil. 2013, 21:36

3) Examen détaillé de E1P23 :

Spinoza a écrit :E1P23 : Toute manière qui existe nécessairement et comme infinie a dû suivre nécessairement, soit de la nature absolue d'un attribut de Dieu, soit d'un attribut modifié d'une modification qui existe nécessairement et comme infinie.

DÉMONSTRATION : En effet, cette manière est en autre chose, par quoi elle doit se concevoir (par la Défin. 5), c'est-à-dire (par la Prop. 15) qu'elle est en Dieu seul, et peut se concevoir par Dieu seul. Si donc l'on conçoit qu'une manière existe nécessairement, et est infinie, l'une et l'autre propriété doivent nécessairement se conclure, autrement dit se percevoir, par un attribut de Dieu, en tant que ce même attribut est conçu exprimer l'infinité et la nécessité de l'existence, autrement dit (c'est, par la Défin. 8, la même chose) l'éternité, c'est-à-dire (par la Défin. 6 et la Prop. 19) en tant qu'on le considère absolument. Donc une manière qui existe nécessairement et comme infinie, a dû suivre de la nature absolue d'un attribut de Dieu ; et cela soit immédiatement (là-dessus, Prop. 21), soit moyennant une modification qui suit de sa nature absolue, c'est-à-dire (par la Prop. précéd.) qui existe nécessairement et comme infinie. CQFD.

A) Analyse de la proposition

Une partie a déjà été discutée précédemment. Spinoza a manifestement besoin là – pour E1P32 – d’inverser E1P21-22 (suppose une exclusion de solution tierce) pour l’existence d’un mode infini.

On peut noter à nouveau que le « soit …, soit… » tend à opposer dans ce libellé – tout en les associant dans l’objet – « suivre de la nature absolue d’un attribut de Dieu » et « suivre d’un attribut modifié d’une modification qui existe nécessairement et comme infinie. »

B) Analyse de la démonstration

C’est essentiellement par des propositions antérieures à E1P21-22 que Spinoza démontre la chose, amenant ainsi qu’une manière qui existe nécessairement et comme infinie suit nécessairement de la nature absolue d'un attribut de Dieu.

Ceci, déjà, détruit l’opposition apparente qui vient d’être mentionnée, puisqu’elle s’applique à tout mode infini …

… pour laisser place à une autre : « immédiatement » contre « moyennant une modification qui suit de sa nature absolue, c'est-à-dire (par la Prop. précéd.) qui existe nécessairement et comme infinie » (qui fonde la distinction faite par les commentateurs entre « immédiatement » et « médiatement » (« moyennant. »)) Ceci est conforme à la récurrence de E1P22, la distinction ne se faisant qu’entre « directement depuis l’attribut » contre « via un mode infini », de quel rang qu’il soit, tous suivant de la nature absolue d’un attribut.

Il semble que Spinoza ait utilisé alternativement « de la nature absolue » soit pour signifier une liaison avec l’attribut comme cause prochaine, soit pour signifier plus généralement une liaison nécessaire avec l’attribut (qui englobe la première.)

Il a été déjà signalé ci-dessus que par ailleurs la référence à E1P22 ne correspond pas à son libellé. On peut éventuellement considérer alternativement que le renvoi devrait être situé après le deuxième « soit. »

Rien, en fait, n’est démontré à partir de E1P21 et E1P22, juste répétées comme les alternatives précédemment dégagées à l’existence d’un mode infini.

C) Analyse de l’usage

E1P32, E1App

Dans E1P32 : l’usage (quasiment unique, pourtant), pas très immédiat, rapporte une volonté par hypothèse infinie à l’attribut particulier de la Pensée et non à Dieu en tant qu’absolument infini, Spinoza semblant dire par-là qu’il ne peut s’agir que d’un mode infini d'un attribut, en l'occurrence de la pensée……

Anéantir l’opinion d’un entendement et/ou d’une volonté libre de Dieu semble être là le principal objectif de Spinoza. La proposition E1P31 n’y est pas citée (elle n’a aucune filiation, explicite au moins, comme E1P33 ; E1P32 elle-même n’en a guère, comme déjà signalé, et E1P30 de même...), mais le début de la démonstration y est similaire. Ces propositions mettent fin d’emblée à des objets répandus d’opinions hautement nuisibles à l’objet de l’Éthique, semble-t-il…

Dans E1App : voir E1P21.
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Messagepar sescho » 04 juil. 2013, 12:31

4) Sur le « immédiatement » :

Ainsi que mentionné plus haut, en extrayant de E1P28S le « … pour nous permettre de les distinguer de celles qu'il a produites immédiatement, ou plutôt qui suivent de sa nature absolue. … » on peut y voir une apposition de « suivre de la nature absolue » à « immédiatement » (si c’est pris alternativement seulement comme une extension / généralisation du second au premier, cela ne change pas le sens de « immédiatement, » mais ouvre néanmoins plus de champ à autre chose que « immédiatement. »)

Si en outre on extrait de E1P23Dm (là où cela diffère du libellé de la proposition alors que c’est censé le répéter en conclusion de la démonstration, ainsi que déjà signalé) le « … Donc une manière qui existe nécessairement et comme infinie, a dû suivre de la nature absolue d'un attribut de Dieu ; et cela soit immédiatement (là-dessus, Prop. 21), soit moyennant une modification qui suit de sa nature absolue, c'est-à-dire (par la Prop. précéd.) qui existe nécessairement et comme infinie, » on peut en déduire, comme déjà dit, que tout mode infini – y compris les prétendus « modes infinis médiats » – peut être dit suivre de la nature absolue de l’attribut.

La combinaison des deux peut donc laisser imaginer que le « immédiatement » n’est pas seulement réservé aux modes infinis suivant… immédiatement (comme cause absolument prochaine) de l’attribut, mais à tous les supposés « modes infinis successifs, à l’infini… »

Sauf que (outre que si « immédiat » ne veut plus dire « immédiat », il n’y a plus de « médiat » qui tienne…) :

- 1er point : L’analyse de E1P23 a montré plus haut qu’il y avait une incertitude (il n’est donc pas possible d’affirmer catégoriquement sur la base d’une alternative seulement) sur l’extension de sens de « suivre de la nature absolue » (lié à la base de départ inversée de E1P23 seule) :

A) Le libellé de la proposition même distingue – et donc oppose en quelque part : (« suivre nécessairement – ») 1) « de la nature absolue d'un attribut de Dieu » et 2) « d'un attribut modifié d'une modification qui existe nécessairement et comme infinie. » Ceci interdit par conséquent a priori de placer « suivre de la nature absolue » en tête du tout.

B) Le libellé modifié contenu dans la démonstration contredit certes cela (ce qui, comme dit, est déjà un problème en soi, qu’on ne peut trancher arbitrairement) en mettant précisément « suivre de la nature absolue » en tête du tout, mais en revanche oppose « immédiatement » à « moyennant une modification qui suit de sa nature absolue. »

Donc, de surcroît, même en ne prenant que le B) en occultant le A) il est inacceptable de considérer en même temps (c’est l’incertitude sur le sens dont il est question) que le « immédiatement » soit substituable à « de la nature absolue » comme on est supposé l’avoir tiré de E1P28S. Cela donnerait, en effet :

« … une manière qui existe nécessairement et comme infinie, a dû suivre immédiatement d'un attribut de Dieu ; et cela soit immédiatement (là-dessus, Prop. 21), soit moyennant une modification qui en suit immédiatement… »

- 2ème point : E1P28S dit « Dieu, des choses produites immédiatement par lui, est la cause absolument prochaine... » ne laisse pas d’alternative à l’évidence déjà première du libellé de E1P23Dm : « immédiatement » veux bien dire « directement, sans intermédiaire ».

- 3ème point : E1App le confirme encore si c’était nécessaire, en opposant « immédiatement » à « causes intermédiaires » :

« … comme il ressort clairement des Propositions 21, 22 et 23, est le plus parfait l’effet qui est produit immédiatement par Dieu, et, plus quelque chose a besoin de causes intermédiaires pour être produit, plus c’est imparfait. »

Donc « immédiatement » veut bien dire « immédiatement », et E1P28S laisse donc bien entendre, clairement confirmé en cela par CT2Ch8-9, qu’il n’y a rien entre les modes infinis (« immédiats ») et les choses singulières, lesquelles en suivent selon la causalité immanente.
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Messagepar sescho » 09 juil. 2013, 17:04

5) Sur E1P28 en lien avec ce qui précède, et autres sujets complémentaires :

Spinoza a écrit :E1P28 : Tout singulier, autrement dit toute chose qui est finie, et a une existence déterminée, ne peut exister, ni être déterminée à opérer, à moins d'être déterminée à exister et à opérer par une autre chose, qui elle aussi est finie et a une existence déterminée : et à son tour cette cause ne peut pas non plus exister, ni être déterminée à opérer, à moins d'y être déterminée par une autre qui elle aussi est finie et a une existence déterminée, et ainsi à l'infini.

DÉMONSTRATION : Tout ce qui est déterminé à exister et à opérer y est déterminé par Dieu (par la Prop. 26 et le Coroll. Prop. 24). Or ce qui est fini, et a une existence déterminée, n'a pu être produit par la nature absolue d’un attribut de Dieu ; car tout ce qui suit de la nature absolue d'un attribut de Dieu est infini et éternel (par la Prop. 21). Il a donc fallu que cela suive de Dieu, ou d'un attribut de Dieu, en tant qu'on le considère affecté d'une certaine manière ; car à part la substance et les manières il n'y a rien (par l'Axiome 1 et les Défin. 3 et 5), et les manières (par le Coroll. Prop. 25) ne sont rien que les affections des attributs de Dieu. Or cela n'a pu suivre non plus de Dieu, ou d'un attribut de Dieu, en tant qu'il est affecté d'une modification qui est éternelle et infinie (par la Prop. 22). Cela a donc dû suivre, ou être déterminé à exister et à opérer, de Dieu ou d'un attribut de Dieu en tant qu'il est modifié par une modification qui est finie et a une existence déterminée. Ce qui était le premier point. Ensuite, cette cause à son tour, autrement dit cette manière (pour la même raison qui nous a servi à démontrer la première partie de cette Proposition), a dû aussi être déterminée par une autre, qui elle aussi est finie et a une existence déterminée, et à son tour cette dernière (pour la même raison) par une autre, et ainsi toujours (pour la même raison) à l’infini. CQFD.

SCOLIE : Comme certaines choses ont dû être produites immédiatement par Dieu, j’entends celles qui suivent nécessairement de sa nature absolue, et, moyennant ces premières, d'autres qui ne peuvent pourtant ni être ni se concevoir sans Dieu ; de là suit (I) que Dieu, des choses produites immédiatement par lui, est la cause absolument prochaine ; et non en son genre, comme ils disent. Car les effets de Dieu ne peuvent ni être ni se concevoir sans leur cause (par la Prop. 15 et le Coroll. Prop. 24). Il suit (II) que Dieu ne peut être proprement dit cause lointaine des choses singulières, sinon peut-être pour nous permettre de les distinguer de celles qu'il a produites immédiatement, ou plutôt qui suivent de sa nature absolue. Car par cause lointaine nous entendons une cause telle qu’elle n’est d’aucune manière conjointe à son effet. Or tout ce qui est est en Dieu, et dépend tellement de Dieu que rien ne peut sans lui être ni se concevoir.

E1P28 est le principal « débouché » - la principale raison d’être - de E1P21 et E1P22.

Le sujet de la nature et des implications de cette proposition importante a déjà été abordé en particulier ici – on peut signaler aussi Y a-t-il des modes finis chez Spinoza?) (comme déjà dit, sont rassemblés par ailleurs des Extraits sur les régressions à l’infini : E1P28 et autres.)

La « causalité immanente » traduit un lien d’inclusion entre la cause et ses effets. Il n’y a donc en fait là qu’une distinction de raison entre la cause et l’effet. Elle se comprend aisément selon l’essence, un peu plus difficilement selon l’existence. La seule « chose » qui existe est Dieu, qui seul se conçoit par soi et donc est nécessairement existant, par ses attributs. Les modes – ou manières d’être (manifestations) de l’attribut – infinis héritent de l’attribut éternité et infinité dans l’existence, nous dit Spinoza. Mais quid des choses singulières, qui sont finies selon l’attribut et selon la durée, dont l’existence ne fait pas partie de l’essence, qui peuvent ainsi être multipliée à l’infini, ou au contraire totalement disparaître, sans qu’il y ait aucun changement dans l’essence totale (voir par exemple http://www.spinozaetnous.org/ftopicp-15356.html, E1P8S2, E1P11S, fin de E1P17S, …) ?

Pourtant, ainsi que l’indique la causalité immanente, réaffirmé après E1P28, par exemple par E1P35, après E1P15-20, 25-27, 29, 33-34, ... (toutes propositions remarquables sur le plan éthique à la suite de E1D6) il n’y a aucune différence d’essence entre l’attribut assorti de son mode infini et toutes les choses singulières « possibles » - interactions, mouvements, etc. compris –, qui viendront à l’existence dans l’infinité du temps. Ce ne sont que deux manières – la première étant très supérieure… et donc très rarement vue intuitivement, vécue… – de considérer la même chose (E5P29C, CT2Ch24(7), ...)

Toutefois, à partir du moment où l’on bascule, par nécessité pratique, rien ou si peu ne pouvant être déduit des choses éternelles, sur l’approximation consistant à considérer les choses singulières – et en particulier « soi-même, » d’où l’enjeu éthique même – en lien avec le couple sujet-objet mis en avant, et aussi le lieu et le temps, comme si elles pouvaient être prises en propre, il faut introduire conjointement un concept aussi approximatif que l’est la notion de « chose singulière » elle-même : la « causalité transitive »

La causalité immanente, beaucoup plus ferme en sa nature, est représentée dans cette approximation, outre par les attributs et dans une certaine mesure par les "essences de genre", par les « lois de la Nature. » Ce sont ici les axiomes, postulats, lemmes, et propositions de l’Éthique mêmes. La meilleure façon d’introduire la causalité transitive, consistant à éviter les « causes distantes » sévèrement imaginaires, est de poser l’interdépendance et l’impermanence à un instant donné (et en un lieu donné, quelconques : c’est l’expression prise par la modélisation traditionnelle en Physique), en évitant donc les verbes au passé, la description étant ici et maintenant les tendances à l’évolution du système. Spinoza ne le fait pas systématiquement, mais E1P28 est plutôt en accord avec cela. Elle peut être prise pour « déclaration d’interdépendance… » ;-)

Il est possible que Spinoza – qui pourtant, en opposant causalité transitive et causalité immanente (raison), avait très bien senti le problème et donc déminé la chose – ait quand-même mérité à la marge ce reproche de confusion entre causalité (transitive) et raison que lui a fait (comme à bien d’autres, et à lui moins qu'à d'autres) Schopenhauer dans son De la quadruple racine du principe de raison suffisante. De par ses multiples consolidations à la fin de E1 Spinoza peut difficilement être sommairement accusé de cette confusion ; seul l’emploi parfois indifférencié de « cause » entre l’immanence et la transitivité peut être retenu. Et encore Spinoza utilise-t-il furtivement dans E1P28 "cause", apposé après coup à "chose", la base étant "déterminé à exister et à opérer (agir)."

Comme déjà dit, la démonstration de E1P28 reprend sans correction le libellé de E1P22, pourtant indéfendable en l’état, comme il a été montré plus haut. Pourtant, il n’apparaît pas évident que la démonstration tomberait comme une masse avec la correction (ajout d’un « nécessairement », pour donner « … Or cela n'a pu suivre non plus nécessairement de Dieu, ou d'un attribut de Dieu, en tant qu'il est affecté d'une modification qui est éternelle et infinie (par la Prop. 22)… »

… en revanche, ce « nécessairement » nié là vient passablement contredire dans les termes E1P29… qui se réfère à nouveau à la causalité immanente, et non à la transitive…

Là peut-être a résidé un problème d’expression pour Spinoza…


Question subsidiaire sur la coexistence possible de modes infinis et de modes finis « au même rang » :

La question est la suivante : soit un mode infini ; est-il concevable qu’en suivent directement (sans intermédiaire, au même rang) à la fois un mode infini et des modes finis ?

Par exemple, au mieux, tandis que le Mouvement dans l’Étendue est cause immanente des corps (formes) dans l’Étendue, un mode infini est lui-aussi par ailleurs causé de façon immanente par – et donc compris dans – le Mouvement (voire même plusieurs au même rang ; il y a bien 4 forces fondamentales en Physique, par exemple), et ainsi de suite à l’infini, chaque niveau ayant lui-même « ses modes finis » se concevant par les précédents.

Si la réponse est négative, il ne peut pas y avoir de prétendus « modes infinis médiats » une fois encore, car il y en aurait nécessairement une infinité par E1P22, par récurrence, et on ne parvient tout simplement jamais aux choses particulières – et lesquelles ? – dans ce cas de figure… (aussi supposé, donc, que cette proposition est prise comme affirmant une essence réelle comme le fait une définition ; sinon, il s’agit d’une généralité a priori, et la question devient « savoir si de fait Spinoza définit explicitement, comme tels, de tels modes éternels et infinis par la suite, ou non. »)

Indépendamment de tous les autres points qui nient l'existence de prétendus "modes infinis médiats", la réponse peut-elle être au contraire positive (sortes de mondes parallèles à l’intérieur de l’attribut qui seraient tout en même temps subordonnés en chaîne, chacun ayant « ses » modes finis, eux-mêmes subordonnés de même, donc…) ? :

Je n’ai pas cherché spécifiquement, mais je n’ai pas noté dans le texte de Spinoza de preuve générale d’incompatibilité, « ou exclusif, » « soit l’un, soit l’autre. » Certes ceci trouverait mal sa place dans E1P21, précisément la proposition la mieux placée pour en juger puisqu’elle oppose fini et infini ; mais comme elle est basée sur le « suivre de la nature absolue de l’attribut » elle ne traite pas vraiment de cette hypothétique coexistence.

J’admets donc, jusqu’à preuve du contraire, qu’ajouter des prétendus « modes infinis médiats » est certes saugrenu, compliquant inutilement les choses, et en opposition avec l’ensemble du texte de Spinoza, mais ne ruine pas forcément (tout dépend de l’angle suivant lequel cela est envisagé, Spinoza n’en disant rien, et pour cause…) de fond en comble la hiérarchie ontologique de Spinoza ; et par conséquent que le sujet en soi perd dans cette hypothèse beaucoup de son importance.

(De là à assimiler parfaitement de la sorte les modes du penser différents de l’Entendement – mais néanmoins supposés subordonnés à – conçus par – l’Entendement : « Désir » et « Joie » – à laquelle on rattachera obligeamment l’Amour intellectuel de Dieu –, l’idée de l’idée, etc. à l’infini…, et les parallèles de tout cela dans l’Étendue...)
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