Statut de l'affect

Questions et débats touchant à la conception spinozienne des premiers principes de l'existence. De l'être en tant qu'être à la philosophie de la nature.
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Vanleers
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Re: Statut de l'affect

Messagepar Vanleers » 02 juil. 2015, 21:10

Dans une note du § 57 du TRE, Spinoza écrit :

« Ensuite, quand nous parlerons de la fiction qui tourne autour des essences, il apparaîtra clairement que jamais la fiction ne fait ou n’offre à l’esprit rien de nouveau, mais que seulement les choses qui sont dans le cerveau ou dans l’imagination, sont rappelées dans la mémoire, et que l’esprit fait attention à toutes confusément en même temps. P. ex., sont rappelés dans la mémoire une parole et un arbre ; et comme l’esprit fait attention à eux confusément et sans distinction, il estime que l’arbre parle. »

Ce que Spinoza dit de l’arbre parlant, on peut le dire tout aussi bien du cheval ailé qui vient d’un rappel, dans la mémoire, des images de cheval et d’ailes.
Ajoutons que percevoir un cheval ailé, c’est « affirmer des ailes d’un cheval » (E II 49 sc.)
En conséquence, et comme l’explique le scolie, l’idée d’un cheval ailé sera une fiction si elle s’accompagne d’une idée qui supprime l’existence de ce même cheval et une idée fausse si elle ne s’accompagne pas d’une telle idée.

Revenons maintenant au cas où un affect est en jeu, par exemple la peur d’un cheval ailé.
En vertu de l’axiome 3 d’E II, il ne peut y avoir d’affect de peur sans qu’il y ait dans le même individu l’idée d’une chose effrayante.
La peur d’un cheval ailé s’accompagne nécessairement de l’idée d’un cheval ailé.
L’affect, quant à lui, est bien une chose singulière qui existe dans la durée.
Existent donc dans le corps, l’affection de peur ainsi que les images de cheval et d’ailes.
Mais n’existe pas dans le corps d’image d’un cheval ailé (car nous nous sommes toujours placés dans l’hypothèse où le corps n’avait pas conservé de trace de rencontre avec un cheval ailé).

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Re: Statut de l'affect

Messagepar Vanleers » 03 juil. 2015, 10:39

Je signale un article intéressant de Lamine Hamlaoui : La fiction, l’idée fausse et l’idée vraie dans le TIE. C’est en :

http://philosophie.ac-rouen.fr/archives/hamlaoui.htm

En particulier, l’auteur explique clairement pourquoi Spinoza soutient qu’une idée n’est pas une peinture muette sur un tableau. C’est, tout simplement, parce que, selon Spinoza, toute idée est de la forme : « S est P » :

« Spinoza réfute cette conception [du doute selon Descartes] en s'attaquant à sa racine, à savoir la possibilité de percevoir quelque chose sans l'affirmer, donc de dissocier réellement la perception et l'affirmation. Selon Spinoza, admettre une telle dissociation, c'est confondre une idée avec une peinture sur un panneau, ou encore avec les images qui se forment en nous par la rencontre des corps. […]. Or, dit Spinoza, une idée, en tant qu'idée, enveloppe une affirmation ou une négation. Par conséquent, on ne peut supprimer l'affirmation qu'enveloppe une idée sans supprimer cette idée même (l'affirmation inhérente à l'idée constitue même son essence). Tout ce qu'on peut faire, c'est contrer cette affirmation grâce à une autre affirmation, donc grâce à une autre idée. […]. On ne peut pas anéantir l'adversaire de l'intérieur, mais seulement l'affronter en opposant à sa force d'affirmation une autre force d'affirmation. Une idée est donc pour Spinoza un jugement (il préfère le mot concept), qui consiste à attribuer un prédicat à un sujet. C'est ainsi que tous les exemples d'idées donnés aussi bien dans le TIE que dans l'Ethique sont exprimables sous la forme S est P (forme générale d'une proposition dans le vocabulaire de la logique moderne). »


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