La substance étendue

Questions et débats touchant à la conception spinozienne des premiers principes de l'existence. De l'être en tant qu'être à la philosophie de la nature.
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Silvertongue
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La substance étendue

Messagepar Silvertongue » 23 juil. 2005, 08:21

Bonjour,

Une question s'est posée à moi au fil d'une relecture de la première partie de l'Ethique : dans le scolie de la proposition 15, Spinoza emploie 11 fois la formule "substance corporelle" et 5 fois celle de "substance étendu" (et il les identifie). Or il se trouve que le Corollaire II de la proposition 14 avait établi : "Que la chose étendue et la chose pensante sont bien des attributs de Dieu, ou (selon l'axiome 1) des affections des attributs de Dieu".

Il est évident que la substance ne s'identifie pas du tout avec ses attributs puisqu'on sait que la substance est "ce qui est en soi et se conçoit par soi" (définition 3), que l'attribut "est ce que ce que l'entendement perçoit de la substance" (définition 4) et qu'un attribut d'une substance infinie "exprime une essence éternelle et infinie" de la substance dont il est attribut (définition 6) - et on apprendra dans les premières propositions de la première partie que la substance est nécessairement infinie et unique.

Les formules de "substance étendue" et de "substance corporelle" me surprennent, donc. Et d'autant plus que (si l'on excepte une occurrence en Ethique I, proposition 13, corollaire) ce scolie est le seul endroit de l'Ethique ou ces deux formules sont utilisées. Spinoza déclare même (dans le scolie de la proposition 15) que : "La substance étendue est un des attributs infinis de Dieu" - curieuse formule.

Pourquoi revenir à ces deux formules de "substance étendue" et de "substance corporelle" une fois que la distinction substance/attribut a été clairement posée et explorée et qu'il a été démontré que la chose étendue est un attribut de Dieu ? Cet usage rend un son remarquablement cartésien. Faut-il donc y voir un usage du vocabulaire cartésien qui dissone avec les thèses spinozistes ? J'avoue que cette option ne me convaint pas du tout. Faut-il comprendre cet usage comme un raccourci pour dire : "la substance en tant qu'elle est étendue (ou en tant qu'elle est corporelle)" entendant par là "la substance en qu'elle est exprimée par l'attribut étendue" ? Sans aucun doute. Mais cela ne rend nullement raison de cet emploi et de du fait qu'il se cantonne à ce scolie.

Je serais ravi d'avoir votre avis sur ce point.

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bardamu
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Re: La substance étendue

Messagepar bardamu » 24 juil. 2005, 16:23

Silvertongue a écrit :Bonjour,

Une question s'est posée à moi au fil d'une relecture de la première partie de l'Ethique : dans le scolie de la proposition 15, Spinoza emploie 11 fois la formule "substance corporelle" et 5 fois celle de "substance étendu" (et il les identifie). Or il se trouve que le Corollaire II de la proposition 14 avait établi : "Que la chose étendue et la chose pensante sont bien des attributs de Dieu, ou (selon l'axiome 1) des affections des attributs de Dieu".

Il est évident que la substance ne s'identifie pas du tout avec ses attributs puisqu'on sait que la substance est "ce qui est en soi et se conçoit par soi" (définition 3), que l'attribut "est ce que ce que l'entendement perçoit de la substance" (définition 4) et qu'un attribut d'une substance infinie "exprime une essence éternelle et infinie" de la substance dont il est attribut (définition 6) - et on apprendra dans les premières propositions de la première partie que la substance est nécessairement infinie et unique.

(...)

Bonjour,
à mon sens, si Spinoza utilise ces termes, c'est qu'il entre dans une argumentation polémique contre des adversaires qui utilisent ces termes. Dès lors que les scolastiques ou les cartésiens parlent de substance corporelle et qu'il entend modifier le sens de celle-ci, il utilise ce terme.

En E2P7 scolie, on trouve aussi "substance étendue" et "substance pensante" et cette fois pour synthétiser sa position à ce sujet :

(...) tout ce qui peut être perçu par un entendement infini comme constituant une essence de substance, appartient à une substance unique, et en conséquence que substance pensante et substance étendue, c'est une même substance comprise tantôt sous un attribut, tantôt sous l'autre.

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Silvertongue
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Messagepar Silvertongue » 26 juil. 2005, 14:56

Merci pour cette réponse.


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