a propos de l'expression acquiescentia

Questions et débats touchant à la conception spinozienne des premiers principes de l'existence. De l'être en tant qu'être à la philosophie de la nature.
Règles du forum
Cette partie du forum traite d''ontologie c'est-à-dire des questions fondamentales sur la nature de l'être ou tout ce qui existe. Si votre question ou remarque porte sur un autre sujet merci de poster dans le bon forum. Merci aussi de traiter une question à la fois et d'éviter les digressions.
Avatar du membre
vieordinaire
persévère dans sa puissance d'être ici
persévère dans sa puissance d'être ici
Messages : 100
Enregistré le : 29 mars 2007, 00:00

a propos de l'expression acquiescentia

Messagepar vieordinaire » 29 mars 2007, 17:24

Bonjour,

J'aimerais savoir si les expressions latines "animi acquiescentia potitur", "mentis acquiescentia" ou "mentis acquiescentia" avaient une signification precise au temps de Spinoza. Sont-elles des expressions que d'autres philosophes (ou theologiens) ont utilisees avant lui ou sont-elles propre a Spinoza?

Merci Beaucoup.

JP

Pourquoipas
participe à l'administration du forum.
participe à l'administration du forum.
Messages : 387
Enregistré le : 30 déc. 2003, 00:00

Re: a propos de l'expression acquiescentia

Messagepar Pourquoipas » 04 avr. 2007, 13:19

vieordinaire a écrit :Bonjour,

J'aimerais savoir si les expressions latines "animi acquiescentia potitur", "mentis acquiescentia" ou "mentis acquiescentia" avaient une signification precise au temps de Spinoza. Sont-elles des expressions que d'autres philosophes (ou theologiens) ont utilisees avant lui ou sont-elles propre a Spinoza?

Merci Beaucoup.

JP


Bonjour,
Je ne sais si ça peut t'aider, mais ce que je sais, c'est que l'expression acquiescentia in se ipso (employée dans les parties III et IV de l'Ethique) est la traduction latine de l'expression employée par Descartes dans Les Passions de l'âme, qu'il a écrites en français, mais que Spinoza a lues en latin : "satisfaction de soi-même".
Voir Les Passions de l'âme, II, art. 63 : "La satisfaction de soi-même et le repentir — Nous pouvons aussi considérer la cause du bien ou du mal, tant présent que passé. Et le bien qui a été fait par nous-mêmes nous donne une satisfation intérieure, qui est la plus douce de toutes les passions ; au lieu que le mal excite le repentir, qui est la plus amère." (Voir aussi III, art. 190.)
C'est probablement pour cette raison que Spinoza, dans l'appendice de Ethique III, 25-27, oppose l'acquiescentia in se ipso non seulement à l'humilitas mais aussi à la poenitentia (repentir) ; on la retrouve au n° 28 Expl. comme origine de la superbia (orgueil).
Mais dans l'Appendice de IV, chap. 4 et 32, effectivement il parle d'acquiescentia animi, et dans la partie V uniquement d'acquiescentia animi ou mentis (jamais in se ipso). Et là, je ne peux te dire si cette expression est créée par Spinoza ou s'il la retravaille à partir d'autres textes.

Porte-toi bien.

Avatar du membre
Louisa
participe avec force d'âme et générosité
participe avec force d'âme et générosité
Messages : 1725
Enregistré le : 09 mai 2005, 00:00

Messagepar Louisa » 05 avr. 2007, 19:04

A Pourquoipas: merci pour ces infos!

Sinon il y a P. Macherey qui écrit dans son commentaire du 5e livre de l'Ethique : "Rappelons que la notion d'acquiescentia - il s'agit d'un néologisme qui n'appartient ni au latin classique ni au latin médiéval (...)".

Cependant, le lien entre la béatitude et la racine de 'quies' semble bel et bien avoir déjà parcouru pas mal de siècles avant d'être reprise à sa manière par Spinoza. Chez St.Thomas pe, dans son traité sur la béatitude (Somme Théologique, IaIIaeQu1-5), on peut trouver ceci:

- "La volonté, en effet, se porte vers la fin soit absente quand elle la désire, soit présente lorsque, s'y reposant, elle en jouit."
"Voluntas enim fertur in finem et absentem, cum ipsum desiderat; et praesentem, cum in ipso requiescens delectatur."

La volonté se repose donc dans ce qu'elle désire, quand l'objet du désir est présent.

- "(...) enfin la volonté se repose dans la fin dont elle jouit."
"(...) et tunc voluntas delectata conquiescit in fine jam adepto."

On dirait donc que 'requiescere in' et 'conquiescere in' sont quasiment synonymes.

- "La paix fait partie de la béatitude non dans son essence, mais comme un antécédent et une conséquence. (...) Elle est conséquente parce qu'ayant obtenu la fin ultime, l'homme reste apaisé dans le repos de son désir."
"(...) pax pertinet ad ultimum hominis finem, non enim quasi essentialiter sit ipsa beatitudo (...); (...) homo, adepto ultimo fine, remanet pacatus, suo desiderio quietato."

Dans la béatitude, qui déjà pour Thomas (et apparemment pour Boèce, tel qu'il le cite) signifie le souverain bien, le désir de l'homme 's'apaise'.

- "La délectation a pour cause, en effet, le repos dans le bien possédé."
Delectatio enim causatur ex hoc quod appetitus requiescit in bono adepto".

- "(...) la volonté se repose, et c'est là sa délectation."
"(...) voluntas merentis requiescit, quod est delectari."

C'est donc la définition même du 'delectari' que d'avoir une volonté 'reposée'. Ce qui est repris ultérieurement:

"La délectation consiste, en effet, dans le repos de la volonté."
"Delectatio enim consistit in quadam quietatione voluntatis."

Or chez St.Thomas, seul Dieu est béatitude par essence. Les hommes peuvent bien l'acquérir, mais cela uniquement par participation à Dieu. C'est ce qui fait que ce souverain bien est toujours extérieur à l'homme. Chez Spinoza en revanche, la béatitude consiste en une certaine paix intérieure, car nous participons toujours déjà à Dieu. Dieu, devenu immanent, est EN NOUS. D'où, à mon avis, le changement d'une requiescentia (mais je n'ai pas encore rencontré le substantif chez Thomas) ou conquiescentia (sous-entendu: 'in alio'), en une acquiescentia in se ipso, quand nous nous imaginons être la cause de cette idée, et en une acquiescentia animi quand nous comprenons que la cause n'est rien d'autre que Dieu, et que nous avons l'idée adéquate de l'essence de Dieu au sein même de notre Esprit.
D'autre part: cela n'explique pas encore pourquoi Spinoza, ou peut-être déjà le traducteur de Descartes (sauf si c'était lui-même qui a traduit?), a décidé de remplacer le prefixe 're-' ou 'con-' en 'ad-'.
Louisa


Retourner vers « L'ontologie spinoziste »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 4 invités