Substance et Néant

Questions et débats touchant à la conception spinozienne des premiers principes de l'existence. De l'être en tant qu'être à la philosophie de la nature.
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succube
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Substance et Néant

Messagepar succube » 27 janv. 2004, 19:38

Notre ami Hokusai nous dit

Mais la compréhension des toutes premières pages de l Éthique ne semble pas discutable


C'est justement ce qui ne peut pas être absolument concédé . J'ai la pénible impression d'une pétition de principe , autrement dit que l'on tient pour acquis , évident, ce qui reste à rationnellement démontrer . En allant très vite :

Spinoza a absolument besoin d'arriver très rapidement à l'idée d'une unicité de la substance infinie et éternelle ,en remplacement de l'ancienne notion d'être , qu'il trouve trop équivoque à son goût , et qui constitue le socle de toute sa démonstration théorique par mode d'univocité.
Il fait appel pour cela au démarrage de son raisonnement à deux thèses cartésiennes classiques :
1/ Le néant n'a pas de propriétés .
et par suite
2/ Il ne peut y avoir plus de réalité dans l'effet qu'il n'y en a dans la cause .

C'est parce que du néant rien ne peut être tiré qu'une pluralité des substances est impossible puisque pour être inégales en quantité ou en qualité les substances devraient tirer quelque chose du néant alors que cela ne se peut .

Toute la démonstration me paraît reposer sur le présupposé que l'on trouve tant chez Descartes que chez Spinoza que le Néant loin d'être le rien , l'indicible est bien conçu comme un espèce de lieu , quelque chose qui borde le Tout , l'entoure et le limite . En sommes une Unité qui fait face à une autre Unité qui nous paraît évidente , l'unité de l'Être chez Descartes ou l'unité du Tout . Sans l'idée d'une unité une thèse comme: le Néant n'a pas de propriétés ne peut se dire , si l'on veut être correct devant le concept unifié de Néant on ne peut rien DIRE .

D'où nous vient cette idée d'un Néant équivalent à un Tout sinon de l'idée sous-jacente , inséparable et inconsciente de l'existence de quelque chose comme un Tout de l'Être d'où le procès en pétition de principe possible , qu'on peut faire à la thèse de Spinoza .

Or le "Tout" est une idée fantasmatique , une vieille lune et pour parler comme Spinoza , une idée inadéquate sur un concept fumeux , et c'est d'ailleurs pourquoi il essaie de le fuir par le recours à la notion de substance sans changer quoique ce soit à la nature du cercle qui se met en place entre le Néant et le Tout .

S'agissant de la réalité ultime on peut tout au plus parler d'un monde organisé , çà l'expérience nous l'apprend et que cette organisation nous permet d'en avoir une idée de plus en plus exacte et ample , mais cette idée d'organisation ne nous conduit pas nécessairement à l'évidence d'une idée d'un Tout qui serait bordé à sa frange par un Néant .Ainsi si le Tout ne peut se dire à fortiori est-il difficile de parler du Néant comme d'une idée Une , d'un concept

Si l'on ne peut rien dire du Néant, c'est qu'avec lui ,loin de nous porter à une limite de l'Être ,nous faisons signe vers une absence , une impossibilité de dire l'être d'une chose déterminée et non d'une absence d'un Tout qui n'a aucun concept . On peut considérer qu'il n'y a pas un Néant, qui reste un reliquat des croyances créationnistes, mais des néants multiples et divers correspondant à des absences de choses qui ont été là un jour ou qui sont là maintenant mais ne l'ont pas toujours été . La diversité des néants est tout aussi acceptable que l'unicité mais les conséquences sont différentes Le néant de chaque chose particulière n'est pas totalement dépourvu d'un certain sens et donc d'une propriété , celui que lui communique la chose qui existe maintenant ou lui a communiqué une chose maintenant disparue. L'existence me paraît l'emporter sur la froide spéculation .

Dans cette optique il n'est plus possible de concevoir autrement que verbalement et inutilement un Néant comme n'ayant aucune propriété et surtout d'en tirer argument sur l'unité d'un Tout du réel et l'unité de la substance .

Conclusion, l'unicité de la substance et donc l'unicité de la cause formelle ne me paraîssent pas démontré absolument ,

cordialement

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YvesMichaud
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Messagepar YvesMichaud » 29 janv. 2004, 02:52

Dans le système thomiste, la pluralité des substances est une évidence empirique. La question qui se pose: «comment des substances peuvent-elles être multiples?» est résolue par la théorie de l'acte et de la puissance, elle-même issue de l'expérience.

Mais on dirait bien que Henrique nous a abandonnés... :?

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Miam
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Messagepar Miam » 13 juil. 2004, 17:15

Peut-on me rappeler où, dans l'Ethique, Spinoza s'appuie sur l'absence de propriété du néant pour fonder l'unité de la substance? Je sais qu'il utilise en effet l'énoncé cartésien, mais c'est pour prouver le cogito cartésien dans les "Principes de la philosophie de Descartes" et cela contre Descartes lui-même dont il réorganise complètement l'ordre des axiomes et définitions.

Il me semble que si la substance n'était que la négation du néant, elle demeurerait indéterminée, voire justement indiscible, ou à déterminer (à définir) indéfiniment. Or la substance spinozienne est entièrement déterminée et l'éthique spinozienne foncièrement affirmative. Ce sont les pensées de l'indéterminé et de l'indiscible qui s'appuient sur le néant et la négativité. Si le Dieu de la théologie négative est indiscible, c'est par négation des attributs mondains. St Thomas part du même principe pour montrer l'éminence de Dieu et l'analogie. Descartes aussi : l'infini n'est qu'un manque du fini, l'éminence de la réalité formelle de l'idée d'infini prouve l'existence de Dieu. En rêgle générale d'ailleurs, la fondation ontologique de l'épistémologie cartésienne constitue le travail d'un signe en manque d'idée: le passage de l'essence à l'existence (ou de la représentation au sujet) est permise par un néant d'idée. Rien de tout cela chez Spinoza, par quoi on peut le comparer à Nietzsche.

Après tout, un pur monothéïsme ne peut être que la religion d'un Dieu immanent, sans quoi l'on aura toujours Dieu et le monde, la conscience et le monde, l'homme et le monde, l'un se déterminant par l'autre négativement. De l'idolâtrie en somme... tandis que le spinozisme est un acosmime et, par ses sources judéo-arabes, est attentif à tout ce qui peut corrompre l'unité de Dieu.


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