L'Ethique face au doute

Questions et débats touchant à la nature et aux limites de la connaissance (gnoséologie et épistémologie) dans le cadre de la philosophie spinoziste.
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L'Ethique face au doute

Messagepar recherche » 31 juil. 2011, 01:10

Bonjour,

Le caractère apparemment très "sûr" de l'Ethique me fascine.

Faut-il en déduire que la philosophie de Spinoza ne réserve aucune place au doute ?

Merci

Krishnamurti
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Messagepar Krishnamurti » 31 juil. 2011, 11:22

«Avoir une idée vraie ne signifie rien d'autre en effet que connaître la chose parfaitement ou de la meilleure façon possible ; personne n 'en peut raisonnablement douter à moins de croire qu 'une idée est quelque chose de muet comme une peinture sur un tableau, et non un mode du penser, c'est-à-dire l'intellection même » (Éthique II, 43, Scol.).

« La prophétie est donc inférieure à cet égard à la connaissance naturelle qui n'a besoin d'aucun signe, mais de sa nature enveloppe la certitude » (TTP)

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Henrique
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Messagepar Henrique » 19 août 2011, 17:24

Le doute est un état que le philosophe doit apprivoiser car pour chercher la vérité, il est nécessaire de remettre en doute les opinions. Mais il ne s'agit pas de s'installer dans le doute définitivement. Le doute doit s'appliquer à tout ce qui n'est pas connu avec certitude : cela paraît un truisme, mais dans la pratique nous posons souvent comme certitude ce qui est douteux. Il s'agit de passer du doute à la certitude, non de le nier comme un mal. Le doute, autrement dit l'indétermination dans la pensée, la possibilité de penser une chose ou non, est lui-même une nécessité pour les hommes, comme le sont les passions. Il ne s'agit pas d'en faire un mal, mais pas un bien non plus. D'autant que si certaines vérités peuvent être comprises par l'entendement, il demeure un nombre illimité d'objets qui restent du domaine de l'ignorance ou du doute, ce qui est presque la même chose.

Après avoir versé dans les intégrismes religieux puis politiques, l'esprit du temps s'est déclaré, depuis les années 1980, hostile à tout dogmatisme ou système, versés dans le grand sac de ce qu'on a appelé idéologie. On a alors largement confondu l'intégrisme sectaire avec le dogmatisme philosophique. Affirmer qu'il n'est pas possible de concevoir qu'une substance, définie comme ce qui est en soi et par soi, soit déterminée par une autre à agir n'est pas quelque chose qu'il est interdit de contester ou de discuter en droit. C'est seulement une proposition, pour le philosophe qui ne confond pas le possible et le nécessaire, qui ne peut être pensée autrement, en fait. Le dogmatisme philosophique consiste à affirmer qu'il existe des vérités indiscutables en fait, sans interdire en droit qu'on les conteste. Si quelqu'un veut prétendre qu'il est capable de concevoir les angles d'un cercle, libre à lui, seulement le dialogue devient difficile, en supposant quelqu'un de bonne foi.

L'époque se caractérise par une sorte scepticisme intégriste. Si vous affirmez qu'il existe des vérités indiscutables en fait, vous êtes marqué du sceau de la suspicion. Il n'y a pas lieu de s'étonner ensuite qu'il soit difficile de débattre et d'échanger réellement dans nos sociétés. Il n'est guère possible non plus pour la pensée de se maintenir et de se renforcer dans un tel contexte de contradiction, puisqu'alors les opinions n'ont plus à être discutées, chacune équivalant à n'importe quelle autre. Le scepticisme de système, aboutit à faire de n'importe quelle opinion une vérité de fait, indiscutable dans la pratique.

Renoncer aux systèmes est du même ordre : un système est simplement un ensemble d'idées cohérentes entre elles, se proposant notamment de rendre compte de toute la réalité, ou du moins de larges pans de celle-ci. Quand on a rejeté tous les systèmes, plus besoin d'être cohérent et de faire des liens rigoureux entre les idées. Tous les liens se valent et on en vient à affirmer un rejet systématique de tous les systèmes, et certains esprits noyés dans notre époque ne voient sincèrement pas la contradiction.

Avec tout cela, la plupart des hommes ont toujours autant peur du doute comme d'une bête sauvage, qui rendrait la vie impossible. On passe de l'affirmation péremptoire qu'hors de l'Eglise, il n'y a point de salut, à celle selon laquelle il n'y a pas d'autre vie possible que produire, consommer, polluer (dit autrement bien sûr), ce qui est aussi rassurant que de se dire qu'un Juge divin rendra à chacun ce qui lui est dû après la mort. Mais si le doute n'est ni un bien ni un mal en soi, au même titre que la bactérie, il est possible de l'apprivoiser pour en faire un bien relatif : ce qui permet de dépasser les opinions sclérosantes, notamment.

PS : j'ai déplacé le sujet dans le forum "connaissance". Merci de faire attention à créer des sujets dans le bon forum.

Sur le doute, autres éléments de réflexion : http://www.spinozaetnous.org/ftopict-1087.html mais l'outil de recherche du forum doit donner aussi de nombreux résultats.

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Messagepar volataire » 30 août 2011, 20:02

mais est ce que descartes est un systeme ? le doute serait'il un systeme ?

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Messagepar Henrique » 31 août 2011, 16:21

volataire a écrit :mais est ce que descartes est un systeme ?


Non.

le doute serait'il un systeme ?


Pour un sceptique à la limite, encore serait-ce mal dit.

On vous a déjà amicalement demandé de bien vouloir rendre plus intelligibles vos participations, monsieur Volataire. Cela comprend aussi la tenue orthographique. Sans effort de votre part, nous serons obligés d'appliquer la charte (suppression systématique de vos messages).


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