Causalité et "mystère"

Questions et débats touchant à la nature et aux limites de la connaissance (gnoséologie et épistémologie) dans le cadre de la philosophie spinoziste.
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Vanleers
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Messagepar Vanleers » 25 sept. 2013, 14:46

A cess

Je reviens à ce que j’ai écrit dans des messages précédents, dans lesquels je cherchais à comprendre l’architecture de la partie V de l’Ethique.

Dans le commentaire de cette cinquième partie, Pierre Macherey écrit (p. 40) :

« Ce qui est tout à fait étonnant, si l’on considère la partie V de l’Ethique dans son ensemble, c’est que Spinoza paraît y exposer deux solutions successives à cette question [le contrôle et la régulation de la vie affective] »

Je me posais la question : « Pourrions-nous faire l’impasse sur la première moitié de la cinquième partie de l’Ethique, envisager une voie courte, « religieuse », à la Dédale, qui nous épargnerait le besogneux travail que Spinoza résume dans le scolie de la proposition 20 ? ».

J'ai pensé que oui, un moment, mais, aujourd’hui, je réponds non à la question.

Je partirai des précédentes considérations sur l’ego qui, selon moi, accompagne toujours les passions.
Pardonnez-moi cette image triviale mais parlante : l’autre nous fait ego comme il nous ferait cocu.
Il s’agit alors de ne pas se laisser « égoïfier » par le premier venu.
C’est, hélas, tout à fait impossible. On le voit encore mieux lorsque la passion est une tristesse car, dans ce cas, l’égoïfication est facile à constater et, parfois, très forte.

Spinoza nous l’avait bien dit (E IV 4) : nous sommes des êtres finis et toute rencontre avec une chose extérieure, ou bien n’a pas d’effet sur notre puissance, ou bien, si elle en a un, nous affecte passivement.
Nous devrons donc, à chaque fois, porter remède à cet affect passif spontané et cela, même si nous sommes déjà avancés dans la connaissance du troisième genre et l’amour intellectuel de Dieu.

Je vois, aujourd’hui, la proposition E V 2 comme une synthèse des deux moitiés de la partie V.
Elle comporte deux volets.

a) Il s’agit d’abord d’éloigner l’affect de la pensée d’une cause extérieure.
Pascal Sévérac (Spinoza Union et désunion) a montré que la mise en œuvre de cette proposition et, notamment, de son premier volet, faisait appel aux propositions suivantes. Autrement dit, ce premier remède aux affects intègre les remèdes suivants, c’est-à-dire toute la première moitié de la partie V.

b) Il s’agit ensuite de joindre d’autres pensées à l’affect.
C’est ici que nous pouvons en appeler à la deuxième moitié de la partie V car la connaissance du troisième genre et l’amour intellectuel de Dieu qui conduisent à la béatitude font naturellement partie de ces « autres pensées ».

Comme l’écrit Pascal Sévérac :

« […] non pas espérer ne plus avoir d’idées inadéquates, ne plus ressentir d’affects mauvais, mais travailler à les comprendre, et jouir de la béatitude pour les repousser. » (op. cit. p. 258)

Bien à vous

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Messagepar Vanleers » 28 sept. 2013, 14:57

A cess

J’ai eu la curiosité de parcourir quelques fils, notamment celui sur lequel vous êtes intervenue :

http://www.spinozaetnous.org/ftopict-1239-.html

LeComedian posait la question :

« Comment mettre en pratique la philosophie de Spinoza une bonne fois pour toutes? Comment faire en sorte que l'hygiène de vie recommandée par Spinoza (suivre notre raison...) devienne une habitude durable? Comment faire pour que nos idées claires ne volent pas en éclats face à notre imagination? »

J’aimerais prolonger mes précédentes réflexions sur cette question.

Dans le scolie d’E V 10, où Spinoza recommande une hygiène de vie, il parle des « principes assurés d’existence » (inter vitae dogmata) dans lesquels il range la générosité.

Il en avait déjà parlé dans le scolie d’E IV 73 où il appelle l’homme libre, l’homme fort, c’est-à-dire l’homme de la fortitude (vaillance et générosité).
Ce scolie se réfère, notamment, à E IV 46 dont le scolie utilise un langage quelque peu guerrier.

Il est question de triompher, combattre, tenir tête, vaincre,…
Nous sommes ici dans ce que j’ai appelé le combat spirituel que l’homme libre cherche à gagner.

Or, l’homme libre ou « le Sage est puissant, et plus puissant que l’ignorant, qui agit par le seul caprice. » (E V 42 sc. – traduction Pautrat) (1)

L’homme libre vaincra car il est plus puissant que l’ignorant mais à la condition de rester sur son propre terrain qui est celui de la raison qui le détermine à la vaillance et à la générosité.

Il déclinera donc le « combat » sur le terrain où l’ignorant cherche à l’entraîner. Très concrètement, l’homme libre cherche à « élever le débat », c’est alors qu’il est invincible.

Bien à vous

(1) Bernard Pautrat a, heureusement, modifié son ancienne traduction :

« le Sage est fort, et vaut mieux que l’ignorant, qui agit par le seul appétit lubrique »

Ce point avait fait l’objet d’une controverse en :

http://www.spinozaetnous.org/ftopic-848 ... sc-20.html


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