Sartre et Spinoza au sujet de la liberté + R. Misrahi

Questions et débats touchant à la doctrine spinoziste de la nature humaine, de ses limites et de sa puissance.
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NaOh
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Re: Sartre et Spinoza au sujet de la liberté + R. Misrahi

Messagepar NaOh » 25 janv. 2015, 11:02

Bonjour Vanleers,

Merci pour cette recension très intéressante que je conseille à tous.

La thèse de Sévérac y est bien présentée et mise en perspective. Mais premièrement elle a encore à mon sens un léger parfum de paradoxe et deuxièmement l'on peut se demander si elle ne prouve pas trop.

Premièrement, le paradoxe persiste comme on le voit dans cette formulation :

 « être contraint, pour un mode fini, signifie donc toujours en quelque manière être déjà actif – agir en vertu de sa participation à l’activité même de cet autre qui agit à travers lui ».

Cette phrase met en équivalence la contrainte et l'activité, ce qui naturellement serait contradictoire si l'on entendait par contrainte ; la passivité. Je ne peux m'empêcher de penser cependant que la condition de l'activité, ici même désignée comme participation à l'activité d'un autre s’accommode mal du terme de « contrainte ».

Deuxièmement et cela découle du premier point : où arrêterons nous « l'activité », une fois qu'on a dit qu'elle consiste pour un mode, à être affecté par un autre au travers de ce que le premier à de commun avec le second ? La recension évoque rapidement cette question faisant planer la menace d'une « d’une activité diluée au point de se confondre avec la passivité » (et pour cause ajoutais-je,  puisque « tous les corps ont quelque chose en commun. »).

La réponse de Sévérac est contenue me semble-t-il dans l’assertion suivante « Spinoza reconfigure le problème en montrant que la dynamique spontanée de la pensée est celle de la connaissance adéquate ». ( la phrase est de l'auteur de l'article, non de Sévérac lui-même)

La thèse est séduisante mais ne sommes-nous pas reconduits à la même question ? Est-ce que le problème de la passivité et de l'inadéquation des idées de l'âme, n'est pas simplement annulé par une thèse trop forte (à savoir que nous sommes toujours déjà actif, toujours déjà sous le régime des idées adéquates) ?

J'ai conscience qu'il serait temps pour moi, compte tenu de ces questions, de simplement lire « le Devenir actif... » mais... je n'en ai pas le temps. En tous cas vous avez suscité mon intérêt pour ce livre, si bien que je ne sais plus si je suis d'accord ou non avec son auteur. C'est là un effet typiquement « socratique ».

Bien à vous.
Modifié en dernier par NaOh le 25 janv. 2015, 11:57, modifié 2 fois.

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Re: Sartre et Spinoza au sujet de la liberté + R. Misrahi

Messagepar Vanleers » 26 janv. 2015, 17:40

A NaOh

Vous avez une présentation de son livre par Sévérac lui-même en :

http://www.cerphi.net/spip.php?article53

Bien à vous

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Re: Sartre et Spinoza au sujet de la liberté + R. Misrahi

Messagepar Vanleers » 31 janv. 2015, 15:36

A NaOh

Je reviens à votre dernier post.
Nous sommes actifs lorsque nous sommes cause adéquate, c’est-à-dire totale, d’un effet et passifs lorsque nous en sommes cause inadéquate, c’est-à-dire partielle.
Etre déterminé par une chose extérieure à produire un effet n’est possible que si nous avons quelque chose en commun avec cette chose (E I ax. 5).
Lorsque l’effet s’explique partiellement par ce quelque chose en commun, c’est-à-dire par des propriétés communes, on peut dire que nous participons à l’activité de cette chose extérieure par ce que nous avons de commun avec elle.

Le propre d’un individu n’est pas la capacité à produire des effets qui ne pourraient s’expliquer que par lui seul, ce qui est totalement exclu car ces effets s’expliquent toujours par des causes extérieures (E I 28), mais c’est sa capacité singulière à entrer en relation avec des choses extérieures comme le précise le scolie d’E II 13 :

« Je dis pourtant, de manière générale, que plus un Corps l’emporte sur les autres par son aptitude à agir et pâtir de plus de manières à la fois, plus son Esprit l’emporte sur les autres par son aptitude à percevoir plus de choses à la fois ; et plus les actions d’un corps dépendent de lui seul et moins il y a d’autres corps qui concourent avec lui pour agir, plus son esprit est apte à comprendre de manière distincte. Et c’est par là que nous pouvons connaître la supériorité d’un esprit sur les autres […] »

L’aptitude à agir et pâtir est d’autant plus grande que le corps a davantage de propriétés communes avec les corps extérieurs.
Comme l’écrit Pascal Sévérac, « le critère de l’autonomie corporelle ne vient pas s’ajouter au premier, mais l’exprime d’une autre manière » (op. cit. p. 150). En effet, plus un corps a des propriétés communes avec les corps extérieurs et moins il est nécessaire que de nombreux corps concourent avec lui pour produire un effet qui pourra s’expliquer par ce corps seul.

Tout corps a des propriétés communes avec les autres corps. Il est donc potentiellement actif et ce d’autant plus qu’il est plus puissant au sens du scolie rappelé ci-dessus.
En conséquence, et compte tenu de l’égalité (« parallélisme ») du corps et de l’esprit, on peut dire, comme vous le rapportez, que « la dynamique spontanée de la pensée est celle de la connaissance adéquate ».

Bien à vous

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Re: Sartre et Spinoza au sujet de la liberté + R. Misrahi

Messagepar Vanleers » 12 févr. 2015, 11:52

A Noah et NaOh

Je vous signale un article très clair de Daniel Pimbé que l’on peut lire en :

http://www.daniel-pimbe.com/pages/les-m ... ge-28.html

L’auteur explique ce qu’il faut entendre par liberté et libération de l’homme, selon Spinoza.
J’en donne un extrait ci-dessous.

Bien à vous

C’est de la position de Dieu comme substance qu’il faut partir pour comprendre que le projet éthique de Spinoza n’a rien d’absurde et que le chemin qu’il propose peut être suivi. Car on comprend alors ceci : ce que chaque chose particulière, chaque mode de l’étendue ou de la pensée, subit comme une nécessité qui la pousse à persévérer dans son être en se heurtant à d’autres choses, c’est cela même qui constitue la liberté de Dieu. En d’autres termes, ce que nous appelons « non liberté » est exactement la même chose que ce que nous appelons « liberté » : l’esprit passe de l’une à l’autre par une simple commutation, selon qu’il dirige son attention vers Dieu ou vers l’un de ses modes. Et c’est également par une commutation que l’être humain, selon Spinoza, peut passer de la passivité à l’activité, de la non liberté à la liberté. Sans recourir à un mystérieux pouvoir de transcender ce qu’il est, sans rompre l’ordre du monde, sans jamais rien faire d’autre que ce qu’il est nécessairement déterminé à faire, mais en comprenant ce qu’il ignorait auparavant : que cette nécessité est l’expression en lui de la libre puissance de Dieu. L’homme se libère par la connaissance.


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