Spinoza et les quanta

Questions et débats touchant à la doctrine spinoziste de la nature humaine, de ses limites et de sa puissance.
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Spinoza et les quanta

Messagepar azanco » 25 déc. 2008, 11:01

Bonjour,

Une question: comment concilier le déterminisme absolu de Spinoza avec la physique des quanta, qui affirme l'existence d'une espace d'indétermination au sujet des particules subatomiques (voir principe de Heisenberg)?

Joyeux Noel

Alessandro

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vieordinaire
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Messagepar vieordinaire » 25 déc. 2008, 12:54

C'est une question/contradiction apparente qui saute immediatement aux yeux de quiconque est interesse a Spinoza et au savoir en general.

Il faut faire tres attention lorsque nous parlons du 'determinisme' de Spinoza. L'idee de necessite est mal comprise. Malgre les apparences ou ce que beaucoup vaudrait nous laisser croire, Spinoza n'est pas tres 'scientifique' ou 'Newtonien'. Il n'y a pas de conditions initiales dans la philosophie de Spinoza--toutes les choses determinent toutes les choses simultanement. L'existence et la causation modale horizontale sont la meme realite: il n'y a pas deux objets (independents) qui entrent dans une relation causale (dans le systeme de Spinoza) mais deux choses qui sont definies et determinees au travers d'une "relation" ou distinction causale. De la meme facon, la distinction causale est definie au travers de l'existence des choses.
Malheureusement, je n'ai pas le temps de developer un modele complet de la causalite dans le systeme de Spinoza--je dois donc te laisser avec ces quelques pistes.


Aussi: L'equivalence entre les attributs (2p7) implique que la perspective scientifique de l'observation et du mesurement offre une vue de et engage realite de facon incomplete. Necessite, connaissnce et existence sont simultanees ... Necessite n'est que temporelle pour une imagination fragmentee.


Quant a la mechanique quantique (MQ) ...

Toutes theories scientifiques de la MQ ont un contexte. Il y plusieurs elements de ce contexte qui nous laissent perplexe et sans reponse... les sous-entendus probabilistiques sont des modeles tres utiles dans certains contextes mais nous laissent avec des contradictions et difficultes apparentes lorsque nous revenons a l'experience immediate ... malgre les differentes interpretations--et il y en a beaucoup--de ce sous-entendu probabilistique, tous ce que nous mesurons c'est "l'effondre" ou le 'realise' et le comment et le pourquoi de cet effondrement ou realisation, nous n'en avons toujours aucun idee precise.

Il y a encore bien des mysteres avec la MQ ... peut-etre la direction de recherche philosophique la plus prometteuse est l'exploration des cotes mysterieux de la MQ avec ceux de l'Ethique; et non pas de trouver des contradictions entre des theories ephemeres de la MQ et des interpretations boiteuses de l'Ethique.

Le modele des attributs de Spinoza et ce ne pouvons en deriver (on ne peut 'observer' le corps et l'esprit simultanement dans la philosophie de Spinoza) est beaucoup plus consistent avec les 'faits' de la MQ que de ce que nous pouvons en conclure a premiere vue ...

L'equivalence des attributs, la hierachie des modes et l'experience de l'esprit et du 'connaitre' que Spinoza decrit dans l'Ethique peut nous amener a conclure a l'existence de la 'dark matter' par exemple.
Les hypotheses de la totalite et contiguite du "connaitre" (2p1; 2p12) et l'equivalence des attributs , et les limitations de notre perspective sur ce connaitre (l'inconscience, l'intimite du connaitre, le sommeil profond, l'identification du connaitre avec un corps lors de l'emergence d'un existant, etc.) nous pousse a conclure a quelque chose de semblable quant a la matiere--et ce semblable est consistent avec notre hypothese de la 'dark matter'.

L'existence des modes infinis et la perspective de Spinoza sur la complexite (2p13 et la lettre sur le ver et le sang) offrent un cadre explicatif qui n'est pas en contradiction avec les effects a distance des observations de Bell.

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Messagepar willeime » 29 déc. 2008, 01:23

Si l’on prend le point de vue du grand spinoziste que fut Albert Einstein, on peut imaginer que Spinoza aurait probablement lui aussi été gêné par la remise en cause du déterminisme par la physique quantique.

Einstein et Spinoza défendent tout deux un strict déterminisme. D’ailleurs, Einstein s’était demandé ce que Spinoza aurait pensé de ses débats avec Niels Bohr sur la question du déterminisme. Boris Kouznetsov a essayé d’imaginer la réponse de Spinoza ("Spinoza et Einstein," Revue de Synthese 88 (1967)), personnellement je ne trouve pas cette étude convaincante (mais elle est disponible gratuitement on-line sur le site http://revue-de-synthese.eu/)

Le gros problème de la physique quantique c’est qu'à ce jour personne n'est d'accord sur son interprétation. Toutefois, pour répondre à la question posée par Azanco, je dirais que si l’on fait l’hypothèse des variables cachées non-locales (hypothèse marginale mais encore défendable), ou que l’on choisit l’interprétation d’Everett ou encore celle de Bohm (http://www.futura-sciences.com/fr/news/ ... ion_15567/), alors le déterminisme est compatible avec la physique quantique.


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