Affirmation et lutte pour la reconnaissance

Questions et débats d'ordre théorique sur les principes de l'éthique et de la politique spinozistes. On pourra aborder ici aussi les questions possibles sur une esthétique spinozienne.

Affirmation et lutte pour la reconnaissance

C'est la même chose
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C'est radicalement opposé
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22%
C'est opposé et complémentaire
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67%
Cette question est mal posée et dénote une incompréhension des auteurs en référence
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J'en sais rien et ou je ne comprends pas
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Ca n'est pas mon problème
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Panache
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Affirmation et lutte pour la reconnaissance

Messagepar Panache » 28 déc. 2005, 16:14

Bonjour, ma question s'adresse en fait autant aux spinozistes qu'aux nietzschéens. Je lis ici que Spinoza c'est une philosophie de l'affirmation.
Ah, très bien.

Une philosophie de l'affirmation, selon moi, d'après Nietzsche et Spinoza, c'est une philosophie qui s'oppose (quitte à être complémentaire à la limite) à une philosophie de la lutte pour la reconnaissance.

Lutter pour être reconnu, c'est toujours reconnu dans les échelles de valeur en place, souvent reconnu par les puissants, souvent reconnu parce qu'on était ignoré et donc reconnu comme victime (ex exclave), c'est donc se battre pour maintenir un rapport de domination alors même qu'on le dénonce, c'est relativement suicidaire, emprunt d'esprit de ressentiment.
Lutter, c'est bien sur porter tort aussi à celui contre qui on lutte, méchant (est méchant celui qui a chu et qui voudrai que les autres chutent plus bas que lui pour qu'il s'élève relativement)

S'affirmer à l'inverse, c'est exercer sa singularité, créer, inventer, donner ... Les cours de management apprennent l'assertivité, I'm OK you're OK etc, Gandhi enseigne l'affirmation non violente.


Alors voilà en 2002 est sorti la version française du livre d'Axel Honneth : La lutte pour la reconnaissance. Et ca dégouline d'Hégélianisme. La lutte pour la reconnaissance voilà l'utime moteur de l'histoire.
Bon... Je débute mes recherches sur le sujet, mais à ce jour je n'ai pas vu de critique Spinoziste ou Nietzschéenne de ce livre, donc si par ici certains avaient lu ce livre et avaient eu connaissance de papiers critiques sur ce livre reprenant les critiques Nietzschéenne (et je suppose Spinoziste) ... Ca m'intéresse.

Ca m'intéresse aussi de savoir si plus généralement, l'opposition lutte pour la reconnaissance, affirmation de soi a un sens d'un point de vue spinoziste ou si elle en a uniquement d'un point de vue Nietzschéen.


J'ai dit que les deux versions pouvaient être complémentaire dans la mesure ou bien entendu, la reconnaissance est une ressource pour pouvoir s'affirmer, et l'affirmation de soi une ressource pour obtenir de la reconnaissance.
Par exemple bruler des voitures pour se faire reconnaitre c'est bien manifester des comportements à tonalité auto destructrice (détruire mon environnement de vie par désespoir) avec l'espoir d'une reconnaissance de ma souffrance et de sa prise en charge. C'est une révolte contre l'état colonial intérieur.

Tout seul ça ne suffit pas si "ces gens là" de toute façon se plaignent, mais "ne savent pas travailler", 'sont agressifs", brefs sont incapables de s'affirmer, d'affirmer leur singularité et leur valeur valeur. Il faut refuser la concurrence victimaire.

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Faun
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Re: Affirmation et lutte pour la reconnaissance

Messagepar Faun » 29 déc. 2005, 04:14

Panache a écrit :
Tout seul ça ne suffit pas si "ces gens là" de toute façon se plaignent, mais "ne savent pas travailler", 'sont agressifs", brefs sont incapables de s'affirmer, d'affirmer leur singularité et leur valeur valeur. Il faut refuser la concurrence victimaire.


Sujet piégé. De toute façons, en tant que l'on se considère en tant que partie de Dieu, chaque mode ne peut être qu'un infiniment petit, et donc l'affirmation de sa propre existence passe par la connaissance de sa "relativité", ou "humilité', ce terme pris dans un sens non spinoziste cela va de soi. Chaque mode en effet, en tant qu'on le considère en relation avec l'étant absolument infini, ne peut être qu'un infiniment petit.
Cela dit socialement il est évident que la civilisation ocidentale issue de l'empire romain n'est qu'un empire esclavagiste dans lequel chacun est tenu d'être l'esclave d'un autre, et donc cet Etat est totalement contraire à la raison. C'est la raison principale pour laquelle notre civilisation occidentale chrétienne finit par détruire l'air et la terre et toute la nature terrestre, et finira par détruire l'homme, de même qu'elle a détruit la liberté innée de l'homme naturel, parfait, libre.

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pas compris la réponse

Messagepar Panache » 29 déc. 2005, 10:20

Affirmer sa singularité, c'est par hypothèse, ça va peut être mieux en le disant, le faire avec humilité. Mais s'affirmer, c'est néanmoins créer de la valeur.
Je dirais, Michael Jordan s'affirme sur un terrain de Basket. Il y est humble d'ailleurs, petit devant les lois de ce sport, soumis aux circonstances, tout effort... etc. Il crée ainsi de la valeur, il grandit, il est plus fort, cela se voit.
Par contre d'autres luttent pour être reconnus. Par exemple les esclaves noirs pour être reconnus libres par l'Etat blanc. Au mieux alors ils obtiennent des moyens et conditions pour pouvoir ensuite s'affirmer. Mais la lutte pour la reconnaissance ne peut pas suffire.
Ou encore, l'orgueil n'est pas la voie vers l'accomplissement.
Autant les comportements humiliants doivent cesser, il faut les faire cesser.
Autant la maîtrise c'est apprendre à faire glisser les humiliations sur la force intérieure de l'affirmation.

D'ou il ressort qu'un monde ou chacun serait reconnu perpétuellement, un monde sans agression, lisse, serait (est) un monde où il devient très difficile de grandir et toujours plus mis en danger par l'extérieur.
Certaines non reconnaissances ont une utilité "pédagogique" et d'autres non. Et tous n'ont pas le même désir de grandir.
Un monde dans lequel les autorités (et les mouvements contestataires) incitent à l'exigence de sécurité et de reconnaissance, plutôt qu'à l'accroissement de force, bonheur, joie, vie ... N'est pas sain.

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au cas ou ...

Messagepar Panache » 29 déc. 2005, 14:01

Je voulais juste dire Que Michael Jordan est noir et que si les noirs ne s'étaient pas vu reconnaitre le droit de jouer au basket, de jouer avec les blancs dans la NBA, bien entendu, michael Jordan n'aurait pas pu s'y affirmer.

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Messagepar wesley » 30 déc. 2005, 12:36


Certaines non reconnaissances ont une utilité "pédagogique" et d'autres non.

Lesquelles par exemple?
Et tous n'ont pas le même désir de grandir.
Qui donc?

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hum hum

Messagepar Panache » 30 déc. 2005, 14:30

Wesley je ne peux pas vraiment répondre à des questions si courtes et si peu explicites. Ca fait un peu discussion à sens unique alors que je voulais surtout savoir au départ si certains ici avait une position / hegel et surtout sa réactualisation par Axel Honneth.


Par exemple sur l'utilité pédagogique, n'importe quel texte Zen est rempli d'exemples de maîtres qui sont insultants voire violents et qui provoquent à ce moment là un éveil spirituel fort chez l'élève.
J'en raconte une que j'aime bien (version courte et moins poétique).
Un samourai désire être enseigné sur l'enfer et le paradis et apprendre le chemin qui y mène. Il s'adresse à un très grand maître qu'il a déjà vu auparavant et lui fait sa demande. Le grand maître répond.
Ah mais je te reconnais toi, je t'ai accueilli une fois dans ma chaumière. Quoi toi un porc et un meurtrier tu voudrais connaiître le chemin de l'enfer et du Paradis !!! Mais tu n'as pas la moindre chance !! Plutôt enseigner à des rats !!
A ces mots le samourai, insulté (NB le maître ne l'a pas reconnu, l'histoire ne le propose pas, mais on pourrait ajouter, ça ne changerait rien à l'histoire que le maître le soufflette), sort son sabre et s'apprête à le frapper.
- Ici s'ouvre le chemin de l'Enfer.
Dit le maître très calmement.
Et comme le samourai soudain calmé et illuminé abaisse lentement son bras il ajoute :
- Et ici s'ouvre le chemin du Paradis.

Pour un exemple de non reconnaissance non pédagogique, il suffit de penser à des injures racistes régulière.

Pour le désir de grandir, je ne vois pas comment répondre. C'est un pur constat, certaines personnes sont suicidaires, dépressives et d'autres constamment conscientes présentes, à la recherche de la joie de vivre. S'il n'y avait pas de passion pour nous détourner de la voie Spinoza n'aurait probablement pas écrit l'éthique.

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Messagepar wesley » 30 déc. 2005, 15:24

Panache,
J'a mal interpréter vos propos sans doute, laissez tomber.

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Henrique
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Messagepar Henrique » 06 janv. 2006, 13:48

Bonjour Panache,
Le spinozisme est une philosophie de l'affirmation en un sens d'abord ontologique (le sens moral ou pratique que tu abordes en est cependant une conséquence) : ce qui est, est totalement, de toute éternité puisque ce qui est, est fondamentalement infini, c'est-à-dire sans limite extérieure susceptible de le nier. Dire que le spinozisme est une philosophie de l'affirmation, c'est donc dire que la négation ne fonde rien, n'explique rien.

Il y a certes de la négation chez Spinoza dans la finitude : un être fini, c'est un être qui n'est pas tel autre être et qui à ce titre peut être nié dans son affirmation première par cet autre être qu'il n'est pas, d'où l'affirmation (que ne comprend pas ou ne veut pas comprendre Hegel) "Toute détermination est une négation" (sous-entendu, toute détermination externe). Mais cette négation en tant que telle n'explique rien : si un corps est mis en mouvement par un corps B, c'est en raison de la puissance affirmative du corps B ; du non-être en tant que tel, rien ne peut advenir. Et cette puissance affirmative, chaque être fini la tient essentiellement de l'étant absolument infini que l'on nomme Dieu à titre d'expression singulière et immédiate de celui-ci.

Aussi je ne rejoindrai pas Faun qui parle ici de l'être fini comme d'un infiniment petit et d'humilité. D'abord les notions de grandeur et de petitesse n'ont aucune valeur absolue et sont purement relatives. Ensuite, il n'y a pas à comparer le fini et l'infini, comme s'il s'agissait de deux choses différentes, susceptibles donc d'être comparées, puisque l'un est l'expression immanente de l'autre, non un effet "transitif" qui serait séparable de sa cause essentielle. En ce sens, comprendre le fini en général et l'homme en particulier, c'est d'abord poser son essence de mode ou expression de l'étant absolument infini et à ce titre sa puissance native. Et l'idée de quelque chose "d'infiniment fini" n'aurait pas de sens : ce serait un pur néant. Or je ne vois pas d'autre définition de l'humilité que l'idée de notre impuissance et la tristesse qui s'en suit nécessairement. Comprendre l'homme essentiellement, c'est au contraire saisir à la fois rationnellement et intuitivement sa puissance fondamentale (d'exister et donc aussi de créer les valeurs qui lui permettent de donner sens à cette existence, cf. Ethique III, scolie de la prop. 9) et en conséquence se réjouir.

On est dans cette ontologie à l'opposé de Hegel, pour qui c'est la négation qui fonde et explique la vie de l'être, qu'il conçoit en conséquence comme devenir et non comme éternité. La négation serait d'abord interne : l'être étant d'abord un grand tout purement formel se nierait soi-même pour affirmer le non-être et ce non-être se nierait soi-même (comme si le non-être pouvait faire quoique ce soit) pour donner lieu au devenir qui est négation permanente de ce qui est et en même temps, affirmation de ce qui n'est pas ; le devenir étant passage perpétuel de l'être au non-être et du non-être à l'être. Dans ce cadre général, l'homme se pose dans l'existence à titre de conscience pure mais cette conscience pure est totalement désincarnée, il doit donc s'opposer à tout ce qui n'est pas lui pour pouvoir s'incarner existentiellement et ainsi se poser pleinement. D'où l'idée aussi de lutte pour la reconnaissance dans la rencontre avec autrui, chacun tendant à réduire l'autre à une simple chose au service de l'affirmation de sa subjectivité constitutrice.

Avec Spinoza, l'étant total s'affirme d'emblée comme une infinité de choses singulières, comme le démontre la prop. 16 de la partie I de l'Ethique. Il est donc de toute éternité à la fois matière et forme, puissance et acte. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'alors la substance aperçue par Spinoza n'est pas comme veut le croire Hegel, un grand tout sans contenu, privé du devenir qui seul pourrait faire sa vie. En fait, la totalité de ce qui nous apparaît comme événements se succédant et se détruisant mutuellement, est affirmé de toute éternité au sein de cette substance. En ce sens, il y a bien au niveau fini une succession transitive de causes et d'effets mais du point de vue de la substance, rien n'est jamais véritablement créé ni détruit : ce n'est qu'au regard d'une conscience finie, dont les idées sont mutilées et confuses, qu'il semble y avoir de l'apparition et de la disparition. Dans la substance, tout existe déjà et ne cesse jamais d'exister, dans une continuité radicale et de toute éternité.

Comprendre cela, rationnellement et intuitivement, permet au philosophe l'acquiescentia in se ipso, un acquiescement intérieur général à tout ce qui existe : un grand oui au monde comme à soi-même, et en conséquence une paix intérieure sans limite, car cette affirmation ne se comprend pas par opposition à une négation - de ce qui est mais ne devrait pas être - mais comme autoaffirmation de l'être par soi-même. Certes, en vertu du conatus ou effort de persévérer dans son être, qui est l'expression de la puissance infinie d'exister de la substance, chaque être fini, y compris le philosophe, va s'opposer à tout autre être fini susceptible de lui nuire. Mais ici ce n'est pas une négation qui est constitutive de la puissance d'exister de l'être fini lui-même, c'est l'affirmation de soi. En ce sens, s'opposer à ce qui me nie, c'est aussi affirmer la totalité de l'être car je sais aussi que non seulement je suis affirmation de ma puissance d'exister mais tout aussi bien que la totalité de ce qui existe, tout en étant susceptible de me nuire, est également expression immédiate de la puissance infinie de la substance. C'est ce qui fait que j'accepte, j'accueille cela même qui me nie, pour pouvoir le nier efficacement. Je ne nie ce qui me nie que parce que je m'affirme d'abord, parce que je suis puissance d'exister. La négation de la négation chère à Hegel, n'est pas le fondement de l'affirmation mais sa conséquence.

Dans ce cadre, le philosophe, c'est-à-dire celui qui comprend que son essence est constitutivement affirmative, n'a pas besoin de cultiver des passions tristes comme la haine ou la colère pour exister et s'affirmer. Il n'a pas d'abord à contempler son impuissance pour devoir réagir et ensuite affirmer sa puissance. Il s'oppose par exemple au despotisme et lutte pour la démocratie non par haine de la servitude politique mais parce qu'il a rationnellement compris que la liberté était préférable en tout, précisément parce qu'elle est constitutive du vivre ensemble, de l'Etat. Et il le fait sans colère : il sait que le despotisme contre lequel il lutte est inscrit dans la nature des sociétés humaines, constituées d'individus qui ne sont pas primitivement libres en raison de la primauté de l'imagination sur la raison et des passions qui en dérivent ; il n'a donc pas à s'attrister de l'existence de l'injustice puisqu'elle est nécessaire. Seulement il lui est tout aussi nécessaire d'affirmer sa compréhension que l'utile propre ne va pas sans l'utile commun, autrement dit sans la justice. Et il n'a pas besoin pour cela d'espérer que les choses iront mieux pour se lancer dans l'action : il agit en raison de sa nécessité intérieure bien comprise, il n'a pas besoin d'essayer de se convaincre que son action aura les résultats escomptés, sachant que cela lui échappe largement, pour affirmer ses valeurs.

Mais même si on en reste au "commun des mortels", il n'y a pas à proprement parler d'affirmation qui serait le résultat d'une négation antérieure. Celui qui détruit une voiture pour "s'affirmer" ne fait en fait qu'affirmer en premier lieu sa propre puissance de détruire : il agit d'abord en raison de ce qu'il estime être la conscience de sa dignité, détruisant ce qu'il imagine confusément pouvoir être ce qui nie cette dignité (la voiture comme vague symbole d'une insertion sociale par rapport à laquelle il se sent à la fois contraint contre son gré et exclu). Seulement il s'affirme de façon inadéquate, c'est-à-dire sans comprendre assez clairement et complètement ce qu'est cette puissance affirmative qui le définit, d'où des actions qui en viennent à le nier au final, sans cependant qu'il ait véritablement conscience qu'il se nie lui-même. Ils croient certes que c'est parce qu'ils auront détruit des voitures qu'ils se seront affirmés, mais c'est à tort, tout ce qu'ils font, ils le font parce qu'ils peuvent le faire, autrement dit en raison de l'affirmation de leur conatus. De même d'ailleurs, celui qui se suicide ne fait encore comme le dit Spinoza que s'affirmer contre ce qu'il imagine le nier (et c'est imagination car s'il raisonnait, il saurait que son essence affirmative est éternelle et que rien ne peut donc véritablement la détruire, il pourrait alors lutter bien plus efficacement, c'est-à-dire sans haine, colère, espoir ou désespoir). Celui qui se suicide affirme son désir d'exister différemment, et son imagination qu'il n'est pas fondamentalement ce corps qui souffre, cet être social qu'il estime incompris : il ne détruit que ce qu'il croit être la cause externe de la souffrance de ce qu'il pense être véritablement (une sensibilité, une âme qui existerait indépendamment du corps).

Mine de rien, je viens de résumer ce que je pense avoir compris de plus profond chez Spinoza, il y a sans doute quelques points à expliciter plus clairement, mais il fallait bien un jour que j'explique pourquoi j'ai intitulé ce site "philosophie de l'affirmation" :-)

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affirmation, sciences sociales, Deleuze

Messagepar Panache » 06 janv. 2006, 15:11

Je suis très content d'avoir lancé cette discussion des commentaires, même si je ne suis pas sur d'en saisir la totalité de la profondeur.

Ma recherche est de fait plus concrête. Je suis l'affirmation essentiellement pour la discuter au niveau des sciences sociales. Les sciences sociales sont très marquées par la critique du pouvoir, des puissants et au final très souvent de l'affirmation.
Il y a dans la filiation Bourdieu-Boltanski sociologie Critique, sociologie de la critique, comme dans celle habermas - Honneth et probablement dans Rawls-walzer-miller une même méfiance contre ceux qui affirment et s'affirment.
C'est dommage.

Ce que je cherche c'est donc plutot à trouver des comparses intéressés par les liens philosophie - sciences sociales. Par exemple pour ceux à qui ça pourrait parler je n'ai pas aimé le livre de Amable et palombarini qui tout en critiquant les sociologies sus nommés le fait au nom d'un mauvais nietschéisme au nom d'une vision toujours négative du pouvoir et de l'affirmation, tout est rapport de force, le droit est une fiction, les puissants sont méchants, l'idéal implicite c'est la pure égalité et la croissance collective de l'être est un mythe (tout est jeu à somme nulle).
C'est pourquoi j'ai frappé à cette porte et je frapperai à d'autres.
Quelqu'un connait des Deleuziens intéressés par les sciences sociales ? On les rencontre ou ?

Maintenant pour le deuxième point.

je suis partisan d'une forme de synthèse, des oppositions complémentarités, je n'irai pas jusqu'à la négation de toute validité des sociologies susnommées (ou des philosophies qui les fondent). Je ne pense pas qu'il faille nécessairement nier la gestion si l'on est sociologue et vice versa.

Je ne sais pas si au niveau des philosophies Hegel-Spinoza peuvent se compléter en se contredisant, mais en tout cas, au niveau concret, cela ne me pose en tout cas, aucun problème.

Et c'est donc en l'occurence à ceux qui ont intégré le schéma spinoziste que je pose cette question :

Y a t il une place pour la lutte pour la reconnaissance dans un schéma Spinoziste ?

Si l'on prend le (mauvais ?) exemple des jeunes des banlieues ou des homosexuels ou des féministes ou des salariés ... On peut noter qu'ils ont bien été en lutte pour la reconnaissance et non directement pour s'affirmer. Les syndicats ne créent pas grand chose, le temps passé à revendiquer ne l'est pas à agir etc.
Néanmoins, les gains obtenus par la reconnaissance permette l'affirmation ultérieureure.

Il me semble qu'il y a là une question de perspective ou de priorité.

En permanence nous sommes appelés à affirmer notre essence, renforcer notre joie par des actes et savoirs plus adéquats. Nous agissons ici comme individu.

Simultanément, en permanence, nous cherchons à imposer aux autres de nous reconnaître un espace dans lequel nous puissions nous affirmer. Nous agisson alors directement sur le collectif sommé de nous donner un égal espace d'affirmation.

La différence étant que ce n'est pas parce que l'on dispose de multiples possibilités d'affirmation, de ressources, que l'on sait les utiliser, et que ce n'est pas parce que l'on est parfaitement capable d'affirmer sa vie et de vivre en sage, que les conditions extérieures nous permette d'en faire le meilleur usage.


La formulation que je viens de faire n'est probablement pas adéquate en terme spinozistes, mais il me semble qu'elle reste néanmoins compréhensible et touche un aspect important.

J'entends bien la critique qui a été présenté plus haut : rien n'est plus odieux que ceux qui veulent nous imposer leurs goûts. Si c'est cela la revendication féministe, homosexuelle ou syndicale... ALors elle ne vaut pas grand chose... (rien)

J'entends bien que le sage spinoziste s'oppose par exemple au despotisme et lutte pour la démocratie non par haine de la servitude politique mais parce qu'il a rationnellement compris que la liberté était préférable en tout, précisément parce qu'elle est constitutive du vivre ensemble.

Mais ma question est la suivante, celui qui aveuglé par ses passions lutte pour la démocratie par haine de la servitude, ne fait il pas le jeu du sage spinoziste ? S'agit il là d'une ruse de l'essence (ou de la puissance, du conatus) ?

Le jeu de mot est peut être abusif. Mais est il possible à un spinoziste de dire par exemple que le despotisme en privant les masses de l'exercice de leur liberté, les prive de la capacité à éprouver la joie, elles ne savent plus affirmer leur être. Dès lors il faut lutter pour la reconnaissance de ces masses afin que les individus cessent d'y être rendus débiles, incapables d'y développer la plénitude leur être ... Et il est naturel que pareils individus débiles privés de l'occasion d'exercer leur être ait du mal à s'affirmer directement et commence par nier l'espace d'affirmation des autres, des puissants...

Ou pour formuler une dernière question qui est encore là même, formuler une "dialectique" affirmation-lutte pour la reconnaissance en terme spinoziste comme hégélien est manifestement au dessus de mes forces, mais parmi vous, spinozistes, y en a t il qui peuve formuler pareille chose ?
Ou bien est ce impossible et Hegel serait le continent noir de Spinoza et réciproquement ?
Ou bien etes vous partisans d'une approche radicale, Hegel a tort, la lutte pour la reconnaissance est uniquement et seulement une passion triste et il n'y a pas de "ruse du conatus" équivalente à la ruse de la raison ?

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Messagepar Faun » 06 janv. 2006, 20:39

Henrique a écrit :
Aussi je ne rejoindrai pas Faun qui parle ici de l'être fini comme d'un infiniment petit et d'humilité. D'abord les notions de grandeur et de petitesse n'ont aucune valeur absolue et sont purement relatives. Ensuite, il n'y a pas à comparer le fini et l'infini, comme s'il s'agissait de deux choses différentes, susceptibles donc d'être comparées, puisque l'un est l'expression immanente de l'autre, non un effet "transitif" qui serait séparable de sa cause essentielle. En ce sens, comprendre le fini en général et l'homme en particulier, c'est d'abord poser son essence de mode ou expression de l'étant absolument infini et à ce titre sa puissance native. Et l'idée de quelque chose "d'infiniment fini" n'aurait pas de sens : ce serait un pur néant. Or je ne vois pas d'autre définition de l'humilité que l'idée de notre impuissance et la tristesse qui s'en suit nécessairement. Comprendre l'homme essentiellement, c'est au contraire saisir à la fois rationnellement et intuitivement sa puissance fondamentale (d'exister et donc aussi de créer les valeurs qui lui permettent de donner sens à cette existence, cf. Ethique III, scolie de la prop. 9) et en conséquence se réjouir.


"Mais la puissance de l'homme est extrèmement limitée, et infiniment surpassée par la puissance des causes extérieures."

Appendice de la quatrième partie, chapitre 32.

"La gloire qu'on dit vaine est une satisfaction de soi-même qui n'est alimentée que par l'opinion du vulgaire ; vienne à cesser cette opinion, cesse aussi la satisfaction, c'est à dire le souverain bien, que chacun aime ; d'où vient que qui tire gloire de l'opinion du vulgaire, en proie chaque jour au souci, s'efforce, s'agite, fait tout pour garder sa réputation.
[...] Bien plus, étant donné qu'ils désirent tous attirer les applaudissements du vulgaire, chacun rabaisse volontier la réputation de l'autre, et de là, étant donné que le combat porte sur ce qu'on estime être le souverain bien, naît un énorme appétit de s'opprimer les uns les autres de toutes les façons possibles, et qui en sort finalement vainqueur se fait plus gloire d'avoir nui à autrui que de s'être rendu service à lui même."

Proposition 63 de la quatrième partie, scolie.

"Que si nous supposons que l'homme conçoit son impuissance de ce qu'il comprend quelque chose de plus puissant que lui [Faun : et quoi de plus puissant que l'Etant absolument infini, dont la puissance constitue son essence ?], par la connaissance de quoi il détermine sa puissance d'agir, alors c'est que nous concevons que l'homme se comprend distinctement lui-même, autrement dit (par la proposition 26 de cette partie) que sa puissance d'agir se trouve aidée."

Démonstration de la proposition 53 de la quatrième partie.

Proposition 26 de la quatrième partie :

"Tout ce à quoi nous nous efforçons par raison, ce n'est rien d'autre que comprendre ; et l'esprit, en tant qu'il use de raison, ne juge être utile à lui-même que ce qui sert à comprendre."


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