La notion de Beau dans la Nature et dans l'Homme

Questions et débats d'ordre théorique sur les principes de l'éthique et de la politique spinozistes. On pourra aborder ici aussi les questions possibles sur une esthétique spinozienne.
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Joie Naturelle
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La notion de Beau dans la Nature et dans l'Homme

Messagepar Joie Naturelle » 11 nov. 2008, 15:05

Bonjour,

Je m'interroge depuis longtemps sur la notion de Beau, étant moi-même fort attiré par tout ce qui touche à l'Art. J'ai pu voir que Spinoza réfutait l'existence du Beau dans la Nature. Le Beau et le Laid n'existent pas, au même titre que le Bien et le Mal, ou la recherche de Sens. Tous ces concepts vivent en l'Homme, mais point de salut en dehors de sa personne.

Dès lors, une question (vieille comme le monde me direz-vous) me vient à l'esprit. Si le Beau n'existe qu'en l'Homme, et n'est point gravé dans les entrailles de l'Univers, comment un homme peut-il affirmer qu'une chose est belle, dès lors qu'un autre pourra affirmer le contraire ? Comment échapper au relativisme du Beau s'il n'en existe aucun modèle naturel ou universel, si la seule référence est le jugement subjectif propre à chacun ?

Pourtant, une certaine objectivité peut parfois être mise en avant pour juger du Beau. En Art, l'Homme peut se baser sur des critères objectifs pour étayer son jugement. Une oeuvre renferme certaines beautés en raison par exemple de sa complexité, de la richesse de son élaboration, bref de son inventivité. Une symphonie peut ainsi révéler une architecture et un langage harmonique ou contrapuntique complexes, susceptibles de la faire ranger parmi les grandes oeuvres d'Art.

En même temps, il ne suffit pas qu'une oeuvre soit complexe pour qu'elle puisse constituer un chef-d'oeuvre. Le brouhaha émis par des centaines d'instruments jouant de manière anarchique des parties sans rapport les unes aux autres ne saurait être considéré comme une oeuvre d'Art. Car une harmonie d'ensemble lui fera défaut. Une harmonie, c'est à dire une certaine cohérence dans la conduite du discours.

Comment saisir, analyser puis définir une telle harmonie d'ensemble ? Comment l'expliquer autrement que par la perception subjective qu'on en a ? Voilà un exercice autrement plus difficile. L'Art en effet fait appel à la sensibilité de chacun, laquelle sensibilité varie considérablement d'un individu à un autre, en nature comme en intensité.

Dans ces conditions, comment peut-on encore parler d'Art, en tant que concept capable de dépasser la sphère subjective ? Et pourtant, nous le faisons régulièrement.

Le seul argument valable en faveur de l'existence de l'Art dans l'Homme serait peut-être la postérité, c'est à dire la durée dans le temps. Une oeuvre qualifiée de Belle s'inscrit dans la durée. La postérité ne rend peut-être pas justice à toutes les oeuvres Belles, mais toutes les oeuvres gravées dans la mémoire collective des générations qui se succèdent sont considérées comme Belles.

Cela n'empêchera pas certains êtres de ne pas trouver Belles certaines oeuvres pourtant reconnues par la postérité.

Que faut-il conclure de tout ça ? Que les hommes sont différents, et que le Beau tel que considéré plus haut n'intéresse qu'une partie d'entre eux, et demeure une notion étrangère pour d'autres. Pourtant, ces "exclus" de l'esthétique n'ont-ils pas le droit de trouver Belle une oeuvre sans avenir jugée médiocre par d'autres ? Ils en ont à coup sûr le droit, mais peut-être faudrait-il, tout en leur reconnaissant ce droit, admettre qu'ils se trompent. En d'autres termes ils ont raison d'aimer ce qui correspond à leur nature, mais auraient tort de confondre ce simple goût personnel avec la notion plus vaste de Beau.

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Messagepar saxophil » 12 nov. 2008, 23:39

Bonsoir flumigel...
je suis assez d'accord avec l'argument qui consiste à dire que pour être "BELLE" une oeuvre doit s'inscrire dans la durée....et dans l'universalité aussi...
Une oeuvre doit toucher donner de l'émotion (provoquer un affect )en tout lieu et en tout temps...bref être "éternelle"...
J'écoute assez souvent les concertos pour clarinettes de mozart( je prends cet exemple au hasard)et j'éprouve une véritable joie à écouter cette oeuvre...

Savoir que depuis deux trois siècles des types comme moi éprouvent du plaisir à écouter ces chapelets de notes et autres harmonies somptueuses me remplit d'allégresse...

mais malgré tout, on a aussi le droit de ne pas aimer mozart,le classique ou l'art en général ça arrive à des gens très bien....ça ne fait pas d'eux des monstres...

Alors oui,comme toi je me suis souvent posé cette question "existe t'il un Beau absolu?" et j'ai du mal à trouver une réponse....

J'espère ne pas trop te décevoir...

Pour conclure je pense à cette citation du russe Dostoïevski..
"C'est la beauté qui sauvera le monde"
C'est peut-être ça l'art ,le pouvoir de nous rendre meilleur......

Bonne soirée flumigel.....

SAXO

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Messagepar Joie Naturelle » 13 nov. 2008, 17:54

saxophil a écrit :
Alors oui,comme toi je me suis souvent posé cette question "existe t'il un Beau absolu?" et j'ai du mal à trouver une réponse....


Bonsoir Saxophil,

La question demeure (même si j'ai ma réponse à moi) : Existe-t-il un Beau absolu ? Peut-être, mais en ce cas où ? Dans la Nature, ou simplement dans l'être vivant qui bouge et respire ? Dire qu'il existe dans la Nature, c'est prêter des intentions à cette dernière. Or il semble bien, comme l'affirme Spinoza, que celle-ci n'en ait pas... Alors, peut-être existe-t-il un Beau absolu en l'homme, à côté du beau relatif à chacun.

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Messagepar zseb » 14 nov. 2008, 00:26

Coucou flumigel

Il me semble que pour Spinoza, il défini la beauté plutôt comme des critères singulier définie par l’homme. Cet ainsi que, d’un lieu a un autre, si les critères changes, la beauté change aussi. Voir la mode par exemple, pour ce qui est plus pérenne comme certaine peinture ou œuvres musical s, il en est de même avec en plus une transmission culturel.

Bien sur il faut tenir compte aussi de l’expérience et encore bien d’autre chose, par exemple pour un violoncelliste, une suite pour violoncelle de Bach n’est pas moins belle que celle de Vivaldi mais est différente, il en va de même pour des mélomanes averties, et cela s’applique a tout, si bien que la musique de Mozart n’est pas plus belle que celle de Beethoven ou encore Brahms ou Wagner , mais est différente.

Il faudrait pour s’en rendre compte, montrer une toile de Picasso et faire écouté une symphonie de Mozart a une personne n’aillant pas les critères singulier qui permette de les appréciés, par exemple un homme d’une tribu reculé d’Asie ou d’ailleurs mais vierge de toute culture.

Peut être que faire une belle peinture c’est d’abord et avant tout définir ces singularités qui la rendras différente :wink:

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Messagepar saxophil » 14 nov. 2008, 09:44

Bonjour..
Je pense que pour apprécier une oeuvre de picasso ou un concerto de mozart il faut "s'éduquer"à ces oeuvres....oeuvres parfois un plus exigeantes qu'une chanson de céline dion par exemple(je n'ai rien contre céline dion internaute québécois ne te braque pas)..

la ou je veux en venir c'est que le moteur ,le déclic qui nous pousse à nous intéresser à l'art en général c'est la curiosité ...on a un peu trop tendance à l'oublier celle là....curiosité qui nous a fait découvrir ce site et l'oeuvre de spinoza...tiens d'ailleurs question :
La curiosité ,où est-elle "classée" comme affect ?..passion triste ,joie augmentant notre puissance?
Merci..

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Messagepar Glacier_ardent » 16 nov. 2008, 21:51

Bonjour,

Avant de lever la tête vers le Beau absolu, penchons-nous, dans un premier temps, sur les qualifiants touchant à la Beauté. Nous la qualifions de formidable dans sa forme, brillante dans sa Clarté, majestueuse dans la Grandeur qu'elle évoque, profonde dans la Réflexion qu'elle suscite. Mais les qualifiants sont pour la laideur sont tout aussi "instructifs", quant aux origines de ces deux émotions (affects).
Cinq sens, issus de la nécessité de survivre, nous ont permis de classifier ce qui est dangereux de ce qui l'est moins.
De la crainte du danger, l'expérience et le contrôle de la menace, nous ont apaisés quelque peu, et il n'est pas interdit de penser que cet apaisement est né de l'Aurore, vécu chaque matin, à mieux repérer, distinguer....à voir plus clair.
Ainsi donc, il n'est pas étonnant d'observer, au cours de l'Histoire humaine, des civilisations entières, déifier le soleil.
La laideur répond à un stimulus, profondément lové en chaque individu, directement lié au danger de mal percevoir.
La beauté et la laideur sont donc "identifiant" et ce n'est qu'une fois identifiées, que les formes (perçues par la vue et le toucher), leur apparente silhouette, ne présageant pas d'éventuelles blessures, que l'homme s'attarda enfin à leur trouver un autre sens. Il en fut de même pour les sons (l'ouïe) ; le "chant" des oiseaux faisant un réel contraste avec les cris de la férocité ou de la douleur. Voyez La saveur(le gout), si essentielle à l'alimentation, au point que la Nature la pourvut de signes, eux aussi identifiants, de ce qui était comestible ou non, lui ajoutant (l’alimentation) des senteurs (odorat) ; deux sens si précieux que cette même Nature les oblitéra tous deux, en ce qui concerne l’eau douce et pure, envoyant ainsi le message à toutes vies terrestres, qu’elles pouvaient s’en abreuver, sans signe avertisseur.
Une fois donc ces éléments « clairement » identifiés (les formes, les sons, les saveurs, les senteurs), l’homme, faisant l’apprentissage des spécificités, les observa toujours plus nettement, leur donnant des nuances, que l’instinct de l’animal ne tint compte, dans sa priorité.
Le sens de la « valeur » en tant que telle, fit poindre des « sensibilités » secondaires, autres que celles du danger et de la quiétude.
Par conséquent, Je soupçonne la modulation du langage « passif » d’être à l’origine de l’identification du « beau ». Je m’explique :
Qui dit « Valeur » dit spécificité mais aussi différence. Or dans sa période « nomade », transportant avec lui son « savoir identifier », tant celui des dangers que des spécificités observées en temps de quiétude, l’homme rencontra d’autres différences, d’autres espèces, sous d’autres formes, sons, saveurs et senteurs, construisant ainsi l’effet de comparaison. C’est alors que les surprises, les étonnements, furent probablement émis « vocalement » ; le « OH », le « AH », devenant les tous premiers qualifiants de l’inexplicable.
Dès lors, l’expulsion d’un sentiment « intérieur », supplantant celui de l’alerte, donna le sens de la « comparaison », s’EXprimant à partir de valeurs assimilées, vis-à-vis de nouvelles, porteuses de créativité…et d’échanges.
Curieux de connaitre la sensibilité de « l’autre » rencontré, très rapidement ces hommes de passage, trouvèrent des points communs à leurs perceptions affinées, enrichissant leur vocabulaire de nouvelles expressions.
Mais un fait demeure : Tous ces ressentis ont un dénominateur commun… « l’éclairement », dû à l’éclairage ambiant, (encore le Soleil).
Ce qui différencie la lumière de toute autre valeur, c’est le phénomène des contrastes qu’elle engendre. L’obscurité, moins apeurant dans certaines régions, permis de considérer d’autres luminaires moins resplendissant que le grand Maître incontesté (recréant sans interruption l’Aurore) ; la Lune et les étoiles furent très certainement perçues comme étant des éléments « contrastants », suggérant des adjectifs qualificatifs plus silencieux, devenant plus INSpirants, plus propices au concept de « Profondeur ». Or, ce qui m’est apparut étonnant, touchant à la perception, c’est la capacité du disque, à « harmoniser » tout paysage, faites-en l’expérience. Ce détail n’échappa à l’œil de nos voyageurs, associant au fur et à mesure, cette intensité sidérale à celle de la « plénitude » que suscita notre satellite naturel.

En résumé, si je propose ce raisonnement, c’est afin de vous discipliner à l’adéquat, reposant sur toutes causalités. Tracez un pentagone (cinq sens/cinq côtes) et à partir du point central, là où Dieu piqua son compas, tracez les cinq rayons convergeant au centre de ce que je considère être la genèse de notre différenciation. De ce point crucial, élevez une ligne verticale, devenant une toise, une mesure, de l’élévation de la Conscience humaine.
Spinoza ne serait pas contre cette schématisation géométrique, à partir du fait qu’elle explique l’émergence de l’Art et de son affinement. Dans un premier temps, voyez comment se dévoile une troisième dimension, lorsque s’élève sur la jauge des connaissances acquises, les cinq triangles révélant « la perspective », sous la forme d’une pyramide pentagonale, étirant désormais ses cinq côtés vers un sommet s’affinant d’avantage, préfigurant le directionnel de notre destiné.
La Beauté, tout comme la laideur, le Bien-le Mal, sont une mesure-paramètre, une sorte d’outil servant à jauger le raffinement de notre Conscience individuelle, puis collective, en vue d’intégrer, d’harmoniser et faire corps adéquatement, ce que nous nommons les polarités.
Grâce à la perspective, plus question désormais de soustraire le moindre élément-rouage qui jadis provoquèrent des conflits de toutes sortes.
Spinoza réfute volontairement l’idée de la Beauté et de la Laideur, dans un but pédagogique puis andragogique, connaissant de la Nature humaine, soucieux de concentrer notre attention sur le directionnel, en marche vers l’éternité.
Les conflits sont en fait des évaluations temporaires de nos niveaux de Conscience, expérimentant notre degré « d’acceptation », en prévision de la symbiose unificatrice.

J’attends vos avis sur ce sujet, avec une fébrilité toute fraternelle.

Alain

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Messagepar zseb » 17 nov. 2008, 13:48

Bonjour Alain.

Ce que vous écrivez me fait rappelle l’allégorie de la caverne de Platon, il me semble justement pour Spinoza qu’il brise les chaines de ces hommes, et n’est en aucun cas dans le manichéisme et sans doute encore moins dans l’ésotérisme.

Ca me parait en contradiction avec la béatitude et la liberté définie par Spinoza, or comme je l’expliquais plus haut, il me semble que la beauté comme la perfection d’ailleurs ne peuvent êtres définie dans un ensemble t’en ils dépendent de choses extérieur.

En d’autre terme la beauté na pas de nature, elle ce défini par d’autres concept comme « critère » par exemple, le beau comme le laid n’existe donc pas en tant que tel.

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Messagepar Glacier_ardent » 18 nov. 2008, 05:05

M'ayant relu moi-même, quelques heures plus tard, je m'attendais à pire lolll Bref ; merci de m'avoir répondu si gentiment et de façon "adéquate". Ceci dit, le "Beau absolu" concerne Dieu et si nous considérons qu' il EST cause de toutes choses, n'est-il pas "vivifiant" de reconnaitre ce "transfère", percevant SA NATURE (nous inclus) comme un affect "positif"...et nécessaire pour la poursuite heureuse de notre chemin ? C'est dans cette Pensée et cet Esprit que je me suis permis d'évoquer ccomment, peut-être, cet affect, comme celui de la laideur, s'est construit. Que la Nature, dont certains disent qu'elle n'est que chaos, nous ait inspiré une idée du "beau", révèle toute la Lumière de l'ÊTRE. En quoi cette admiration ne serait qu'ombres dans la Caverne ?...
Aidez-moi à mieux comprendre.

Alain

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Messagepar Glacier_ardent » 18 nov. 2008, 05:12

....transfère ou projection ? :roll:

Alain

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Messagepar zseb » 19 nov. 2008, 00:33

il est difficile pour moi de vous repondre sur si dieu est beau ou laid ^^ ne l'aillant jamais vu! j'avoues avoir peine a comprendre ce que vous exprimez.

voulez vous dire, que si dieu est beau et que si nous avons cette perception nous somme proche de dieu ? ou somme nous dieu nous meme lorsque l'on trouve quelque chose beau .? ou encore que cette notion soit inspiré de dieu ?

vous semblez peut etre ignorer les perceptes qui sont peut etre plus important que les affects ou du moins ils en dependes. la perseption de quelque chose differe d'un individus a un autre ce qu'il l'affecteras d'une autre maniere.

c'est difficile de concilier la discipline philosophique de l'esthetique avec celle de spinoza qui n'en a jamais fait et qui de toute facon pour lui ne ce pose pas en tant que tel.


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