Définition de l'attribut

Lecture pas à pas de l'Ethique de Spinoza. Il est possible d'examiner un passage en particulier de cette oeuvre.
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marcello
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Définition de l'attribut

Messagepar marcello » 28 janv. 2012, 10:21

Par attribut, j'entends ce que l'entendement perçoit d'une substance comme constituant son essence"


Nouvel obstacle infranchissable pour moi.
Je croyais que l'essence de la substance, c'était ce qui est en soi et est conçu par soi.
En fait, l'entendement est-il la raison ?
Et en quoi la compréhension de ce qu'est un attribut va-t-il m'amener vers la Félicité ?

Je me demande s'il faudrait que je lise systématiquement le Traité de la Réforme de l'Entendement qui serait comme un "camp de base" avant l'ascension de l'Everest.

Malgré tout ce que j'ai dans les différentes introductions ou "visites guidées"
(Macherey, Suhamy,
Nadler,
http://www.amazon.com/Spinozas-Ethics-I ... 783&sr=1-1
Della Rocca,
http://www.amazon.com/Spinoza-Routledge ... 714&sr=8-1
Cook
http://www.amazon.com/Spinozas-Ethics-T ... 733&sr=8-1
je ne comprends pas la quatrième définition comme je crois comprendre, par exemple
Quand l'Esprit imagine son impuissance il est par la même attristé

Ce qui est facile, puisque non seulement j'imagine, mais je sens et je sais que mon Esprit est complètement impuissant devant la définition 4.

Je ne suis pas sorti de l'auberge. :cry:
C'est quand qu'on va où ?
http://beemp3.com/download.php?file=626 ... 3%83%C2%B9


Marcello :)

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Messagepar LARRY » 29 janv. 2012, 09:52

Si je peux me permettre un avis, je dirai que l’entendement c’est tout ce que nous, notre esprit, pouvons entendre, ou comprendre. Et donc l’attribut ne peut être que ce que cet entendement perçoit « d’une substance comme constituant son essence ».
La raison s’exerce dans la causalité et l’éthique de vie mais je suppose que raison et entendement sont deux aspects de notre esprit : l’un « passif », à l’écoute, disons, et l’autre actif, qui gère notre vie quotidienne…

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Messagepar Henrique » 31 janv. 2012, 00:42

En fait, l'entendement est-il la raison ?


http://spinozaetnous.org/wiki/E2#Proposition_18 - scolie : l'entendement est la perception des idées, de leur enchaînement dans ce qu'il peut avoir d'identique pour tous les hommes, à partir de leurs causes premières.

Cela s'oppose à l'imagination qui enchaîne les idées différemment selon les affections particulières des corps des hommes et à partir des effets plutôt que des causes.

La raison, second genre de connaissance, enchaîne les idées générales seulement, les notions communes. Le troisième genre de connaissance est purement intellectuel, tandis qu'il y a tout de même perception d'idées et donc entendement dans l'imagination ou la raison, mais de façon mélangée.

C'est à purifier l'intellect des obscurités et confusions de l'imagination que sert en effet le traité de la réforme de l'entendement. On peut le voir comme une propédeutique nécessaire à l’Éthique, et de fait il contient des éclaircissements fort utiles pour mieux comprendre le grand œuvre (mais aussi des obscurités que seul l'éthique permet d'éclairer). Mais Spinoza en a abandonné la rédaction, ce qui peut indiquer qu'il n'a pas conçu ce traité comme absolument nécessaire pour aborder son éthique. A chacun donc de voir (je rappelle aussi le fichier audio pas mal fait qui propose une lecture intégrale de ce texte).

Je croyais que l'essence de la substance, c'était ce qui est en soi et est conçu par soi.


Oui mais qu'est-ce qui constitue l'essence de la substance ? De quoi est-elle faite ? Autrement dit encore, certes l'essence de la substance est d'être en soi et par soi, mais qu'est-ce qui est en soi et par soi pour l'intellect ? Voilà la question à laquelle répond l'attribut.

Je peux dire que l'essence de l'homme est de désirer. Sans effort conscient de persévérer dans son être, ce n'est plus un homme ni même une réalité quelconque, mais qu'est-ce qui constitue cette essence, de quoi est-elle faite ? Une chose permettra de distinguer les attributs de simples modes : ils expriment complètement l'essence de la substance et toutes ses propriétés (ici, par ex. la résistance à tout ce qui tend à me détruire). Or Pierre, Paul, Henri seraient au nombre des attributs de l'homme s'il était une substance, car tous ils désirent, résistent à ce qui peut les détruire etc. tandis que les modes de l'humanité définie par le désir seraient désirer ceci, regretter cela, espérer cette autre chose etc.

Supposons encore qu'un cheval pourrait être une substance. Le trot et le galop sont ses modes, ses façons d'être : le trot et le galop en soi n'ont pas de sens, mais se réfèrent à autre chose, le cheval. Le cheval en revanche peut se concevoir par lui-même : je peux me représenter un cheval galopant ou trottant mais je ne peux concevoir le trot et le galop indépendamment du cheval. Mais qu'est-ce qui constitue l'essence du cheval ? Son essence, ce qui une fois enlevé ferait qu'il n'y aurait plus de cheval, serait non ce qui le distingue d'autres animaux (comme la crinière, définition par les abstraits) mais par exemple ses quatre jambes sans lesquelles il ne pourrait galoper, sa tête sans laquelle il ne pourrait se diriger etc. On comptera ainsi dans les attributs du cheval, non des affections dûes à l'action de causes extérieures (qu'on pourrait appeler accidents), comme le fait de boîter ou d'être peint en rouge, ni ses façons d'être qui n'ont pas d'existence en soi, mais la tête, les 4 jambes et autres éléments qu'on ne pourrait enlever sans que cesse d'exister le cheval. De sorte qu'on puisse dire, ce cheval, c'est une tête, un tronc, 4 jambes etc.

Spinoza va montrer ensuite qu'une substance doit être nécessairement existante, infinie, unique etc. ce qui exclura l'homme ou le cheval de la liste des substances possibles. Donc les attributs devront eux-même être nécessairement existants, infinis, uniques sans quoi ils ne pourraient constituer l'essence de la substance. Ce qui correspondra à cela, ce qui est absolument infini, nécessairement existant etc. ce sera, pour l'homme et ses limites intellectuelles l'étendue et la pensée mais on pourra supposer une infinité d'autres attributs.

Ainsi connaître les attributs d'une substance est nécessaire pour connaître concrètement cette substance. Si j'ai l'idée du cheval sans les idées de tête et de jambes (entre autres) je n'aurai qu'une idée abstraite. La suite de l’Éthique nous montrera que Dieu, comme substance absolument infinie, ce n'est en fait pour notre entendement que l'étendue et la pensée, qui n'ont rien d'obscur ou de mystérieux, et auxquels chacun peut être attentif dès à présent.

Et si pour une félicité parfaite, il faut pouvoir s'appuyer sur la connaissance d'une substance qui serait un être qui ne dépend que de soi-même pour pouvoir exister et agir, il faudra donc, pour que cette félicité soit aussi clairement vécue et éprouvée, pouvoir identifier les attributs de cette substance. Sans une définition générale des attributs, on ne pourrait identifier aucun attribut de la substance.

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marcello
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Messagepar marcello » 31 janv. 2012, 19:10

Henrique
C'est à purifier l'intellect des obscurités et confusions de l'imagination que sert en effet le traité de la réforme de l'entendement. On peut le voir comme une propédeutique nécessaire à l’Éthique, et de fait il contient des éclaircissements fort utiles pour mieux comprendre le grand œuvre (mais aussi des obscurités que seul l'éthique permet d'éclairer).

Je pense que vous avez raison.
Je viens de commencer le cours de PF Moreau car je ne comprends rien à au TRE.
Modifié en dernier par marcello le 01 févr. 2012, 18:04, modifié 2 fois.


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