Eth. V, 8, dem.

Lecture pas à pas de l'Ethique de Spinoza. Il est possible d'examiner un passage en particulier de cette oeuvre.
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demian
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Messagepar demian » 26 mai 2003, 11:23

Bonjour. Je viens encore vous soummettre une difficulté de compréhension.
Il s'agit de la démonstration de la proposition 8 de la partie V:
Comment spinoza peut il conclure de la prop. III,7 à "des causes ensemble plus nombreuses peuvent plus que si elles étaient moins nombreuses"?
Mon seul élément de réponse est que la prop. III, 7 établit (au début de sa démo.) que la puissance d'une chose singulière est ce qui suit de son essence. Donc ce qu'elle "peut" dépend de la "partie intensive"(pour parler deleuze) qu'elle est ou "degré de puissance" de son essence.
Mais de là à conclure à la réunion de plusieurs causes, je ne comprend pas.
J'espère que cette question n'est pas tropp confuse, parce qu'elle l'est dans ma tete!
Merci d'avance.

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Henrique
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Messagepar Henrique » 12 juin 2003, 23:35

Bonjour Demian,
Il me semble qu'il faut d'abord replacer cette proposition dans son contexte. Il s'agit au début d'E5 de mettre le mental sur la voie d'une réorganisation positive de son fonctionnement affectif. Le remède aux affects passifs est le développement du pouvoir d'être affecté dans le sens d'une affirmation bien comprise de soi, afin de renforcer le mental dans sa capacité à aimer ce qui se présente à lui.

Plus un affect est excité par un grand nombre de causes concourant dans le même sens, plus il est grand. Si j'éprouve de l'amour pour une personne, cet amour sera d'autant plus grand qu'il ne sera pas uniquement dû, par exemple, à la considération de sa beauté physique mais également à ses qualités affectives et intellectuelles. L'amour étant également excité par le fait d'être partagé par d'autres, je serai d'autant plus aimant que nombre de personnes aimeront celle que j'aime. Voilà donc qui vaut pour un affect passif d'amour, pouvant donner lieu à la jalousie, mais cela vaut également pour un amour actif comme le montrera la suite de l'Ethque.

Voyons donc la démonstration. Un être fini comme l'affect est contingent au sens de E4D3 : son existence n'est pas contenue dans son essence. Or E1P11S précise que ''Les choses qui naissent des causes extérieures, soit qu'elles se composent d'un grand nombre ou d'un petit nombre de parties, doivent tout ce qu'elles ont de perfection ou de réalité à la vertu de la
cause qui les produit, et par conséquent leur existence dérive de la perfection de cette cause, et non de la leur.'' La puissance d'une chose étant son essence et l'existence de cette essence se rapportant aux causes qui l'ont fait exister, l'essence d'un être s'affirmera d'autant plus dans l'existence que les causes qui l'auront fait exister seront puissantes. Il y a ainsi plus de puissance productrice dans un grand nombre de causes concourant au même effet que dans un plus petit nombre.

Ce qui semble provoquer ton trouble, si j'en crois ta formulation, c'est que tu vois la puissance d'un être comme dérivant de son essence. Dans ce cas la puissance serait effet de l'essence selon un modèle plutôt néo-platonicien, émanationiste, et on ne comprendrait pas le fait inverse : un grand nombre de causes peuvent plus ensemble qu'un petit nombre. Mais
si l'essence actuelle d'un être, c'est son effort de persévérer autrement dit l'exercice de sa puissance d'exister et que l'on considère par ailleurs que 'l'existence de cette puissance d'exister' dépend actuellement de l'existence des causes qui le soutiennent, il est naturel que l'effort de persévérer d'un être soit d'autant plus fort que les causes qui le font exister sont fortes.

Ainsi, la force d'une passion ne vient pas d'une volonté que cette passion soit forte mais de la force des causes qui la soutiennent (la suite de la démonstration renvoie à E4P5 qui elle même renvoie à E3P7). Une fois donnée cette essence, il y aura une autonomie de son conatus : ce qui pousse un être à se conserver, c'est lui-même (E4P25). La qualité de cette
puissance (= se conserver et tendre à s'accroître) est autonome mais la quantité de puissance qu'elle contient se rapporte à ses causes.

Par conséquent, si l'on désire contrecarrer une passion triste ou fluctuante, il faudra multiplier les causes d'affects joyeux et stables. Ce qui avec l'amour envers Dieu ne posera guère de problème puisque tout ce qui existe peut être considéré comme expression de la puissance divine et donc devenir cause de cet affect joyeux qu'est l'amour.

Ai-je éclairci ta difficulté ?

Amicalement,
Henrique
[size=50][ Edité par Henrique Le 12 June 2003 ][/size]


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