infinis absolu et en son genre

Lecture pas à pas de l'Ethique de Spinoza. Il est possible d'examiner un passage en particulier de cette oeuvre.
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Bruno31415
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infinis absolu et en son genre

Messagepar Bruno31415 » 01 nov. 2008, 21:43

Bonjour,

Je commence la lecture de l'Ethique et j'ai quelques problèmes de compréhension concernant l'infini.

A la définition VI, on lit : " Par Dieu j'entends un être absolument infini, c'est-à-dire une substance consistant en une infinité d'attributs, dont chacun exprime une essence éternelle et infinie. "

Puis suit une explication : " Je dis absolument infini et non pas seulement en son genre ; car de ce qui est infini seulement on son genre on peut nier une infinité d'attributs ; mais pour ce qui est absolument infini, tout ce qui exprime une essence et n'enveloppe aucune négation appartient à son essence. "

1° La phrase : " car de ce qui est infini seulement on son genre on peut nier une infinité d'attributs "

Je ne comprends pas bien ce que ça veut dire (c'est le terme "nier" qui me gêne). Par exemple, l'étendue et la pensée sont infinies en leur genre. Cela signifie que la pensée est absente de l'étendue et vice-versa : est-ce cela que veut dire "nier" : on peut "nier" la pensée de l'étendue et vice-versa ?

2° La phrase : " mais pour ce qui est absolument infini, tout ce qui exprime une essence et n'enveloppe aucune négation appartient à son essence. "

Là, je comprends encore moins. Comment comprendre l'expression " tout ce qui exprime une essence et n'enveloppe aucune négation " ?


3° question plus générale à propos des attributs.

A la définition IV, on lit : " Par attribut, j'entends ce que l'entendement perçoit de la substance comme constituant son essence."

Or, plus loin on peut lire (définition VI) que Dieu est une substance consistant en une infinité d'attributs et, plus loins encore, que l'entendement ne perçoit que deux de ces attributs : la pensée et l'étendue.

Je vois là une contradiction : on nous dit bien à la définition IV qu'un attribut est ce que l'entendement perçoit de la substance comme constituant son essence. Donc, par définition, une substance ne pourrait avoir plus d'attributs que l'entendement n'en perçoit. Dans ce cas, comment Dieu pourrait avoir une infinité d'attributs puisque l'entendement n'en perçoit que deux ?

Merci d'avance pour vos réponses.

Bruno.

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sescho
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Re: infinis absolu et en son genre

Messagepar sescho » 03 nov. 2008, 11:08

Bruno31415 a écrit :1° La phrase : " car de ce qui est infini seulement on son genre on peut nier une infinité d'attributs "

Je ne comprends pas bien ce que ça veut dire (c'est le terme "nier" qui me gêne). Par exemple, l'étendue et la pensée sont infinies en leur genre. Cela signifie que la pensée est absente de l'étendue et vice-versa : est-ce cela que veut dire "nier" : on peut "nier" la pensée de l'étendue et vice-versa ?

Ce que cela veut dire est déjà contenu dans le "en son genre" ; celui-ci signifie "vu dans sa spécificité", ce qui implique qu'il y a quelque chose de réel en dehors de cela. Par exemple, dans un espace à 3 dimensions, je peux dire qu'une droite ou un plan sont infinis, mais ils ne le sont que vus en eux-mêmes (ce que de fait ils ne sont pas : ils sont dans l'espace à 3 dimensions) ; la seule chose absolument infinie c'est l'espace à 3 dimensions lui-même. Les attributs sont les dimensions de l'existence, ce qui rend immédiat le parallèle. La seule différence qui reste c'est que Dieu est pour Spinoza un espace avec une infinité de dimensions.

Bruno31415 a écrit :2° La phrase : " mais pour ce qui est absolument infini, tout ce qui exprime une essence et n'enveloppe aucune négation appartient à son essence. "

Là, je comprends encore moins. Comment comprendre l'expression " tout ce qui exprime une essence et n'enveloppe aucune négation " ?

Cela veut dire que la chose ne peut pas être définie comme étant la négation d'une autre chose : elle est tout ce qui est et rien ne peut se concevoir hors d'elle. Une droite peut se définir comme une intersection de plans, ou comme perpendiculaire à un plan : elle est ainsi définie par autre chose, ou par négation d'autre chose. Ceci est impossible de l'espace à 3 dimensions dans l'exemple (on suppose qu'il n'existe pas de dimensions supplémentaires) et de Dieu, qui a une infinité de dimensions, qui est tout et en dehors duquel il n'y a rien. Tout ce qui est positif, purement affirmatif, c'est-à-dire réel, est Dieu.

Bruno31415 a écrit :Je vois là une contradiction : on nous dit bien à la définition IV qu'un attribut est ce que l'entendement perçoit de la substance comme constituant son essence. Donc, par définition, une substance ne pourrait avoir plus d'attributs que l'entendement n'en perçoit. Dans ce cas, comment Dieu pourrait avoir une infinité d'attributs puisque l'entendement n'en perçoit que deux ?

Le point est sujet pour moi à discussion, mais pour Spinoza la démarche est me semble-t-il la suivante : l'entendement humain perçoit différentes dimensions de l'existence, en l'occurrence 2 : l'Etendue et la Pensée. Ces dimensions existent donc bien comme distinguables (quoiqu'elles soient toutes en Dieu) ; toutefois le nombre de 2 ne convient pas à Dieu, et d'autre part l'entendement humain est forcément limité ; comme en revanche il voit que Dieu est l'être parfait dont tout doit être affirmé, il en conclut que Dieu a une infinité d'attributs, dont l'homme ne perçoit, lui, dans ses limites indépassables, que deux.

Note : je pense pour ma part qu'il n'y a qu'un seul attribut (et donc que la substance), mais que l'homme, de par les mêmes limites, est absolument incapable de le voir en vérité, ce qui me fait considérer la position de Spinoza comme finalement "inévitable", ou presque (il faudrait pour le savoir tenter de réécrire proprement l'Ethique en ôtant les attributs et le parallélisme qui va avec, mais on ne devrait finalement changer que peu de choses.) Je m'en accommode donc très bien...


Serge
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Re: infinis absolu et en son genre

Messagepar Bruno31415 » 04 nov. 2008, 01:36

Merci beaucoup pour ta réponse, Serge. L'exemple de l'espace à trois dimensions m'a bien aidé !

Quelques précisions supplémentaires toutefois :

Bruno31415 a écrit :2° La phrase : " mais pour ce qui est absolument infini, tout ce qui exprime une essence et n'enveloppe aucune négation appartient à son essence. "

Là, je comprends encore moins. Comment comprendre l'expression " tout ce qui exprime une essence et n'enveloppe aucune négation " ?


Cela veut dire que la chose ne peut pas être définie comme étant la négation d'une autre chose : elle est tout ce qui est et rien ne peut se concevoir hors d'elle. Une droite peut se définir comme une intersection de plans, ou comme perpendiculaire à un plan : elle est ainsi définie par autre chose, ou par négation d'autre chose.


Je comprends ce que tu veux dire par le fait qu'une droite (dans R^3, par exemple), qui se définit comme intersection de deux plans est ainsi définie par "autre chose".

Par contre, dans ton exemple, je ne comprends pas ce que voudrait dire qu'une droite se définit par "négation d'autre chose". Pourrais-tu, stp, me préciser ce point : quand on dit qu'une droite se définit par l'intersection de deux plans, en quoi cette définition se fait-elle par négation d'autre chose : de la négation de quoi est-il question dans cet exemple ?

--

Toujours à propos de l'infini, j'aurais une autre question, portant sur la lettre XII (à Louis Meyer), on lit :

" [...] On n'a pas distingué entre ce qui est infini parce que sans limites, et une grandeur dont nous ne pouvons déterminer ou représenter les parties par aucun nombre, bien que nous en connaissions la valeur la plus grande et la plus petite."

Je ne vois pas bien à quoi se réfère le cas d'une chose dont on ne peut représenter les parties par aucun nombre bien que nous en connaissions la valeur la plus grande et la plus petite... Est-ce que, par exemple une fonction continue correspondrait à une chose de ce genre ? Par exemple, la fonction x |-- > x sur [0,1] : on connait sa valeur la plus grande (1) et la plus petite (0) mais on ne peut pas toujours représenter ses parties par un nombre : par exemple, cette droite passe par le point ln(2)=0,693... qui est irrationnel. Aurais-tu, sinon, un exemple plus parlant ?

Merci d'avance pour tes réponses.

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Henrique
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Messagepar Henrique » 04 nov. 2008, 12:45

Bonjour Bruno et Serge,

Quelques approfondissements de mon point de vue :

1) L'infini dont parle Spinoza est d'abord le propre de ce qui s'affirme absolument dans l'existence par opposition au fini qui n'affirme son essence que partiellement. Etant affirmation partielle, le fini est aussi négation partielle : cf. le très important scolie de la prop. 8. Un segment de droite est en partie affirmation car il possède une étendue positive, ce qui lui donne une essence. Ce n'est pas la négation absolue que serait le néant. Ce segment est fini car il n'est pas tel autre segment, telle autre figure etc. et n'étant pas tout cela, nous pouvons concevoir qu'il dépend de certains de ces autres êtres pour exister tout autant qu'il aurait pu être empêché d'exister par d'autres encore (d'où la contingence du fini, cf. E4D3).

Une droite A est infinie dans le sens où elle affirme sans restriction son essence de ligne également placée entre ses points. Mais elle n'est infinie qu'en son genre, ou pourrait-on dire "relativement", parce qu'elle n'est pas la droite B, de sorte que celle-ci peut la couper et ainsi l'empêcher pour ainsi dire d'affirmer pleinement son essence dans l'existence.

Ce qui est absolument infini, c'est alors ce dont l'essence est entièrement positive comme l'a fort bien dit Serge. Le fini étant ceci mais non cela, enveloppe la possibilité de sa négation par le "cela". L'infini en son genre également, quoique dans une bien moindre mesure. Si une essence est telle que rien d'extérieur ne peut l'empêcher de s'exprimer (et ainsi de s'étendre, de s'épanouir), alors elle est absolument infinie. Dire que Dieu est substance absolument infinie revient à désigner le concept d'un être tel qu'on ne peut rien nier de positif le concernant (car nier le négatif, i.e. l'absence ou privation d'essence - dire par ex. que Dieu n'est pas fini ou qu'il ne peut mentir - c'est en fait affirmer qu'il est bien plus que cela).

2) Au stade où nous en sommes avec ces premières définitions, nous ne savons pas encore qu'il n'y a qu'une substance et que nous n'en connaissons que deux attributs. On est donc en droit de supposer qu'une droite A est une substance et qu'on peut en nier une infinité d'attributs, c'est-à-dire de caractères essentiels, perceptibles par l'intellect, d'une substance : elle n'est pas courbe, angulaire etc.

Par la suite, on apprend qu'il n'y a en fait qu'une seule substance, Dieu - ce qu'on pouvait supposer depuis le début puisque les concepts de substance finie ou seulement infinie en son genre seraient contradictoires : ce qui peut être nié par un autre être de même nature ne peut être en soi et se concevoir par soi. En revanche, l'étendue étant par nature l'affirmation d'une essence corporelle en plusieurs dimensions ou existence et la pensée affirmation de cette existence à titre de connaissance (une boule lancée sur une table de billard ne connaît pas son mouvement), il y a une différence essentielle de nature entre elles : ce n'est pas parce qu'il y a pensée du mouvement d'une boule que la boule se met en mouvement, mais parce qu'il y a communication de mouvement par un autre corps. Etendue et pensée étant de nature entièrement différente à cet égard, elles ne peuvent donc se nier aussi bien que s'expliquer mutuellement (toute détermination extrinsèque étant une forme de négation).

Au contraire, tout corps fini supposant l'existence d'un autre corps fini au moins pour exister aussi bien que pour être détruit, ce n'est jamais au final qu'une forme d'étendue - commune à tous les corps - qui cause ou détruit une autre forme d'étendue : de sorte que l'étendue en elle-même n'est jamais détruite et qu'elle existe par elle-même (car elle ne saurait venir de rien, puisque le néant n'a pas de propriété ou d'efficience ou d'effectivité, ni de la pensée). L'étendue peut donc être dite attribut de la substance unique, aspect de l'essence de Dieu saisissable par l'intellect. On peut procéder de même avec la pensée comme le dit E2P2 : toute pensée s'expliquant par une autre pensée et ainsi à l'infini, c'est toujours de la pensée qui explique de la pensée : elle est donc cause de soi.

Mais si étendue et pensée ne peuvent se nier mutuellement à proprement parler, elles représentent pour l'intellect deux aspects distincts de la réalité : l'étendue demeure ainsi seulement infinie en son genre, parce qu'elle n'est pas la pensée et inversement mais on peut la dire "attribut de Dieu" parce qu'elle est cause de soi, éternelle, infinie etc.

3) Quant au "mystère" des autres attributs, hors l'étendue et la pensée, il ne faut pas y voir plus d'obscurité qu'il n'y en a. Considérant 1) que les attributs quels qu'ils soient sont une seule et même chose envisagée sous différents angles (cf. E2P7, scol. et E3P2 scol.) ; 2) que la pensée n'est pas un "reflet" de la matière (et donc un dérivé de celle-ci, qui en ferait une affection ou mode de l'étendue) mais ce qui se connaît comme connaissance d'existence dans la nature ; 3) qu'à tout corps correspond une idée et vice-versa mais qu'on peut concevoir des corps trop simples pour que le mental leur correspondant puisse se connaître soi-même ou encore des mentaux tellement complexes qu'ils ignorent le corps auxquels ils correspondent ; de même on peut concevoir qu'il existe des aspects substantiels de notre être que nous ne pouvons qu'ignorer en raison de notre trop grande simplicité, de notre trop grande complexité ou encore à cause d'autres raisons que nous ignorons.

Le point important ici est que le concept d'un être absolument infini est effectivement concevable, il ne s'y trouve pas de contradiction interne. La définition "substance constituée par une infinité d'attributs dont chacun exprime une essence éternelle et infinie" n'est qu'une explicitation de la première. La difficulté est que cette définition semble dire que Dieu aurait plein d'essences qui se baladent un peu partout. Mais le Dieu de la déf. 6 n'a qu'une essence : celle de les avoir toutes, autrement dit d'être toute réalité. C'est le concept de ce qui au plus haut point rassemble toute réalité particulière en une seule : la réalité même en tant qu'elle est commune à tout ce qui peut comporter une positivité partielle ou a fortiori totale.

4) L'étendue n'est pas l'espace. L'espace est le lieu a priori vide, homogène et indéfini dans lequel un mouvement ou un repos s'opèrent. Dans l'optique d'une philosophie de l'affirmation, l'espace n'est qu'un auxiliaire de l'imagination, au même titre que le temps (cf. Lettre à Schuller). Ce qui peut exister, ce sont des corps dont la nature est plus ou moins fluide et qui se meuvent ainsi les uns dans les autres. Le vide qui serait une étendue pure de toute corporéité est une contradiction dans les termes : un corps sans corps. L'étendue est ce qu'il y a de commun à tous les corps : le fait d'avoir différentes dimensions (il n'y a guère de raison a priori de les limiter à trois il me semble). Dire que tout corps est étendu n'équivaut pas à dire "tout corps occupe un espace" : l'étendue est immanente et donc inséparable des corps alors que l'espace serait un milieu indépendant des corps, aussi dynamique et intéressant que le carrelage blanc d'une salle d'attente.

Première notion commune à tous les corps, l'étendue est aussi une des premières idées adéquates d'être singulier, puisqu'il n'y a qu'une seule façon de s'étendre, que ce soit en longueur, largeur etc. Et aussitôt qu'on en forme l'idée, rien ne peut plus l'arrêter : un corps est toujours derrière un autre corps, autrement dit l'étendue est toujours derrière l'étendue !

5) Sur le passage de la lettre XII, il est fait référence à l'infini proprement dit par opposition à l'indénombrable. Ce sont les fameux paradoxes de Zénon d'Elée : la pierre lancée contre un arbre situé à huit pieds n'atteindra jamais celui-ci puisqu'il faut qu'elle parcoure d'abord les 4 premiers pieds en un temps non nul, puis la pierre doit encore parcourir la moitié des 4 pieds qui restent, soient deux pieds en un certain temps, puis la moitié des deux pieds qui restent encore et ainsi de suite à l'infini. Notre pierre ne devrait donc jamais parvenir à parcourir la distance pourtant délimitée entre nous et l'arbre : même à un centième de pied de l'arbre, il lui resterait encore la moitié de cette distance à parcourir, puis la moitié de cette moitié... Mais dirait Spinoza, si on ne peut dénombrer le nombre de parties que l'on peut compter dans une distance donnée, cela n'en fait pas pour autant une distance infinie, d'où la possibilité que la pierre atteigne l'arbre.

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Messagepar Bruno31415 » 05 nov. 2008, 21:09

Salut Henrique,

Merci beaucoup pour ton message hautement instructif. J'ai notamment bien résolu mon problème de compréhension relatif à la lettre XII : ton exemple portant sur la flèche de Zenon m'a tout a fait éclairé sur ce sujet.

Je voudrais revenir sur quelques points concernant l'infini en son genre, mais tout d'abord j'aimerais vous poser une question de vocabulaire : quelle différence y a-t-il entre Entendement et Imagination ? Pour moi, naïvement, l'Entendement c'est l'esprit et l'imagination est une activité de l'esprit... Que veut précisément dire Spinoza lorsqu'il distingue ces deux termes : Entendement et Imagination. (Par exemple, toujours dans la lettre XII, lorsqu'il écrit : " Et enfin parce qu'on n'a pas distingué entre ce que nous pouvons seulement concevoir par l'entendement, mais non imaginer, et ce que nous pouvons aussi nous représenter par l'imagination.")

Je reviens à ton message, Henrique :


Henrique a écrit :1) L'infini dont parle Spinoza est d'abord le propre de ce qui s'affirme absolument dans l'existence par opposition au fini qui n'affirme son essence que partiellement. Etant affirmation partielle, le fini est aussi négation partielle : cf. le très important scolie de la prop. 8. Un segment de droite est en partie affirmation car il possède une étendue positive, ce qui lui donne une essence.


Quand tu parles d'un segment de droite, (ou de droite "entière" par la suite) est-ce que tu entends une droite "idéale" (qu'on ne peut jamais dessiner et dont au fond on peut se demander si elle existe réellement ?) ou bien une droite "particulière" qu'on dessine sur un tableau ?

Je ne sais pas si cette distinction est pertinente. Cela dit, étant donné qu'on peut douter de l'existence d'une droite "en général" (idéale), on peut se demander s'il existe réellement des objets infinis (une droite tracée étant toujours finie)...


Une droite A est infinie dans le sens où elle affirme sans restriction son essence de ligne également placée entre ses points.
Mais elle n'est infinie qu'en son genre, ou pourrait-on dire "relativement", parce qu'elle n'est pas la droite B, de sorte que celle-ci peut la couper et ainsi l'empêcher pour ainsi dire d'affirmer pleinement son essence dans l'existence.


Là, je ne comprends pas bien : en quoi le fait que la droite B coupe la droite A empêche à la droite A d'affirmer pleinement son essence dans l'existence ? Pourrais-tu, stp, m'expliquer cela plus en détail ? En quoi la coupure de A par B "nie" A ?


A bientôt,
Bruno.

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Re: infinis absolu et en son genre

Messagepar sescho » 05 nov. 2008, 21:24

Bruno31415 a écrit :... je ne comprends pas ce que voudrait dire qu'une droite se définit par "négation d'autre chose". Pourrais-tu, stp, me préciser ce point : quand on dit qu'une droite se définit par l'intersection de deux plans, en quoi cette définition se fait-elle par négation d'autre chose : de la négation de quoi est-il question dans cet exemple ?

Ce que je mettais en face, c'était l'autre "définition" de la droite comme perpendiculaire à un plan (je passe comme trivial sur le point d'intersection ; je ne garde que la dimension) ; c'est une image, mais pour moi définir une droite ainsi, c'est la définir par ce qu'elle n'est absolument pas (même si la droite n'est pas non plus tout autre plan, le plan perpendiculaire me semble l'exemple absolu de ce que la droite n'est pas dans l'espace.) Mais bon, il suffit que la droite ne soit pas tout l'espace pour qu'on puisse y voir une négation partielle ; tout ce qui précède est équivalent. Seul l'espace total ne peut absolument pas être défini par une négation.

L'infini n'est pas évident à manier et il convient de bien distinguer entre l'absolument infini, l'infini en son genre, l'infini dénombrable (je glisse sur l'infinité d'attributs....) et le fini indénombrable. En l'occurrence, par exemple, le "nombre de distances" dans l'espace compris entre deux cercles non concentriques, l'un étant à l'intérieur de l'autre, est infini (cela n'a surtout pas de sens) ; pour autant la distance est bornée : il y a une distance minimale et une distance maximale. Sans trop y réfléchir, je dirais que tout exemple portant sur un sous-ensemble continu de R fonctionne de même a priori.

J'aurais plus l'impression de polluer qu'autre chose à en rajouter sur ce qu'Henrique en a dit. :-)


Serge
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Messagepar sescho » 05 nov. 2008, 21:29

Bon, croisement de messages...

Henrique te répondra mieux que moi. Je ferais juste une remarque : Spinoza utilise selon moi "Entendement" sous deux acceptions : une générale qui recouvre toutes les idées, une restreinte qui ne porte que sur les idées adéquates. Le contexte de la phrase indique sans ambiguïté de quelle acception il s'agit. En l'occurrence de la seconde.

Quant au Mental, il comprend aussi les émotions (joie, tristesse) et le désir.

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Messagepar Bruno31415 » 08 nov. 2008, 00:12

Merci pour ton complément de réponse, Serge. Je vois mieux à présent ce que tu voulais dire avec l'exemple de la droite perpendiculaire à un plan.

En ce moment, je planche sur la notion de liberté... pas évident du tout... Je vais sans doute poster un message à ce sujet.

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Re: infinis absolu et en son genre

Messagepar alcore » 06 mai 2009, 23:14

sescho a écrit :
Bruno31415 a écrit :Je vois là une contradiction : on nous dit bien à la définition IV qu'un attribut est ce que l'entendement perçoit de la substance comme constituant son essence. Donc, par définition, une substance ne pourrait avoir plus d'attributs que l'entendement n'en perçoit. Dans ce cas, comment Dieu pourrait avoir une infinité d'attributs puisque l'entendement n'en perçoit que deux ?

Le point est sujet pour moi à discussion, mais pour Spinoza la démarche est me semble-t-il la suivante : l'entendement humain perçoit différentes dimensions de l'existence, en l'occurrence 2 : l'Etendue et la Pensée. Ces dimensions existent donc bien comme distinguables (quoiqu'elles soient toutes en Dieu) ; toutefois le nombre de 2 ne convient pas à Dieu, et d'autre part l'entendement humain est forcément limité ; comme en revanche il voit que Dieu est l'être parfait dont tout doit être affirmé, il en conclut que Dieu a une infinité d'attributs, dont l'homme ne perçoit, lui, dans ses limites indépassables, que deux.
Serge


Sesho, pourriez vous me dire ce qui vous fait penser que l'entendement dont question dans la définition de l'attribut est l'entendement humain ? Où est il question ici de la connaissance de 2 attributs ?
La connaissance de 2 attributs est un fait qui n'apparaît qu'en Eth II; ce fait est indéductible comme tant d'autres, et peut être lié au fait que l'existence de l'homme n'est pas celle d'une substance. La généalogie de l'espèce humaine nous échappe, cela ne nous empêche de tenir pour évidentes certaines vérités de fait après Ethique I qui a validé a priori le champ de l'expérience, puisque l'expérience est constituée de modes et que les modes dérivent nécessairement de Dieu.
L'entendement, par ailleurs, n'est pas de soi humain. C'est une dimension de l'existence universelle. L'entendement est un mode infini immédiat. C'est nécessité par la doctrine puisque selon Spinoza le "percevoir" est constitutif de la substance, en tant qu'elle s'exprime. Tout exprime Dieu, Tout perçoit Dieu, et Dieu se perçoit en tout.
Je ne vois donc aucune raison de restreindre le mot "entendement" à sa signification trop humaine ici.
En fait, il y a 2 possibilités, soit Spinoza a en vue un certain type d'entendement, infini ou fini; ou alors, il n'a en vue aucun type d'entendement et l'indétermination est voulue. On n' a pas à savoir de quel entendement il s'agit, et on n'en a pas besoin en ce début de l'Ethique. La différence viendra plus tard.
Entendement aurait alors la même ambiguité que "modes". Dans la définition du mode n'entre pas lef ait qu'il soit fini nécessairement. Ce qui permettra à Spinoza de faire droit à la possibilité d'une existence en autre chose qui soit cependant infinie.
N en est il pas de même de l'entendement ici ?
Laissons ce terme dans l'indétermination pour ensuite le qualifier soit comme fini (et éventuellement humain, car il est possible que d'autres petres non humains ait un entendement et puissent comprendre l'Ethique) soit comme infini.


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