Introduction à la biographie de Spinoza : les Pays-Bas

Ce qui touche de façon indissociable à différents domaines de la philosophie spinozienne comme des comparaisons avec d'autres auteurs, ou à des informations d'ordre purement historiques ou biographiques.
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PierreL
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Introduction à la biographie de Spinoza : les Pays-Bas

Messagepar PierreL » 28 mars 2011, 23:38

Bonjour,

Voici une petite introduction à la biographie de Spinoza qui raconte en quelques lignes l'histoire des Pays-Bas et la naissance des Provinces-Unies. Cela peut aider à la compréhension de la biographie du philosophe. Dans les chronologies disponibles, le contexte politique, géographique et économique n'est pas vraiment expliqué et, pour ma part en tout cas, il a fallu faire quelques recherches pour mieux comprendre.
Le texte n'est qu'un petit résumé, je n'ai pas souhaité rentrer trop dans les détails – l'histoire des Pays-Bas et des Provinces-Unies étant assez dense et complexe.

N'hésitez pas à laisser vos commentaires...

Cordialement,
Pierre.


Au XVIe siècle, les provinces des Pays-Bas – provinces féodales de l'époque du Moyen-Âge - font partie du Saint Empire romain germanique. En 1549, Charles Quint – ou Charles de Habsbourg - (1500-1558), empereur du Saint Empire et roi d'Espagne, signe avec les États-généraux des Pays-Bas la Pragmatique Sanction : il constitue l'ensemble des provinces des Pays-Bas du nord et du sud en une entité unique, un nouvel état distinct du Saint Empire, qui prend alors l'appellation de Dix-Sept Provinces ou Pays-Bas espagnols. Les États-généraux des Pays-Bas, c'est-à-dire l'assemblée des états-provinciaux mise en place pour représenter la volonté du peuple, reconnaissent alors Charles Quint comme souverain des Pays-Bas. Ce nouvel état, constitué de riches provinces, devient rapidement le moteur de l'empire.
En octobre 1555, deux ans avant sa mort, affaibli par la vieillesse, malade, Charles Quint décide de nommer son frère, Ferdinand Ier de Habsbourg, empereur du Saint Empire et son fils, Philippe II, souverain des Pays-Bas et Roi d'Espagne.
Durant son règne, Philippe II poursuit le combat entamé par son père contre l'extension du protestantisme et le prosélytisme des pasteurs calvinistes.
Le Calvinisme est une doctrine chrétienne protestante, dont le nom provient de Jean Calvin (1509-1564), réformateur de l’Église française, qui professe que l'homme doit puiser dans la Bible les règles de la vie. Selon lui, l'industrie et le travail sont des qualités morales, et la réussite professionnelle une preuve de la grâce de Dieu. Ainsi le Calvinisme a-t-il joué un rôle important dans le développement du capitalisme.
Alors que Charles Quint, qui était né à Gand, était un roi apprécié des Pays-Bas, considéré comme un enfant du pays, Philippe II, qui avait grandi en Espagne, apparaissait comme un roi austère et était plutôt considéré comme un étranger. Une grande partie du parlement des États-généraux s'oppose à sa politique.
En 1559, le prince Guillaume d'Orange-Nassau, dit Guillaume le Taciturne (1533-1584), membre de l'entourage de Charles Quint et stathouder (gouverneur) des provinces de Hollande, Zélande, Utrecht et Bourgogne, apprend lors d'un séjour en France par le roi Henri II le projet qu'a formé Philippe II de tuer les protestants de France et des Pays-Bas. Refusant qu'un tel massacre ait lieu, Guillaume d'Orange retourne aux Pays-Bas et prend la tête de la protestation des membres du parlement contre la politique de Philippe II. Il soulève l'opinion publique contre la présence des troupes espagnoles censées mettre le projet à exécution et demande à Philippe II de changer sa politique. Une des phrases les plus célèbres de Guillaume d'Orange est : « Je ne peux pas admettre que les souverains veuillent régner sur la conscience de leurs sujets et qu'ils leur enlèvent la liberté de croyance et de religion ». Mais Philippe II maintient ses projets et, en 1566, les Pays-Bas connaissent une grave crise iconoclaste nommée la Révolte des Gueux : les révoltés s'insurgent contre la politique trop sévère de Philippe II et des émeutes ont lieu où des protestants calvinistes s'attaquent aux catholiques et saccagent des églises. Cet événement divise les États-généraux entre protestants et catholiques.
Philippe II décide alors d'envoyer le duc d'Albe Ferdinand Alvare de Tolède (1507-1582) rétablir l'ordre avec une armée de 10 000 hommes sous son commandement. À son arrivé, Guillaume d'Orange s'enfuit pour ne pas être arrêté comme les autres membres du parlement. Philippe II décide alors de lui confisquer ses terres et de lui retirer ses titres. Le duc d'Albe prend des mesures cruelles pour stopper les émeutes et crée le Conseil des troubles, un tribunal où sont jugés tous ceux qui s'étaient élevés contre la couronne d'Espagne. Personne n'est épargné, pas même les membres de la noblesse qui avaient simplement plaidé pour un assouplissement des lois. Dans les premiers mois de son existence, le tribunal est surnommé le Conseil de sang à cause des nombreuses condamnations prononcées.
Le 23 mai 1568, la bataille de Heiligerlee (province de Groningue) marque le début de la Guerre de Quatre-Vingts Ans : Guillaume d'Orange lève une armée avec son frère, Louis de Nassau, et des huguenots (protestants français), puis marche vers les Pays-Bas pour relever de son commandement le duc d'Albe. Il n'entend pas se rebeller contre Philippe II mais défendre la liberté du peuple. Le 20 octobre, après une défaite à la bataille de Jodoigne (actuelle Belgique), il doit fuir et se réfugie en France. Pour renflouer les pertes causées par la guerre, Le duc d'Albe décide d'imposer une nouvelle taxe aux Pays-Bas, contre l'avis des États-généraux, et proclame que ceux qui refuseront de payer seront pendus devant leur maison. Les provinces décident alors de mener une résistance contre le duc qui finit par demander son rappel en Espagne.
En juillet 1572, lors d'une assemblée tenue à Dordrecht (Hollande), Guillaume d'Orange est nommé stathouder de Hollande, de Zélande, de Frise et d'Utrecht par les révoltés. Il est convenu que le pouvoir doit être partagé entre Guillaume d'Orange et les représentants des États-généraux.
En 1575, la couronne d'Espagne fait banqueroute : les mercenaires espagnols restés sur place n'étant plus payés se mutinent et saccagent la ville d'Anvers (Belgique), faisant de nombreux morts. Pour faire cesser les pillages, les provinces catholiques et protestantes concluent, le 8 novembre 1576, une alliance, nommée la Pacification de Gand, suivie le 9 janvier 1577 de l'Union de Bruxelles, dans lesquelles elles s'engagent à pratiquer la tolérance religieuse et à s'unir pour combattre les mercenaires.
En 1578, Philippe II nomme le duc de Parme, Alexandre Farnèse, souverain des Pays-Bas. Malgré l'alliance passée entre les provinces, les émeutes religieuses perdurent et les provinces catholiques du sud décident alors de mettre un terme au protocole de la Pacification de Gand. Le 6 janvier 1579, elles signent l'Union d'Arras sous l'influence du duc de Parme : elles reconnaissent Alexandre Farnèse comme gouverneur et renoncent à leurs aspirations d’indépendances en échange de plus grandes garanties au terme des hostilités.
En réponse à cette Union, le 23 janvier 1579, Guillaume d'Orange rassemble au sein de l'Union d'Utrecht les provinces du nord désirant se séparer des Pays-Bas espagnols et gagner leur indépendance. Ainsi se forme une confédération (union d’États qui se soumettent à un pouvoir central tout en conservant leur autonomie) de sept provinces, appelée Provinces-Unies : Hollande, Zélande, Overijssel, Frise, Groningue, Gueldre et Utrecht. Ces provinces sont indépendantes les unes des autres, et peuvent lever les impôts ainsi que des armées séparément.
Le 26 juillet 1581, les États-généraux rédigent l'Acte de la Haye, un décret de déchéance dans lequel ils déclarent que le roi Philippe II, n'ayant pas assumé ses devoirs de monarque vis-à-vis du peuple des Pays-Bas, ne sera dorénavant plus considéré comme souverain.
Mais en cette fin de XVIe siècle, il n'est pas concevable qu'un pays puisse être gouverné autrement que par un roi. Après l'échec politique du duc François d'Anjou, frère du roi de France, en 1583, les États-généraux offrent successivement la couronne à Henri III de France et Élisabeth I d'Angleterre, mais tous deux refusent. Les Provinces-Unies proclament alors la République. Les Pays-Bas sont à présent coupés entre les provinces républicaines du nord et les provinces du sud administrées par le roi Philippe II d'Espagne. L'essentiel de la population des provinces du nord se convertit au Protestantisme en quelques décennies.
Philippe II ayant promis une récompense élevée pour la tête de Guillaume d'Orange, celui-ci est assassiné le 10 juillet 1584, dans son refuge de Delft (Hollande), par le royaliste Balthazar Gérard. En 1587, Maurice de Nassau (1567-1625), le fils de Guillaume d'Orange, est nommé stathouder, à l'âge de 20 ans. Il continue de mener le combat contre l'armée espagnole jusqu'à ce qu'en 1609, les Provinces-Unies et l'Espagne conviennent d'une trêve de douze ans, durant laquelle l'expansion économique et culturelle de la jeune république s'épanouit. C'est le début du Siècle d'or néerlandais : les Provinces-Unies développent leur marine en créant des sociétés par action – dont la Compagnie des Indes orientales et la Compagnie des Indes occidentales – et se lancent dans le commerce des épices avec l'Insulinde et l'Inde.
Après une reprise des hostilités de 1618 à 1648, durant laquelle Maurice de Nassau décède et son demi-frère, Frédéric-Henri d'Orange-Nassau, lui succède, Les traités de Westphalie concluent la guerre de Quatre-Vingts Ans, le 24 octobre 1648. L'indépendance des sept Provinces-Unies est définitivement reconnue par la monarchie espagnole. Politiquement, un État de type nouveau était apparu, gouverné au plan civil par un parlement fédéral - les États Généraux -, mais où un reliquat de pouvoir aristocratique - le stathoudérat - était maintenu aux affaires militaires.
À cette époque, nous sommes en plein âge d'or néerlandais. Grâce au commerce maritime, la République est à la tête d'un puissant empire colonial et commercial : elle compte parmi les trois grandes puissances européennes. On y trouve les plus grands chantiers maritimes du monde, les maisons d'exportation et d'importation les plus riches, ainsi que la banque la plus puissante d'Europe. Mais aussi, des centres d'éditions et d'imprimerie, ainsi que des universités brillantes. Enfin, la réputation de tolérance et de liberté fait des Provinces-Unies un foyer intellectuel et culturel de premier ordre. Depuis la fin du XVIe siècle, parmi les Juifs qui ont dû quitter l'Espagne et le Portugal pour fuir l'Inquisition, nombreux sont ceux qui y ont trouvé refuge.
À cette époque, Bento est alors âgé de 16 ans. Il vient de terminer ses études à l'école Talmud Torah, et travaille avec son père dans la maison de commerce...

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