Nietzsche et Spinoza : volonté de puissance et conatus

Ce qui touche de façon indissociable à différents domaines de la philosophie spinozienne comme des comparaisons avec d'autres auteurs, ou à des informations d'ordre purement historiques ou biographiques.
Raphael Tossings
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Nietzsche et Spinoza : volonté de puissance et conatus

Messagepar Raphael Tossings » 27 août 2014, 14:01

Dans quelle mesure pouvons-nous faire un parallèle entre le conatus spinoziste et la volonté de puissance nietschéenne ?
Ma question étant vague et imprécise, je vous remercie d'avance pour vos réponses.

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Henrique
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Re: conatus et volonté de puissance

Messagepar Henrique » 10 janv. 2017, 00:39

Dans plusieurs textes, Nietzsche reproche à Spinoza son conatus qui serait uniquement orienté vers la conservation de soi alors que sa volonté de puissance serait au contraire l'acte de "vouloir plus de puissance", le dépassement de soi. Mais c'est mal interpréter l'effort de persévérer dans son être, car l'être dans lequel il s'agit de persévérer n'est pas une chose figée mais un mode de l'acte infini de s'étendre de la substance, ce qui inclut de fait le dépassement de soi.

Par ailleurs quand Nietzsche écrit dans Ainsi parlait Zarathoustra :
« Il n’a assurément pas rencontré la vérité, celui qui parlait de la « volonté de vie », cette volonté – n’existe pas. Car : ce qui n’est pas, ne peut pas vouloir ; mais comment ce qui est dans la vie pourrait-il encore désirer la vie ! Ce n’est que là où il y a de la vie qu’il y a de la volonté : pourtant ce n’est pas la volonté de vie, mais [...] la volonté de puissance. Il y a bien des choses que le vivant apprécie plus haut que la vie elle-même ; mais c’est dans les appréciations elles-mêmes que parle – la volonté de puissance ! »

il vise Schopenhauer et son vouloir vivre, mais aussi Spinoza. Mais c'est pour en revenir à une sorte de platonisme singulier : comme Platon, il suppose ici que le désir n'existerait que comme manque. Mais quelle est cette puissance qu'il s'agit de vouloir plus que la vie même ? Celle d'une perfection perdue comme chez Platon ? Bien sûr, ce n'est pas possible chez Nietzche. Mais s'il n'existe qu'une seule réalité, il n'y a pas de puissance autre que dans cette vie même. La volonté de puissance ne peut être autre qu'affirmation de la puissance qui réside ici et maintenant, dans cette vie même et nullement dans je ne sais quel idéal, fût-il de puissance. Et enfin, quelle puissance pourrait-il y avoir en dehors de la vie même ?

Quelle est donc cette puissance que veut la volonté ? La puissance est la possibilité ou absence d'obstacle (négation de négation) à modifier ce qui est. Or cette possibilité est contenue dans tout conatus, appétit ou volonté. Vouloir, c'est d'emblée exercer la possibilité de se modifier soi-même. Donc vouloir la puissance, c'est vouloir la volonté, c'est-à-dire la vie même.
Henrique Diaz
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