LECTURE DE PAUTRAT: CHRONIQUES SPINOZIENNES (I)

Ce qui touche de façon indissociable à différents domaines de la philosophie spinozienne comme des comparaisons avec d'autres auteurs, ou à des informations d'ordre purement historiques ou biographiques.
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AUgustindercrois
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LECTURE DE PAUTRAT: CHRONIQUES SPINOZIENNES (I)

Messagepar AUgustindercrois » 23 mai 2006, 17:15

Par Le p’tit Loulou Ferdinand Céline

Aka Augustin Dercrois, Ministre de la Spinozie heureuse du blogouvernement

Introduction de la séquence

Ce qui est cool, quand tu es pas loin de Paris, c'est que tu n'es pas loin non plus de types intelligents…Exemple Bernard Pautrat…Ca veut pas dire non plus que tu deviens intelligent tout de suite…Pautrat, lui, il est intelligent ; quand t’es copain avec Althusser et Derrida, que t’as fait major à l’agrég, t’es blindé du bulbe…Tu pourrais te la péter…Mais non, Pautrat, lui, il est resté modeste…Déjà, ça, ça m’impressionne…Il te dit l’état de sa pensée, là où elle en est, avec ses doutes, son caractère manifestement provisoire...La vie c’est de la pensée par provision…

Et lui, Pautrat, il te balance sa vie en pleine gueule…Ca c’est cool…Du genre : en vieillissant, je bande de moins en moins, mais je pense de mieux en mieux…Mince, ça c’est fort…Ca console : Spino avait tout compris, avec son éloge de la masturbation intellectuelle…Du genre : quand je me fais chier dans le métro (c’est vrai que le métro c’est chiant : un point pour Pautrat), j’envisage les conati sous le troisième genre de connaissance (le seul genre fréquentable), et là, ça va tout de suite mieux…

Finalement, c’est quoi le troisième genre de connaissance, mon petit gars ? C’est l’art de sauter les étapes…C’est le moment où tu changes d’échelle…Où, fini, tu te vois inscrit sans médiation dans l’infini…On est tous des conati….Finis, donc infinis…Par delà ta finitude, mec, tu es cette infinité…Io man give me five…Et là, quand t’es adéquat, tu capitalises, mon pote…Oué : tu augmentes ton stock d’idées adéquates…Croissance de la puissance, expansion de ta joie…Change d’échelle, man, et tu verras que tu n’es qu’une merde dans l’univers…Une merde oui, mais une merde joyeuse…Le contraire de Pascal, ce psycho catho…Ca m’a fait toujours marrer ce truc…Pascal et Spino’…Deux mecs qui vivent les mêmes trucs (le génie et la maladie), et qui en tirent exactement des conclusions opposées…Faudrait faire un combat de boxe entre eux… Y’aurait du K.O. dans l’air…

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LECTURE DE PAUTRAT: CHRONIQUES SPINOZIENNES (II)

Messagepar AUgustindercrois » 24 mai 2006, 17:11

CHRONIQUES SPINOZIENNES (II)

Par Le p’tit Loulou Ferdinand Céline

Aka Augustin Dercrois, Ministre de la Spinozie heureuse du blogouvernement


Développement de la séquence

Les élèves? Deux ou trois étudiants, bibi, un demi normalien, et une tripotée de soixante -huitards à la retraite, de vieux profs de soixante ans à la retraite sympa, qui se connaissent bien, vu qu'ils viennent au séminaire depuis 1991, une brochette d'intellos à demi névrotiques, flingués de psychotropes, une fausse blonde à jupe de dentelle noire et blouson de cuir black, et à grosse bouche pulpeuse, ménopausée à n’en pas douter, qui s’évertue sans vertu à remettre sa table bancale en place.... Elle me fait un sourire... Cool... Tous ces vieux, ils sont très indisciplinés, enjambant les tables, bavardant trop fort... Faut les voir les papys et les mamies... Une sacrée bande de joyeux drilles... Des conati limite paparazzi... J les aime bien ces vieux... Ca sent son pesant de maoïsme sur le retour, de joints bien déjantés, de libération sexuelle et de révolution à la petite semaine, de voyages à Katmandou... Ca sent sa déconnade à plein tubes... Ils avaient le luxe de la légèreté.... Deux mamies à côté de moi lisent Libé... Moi, j’affecte la gravité des types qui se prennent au sérieux... Le jeun con, quoi....

Justement, aujourd'hui, on a parlé avec Pautrat de la décrépitude...

Pautrat : cheveux bouclés et blancs, regard bleu et bienveillant, jeans et veston de tweed gris, chemise blanche... Il remonte sa montre de marque et de grand prix, qu’il ôte méticuleusement de son poignet, puis la pose soigneusement aux côtés de son livre... Attention Mesdames et messieurs ça va commencer...

Mais je vous en parlerai pas dans le détail... J’vous dirai seulement ceci. Y’a des trucs qui m’ont plu dans son blabla trop balèze...

Exemple : le machin sur l’aliquid, E II 18 scolie... La rémanence d’une idée éternelle, d’une partie de l’esprit hors durée...

Exemple : E V 21 et 22 : nous sommes éternels, cela se donne à nous...

Gonflé, ce Spino... En deux petites propositions et un scolie, il révolutionne tout son système... Attention, mec, il le fait pas exploser... Irruption de la rhétorique dans le géométrique... Longtemps, Pautrat a soupçonné Spino’... (Normal, son truc à Baruch, là, ça fait un peu lapin qui sort du chapeau... Il sent la fragilité de sa position, alors il en rajoute, le SPino...)

Et puis, avec le temps, il se dit que c’est la mémoire qui est le nœud déterminant... Dis, Bernard, tu nous ferais pas le coup de la Caverne ?...

Et là je lui pose la question de confiance (pas comme Galouzeau, lui il se la joue motion de censure repoussée) : Là, le Spino, il occulterait pas la décrépitude, par hasard ?... Quand t’es vieux, tu deviens con, c’est ce que je lui dis en substance, quoi ; lep’tit Jean Paul, il appelle ça la dialectique du pour soi et de l’en soi…

Moi, je connaissais pas le scolie, mais Pautrat, ça l’interpelle, ma question à la con... Trop fort, le mec, il me balance E V 31 scolie à la tête… Je mange bien fort le truc… J’mords la poussière… C’est vrai que Spino, en sacré faux – jeton, il fait l’impasse sur le truc…La décrépitude, hop, elle passe à la trappe… Directos du bébé au cadavre, sans passer par la case départ et sans toucher 20.000 balles…

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Re: LECTURE DE PAUTRAT: CHRONIQUES SPINOZIENNES (II)

Messagepar bardamu » 25 mai 2006, 14:46

Y'a la décrépitude, et la crainte, la peur, l'angoisse ?

Céline (Bardamu dans Voyage)
"C’est peut-être de la peur qu’on a le plus besoin dans la vie. Je n’ai jamais voulu quant à moi d’autres armes depuis ce jour, ou d’autres vertus. "

Spinoza :
"la crainte, une tristesse mal assurée, née aussi de l'image d'une chose douteuse. Maintenant, retranchez le doute de ces affections, l'espérance et la crainte deviennent la sécurité et le désespoir, c'est-à-dire la joie ou la tristesse nées de l'image d'une chose qui nous a inspiré crainte ou espérance."

Tranquille Spinoza, retranchez le doute et la crainte devient désespoir, et puis voilà, rien de bien grave. :D

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Messagepar AUgustindercrois » 25 mai 2006, 18:22

Il va falloir que je lui dise ça de ta part... C'est par l'intermédiaire de l'absence de peur, donc... Mais tu cites Spin où? C'est un passage de l'EThique?

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Re: Super bardamu

Messagepar Pourquoipas » 25 mai 2006, 18:53

AUgustindercrois a écrit :(...) C'est un passage de l'EThique?


Ethique III, prop. 18, scolie 2.

PS - C'était juste pour arriver à un chiffre rond (100e message).

Reliqua desiderantur...
Dieu modifié en quelques milliers de SS a massacré Dieu modifié en quelques millions de Juifs et autres à l'aide de Dieu modifié notamment en Zyklon B, en Dieu modifié en baraquements d'extermination.

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Messagepar platoche » 29 mai 2006, 16:47

Bonjour,

Le désespoir n'est pas forcément si négatif : en effet, comme l'a écrit Spinoza, tout espoir est associé à un doute et donc à un sentiment de crainte. Et inversement. Donc la perte d'un espoir conduit à deux mouvements opposés : passage à un niveau de perfection moindre lié à l'espoir d'un sentiment de joie, mais également passage à un niveau de perfection supérieur dû à l'élimination du sentiment de crainte. Le résultat n'est pas forcément horrible, je pense que le terme "désespoir" doit être sorti du contexte judéo-chrétien pour être clairement appréhendé. Et je pense que c'est que Spinoza fait.

D'ailleurs, les athés seraient-il plus tristes que les théistes, sous prétexte qu'ils ont perdus l'espoir (et sont donc désespérés) de la réalité des fables religieuses ?

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Messagepar Miam » 29 mai 2006, 21:13

Tiens Augustin, à propos : y aura-t-il du célinien dans "les métamorphoses sémiologiques du Conatus" ? Ce que tu viens magistralement d'écrire, cela en fait-il partie ? (Cela pourrait !)

Miam

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Messagepar AUgustindercrois » 29 mai 2006, 23:10

Salut miam,

La suite à demain... Non, c'est juste pour le fun... Histoire de revêtir d'humour ces moments très sérieux... En espérant qu'ils ne confinent pas au sarcasme, sentiment que Spinoza n'appréciait pas.

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CHRONIQUES SPINOZIENNES (II)

Messagepar AUgustindercrois » 06 juin 2006, 16:04

I – Aurélien, le mystique :

Ai – je existé avant le corps ?

J’ai oublié cet aliquid qui est forcément là, quelque part, ce quelque chose qui en moi, existe et continue d’être.

Où est –il, ce quelque chose qui me taraude l’esprit ? L’esprit humain ne peut être absolument détruit avec le corps.

Et pourtant, en un premier lieu, il me paraissait que le corps existait seul, rien que le corps, tout le corps.

Ce quelque chose, où puis – je le trouver ?

La durée n’existe pas. Le temps n’existe plus. Ni avant, ni après. Plus de souvenir, plus d’imagination. Ni mémoire, ni espace.

L’éternité n’est pas la perpétuation de la durée. L’ajout du temps au temps ne donne rien.

Je sens et fais l’expérience que je suis éternel. Je le vois. Je me détourne de la durée ; je suis en Dieu et de toute éternité. Expérience de l’infini. Méditation, que guide la main de fer de la mathématique, et qui accède à l’infini et à l’éternité.

II – Loulou Ferdinand

Ton aliquid, que tu me dis être quelque part, où est – il ? Qu’est – ce que tu me racontes avec ce quelque chose ? Tu me dis, c’est une expérience…Faut s’entraîner longtemps… Moi je veux bien, mais quelle est la nature et la définition de l’aliquid ?" Nous expérimentons et nous sentons" (E V 23)… Tu me prends la tête avec ton aliquid… Ta science intuitive, c’est le schlimblick... Tout le monde en parle, personne ne la définit... Spinoza me dit que c’est par la méditation que j’accède au schlimblick… Le schlimblick ne se définit pas, il s’éprouve…

Allez, j’y vais de ma petite question... Est-ce que Spinoza a accédé au troisième genre de connaissance ?

Pour Pautrat, il est évident que Spinoza a accédé au troisième genre de connaissance… Sans quoi, Baruch serait un escroc… Le problème, c’est que c’est épineux, comme chemin, c’est long et c’est pénible, ça monte… C’est beau mais c’est loin…

Allez, j’balance la question qui tue :
- M’sieur l’agrégé, toi aussi, tu accèdes au troisième genre de connaissance ?

Pautrat, il me dit que ça fait trente ans qu’il s’entraîne, et qu’il y arrive, avec un sourire en coin, mi-figue, mi-raison…

Moi, j’pense que troisième genre de connaissance, c’est pas comme la bicyclette : ça s’oublie vite, et faut l’apprendre longtemps…

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FabriceZ
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Messagepar FabriceZ » 08 juin 2006, 06:56

Louis-Ferdinand,

A toi qui cherche le troisième genre de connaissance, voici ce que disait le spinoziste Jules Lagneau :

"Retrouver dans le moindre objet pensé toute la Pensée"

Amicalement,
Fabrice :wink:
bene agere et lætari (EIV73 scholium)


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