Spinoza et la psychanalyse

Ce qui touche de façon indissociable à différents domaines de la philosophie spinozienne comme des comparaisons avec d'autres auteurs, ou à des informations d'ordre purement historiques ou biographiques.
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silversamourai
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vagues impressions...

Messagepar silversamourai » 09 juin 2007, 15:02

Bonjour à tous , je ne possède pas la profonde connaissance des textes nécessaire pour entrer dans l'argumentation serrée qui confronte l'expression de la pensée de deux individus que j'apprécient :messieurs Spinoza et Freud...
Je ne pense pas que l'on puisse parler de d'influence car ils s'inscrivent dans le monde par des langages différents :la philosophie et la médecine.
Je crois plutôt qu'ils correspondent "par le haut",par les conclusions qui se sont révélées à l'approche des buts qu'ils s'étaient fixés...l'unité de l'homme nécessaire pour une pratique de la justice et de l'amour dans un monde immanent...l'univers de l'ancien Testament propose-t-il un modèle transcendant??

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Vanleers
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Messagepar Vanleers » 31 juil. 2013, 16:47

Bonjour

Ayant lu ces échanges maintenant anciens, j’ajoute ici, à toutes fins utiles, un article de Pierre Macherey de 1990 dont l’accès est peut-être devenu difficile aujourd’hui.

Quelqu’un aurait-il lu l’ouvrage collectif « Spinoza et la Psychanalyse » paru aux Editions Hermann en Octobre 2012 ?

Voici l’article de Macherey :

Note sur le rapport de Spinoza à Freud

On peut aborder la question du rapport de Spinoza à Freud en s’appuyant sur un texte précis. Celui-ci est emprunté au scolie de la proposition 20 dans la cinquième partie de l’Ethique : « La puissance de l’âme est définie par la seule connaissance, et inversement l’impuissance ou passion l’est par la seule privation de connaissance, c’est-à-dire qu’elle est estimée en fonction de ce par quoi les idées sont dites inadéquates ; d’où il suit que cette âme pâtit au plus haut point dont les idées inadéquates constituent la majeure partie, de telle manière qu’elle se fasse davantage reconnaître par le fait qu’elle pâtit que par celui qu’elle agit ; et au contraire agit au plus haut point celle dont les idées adéquates constituent la majeure partie, de telle manière que, bien que tant dans l’une que dans l’autre des idées inadéquates soient contenues, elle se fasse davantage reconnaître par les idées adéquates dont on fait une vertu humaine que par les idées inadéquates qui révèlent l’impuissance humaine ». Cette analyse, Spinoza l’inscrit explicitement dans une perspective thérapeutique, puisque tout le début de la cinquième partie de l’Ethique, qui s’achève avec cette vingtième proposition et son scolie, est par lui présentée comme la recherche d’un « remède aux affects » (remedium affectuum), dans l’ordre de ce qui pourrait s’appeler une médecine mentale. Il semble qu’un passage de ce genre puisse être lu comme une description assez exacte de ce que seraient les effets d’une cure analytique réussie, qui, elle aussi, vise à restituer au psychisme toute sa puissance immanente.
Mais, ce rapprochement fait, apparaît aussitôt ce qui sépare Spinoza et Freud. Le texte précédent décrit certains effets de la cure, mais il ne rend absolument pas compte des mécanismes qui, en psychanalyse, sont censés rendre compte de ces effets, qu’il rapporte en fait à des procédures d’une tout autre nature. Selon Spinoza, la « connaissance » que l’âme prend de ses propres affects n’est possible qu’au prix d’une complète dépersonnalisation de ceux-ci : pour que les idées inadéquates cessent d’avoir la plus grande place dans le psychisme [note de P. Macherey : « Psychisme : ce terme rendrait peut-être le mieux ce que désigne le terme spinoziste de mens, qu’on rend couramment par âme, et qu’il ne faudrait surtout pas traduire par « esprit » (pour éviter une réduction spiritualiste des thèses spinozistes). »], il faut que le sujet éthique trouve les moyens de s’extraire de la relation spéculaire, nécessairement imaginaire, entre des sujets désirants telle qu’elle avait été décrite dans toute la troisième partie de l’Ethique : ce à quoi conduisent les procédures, on serait presque tenté de dire les techniques, de l’« amour envers Dieu » (amor erga Deum), qui dépassionnent progressivement l’ensemble de la vie affective. Chez Freud, au contraire, prise de conscience et anamnèse ne sont possibles que dans la relation duelle entre un analysant et un analyste, qui permet le déploiement, dans le cadre d’un processus de communication à sens unique, sans réciprocité, d’un ordre symbolique lié à une structure de langage. Pour aller vite, on dira : le patient de Freud raconte ses histoires, et pour cela il lui faut la présence, même, et surtout, muette, de celui à qui il les raconte ; alors que le sujet éthique de Spinoza cesse de se raconter des histoires, ou du moins s’y exerce, et pour cela, si l’on ne peut dire, on va le voir, qu’il n’a besoin de personne, il n’a pas besoin de la présence effective d’un autre, et surtout il n’a pas besoin de passer par la médiation spécifique du langage. En résumé il y aurait chez Freud quelque chose qui ne se trouve pas chez Spinoza : une théorie du symbolisme associée à l’existence d’un ordre autonome du langage. C’est pourquoi il serait tout à fait vain de chercher chez Spinoza un concept d’inconscient, parce que, dans son système de pensée, il ne peut y avoir de place pour quelque chose qui ressemblerait à une topique : Spinoza a suffisamment combattu une doctrine des facultés de l’âme, d’inspiration cartésienne, pour ne pas réintroduire dans la vie mentale un système d’instances, la véritable éthique, à laquelle il parvient dans la dernière partie de son ouvrage, ayant justement pour caractère d’effacer tout ce qui pourrait ressembler à des instances, puisque la libération procède au contraire de l’égalisation de cette vie mentale.
Faut-il interpréter l’absence d’une théorie du langage et du symbolisme, et l’absence corrélative du concept d’inconscient chez Spinoza comme un défaut ou une lacune, dans l’attente de la nouvelle théorisation du psychisme opérée par Freud ? On peut avancer une réponse à cette question en rappelant que le passage qui a été cité pour commencer occupe dans la cinquième partie de l’Ethique une position très particulière. Ecrit dans les marges de la vingtième proposition, il effectue en fait le passage d’une argumentation, à visée principalement thérapeutique, concernant les conditions de la libération individuelle dans le cadre défini par le parallélisme psychophysiologique, à une démonstration dont la signification est proprement éthique, et se situe hors des limites fixées par ce cadre (c’est-à-dire l’existence finie d’une âme individuée, liée à l’existence d’un corps, lui aussi individué selon le même principe de composition). Or comment ce passage s’effectue-t-il ? C’est précisément ce qu’explique la vingtième proposition : il s’effectue par une socialisation de plus en plus large des affects qui, liant l’individu à d’autres individus, et tendanciellement à tous, finit par l’amener lui-même à s’oublier comme individu, et le fait donc accéder à cette forme de libération plus haute qui, par l’intermédiaire de l’« amour intellectuel de Dieu » (amor intellectualis Dei), le fait participer à une sorte de vie éternelle. Chez Spinoza, il n’y a pas d’ordre de langage, donc pas de cure au sens freudien ; mais il y a, dans l’ordre global de la connaissance, une dynamique active de la communication, qui fait qu’on ne pense jamais tout seul, mais nécessairement avec d’autres, et, à terme, avec tous les autres. En ce sens, il y a peut-être chez Spinoza ce qui fait par ailleurs défaut à Freud : non seulement une théorie du politique, mais une intégration du politique aux procédures mentales de l’émancipation.

Pierre Macherey
(Avec Spinoza - PUF 1992)

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Re: Spinoza et la psychanalyse

Messagepar kristel2581 » 06 mai 2014, 10:24

bonjour,
je pense que Freud veut dénoter la cassure entre la philosophie de l'esprit et la science du cerveau. Ainsi démarrer une nouvelle ère. Celle de la science moderne...


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