Essentialisme et patriarcat

Questions philosophiques diverses sans rapport direct avec Spinoza. (Note pour les élèves de terminale : on ne fait pas ici vos dissertations).

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hokousai
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Messagepar hokousai » 29 août 2011, 14:15

j"entendais "Trouver une meilleure définition" comme" trouvez une meilleure manière de définir" .

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Alexandre_VI
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Messagepar Alexandre_VI » 29 août 2011, 18:14

Cher Paul Herr Jean-Luc,

Je suis un peu confus: qu'entendez-vous par «manière de définir»???

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hokousai
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Messagepar hokousai » 30 août 2011, 01:06

et bien par exemple comme vous le dîtes

Dans les sciences on cherche à découvrir des relations (généralement mathématiques) entre phénomènes et non, comme dans la perspective ancienne, à définir des essences.


c'est à dire que vous aurez une opinion après enquête et non une définition de l'essence( sans enquête ) .
C'est peut être moins scientifique au sens aristotélicien mais c'est certainement plus proche du réel, moins dogmatique et pour le coup plus convivial .
(cela dit entre parenthèses, Spinoza sur la science tient beaucoup d' Aristote )

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Alexandre_VI
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Messagepar Alexandre_VI » 30 août 2011, 01:53

Cher Paul Herr Jean-Luc,

Je suis d'accord avec vous. La science moderne a des prétentions moins grandioses que les synthèses métaphysiques du passé (dont Spinoza offre un exemple), mais ce qu'elle connaît, elle le connaît comme il faut. Les manières d'expliquer les faits peuvent changer (par exemple de Newton à Einstein), mais les observations bien faites demeurent. De plus, la science a été capable de réfuter bien des fausses croyances en pointant des contre-exemples. Par exemple l'idée que les animaux sont radicalement incapables de language a dû être nuancée depuis les travaux avec les chimpanzés et les bonobos.

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Henrique
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Messagepar Henrique » 01 sept. 2011, 09:59

Que ce qu'on appelle aujourd'hui la science permette de faire progresser nos connaissances, nul ne le conteste, pas même Heidegger il me semble. Mais il n'en demeure pas moins qu'on connaît pas grand chose d'une réalité quelconque si on demeure ignorant de ce qu'elle est, c'est-à-dire de son essence. Le risque avec le scientisme qui affirme que seule la science telle qu'elle se pratique aujourd'hui, en se limitant à la connaissance des relations entre phénomènes, au sens d'apparences sensibles mais quantifiables, vaut la peine qu'on s'y intéresse, ce n'est pas qu'on oublie les essences, parce qu'on ne peut rien penser vraiment sans se faire une idée de ce que c'est, mais c'est qu'on en vient à faire comme si elles allaient de soi, la première idée nous venant à l'esprit faisant office d'évidence suffisante.

Cela étant dit, sur la question de l'essence de la femme, telle qu'elle a été abordée, il y a un point important qui me semble avoir été négligé : il n'y a pas d'essence générale chez Spinoza. Ainsi, il réfute l'idée d'une essence universelle de l'homme qui le distinguerait des autres vivants (E2P40, scol. 1). Il n'y a réellement que des essences singulières : ce sans quoi une chose ne peut ni être, ni être conçu et inversement ce qui sans la chose ne peut ni être, ni être conçu.

Certains passages dans la troisième partie de l'Ethique peuvent prêter à confusion, quand il parle du désir comme essence de l'homme, mais le début indique assez clairement qu'on entend ici par homme ou mental, toujours un homme en particulier, de la même façon que si je dis "l'homme a besoin de manger", je sous-entend que chaque individu humain doit manger en raison des conditions naturelles de son existence et non qu'une essence universelle et indépendante des réalités naturelles expliquerait ce besoin. L'homme en général ne saurait être cause de quoique ce soit d'humain en particulier, pas plus que la blancheur en soi ne peut être cause de la couleur du lait.

Dire que chaque homme s'efforce de persévérer dans son être et en est conscient, ne dit rien de l'être singulier dans lequel il s'agit de persévérer et donc de l'essence de qui que ce soit en particulier. Mais cela constitue un cadre en dehors duquel il est effectivement impossible de sortir, sachant que même le mélancolique et le dépressif manifestent cette tendance à persévérer autant qu'ils le peuvent dans leur mélancolie ou leur dépression. Et ce n'est pas parce qu'on peut dire que l'essence de l'homme en général est le conatus que moi en particulier, je m'efforce de me conserver et d'augmenter ma puissance d'exister. Je le fais parce que je suis expression ou mode de la nature (qui est unique et donc singulière) dont l'essence est précisément d'exister.

Ainsi l'humanité définie comme désir n'est rien d'autre qu'un point commun entre les individus humains qui eux existent concrètement. Se trouvant dans la totalité des êtres humains et dans chacun d'entre eux, ce n'est pas une simple abstraction, mais ce n'est pas non plus une réalité proprement dite qui serait à considérer comme pouvant avoir une effectivité sur les êtres singuliers.

Mais alors rien n'interdit en soi de parler de l'essence de la femme au sens de l'ensemble des points communs à toutes les femmes réelles. Mais toute la question sera de savoir quels sont ces points communs. Si on parle d'organes biologiques comme l'utérus, que deviendra une femme qui a subi une ablation de ces organes ? On peut parler aussi de caractères psychologiques comme le fait Spinoza de façon bien peu heureuse en quelques passages de l'Ethique et surtout à la fin du Traité politique mais cela ne peut être qu'à partir d'observations empiriques qui laissent place aux préjugés de l'époque et que toute la méthode de Spinoza réfute elle-même.

Reste que des caractères communs aux femmes de certains âges, entrant donc dans l'essence ou la façon dont chacune d'entre elle s'efforcera de persévérer dans son être, permettent de comprendre des comportements qu'on y trouve. Une femme en bonne santé et qui n'a pas encore atteint la ménopause a des règles assez régulièrement et cela ne lui fait pas la même vie à vivre qu'un homme. Dans le même ordre d'idées, une femme a un seul ovule par mois dont la fécondation suppose un état de réceptivité tandis que c'est elle qui portera l'enfant à naître, alors que l'homme a des millions de spermatozoïdes chaque jour, il peut féconder mais n'est pas fécondable, tout en demeurant libre des "joies" de la gestation et de l'enfantement. Tout cela ne saurait être sans conséquences communes et concrètes sur la façon dont les psychismes des unes ou des autres se constitue et se développe.

Après, que ceux qui ont le pouvoir définissent "l'essence" de ceux qui sont asservis dans le sens qui les arrange, il n'y a rien d'étonnant. Un peu plus étonnant est le fait que ceux-là même qui sont asservis se reconnaissent dans l'image (plutôt que l'essence en fait) que leurs maîtres entendent qu'ils adoptent, mais ce ne serait pas très difficile à expliquer. Dans une société matriarcale, on définit les hommes comme faibles psychologiquement, puériles, incapables de s'occuper de tâches pratiques... Et c'est d'ailleurs une tendance de notre société actuelle, en cours d'évolution, si on en croit l'image qui est donnée des hommes et des femmes dans les publicités qui sont devenues le miroir des désirs majoritaires : la femme y apparaît le plus souvent comme rationnelle et active tandis que l'homme y paraît puéril et concupiscent. D'ailleurs c'est un peu de cet essentialisme là qu'on peut déceler quand il est question de "grands hommes" qui ne peuvent attendre de leur femme que d'être "torchés en rentrant à la maison" ou encore de ces "études" qui "ont montré depuis longtemps que les hommes sont bien plus déviés que les femmes".

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Fagales Canin
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Re: Essentialisme et patriarcat

Messagepar Fagales Canin » 06 déc. 2014, 02:34

Alexandre_VI a écrit : Cette essence est telle qu'elle exclut les femmes des fonctions de responsabilité et de prestige.
[...]
L'essence des femmes sert particulièrement à souligner les défauts qu'on leur impute ainsi que leurs obligations (plus nombreuses que celles des hommes).


À souligner leurs défauts.. mais aussi leurs qualités. Par ailleurs, leurs obligations sont moins nombreuses que celles des hommes, qui ont les devoirs qui découlent de leurs responsabilités (notamment en temps de guerre).

Alexandre_VI a écrit :Il y a bien quelques différences difficilement surmontables entre les hommes et les femmes, mais cela touche avant tout le corps (force musculaire, utérus, etc.) et certainement pas les aptitudes intellectuelles ou l'autorité. Il y a des femmes philosophes, physiciennes et mathématiciennes. Il y a des femmes chefs d'État ou chefs d'entreprise.


D'ailleurs il n'y a pas non plus, en ce qui concerne la masse, de différence insurmontable entre les chevaux et les hommes, n'y a t'il pas des hommes de 400kg quand des chevaux n'en font que 300 ? L'inné a souvent la forme d'une distribution de probabilité mais il n'en est pas moins indépassable. Combien de mathématiciens pour une mathématicienne (à talent égal) ?

Dans les sciences on cherche à découvrir des relations (généralement mathématiques) entre phénomènes et non, comme dans la perspective ancienne, à définir des essences.


On cherche toujours à définir des essences et pour cause : comme le montre l'isomorphisme de Curry Howard, découvrir des relations entre phénomènes c'est exactement la même chose que de chercher à définir des essences, c'est juste une reformulation.

De même, les anciens philosophes parlaient beaucoup de ce qui est naturel, mais ils connaissaient très peu les variations entre les cultures du monde. Des individus qui vivent sur d'autres continents considèrent leur pratiques comme tout aussi normales que les nôtres.


Ils parlaient de ce qui est naturel pour eux, pas pour les autres. Lorsque que l'on dit qu'il est naturel pour une femme de porter son enfant, ce n'est pas nécessairement parce que l'on ignore que les fourmis, elles, pondent des œufs.


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