Y a il toujours de l'espoir ? (Deleuze)

Questions philosophiques diverses sans rapport direct avec Spinoza. (Note pour les élèves de terminale : on ne fait pas ici vos dissertations).

RomainD
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Y a il toujours de l'espoir ? (Deleuze)

Messagepar RomainD » 18 oct. 2014, 17:25

Pour des raisons plus ou moins obscures, qui ne sont sans doute pas sans un certain rapport avec le commentaire qu’à fait Deleuze sur le philosophe Empédocle, je me suis subitement rendu compte, dans un moment de répit, que j’étais en train de virer petit fasciste. S’ensuit une révélation de ce que pouvait être un corps sans organe, je l’ai vu, de plein fouet (je n’arrivai plus à manger, plus à dormir..). En clair, je me suis fait sauter l’organisme. Je fuyais dans tous les sens, tantôt pris sous le coup de violente paranoïa, ou d’expérience presque mystique avec le soleil, moment de grande joie ou j’avais la sensation que les rayons du soleil me rentrait dans le dos et me régénérait de l’intérieur. Plus de passé, plus d’avenir, plus de rêve. Juste la sensation que je devais me trouver une issue à tout prix. J’avais l’impression d’être confronté à une mort certaine, si je ne me dépêchais pas d’y résoudre. Mais j’ai craqué. J’ai voulu faire machine arrière, mais aussi prendre un nouveau départ. Je me suis résolu à abandonner mes études aux beaux-arts, et déclarai que seul m’intéressait la philosophie, donc résolu à m’inscrire en fac de philo. S’ensuit un été hasardeux, où je m’esclaffais devant Kafka, pour une littérature mineure, de Deleuze et Guattari. J’avais toujours espoir d’un renouveau. Mais plus le temps passait, et plus je me trouvais confronté à une seule issue : le suicide. J’ai fait une ou deux tentatives, et depuis cet instant, l’envie de mourir ne m’a presque plus quitter.

Les premiers instants à la fac fut catastrophique. J’avais la vive sensation de ne pas être à ma place. J’ai donc tenu en place pendant un ou deux cours, mais je m’enfuyais aussitôt à toute vitesse, en ayant le sentiment d’être maintenant étranger à tout ce qui m’entourait, du bourdonnement des milieux étudiants, jusqu’aux pavés des ruelles.
Puis, après une autre tentative de suicide, je fus hospitalisé. Pendant 4 mois. Les idées noires se faisaient moins intense, mais je ne voyais pour autant pas d’autre issue. Je pris le mal en patience.

Le reste de l’année, jusqu’à juillet, fut une certaine répétition de ce que avait été l’année passée.
Puis j’ai eu le droit à des chocs électriques, qui ne me convenait pas. Je résolu donc, contre l’avis de tous, de les arrêter de ma propre décision. Je me suis donc dit, pour peu que pauvre était devenu ma vie, il ne me restait quand même le choix. Depuis cet instant, j’ai été obsédé par ce thème du choix.

J’ai eu ensuite un nouveau traitement, qui par ma connaissance, réduirait de plus de 80 % les idées noires. Cela a marché. De surcroit j’ai commencé à sortir avec une patiente de mon pavillon, avec qui je suis toujours avec. Depuis, les idées noires peuvent revenir, mais j’ai en plus de l’espoir. L’espoir de pouvoir aimer de nouveau, commence j’aime les tempéraments un peu autodestructeurs, un peu problématiques.

Ainsi, plusieurs questions me viennent à l’esprit.

Est-il possible, quand une ligne de fuite se transforme en ligne de mort, de destruction, d’extraire un possible amour ?
« A mon gout de la mort, qui était faillite de la volonté, je substituerai une envie de mourir qui soit l’apothéose de la volonté « et Deleuze enchaine : « A mon envie abjecte d’être aimé, je substituerai une puissance d’aimer… » (Dialogues)

Fitzgerald n’est-il pas un exemple d’amour de ce genre ? Le capitaine Achab, qui dans sa haine contre Moby Dick, témoigne tout de même d’un certain amour ?

«Un nagual qui ferait irruption, qui détruirait le tonal, tournerait aussitôt en corps de néant, autodestruction pure, sans autre issue que la mort » Milles Plateaux

Pourrait-on dégager, dans un comportement autodestructeur, une lueur amoureuse ?

Tout ce que je souhaite, c’est d’aimer, sans attendre d’être aimé en retour. Non pas jouer les chefs, mais se situer dans la plus grande discrétion face au monde, se dissoudre dans un milieu urbain, ou l’intérieur et l’extérieur ne veulent presque plus rien dire. Témoigner ainsi, dans l’acte d’écrire par exemple, de son époque.

« Faire un vide, c’est laisser une place à l’autre ».

Y a-il toujours de l’espoir ?

Merci pour votre attention.

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Henrique
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Re: Y a il toujours de l'espoir ? (Deleuze)

Messagepar Henrique » 26 oct. 2014, 19:48

Bonjour Romain,
Votre parcours est chaotique, votre pensée aussi apparemment, je n'ai pas tout compris, mais je crois percevoir une ligne de fond assez claire. Vous avez conscience qu'il y a des idées en vous dont vous n'êtes pas la cause suffisante, du fait même de leur caractère morbide. Mais je ne pense pas que vous vous attendiez à ce forum soit adapté pour traiter spécifiquement de votre cas personnel.

En revanche, vous demandez s'il y a toujours de l'espoir quand on a connu un parcours difficile comme le vôtre, ce qui est assez général pour présenter un intérêt philosophique.

Comme le dit avec justesse Spinoza, à mon avis, l'espoir est une joie incertaine liée à l'image douteuse d'un bien à venir. Or du moment qu'il n'y a pas de contradiction nette entre avoir eu une vie dominée par la tristesse et passer à une vie où la joie l'emporte ; dans la mesure où, dans votre exemple, l'image d'une vie passée en partie en hôpital psychiatrique n'est pas contraire à celle d'une vie tranquillement créative, partagée éventuellement avec quelqu'un qui a connu le même genre de vie, l'espoir est évidemment permis.

Le souci avec l'espoir, c'est que s'il est une joie qui met du baume au cœur, cela reste une joie incertaine. Si vous pouviez parfaitement comprendre les causes qui ont produit votre vie passée ainsi que les moyens d'empêcher que ces causes se reproduisent, ce n'est plus d'espoir qu'il s'agirait, mais de confiance en soi ou de paix intérieure (acquiescentia in se ipso), contemplation joyeuse de votre puissance de produire la vie qui vous convient par laquelle vous avanceriez dans la vie avec la joie de l'enfant qui vient de saisir comment il faut faire pour marcher sans tomber. Avec l'espoir en revanche, va nécessairement la peur : si rien ne vous interdit d'imaginer que le bon l'emportera sur le mauvais, rien ne vous interdit d'imaginer le contraire. Du fait de son incertitude, l'espoir est donc une joie instable, porteuse de sa propre destruction.

Ce que conseille la philosophie de Spinoza à tout homme, c'est de chercher autant que possible à s'appuyer sur ce qui est connu avec certitude plutôt que sur ce qui est douteux. La joie qu'on pourra en tirer sera logiquement beaucoup plus solide et donc durable. Certes, ce qui peut être compris adéquatement, peut paraître bien austère à côté des promesses bariolées et sirupeuses de l'espoir. Mais c'est l'imagination qui est ici maîtresse d'erreur. Car "le mental ne sent pas moins les choses qu'il conçoit par l'entendement que celles qu'il a dans la mémoire." (cette dernière étant une forme d'imagination). On s'imagine que comprendre intellectuellement, c'est ne rien sentir. Mais si vous faites fond sur la puissance que vous possédez dès à présent, si au lieu de penser à l'avenir, vous êtes attentif à votre capacité actuelle de contempler la nature et les interactions entre votre corps et les autres, vous ressentirez une joie qui n'a effectivement pas besoin de récompense. Et vous n'avez donc pas besoin de souhaiter aimer, vous pouvez dès à présent aimer la vie et les vivants. Cette joie peut ensuite vous donner l'impulsion de trouver une autre joie, qui est celle d'écrire, mais cette dernière n'est vraiment possible que si une joie plus immédiate la précède.

Pour aller plus ensuite, si c'est possible, si je prends conscience qu'en tout point possible de la nature, les corps s'étendent et qu'ils le font essentiellement et non par accident, comme expressions nécessaires de la puissance infinie de s'étendre de la nature, je saisis indubitablement que si certains corps peuvent convenir au mien et d'autres disconvenir, il n'y en a aucun qui soit substantiellement différent du mien. Ainsi à l'union déjà effective de mon être avec toute la nature, union sans laquelle je ne pourrais subsister un millième de seconde, puisque je ne suis pas moi-même une substance, peut se joindre la conscience clarifiée de cette union qui est, pour celui qui y est attentif, une satisfaction bien au delà de l'espoir et de la peur.

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Re: Y a il toujours de l'espoir ? (Deleuze)

Messagepar Vanleers » 27 oct. 2014, 11:15

A RomainD et Henrique

Henrique écrit :

« Si vous pouviez parfaitement comprendre les causes qui ont produit votre vie passée ainsi que les moyens d'empêcher que ces causes se reproduisent, ce n'est plus d'espoir qu'il s'agirait, mais de confiance en soi ou de paix intérieure (acquiescentia in se ipso), contemplation joyeuse de votre puissance de produire la vie qui vous convient par laquelle vous avanceriez dans la vie avec la joie de l'enfant qui vient de saisir comment il faut faire pour marcher sans tomber. »

Certes, mais pouvons-nous jamais comprendre parfaitement ces causes ?
La finitude humaine s’y oppose et j’ajouterai même que « ce qui peut être compris adéquatement », non seulement « peut paraître bien austère à côté des promesses bariolées et sirupeuses de l'espoir » mais reste relativement limité.

Et pourtant nous pouvons vivre dans l’acquiescentia in se ipso.

Henrique indique la voie en écrivant :

« Mais si vous faites fond sur la puissance que vous possédez dès à présent, si au lieu de penser à l'avenir, vous êtes attentif à votre capacité actuelle de contempler la nature et les interactions entre votre corps et les autres, vous ressentirez une joie qui n'a effectivement pas besoin de récompense. »

Le problème pratique devient donc : « Comment faire fond sur notre puissance ? » auquel se joint cet autre problème : « Comment naît et s’accroît la “ conscience clarifiée” de l’union “ de mon être avec toute la nature ” ? »

Lire et méditer l’Ethique de Spinoza nous aide à résoudre ces deux problèmes pratiques.

Bien à vous


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