réflexion sur l'anthropologie politique française

Questions philosophiques diverses sans rapport direct avec Spinoza. (Note pour les élèves de terminale : on ne fait pas ici vos dissertations).

Avatar du membre
hokousai
participe avec force d'âme et générosité
participe avec force d'âme et générosité
Messages : 4105
Enregistré le : 04 nov. 2003, 00:00
Localisation : Hauts de Seine sud

Messagepar hokousai » 09 févr. 2008, 15:06

Avez -vous un bon espoir de pouvoir démontrer qu'un dénominateur commun est présent de la droite républiquaine jusqu'à la vieille gauche républicaine?

Avatar du membre
Pej
persévère dans sa puissance d'être ici
persévère dans sa puissance d'être ici
Messages : 147
Enregistré le : 21 nov. 2004, 00:00
Localisation : Chaumont

Messagepar Pej » 09 févr. 2008, 15:25

Pour savoir si le libéralisme peut exister sans générer d'injustices, il faudrait dans un premier temps se mettre d'accord sur ce que l'on entend par "justice" (ce qui n'est pas gagné).
Quant à savoir si le libéralisme est compatible avec l'intervention de l'Etat, Hayek lui-même répond positivement à la question.
Je rebondis enfin sur la question du rapport politique/économique. Il semble aujourd'hui admis que l'économique a pris (ou est en train de prendre) le pas sur le politique. Que le poids du politique par rapport à l'économique dans l'évolution des sociétés n'ait cessé de grandir depuis l'avènement du capitalisme est incontestable. Toutefois, on oublie un peu trop vite à quel point l'économie est dépendante (et le restera) du politique. Qu'il suffise de lire ce qu'en dit Norbert Elias, qui reste définitif à mes yeux :

"Nous sommes accoutumés à distinguer entre l' « économie » et le « politique » et la fonction « politique ». Nous entendons par « économie » un réseau d'activités et d'institutions servant à la production ou à l'acquisition de produits de consommation ou de moyens de production. En parlant d' « économie » nous considérons comme une chose allant de soi que la production et surtout l'acquisition de moyens de production et de biens de consommation se fasse normalement sans menaces et sans recours à la force physique ou militaire. Or, rien n'est moins évident ! Dans toutes les sociétés de guerriers fondées sur l'économie de troc – et aussi dans quelques autres ! – l'épée semble le meilleur recours quand il s'agit de se procurer des moyens de production et la menace un auxiliaire indispensable de la production. Pour voir apparaître ce que nous appelons l' « économie » au sens strict du terme, ainsi que ce mode de compétition que nous appelons la « concurrence », il faut attendre que la division des fonctions soit parvenue à un stade avancé, qu'à la suite de longs combats une administration spécialisée gère les fonctions de domination comme sa propriété sociale, qu'un monopole centralisé et public de l'emploi de la force physique s'étende sur de vastes territoires : car c'est alors seulement que peut s'instaurer une compétition pour les biens de consommation et les moyens de production sans recours à la violence physique."

Norbert Elias, La dynamique de l'Occident (1939), Trad. P. Kamnitzer, Presses Pocket, p. 84.

Avatar du membre
Henrique
participe à l'administration du forum.
participe à l'administration du forum.
Messages : 1184
Enregistré le : 06 juin 2002, 00:00
Localisation : France
Contact :

Qu'est-ce qu'être de gauche ?

Messagepar Henrique » 15 févr. 2008, 03:12

1. De l'intérêt d'envisager droite et gauche dans leur essentialité
Je rejoins sur beaucoup de points Elfiremi et Pej mais je voudrai d'abord poser que l'opposition entre gauche et droite existe en droit avant même que ce nom là soit donné, à la Révolution, même si le mot clarifie un état de fait, tout en l'obscurcissant à certains égards. Si bien qu'aujourd'hui encore nous en sommes à une sorte de bouillie primitive où il n'est pas facile de retrouver quelque chose de bien déterminé. Mais il doit y exister depuis le départ des éléments assez différents pour qu'il puisse ensuite y avoir cette confusion.

En droit donc, droite et gauche désignent deux formes de pensées essentiellement distinctes et non de façon uniquement historique, relative à une époque déterminée. Certes il y a de l'historicité dans les deux cas, mais parler de deux essences distinctes suppose en effet qu'on se situe dans une forme d'éternité, même si celle-ci n'est pas séparable de son devenir historique. C'est comme l'opposition entre monarchie et démocratie, plus simple à comprendre, l'une et l'autre évoluent avec leur temps et varient selon les lieux, mais dans un cas comme dans l'autre, on a des conceptions radicalement et définitivement opposées de la source de la légitimité du pouvoir politique.

2. Qu'est-ce que la politique ?
Mais remonter à une certaine conception de l'homme comme Elfiremi, pour comprendre la raison d'être de cette opposition droite/gauche, c'est adopter cette démarche essentialiste que je suggère. La difficulté est alors de parvenir à ce qui est effectivement nécessaire pour qu'une fois posé, la chose, cette opposition droite/gauche, soit nécessairement posée et qu'une fois supprimée ladite chose soit aussi supprimée et inversement ce qui sans cette chose ne peut ni être, ni être conçu. Voyons la chose avec la démocratie : le peuple est souverain, c'est-à-dire source de la légitimité de toute autorité ; ainsi, où il y a de de la souveraineté populaire, il y a de la démocratie et où celle-ci est supprimée, il n'y a pas ou plus de démocratie (même si le mot reste...) et inversement, sans démocratie, comprise comme exercice par le peuple de son pouvoir d'autodétermination collective, il n'y a pas de souveraineté populaire. Après, les formes varient et s'interpénètrent avec d'autres conceptions de l'origine de la souveraineté mais le fond reste le même tant qu'il y a démocratie.

Mais cela nous conduit à mon sens à quelque chose de plus profond encore et ainsi de plus difficile à trouver qu'une certaine conception de l'homme pour comprendre l'opposition politique entre droite et gauche, j'y vois une opposition épistémologique, qui donne lieu à une conception différente du monde et ainsi, de l'homme, puis enfin de la façon dont peut se définir le bien collectif. Car là est la raison immédiate d'être de cette opposition : la politique est fondamentalement l'art de traiter les conflits entre membres d'un groupe, plus ou moins solidaire, essentiellement par la parole, non par la violence ; elle implique donc la définition d'un bien commun, dont le projet de réalisation doit permettre l'accord des esprits, la concorde plutôt que les conflits. A partir de là, il n'y a pas 50 façons de définir le bien commun.

3. L'approche de droite
La première façon de résoudre les conflits, la plus évidente, consiste à se soumettre à l'autorité et aux avis du plus fort ; car s'il est le plus fort, il sera probablement le mieux en mesure de définir ce qui est bon pour tous, afin de rendre la société elle-même plus forte. Voilà la protohistoire de la droite. Mais aujourd'hui encore, il n'est pas rare de voir un dirigeant de droite, tel que Berlusconi, se faire élire parce qu'il est le plus riche du pays, ce qui fait aussi de lui le plus puissant médiatiquement. A partir du moment où la force d'un individu - puis de la classe sociale qu'il incarne - est au fondement de l'autorité (pouvoir de se faire obéir), ce sont les valeurs particulières, propres aux individus, qui seront mises au premier plan pour définir le bien commun et guider l'action collective : courage, vaillance au combat, mérite lié aux qualités propres des individus, aptitude à se soumettre aux valeurs particulières du chef, émulation plutôt que solidarité, notre intérêt plutôt que celui des autres.

Ces valeurs nécessitent pour être réalisées que l'intérêt et les puissances particulières l'emportent sur les générales, ce qui, dans la pratique, implique non une autonomie des individus par rapport à la société mais une soumission des individus à l'intérêt particulier qui domine alors la société. Et ces valeurs encore, qui ont de par leur particularité l'avantage d'être beaucoup plus immédiatement concrètes que des valeurs plus générales, nécessitent une inégalité fondamentale en termes de vertu (puissance d'incarner ces valeurs) : pour que des courageux existent, il faut pointer des lâches ; pour qu'il y ait des riches méritant leur fortune, il faut des pauvres méritant leur infortune ; pour qu'il y ait des hommes libres, il faut qu'il y ait des hommes soumis.

4.1 L'approche de gauche
La voie de gauche, beaucoup plus difficile, consiste à privilégier la coopération d'égal à égal entre les membres d'une société plutôt que la soumission à un ordre extérieur à ces membres eux-mêmes, qu'il s'agisse d'hommes qui se mettent d'eux mêmes hors de cette société en prétendant lui imposer un ordre qui est celui de son intérêt particulier ou encore de puissances transcendant cette société (Dieu, l'ordre de la Nature de l'Histoire, la Providence, le Marché...) en tant qu'elles servent à justifier l'autorité de quelques uns et à masquer la particularité des intérêts poursuivis.

4.2 Raison d'être de cette approche
La raison principale, à mon sens, de ce choix est le sentiment de la valeur absolue de chacun pour lui-même, une dignité propre à tout individu qui ne peut être remise en cause par les éléments extérieurs de supériorité physique, économique, intellectuelle. Ce sentiment de dignité universelle est au fondement du refus intérieur, voire extérieur de la soumission de quelqu'ordre que ce soit, si sa seule justification véritable est d'être le plus fort. Mais une chose est alors essentielle à toute attitude de gauche authentique : l'égalité en dignité ne saurait se cantonner à la reconnaissance de droits formels ou purement verbaux, elle consiste concrètement dans l'égalité en dignité à gouverner, en même temps qu'en capacité, comme toute société l'impose, à être gouverné. Dès lors, le seul moyen d'éviter de tomber dans une vulgaire lutte d'intérêts particuliers, histoire de voir quel est le plus fort à la fin, est de subordonner les intérêts particuliers à l'intérêt du groupe et, au bout de cette logique, de l'humanité en général : la liberté ou pouvoir de s'autodéterminer, non comme propriété plus ou moins grande des uns par rapport aux autres, mais comme valeur universelle, objet de désir de tout homme ne pouvant exister qu'à mesure que chacun y participe et en jouit également.

4.3 Conséquences pratiques
Ainsi il n'y a de réalisation possible de la pensée de gauche que dans un cadre démocratique dans lequel chaque individu peut s'épanouir humainement comme décisionnaire des orientations concernant la société et ainsi lui-même en tant qu'être social, ce qui implique tous les niveaux de son existence concrète : économiques, culturels, politiques. Toute action politique à laquelle seuls quelques individus participent réellement, même si elle se dit de gauche, ne saurait être effectivement de gauche. En revanche la pensée de droite s'accommode de toutes sortes de formes de régimes et même de la démocratie tant que la participation au pouvoir effectif de gouverner les hommes, n'est admise pour tous que formellement, sachant par ailleurs qu'en son principe même, le fonctionnement démocratique n'empêche pas le particularisme des valeurs choisies pour orienter l'action collective.

4.4 Explication du principe de dignité
En quelques mots, être à gauche du roi, c'est d'abord ne pas se soumettre à la force du simple fait qu'elle est la force ; c'est contester l'utilité d'une telle soumission, au nom de la dignité de tous à gouverner autant qu'à être gouverné ; c'est donc vouloir un ordre social dans lequel la liberté, la paix et la sécurité - à tous les plans de la vie sociale (pas seulement juridiques) - ne sont pas le privilège de quelques uns mais réellement accessibles à chacun. Ainsi, Jaurès pouvait-il dire "Le socialisme est l’individualisme logique et complet. Il continue, en l’agrandissant, l’individualisme révolutionnaire."

4.4.1 Approches non immanentistes possibles
A partir de ce principe d'universalisation des valeurs individuelles - par opposition à leur particularisation à droite-, les approches varient, la représentation du système social dans lequel elles seraient le mieux réalisées, comme les moyens d'y parvenir. Et surtout les raisons assignées à l'affirmation de cet universalisme individualiste varient : on peut, non sans certain paradoxe, essayer de le fonder sur une volonté transcendante, l'égalité de toutes les créatures devant Dieu, ou au contraire, s'appuyer sur une nature propre à l'humanité qui serait d'être libres et tous également raisonnables, nature qui aurait donc été produite antérieurement à l'humanité, par l'Histoire par exemple.

4.4.2 Approche immanente
La voie introduite par Spinoza reste la plus cohérente : la dignité ou valeur individuelle de tout homme n'a pas à se fonder sur un principe objectif, extérieur à l'homme lui-même : toute valeur, à commencer par celle de l'homme lui-même, n'a d'existence qu'immanente au désir humain. Certes le désir est une réalité naturelle, simple expression de la puissance d'extension de la substance unique, mais si le désir est la nature propre de l'homme, alors les valeurs qui en sont l'expression sont immanentes à l'espèce humaine. Cette dignité n'en est pas moins absolue : pas d'humanité adéquatement comprise sans idée de sa propre dignité, c'est-à-dire sans désir d'affirmer sa puissance d'exister plutôt que d'être réduit à affirmer celle d'un autre, qu'on devrait d'abord seconder, pour pouvoir affirmer sa puissance propre.

4.4.3 Dignité humaine et conatus
Tout homme cherche ce qui lui permet de seconder sa puissance d'exister. L'homme de droite croit quand il est en position d'obéir qu'en se faisant le second de la puissance d'exister d'un tiers, qu'il s'agisse d'une volonté divine, de l'Histoire, de la Providence ou encore d'un plus fort, il sera mieux en mesure d'affirmer sa propre puissance et s'il est en position de commander, qu'en faisant d'autrui le second de sa volonté particulière, il augmentera sa puissance. L'homme de gauche a conscience qu'il n'est pas possible d'augmenter adéquatement sa puissance en commençant par se faire le serviteur de la volonté particulière d'un tiers ni en soumettant qui que ce soit à sa volonté particulière : il sent ou il comprend que la vie humaine ne peut s'affirmer adéquatement que dans la communication de puissances reconnues comme valeurs absolues, ce qui interdit de faire qui que ce soit un simple moyen au service d'une volonté quelconque. Cf. E4P37 : à partir du moment où je me place au niveau de la généralité des notions communes, ce que je désire, notamment la liberté, je le désire également pour les autres hommes.

5. Fondement épistémologique de la pensée politique
Si donc je ne me trompe pas dans la détermination des pensées de droite ou de gauche, entre servir des hommes considérés comme incarnant une humanité supérieure ou au contraire servir l'humanité en général, la différence est d'abord d'ordre épistémologique. Dans un cas, l'approche du bien commun est empirique, attachée à des valeurs particulières, plus facilement discernables comme concrètes. Dans l'autre, l'approche est rationnelle, la pensée de ce qui est commun à tout homme l'emporte sur ce qui les oppose et conduit à une logique de la soumission aux intérêts particuliers, exclusifs les uns des autres.

5.1 Origines empiristes de la pensée de droite
Voilà pourquoi je dis que l'empirisme, de Montaigne, de Hume et de son disciple Smith ou encore de Hobbes ou de Joseph de Maistre (l'idée d'une révélation supérieure à la raison humaine relevant encore d'une expérience supposée supérieure à l'ordinaire) conduit à une pensée de droite, conservatrice dès qu'il s'agit de maintenir en droit ou simplement en fait le "droit" des plus forts, considérés comme les meilleurs (Hobbes, de Maistre) ou les moins mauvais (Montaigne, Hume) ; "libérale" s'il est nécessaire d'accorder une égalité simplement formelle à chacun, tout en s'arrangeant à maintenir surtout pour les plus forts la liberté de soumettre le reste de la société à leurs intérêts, tout en affirmant comme la droite l'a toujours fait que cette soumission était la condition du seul véritable intérêt général qui soit. Comme l'avait bien vu Pascal, ayant renoncé à faire que le juste soit fort, parce qu'on en dispute, on a fait en sorte que la force soit dite juste. Et le scepticisme, auquel conduit l'empirisme, vis-à-vis de tout effort de cohérence rationnelle reste d'un point de vue de droite une des meilleures armes contre la remise en cause de l'ordre existant au nom d'idées issues du raisonnement.

5.2 Le rationalisme de la pensée de gauche
En revanche, là où il est rationaliste, un Descartes est clairement de gauche : non soumission de la pensée scientifique à la pensée religieuse, qui dominait par l'intermédiaire du bras armé de la politique, en vue de son intérêt exclusif, incapable de s'adapter harmonieusement aux autres aspects de la pensée et de la vie humaine. Si Descartes a su faire preuve d'un courage de gauche dans le domaine scientifique, il n'en a pas été de même dans le domaine politique, précisément parce qu'il a renoncé à continuer d'y partir de la raison plutôt que de l'expérience. Spinoza reste celui qui inaugure de façon systématique un rationalisme intransigeant appliqué y compris aux questions morales et politiques que se réservait la religion le plus expressément.

5.3 Le criticisme dans tout ça
Kant, dans ce cadre, me semble plus de gauche que de droite, disons de centre gauche. On sait quel fût son intérêt pour la Révolution française. On sait cependant qu'il se proposa de critiquer la raison pour rendre à la foi ses droits sur la puissance dissolvante du raisonnement, le spinozisme apparaissant de ce point de vue comme l'aberration suprême. Mais même "critique" vis-à-vis de la raison, au nom même de la raison, il reste rationaliste, ce qui le conduit à poser la supériorité du droit de la raison sur le fait de la force, et ainsi à nier qu'il puisse y avoir quelconque légitimité à traiter autrui comme simple moyen (ce qui l'amène notamment à critiquer le salariat comme condition proche du servage, Doctrine du droit §30).

Il me paraît clair qu'en partant d'une conception de la liberté comme pouvoir absolu de commencement, donnée à la naissance, il ne pouvait envisager aussi distinctement que Spinoza l'idée d'une liberté à conquérir collectivement. Mais, tout en partant de cette pensée qui reste très chrétienne, il parvient à concevoir l'idée d'un Etat cosmopolite par lequel l'homme prend enfin en main sa destinée. Certes, il suppose encore une nature qui sachant mieux que l'homme ce qui est bon pour lui le met sur le chemin difficile de cet accomplissement, par l'insociable sociabilité, mais c'est au final pour être poussé à devenir plus libre. Kant ne peut donc être à l'évidence un conservateur, mais guère plus un libéral, malgré cette valorisation de l'insociable sociabilité qui ressemble beaucoup à l'idéologie de la concurrence généralisée, car alors la liberté est bien à conquérir, à développer et non une donnée naturelle qui ferait de la concurrence un absolu indépassable. Enfin, quel homme de gauche peut ne pas se reconnaître sur l'essentiel de "Qu'est-ce que les lumières ?"

Pour finir, j'ai été agréablement surpris de découvrir il y a peu un passage de l'abécédaire de Deleuze qui m'avait échappé où il suggère une approche des notions de droite et de gauche proche de celle que je viens d'esquisser et qui demanderait à être encore beaucoup dégrossie.
Cf. extrait sur Rue89 et transcription.

Avatar du membre
hokousai
participe avec force d'âme et générosité
participe avec force d'âme et générosité
Messages : 4105
Enregistré le : 04 nov. 2003, 00:00
Localisation : Hauts de Seine sud

Messagepar hokousai » 16 févr. 2008, 00:02

Ce qui caractérise la gauche serait :
Le désir d’autodétermination universelle ( ie non pour moi seul mais pour tous ) et en conséquence le désir des conditions d’existence de cette liberté , et puis cette liberté effective .

Il va de soi que la pensée de gauche si elle ne se veut pas utopique pense aux moyens .
Les moyens sont la démocratie (je cite Henrique) le cadre démocratique dans lequel chaque individu peut s'épanouir humainement comme décisionnaire des orientations concernant la société et ainsi lui-même en tant qu'être social, ce qui implique tous les niveaux de son existence concrète : économiques, culturels, politiques.

Supposons l’ homme auto déterminable . Ses décisons concernent divers objets ( lui même, ses proches , des objets lambdas )
Pramis ces objets lambda , la délégation du pouvoir de décision législatif à des tiers ( les élus à plusieurs niveaux )

Le citoyen n 'a pas pouvoir de décison directe sur tous les niveau de son existence concrète (.économiques, culturels, politiques) .Au dela de sa sphère privée , il a le pouvoir de choisir des délégués lesquels eux ont pouvoir de décision (législatif ) .

Ceci est le cadre démocratique ordinaire ,
certes, mais je demande comment imaginer avec suffisamment de crédibilité, un cadre démocratique moins ordinaire et satisfaisant aux exigences posées par Henrique .

Hokousai

Avatar du membre
Pej
persévère dans sa puissance d'être ici
persévère dans sa puissance d'être ici
Messages : 147
Enregistré le : 21 nov. 2004, 00:00
Localisation : Chaumont

Messagepar Pej » 17 févr. 2008, 19:20

Sur l'anthropologie sous-jacente à toute idéologie, on peut aussi renvoyer au chapitre VII du livre de Carl Schmitt, La notion de politique, justement intitulé "Les fondements anthropologiques des théories politiques". Il me semble que l'analyse de Carl Schmitt est très éclairante.

Avatar du membre
hokousai
participe avec force d'âme et générosité
participe avec force d'âme et générosité
Messages : 4105
Enregistré le : 04 nov. 2003, 00:00
Localisation : Hauts de Seine sud

Messagepar hokousai » 17 févr. 2008, 23:00

On peut se demander si la thèse deC S n'est pas elle même idéologique .La question de la science dans ce domaine est celle de la dernière instance ( ou de la première cause ou de la cause principale )
La question est alors :"quelle est l'origine de l' anthropologie ?"

Avatar du membre
Pej
persévère dans sa puissance d'être ici
persévère dans sa puissance d'être ici
Messages : 147
Enregistré le : 21 nov. 2004, 00:00
Localisation : Chaumont

Messagepar Pej » 18 févr. 2008, 13:52

Je ne saisis pas trop le sens de votre remarque. :oops:

Avatar du membre
hokousai
participe avec force d'âme et générosité
participe avec force d'âme et générosité
Messages : 4105
Enregistré le : 04 nov. 2003, 00:00
Localisation : Hauts de Seine sud

Messagepar hokousai » 18 févr. 2008, 21:40

Je vous demande si Carl Schmitt vous a éclairé sur les fondements de l'anthropologie

Avatar du membre
Louisa
participe avec force d'âme et générosité
participe avec force d'âme et générosité
Messages : 1725
Enregistré le : 09 mai 2005, 00:00

Messagepar Louisa » 20 févr. 2008, 01:49

Henrique a écrit :4.1 L'approche de gauche
La voie de gauche, beaucoup plus difficile, consiste à privilégier la coopération d'égal à égal entre les membres d'une société plutôt que la soumission à un ordre extérieur à ces membres eux-mêmes, qu'il s'agisse d'hommes qui se mettent d'eux mêmes hors de cette société en prétendant lui imposer un ordre qui est celui de son intérêt particulier ou encore de puissances transcendant cette société (Dieu, l'ordre de la Nature de l'Histoire, la Providence, le Marché...) en tant qu'elles servent à justifier l'autorité de quelques uns et à masquer la particularité des intérêts poursuivis.


merci beaucoup pour ton exposé très clair.

Quant à la gauche: il me semble que la réflexion d'Elfiremi a tout de même une certaine pertinence.

D'une part, je ne suis pas certaine que la droite va se reconnaître dans le tableau que tu viens de brosser d'elle. Pourtant, si l'on veut caractériser la droite dans son "essence", il faudrait trouver une façon de la décrire qui moralement parlant ne la dévalorise pas. Dire qu'elle ne préconise que la soumission tandis que l'égalité serait une valeur de gauche ... n'est-ce pas oublier que la droite sarkozyste (et les "sarkozystes" qui participent à ce forum) ne serait pas du tout d'accord avec cela?

D'autre part - et pour la raison que je viens de mentionner - il me semble que l'idée d'Elfirémi (si je l'ai bien comprise) de faire la distinction entre la gauche et la droite sur base d'un partage "individualisme - son inverse" est plus pertinente. Et alors on peut, malgré tout, cataloguer Kant à droite de l'échiquier politique. Car nonobstant toutes ses "bonnes intentions", Kant aurait alors néanmoins préparé la voie à une pensée politique de droite, du fait même qu'il a inventé un individualisme assez absolu.

Tu réfères à Deleuze: n'est-ce pas lui qui, dans l'Abécédaire, dit que la gauche se caractérise par la série "le monde -> Europe -> mon pays -> ma ville -> ma rue -> ma famille -> moi", tandis que la droite se caractérise par la série inverse, comme le disait si bien Le Pen: d'abord moi-même, puis ma famille, puis mon voisin et ainsi de suite?

On peut alors comprendre ceci dans un sens "moralisateur", comme tu sembles le faire (si je t'ai bien compris), et dans ce cas le fait de commencer par le "moi" serait plus "égoïste" que la série inverse. Mais alors on fait des gens de droite des gens "immoraux". Je n'y crois pas. Quand je discute avec eux (et avec des gens "fidèles" à l'extrême-droite), je sens parfois une toute aussi grande passion pour la vérité et le bonheur humain et social que chez certains gens qui revendiquent l'étiquette "de gauche".

C'est donc tout l'intérêt de l'analyse d'Elfiremi, il me semble: c'est de "dé-moraliser" le discours concernant l'opposition "gauche-droite", c'est-à-dire d'essayer de décrire cette opposition en des termes non moralisateurs, mais "anthropologiques" (autrement dit: en parlant des "vices" comme si ce n'étaient que des "figures et des plans", "more geometrico. Si à la base on trouve une AUTRE conception de ce que c'est que l'homme, on ne sait plus dénoncer la droite comme étant "égoïste" voire "méchante". On doit plutôt se demander pourquoi pas mal de gens n'ont PAS l'impression que l'homme est un animal social, mais plutôt un individu à part entier. Et là Kant me semble être une source fort intéressante. Puisque lui aussi, pour autant que je l'ai compris, définit l'homme comme étant avant tout un individu, et non pas un être qui ne se constitue que dans ses rapports sociaux. C'est là, je crois, l'essence éventuelle d'une distinction gauche-droite. Ou disons que c'est plutôt là que je la cherche, pour l'instant.

PS à Pej: merci pour la référence concernant Schmitt, qui était en effet intéressant à (re)lire! Seulement, Schmitt, dans le chapitre que tu cites, part d'un opposition qu'on pourrait dire "gauche-droite" basée sur une conception anthropologique très précise: celle qui oppose l'homme naturellement bon à l'homme naturellement mauvais. Il me semble que tout le mérite de Spinoza, c'est d'abandonner ce genre de réflexions pour passer à l'opposition "individualisme - animal social", où l'homme n'est ni naturellement bon, ni naturellement mauvais/méchant, mais où le bon et le mauvais deviennent eux-mêmes "relatifs", c'est-à-dire propre à tel ou tel mode, et non pas des valeurs absolues.

Avatar du membre
Henrique
participe à l'administration du forum.
participe à l'administration du forum.
Messages : 1184
Enregistré le : 06 juin 2002, 00:00
Localisation : France
Contact :

Messagepar Henrique » 23 févr. 2008, 17:28

hokousai a écrit :Ce qui caractérise la gauche serait :
Le désir d’autodétermination universelle ( ie non pour moi seul mais pour tous ) et en conséquence le désir des conditions d’existence de cette liberté , et puis cette liberté effective .

(...)

Le citoyen n 'a pas pouvoir de décison directe sur tous les niveau de son existence concrète (.économiques, culturels, politiques) .Au dela de sa sphère privée , il a le pouvoir de choisir des délégués lesquels eux ont pouvoir de décision (législatif ) .

Ceci est le cadre démocratique ordinaire ,
certes, mais je demande comment imaginer avec suffisamment de crédibilité, un cadre démocratique moins ordinaire et satisfaisant aux exigences posées par Henrique .

Hokousai


Une société juste, c'est-à-dire simplement acceptable comme état dans lequel la plus grande concorde peut régner, serait une société où chacun peut vivre et s'épanouir librement sans avoir à subir l'arbitraire de la force, qu'elle soit économique ou militaire.

La droite conservatrice dit "dans ses fondements, la société actuelle est déjà juste, car ceux qui détiennent la force sont les mieux à même de diriger le reste de la population, pour son plus grand bien", autant dire que la droite conservatrice considère avec peu d'égards la justice conçue comme la reconnaissance de la capacité de raisonner de chacun et donc de s'autodéterminer.

La droite libérale veut bien reconnaître qu'il y a injustice lorsqu'on contraint des hommes à subir un ordre qui n'est pas fondamentalement l'expression de l'intérêt de tous mais celui de quelques uns, les plus forts justement. Elle voudra bien reconnaître par exemple que le fait d'imposer à des salariés de travailler toujours plus pour renforcer toujours plus le capital, sous la pression du chantage de la délocalisation et du chômage, ce n'est pas joli, joli. Mais elle sortira alors son "logiciel" de la modernité : 1) TINA ("there is no alternative" comme aimait à le répéter quotidiennement M. Thatcher), 2) s'il y a des situations socialement injustes, ce n'est pas à cause des plus forts qui abusent de leur position mais d'une sorte d'ordre naturel international, qu'on appellait autrefois la Providence et plus communément aujourd'hui le Marché, dont personne n'est responsable, 3) donc, plus on "libérera" les plus forts des contraintes légales et sociales qui les empêchaient d'être encore plus forts, plus on aura des locomotives assez puissantes pour nous sortir de l'injustice et de la misère sociale. Ainsi, renforçons ceux qui - par la force des choses - nous oppriment, et si tout se passe bien, ils n'auront plus à nous opprimer ou au pire, ils n'auront pas à nous opprimer encore plus. Au final, il s'agit bien de revenir à cette croyance conservatrice selon laquelle, ceux qui sont en position de domination, quand bien même en abusent-ils pour servir quasi-exclusivement leurs intérêts, sont ceux qui méritent le mieux et sont le mieux à même de nous gouverner effectivement.

La gauche révolutionnaire pose que la démocratie parlementaire n'est qu'un faux semblant d'expression de la volonté populaire en faveur de telle ou telle politique quand les véritables décisions concernant la vie concrète des gens se prennent sur leur lieu de travail, par les dirigeants au service du capital. Elle en vient alors à refuser toute alternative politique aux choix qu'elle prendra au cas où elle aurait le pouvoir, non seulement politique et militaire mais aussi et surtout économique. Au final, le pouvoir change de main mais il redevient assez vite l'expression de l'intérêt de quelques uns au détriment de celui de tous.

La gauche authentiquement réformiste dit : on ne peut changer du jour au lendemain l'ordre politico-économique qui est le résultat de centaines d'années d'histoire de l'humanité, sans risquer de tomber dans des injustices plus grandes encore, mais on peut en prenant le pouvoir politique faire passer des lois qui en réduisant les marges de manoeuvre des plus forts permettent des compromis sociaux, un rééquilibrage des rapports entre travail et capital, tels que chacun pourra vivre non sans jamais avoir à être confronté à quelque force arbitraire que ce soit mais en pouvant l'affronter, à armes égales, en pouvant compter sur le soutien de la force publique.

En ce sens, le problème n'est pas le cadre démocratique ordinaire en tant que tel, dans la mesure où il peut être l'expression d'une volonté collective dépassant les intérêt particuliers en les enveloppant - ce qui revient à une autodétermination collective. Le problème c'est l'organisation de son impuissance et de sa soumission aux intérêts financiers privés : cession systématique des biens publics au privé, biens publics (tels que l'eau, les moyens de transport et de communication qui ne peuvent être que collectifs etc.) qui permettaient à l'Etat de peser dans la balance économique et de reprendre les rennes en cas d'errements des intérêts privés ; constitutionnalisation - en droit ou de fait - du néolibéralisme comme horizon indépassable de toute politique européenne etc.

Mais qu'il y ait des réformes à envisager dans la cinquième république, pour que la voix du peuple soit beaucoup plus fermement et précisément écoutée, respectée et appliquée, cela va de soi. La présidentialisation extrême de notre république est à l'évidence un obstacle à la prise en main par la population de ses responsabilités civiques : maintenir un monarque de plus en plus proche de ce qu'on appelait un dictateur dans la Rome antique reste une façon commode de maintenir l'illusion qu'il est possible pour un peuple de confier sa souveraineté à quelqu'un pour que le meilleur usage en soit fait, dispensant ainsi du difficile travail d'être libre.


Retourner vers « Questions de philosophie »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 5 invités