hokousai a écrit :Ce qui est très paradoxal et inquiétant, pour immanente que l'immanence soit il est très difficile de la penser. On aurait pu espérer que ce qui est le plus réel (l' immanence) soit le plus aisément accessible à la pensée claire et distincte ... ce n'est pas le cas.
Pourtant, penser est un bien acte d'immanence (quels que soient les contenus de transcendance qui peuvent imprégner telle ou telle pensée). La question semble plutôt pourquoi avoir mis de la transcendance partout. Parce que dans un sens, c'est bien la transcendance qui est difficile à penser, absurde presque dans une perspective de compréhension... dans la mesure où il faut y croire. Le problème, c'est que de par son statut, elle est posée comme cause (et la pensée cherche des causes). Il semble que la réponse soit dans le pourquoi avoir tant cherché à savoir plutôt qu'à comprendre (qui ramène au problème du savoir/pouvoir).
C'est sûr qu'il est difficile d'évacuer la représentation. Pour moi la plus grosse difficulté, c'est qu'elle me semble parfaitement adaptée à la mémoire (la mémoire des mots en tous cas), que la mémoire semble s'y orienter comme un poisson dans l'eau, semble capable de retrouver sans cesse ses repères, et ce à partir de seuls fils conducteurs qu'on a suivi un jour et qu'elle semble avoir intégré : on cherche un mot à partir de ce qu'il représente pour nous, et la mémoire le retrouve (on ne sait où). C'est comme un circuit (logique) qu'elle saurait reproduire, qu'elle aurait l'habitude d'emprunter, en rapport avec notre représentation du monde : comme si cette représentation était tellement prégnante que la mémoire en soit imbibée.
Si tel est le cas, ce sera pas facile de s'en passer (de la représentation), et ce d'autant qu'on pense à partir de la mémoire... enfin disons plutôt que la mémoire stocke la matière à penser. Tant de facilité semble donc être un piège inhérent à la mémoire (et la représentation une caricature de la pensée, et ce sans doute parce que le contenu de la mémoire est imprégné de transcendance de par notre histoire).
Ceci dit, ce qui est étrange quand même, c'est de s'être si facilement et si longtemps laissé berner par la représentation. Et Deleuze a bien raison d'insister sur les méfaits du bon sens et du sens commun. Regarde où on en est : un monde de mots d'où toute réflexion n'émerge que via l'interprétation incorrecte, le mot fautif, la mal pensance par rapport à une représentation normalisée par la mondialisation de la bêtise.
hokousai a écrit :Même si je fais l'impasse, il y a toujours un moment où je ne peux pas évacuer le fait que je me re-présente (à un certain niveau du moins). Il est extrêmement difficile d'évacuer les filtres (à minima les organes des cinq sens et le cerveau).
Je crois au contraire qu'il faut réintégrer les filtres des sens, repartir de l'empirisme, de l'expérimentation des choses, pour arriver à penser sérieusement (l'immanence). Sinon ta pensée "pure" risquera toujours de se réduire à de la simple logique (c'est pas sérieux, une logique de l'interprétation).
La représentation, c'est de l'interprétation, et c'est insuffisant. La philo doit partir d'intuitions directement issues du vécu si elle veut nouer le réel à l'être, la pensée au réel, l'être à la pensée (on n'en sort pas).
PS : Je voudrais encore dire aussi un truc sur les filtres (c'est toi qui emploies le mot). Si tu admets cinq six différents medium en nous (cinq sens + le cerveau), que sont ces medium sinon des outils de la pensée, et à partir de là comment les envisager, c'est-à-dire les penser autrement que comme des altérités ?