Si l'Homme brise la nature, la nature brise l'Homme (LAO TSEU)

Questions philosophiques diverses sans rapport direct avec Spinoza. (Note pour les élèves de terminale : on ne fait pas ici vos dissertations).

Sylv0
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Si l'Homme brise la nature, la nature brise l'Homme (LAO TSEU)

Messagepar Sylv0 » 25 sept. 2019, 11:33

Bonjour tout le monde.
Je me présente Sylvio et je suis membre depuis peu. Je travail en tant que photographe professionnel et militant pour la nature dans mes heures perdues.
Je voudrais attiré votre attention sur un sujet vraiment très intriguant. comme je l'ai mis au titre un phrase philosophique qui correspond parfaitement au topique. Donc je voudrais vous sensibiliser à la protection de notre chez sois, notre grande bleue , d'où à la préservation même de notre existence concrètement. Aujourd'hui les scientifiques appellent ce phénomènes de destruction massives L'EXTINCTION DE L'HOMME PAR L'HOMME. Ceci est quasi inévitable mes chers amis, mais on peut néanmoins encore faire quelque chose https://blogs.mediapart.fr/patricekrysz ... -trop-tard , le soutient et surtout nos actions de bienfaits sur la planète même, petite soit elle fera une grande différence. il n y pas de terre de rechange ou de planète de rechange (SPARE EARTH, SPARE PLANET) on n a que la terre, préservons la. Merci

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Henrique
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Re: Si l'Homme brise la nature, la nature brise l'Homme (LAO TSEU)

Messagepar Henrique » 29 sept. 2019, 11:11

Je ne sais pas si la citation choisie est bien de Lao Tseu mais elle est discutable.
Certes, nous avons un problème avec l'écosystème compatible avec notre existence à cause des excès de notre espèce et il serait souhaitable qu'assez de gens réduisent leur impact sur cet écosystème. Mais si cet écosystème finit par être détruit, la planète ne sera pas détruite, un autre écosystème interviendra, compatible avec la vie complexe que nous connaissons ou pas. Et à plus forte raison la nature qui englobe toutes les planètes, les étoiles, les galaxies et les univers possibles ne saurait être détruite par l'homme.

La seule chose que l'homme peut détruire, c'est lui-même et ce qui est fondamentalement de même nature que lui à savoir les organismes biologiques qui l'entourent et rendent possible son existence. Mais la plupart des hommes se croient d'une nature différente du monde qui les environne, ils croient comme le montre Spinoza, qu'ils ont une conscience et une liberté qui ferait d'eux des quasi-dieux par opposition aux choses qui l'entourent, qui seraient inertes et sans conscience. La philosophie de Spinoza montre au contraire que tout ce qui existe dans la nature vit et se connaît à des degrés divers. Bien que sous l'influence de Descartes et pas assez de sa propre philosophie, il ait eu tendance à finir par dire que seuls les humains comme nous étaient de même nature et donc à préserver pour eux-mêmes, sa philosophie mène plutôt à l'idée qu'en maltraitant notre environnement et aussi en agissant avec cruauté envers des êtres capables de souffrir comme les animaux, c'est à nous-mêmes que nous nuisons autant qu'à nos victimes.

L'origine de ce préjugé selon lequel il y aurait nous au dessus de la nature, et non pas nous dans la nature, Rousseau l'a bien cerné : c'est la mauvaise compréhension de nos intérêts véritables à partir de l'invention de l'agriculture. Mauvaise compréhension qui a donné l'appropriation privée des terres, et donc les inégalités sociales entre possédants et travailleurs, l'élevage et donc la conquête de nouvelles terres pour nourrir le bétail (Platon l'avait vu aussi dans sa République), c'est-à-dire les guerres, l'esclavage, le patriarcat, la misère... pour arriver finalement à l'épuisement des ressources de notre planète pour gaver une minorité alors que beaucoup meurent encore de faim ou de malnutrition.

Alors réduire les plastiques, oui, rouler moins, éviter l'avion, c'est possible mais autant s'attaquer à la racine du mal : militer pour la socialisation des terres et des richesses de la planète, les reprendre à ceux qui les ont volées à l'humanité, pour en permettre une gestion démocratique compatible avec l'intérêt général, gestion qui ne garantit pas absolument contre les erreurs, mais sera toujours meilleure à prendre que celle confiée à des individus qui se croient eux-mêmes d'une nature foncièrement différente des humains qu'ils exploitent et qui peuvent se dire que quand la planète aura gagné cinq degrés, il y aura toujours pour eux et leur descendance quelques lieux préservés sur la planète que leur argent leur permettra d'obtenir.

Et en attendant, ce qui est à la portée de chacun à titre personnel et qui sera d'un impact beaucoup plus puissant que réduire les plastiques, c'est d'arrêter ce qui a immédiatement suivi l'appropriation individuelle de la terre et qui y a peut-être même conduit : c'est de ne plus recourir l'esclavagisation des animaux qu'on appelle l'élevage, qui a préludé à celle des humains. La première cause de réchauffement climatique, de destruction des forêts et de gaspillage de l'eau potable, c'est le désir de viande, la croyance qu'il faut manger les plus faibles pour qu'ils ne nous mangent pas.
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Re: Si l'Homme brise la nature, la nature brise l'Homme (LAO TSEU)

Messagepar Crosswind » 09 oct. 2019, 14:27

Henrique a écrit : autant s'attaquer à la racine du mal : militer pour la socialisation des terres et des richesses de la planète, les reprendre à ceux qui les ont volées à l'humanité, pour en permettre une gestion démocratique compatible avec l'intérêt général


Il y a une chose que je n'ai jamais comprise : en quoi l'intérêt général devrait-il primer sur l'intérêt particulier, si ce n'est pour des raisons idéologiques? Je ne suis pas de ceux qui défendent l'égoïsme libéral et prône, promeut plutôt, une forme humaniste traditionnelle de nos actes : l'accès au savoir, aux soins, au confort moderne pour tous. Le programme est bien entendu très difficile à mettre en œuvre, pour ne pas dire impossible. Mais si je promeus cette vision, ce n'est en rien en vertu d'un principe supérieur : je pense profondément que le bourreau de DAESH ne fait pas plus le Mal que quelqu'un d'autre. Qu'il fasse souffrir des animaux sensibles, d'accord. Mais encore? C'est la nature, rien de plus. J'arrêterai ce bourreau si j'en avais les moyens, car ma sensibilité propre me pousse à préserver les êtres que je pense être sensibles de toute souffrance que j'estime inutile. Mais cela ne va pas plus loin.

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Henrique
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Re: Si l'Homme brise la nature, la nature brise l'Homme (LAO TSEU)

Messagepar Henrique » 13 oct. 2019, 17:38

Crosswind,
Il n'y a probablement pas de raison "en soi" ou "dans la nature" de préférer l'intérêt le plus grand au plus petit. D'un point de vue spinoziste, la nature ne fait pas de différence entre aider quelqu'un ou le trucider, mais nous, êtres sensibles et limités, nous en faisons une. C'est ce que Spinoza explique au début de la quatrième partie de l'Ethique. Il n'y a pas de devoir être moral autrement dit de préférable dans la nature mais il y en a un pour les êtres naturels comme l'homme mus par un conatus et une capacité de raisonner. La raison nous commande de préférer entre deux maux le moindre et entre deux biens le plus grand (E4P65). Il est évident que l'intérêt général est par définition plus grand que l'intérêt particulier.

L'intérêt général, quand il peut exister, implique nécessairement l'intérêt particulier alors que l'intérêt particulier peut entrer en conflit avec l'intérêt général, c'est ce qu'on appelle l'égoïsme. L'intérêt général comme l'a perçu Spinoza il me semble et comme Rousseau l'explique, n'est pas la somme des intérêts particuliers, nécessairement incompatibles entre eux, mais ce qui reste de commun à toutes les volontés quand tout ce qu'il y a de contradictoire entre les volontés particulières s'est annulé mutuellement. Si A veut étrangler B et que B refuse parce qu'il veut vivre, il reste le vouloir vivre commun à A et à B.

Nous voulons tous une vie épanouie et libre dans laquelle nous serions à la fois en accord avec nous-mêmes, avec la société de nos semblables et avec l'ensemble de la nature. Le bien commun est ce qui peut y conduire, l'égoïsme et la violence ce qui y fait obstacle. Un homosexuel qui chante les sentiments humains et donne à ceux qui l'écoutent l'inspiration pour surmonter ses peurs et ses limites agit dans le sens de l'intérêt général, quelles que soient les conséquences effectives et accidentelles de son action (par exemple le meurtrier qui n'a pas tout compris et se sent motivé à surmonter sa peur de la répression policière). Le boucher de Daech qui égorge des gens qui ne comprennent pas pourquoi il faudrait se plier à sa vision bien particulière d'une religion particulière, lui, veut ce qu'il ne veut pas : la violence au service d'une paix de l'âme supposée, le bien de tous au moyen du bien de certains au détriment de celui de bien d'autres...

Là où on pourrait interpréter la citation supposée de Lao Tseu à l'origine de ce fil, dans un sens spinoziste, notamment avec le Traité Politique, ce serait en disant que "si l'homme méprise les lois de la nature, la nature détruit l'homme" : en effet, si un aviateur décide d'ignorer son besoin en oxygène à très haute altitude, la nature va le détruire ; de même pour prendre un exemple spinoziste, si un dirigeant politique ignore que s'ils se sentent en état d'insécurité à cause de lui, les dirigés seront conduits tant par la passion aveugle que par la raison à vouloir le détruire. Il n'y a pas ici d'intention et encore moins de vengeance de la nature mais une simple question de logique et de cohérence.
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