CT 1, 8 - essence objective dans l'entendement ?

Questions et débats touchant à la nature et aux limites de la connaissance (gnoséologie et épistémologie) dans le cadre de la philosophie spinoziste.
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YvesMichaud
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CT 1, 8 - essence objective dans l'entendement ?

Messagepar YvesMichaud » 27 juil. 2005, 23:28

Spinoza, Court Traité, Ch. 1, #8 a écrit :De tout cela résulte la démonstration du deuxième point, à savoir que la cause de l'idée qu'a l'homme n'est pas son pouvoir de forger, mais quelque cause extérieure qui l'oblige à concevoir telle chose plutôt qu'une autre, et cette cause ne consiste en rien d'autre sinon que les choses existent formellement et sont plus proches de lui que d'autres dont l'essence objective est dans son entendement.


Je ne comprends pas la dernière partie. Quelles sont ces choses qui sont moins proches de l'homme et dont l'essence objective est dans son entendement?

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hokousai
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Messagepar hokousai » 28 juil. 2005, 02:46

cher Yves

Question judicieuse . La bonne méthode ( cf le traité de la réforme de l’entendement ) permet de conclure que "les choses ayant commerce avec la nature comme toues celles qui existent dans la nature seront connues et leur essence objective auront entre elle le même commerce , ie d’autres idées s’en déduiront ""
La connaissance est ouverte sur la nature (ou en commerce avec ) et sur " ce qui représente la source et l’origine de la nature toute entière "

Dire les choses existant formellement sont plus proches de lui(de l’homme ) que d'autres dont l'essence objective est dans son entendement, signifie (peut être )que les idées d'essences objectives ne se causent pas mutuellement .Il faut sans doute comprendre que l’esprit humain ne se développe pas en autonomie puisant ses forces dans une réserve d ‘essences objectives ( qui sont en fait ces certitudes ),que ces certitudes ne suffisent pas à créer un mouvement de la pensée mais que le mouvement est celui de la nature toute entière .La juxtaposition statique d’essences objective ne fait pas une pensée .

Hokousai

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Louisa
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Messagepar Louisa » 28 juil. 2005, 10:57

Bonjour Yves et Hokusai,

Yves a écrit :Quelles sont ces choses qui sont moins proches de l'homme et dont l'essence objective est dans son entendement?


je dirais: la licorne ou le spinozoïde pe. Nous avons leur essence objective dans notre entendement, c'est-à-dire, nous avons une idée vraie de ce que c'est qu'une licorne, dans le sens ou nous "voyons clairement et distinctement [ce] qui appartient à la nature" de la licorne (cheval avec corne unique au milieu du front). Voir note 2 du CT Ch.I,2.

Mais la licorne n'existe pas matériellement, contrairement au cheval. Le cheval, on peut le toucher, la licorne pas. Le cheval est donc plus 'proche' de nous que la licorne, parce que d'un cheval, on ne peut pas seulement avoir une essence objective, c'est-à-dire une idée vraie (TRE 33-36), on peut aussi en faire une rencontre 'matérielle'.

Spinoza se base sur l'adagio scolastique (repris notamment pas St.Thomas) que l'existence est un accident de l'essence, ce par quoi déjà Avicenne pe expliquait qu'il soit possible d'avoir une idée de quelque chose qui n'existe pas. C'est que seulement pour Dieu, l'essence enveloppe l'existence. Pour les choses créées, essence et existence (matérielle) sont deux choses différentes. Note 2: "Tout ce que nous voyons clairement et distinctement appartenir à la nature d'une chose, nous pouvons l'affirmer en vérité de la chose" (autrement dit: on en a une idée vraie). Mais l'être ou l'existence n'est pas un attribut qui appartient à la nature de la licorne. Cela ne vaut que pour Dieu, à la nature de qui appartient une infinité d'attributs, et donc forcément aussi l'attribut 'être' ou 'exister'.
Nous pouvons donc avoir une idée vraie de la licorne (ou d'un cheval qui serait en même temps un oiseau, pour reprendre l'exemple de Spinoza), c'est-à-dire en avoir une essence objective dans notre entendement. Mais l'objet de cette idée n'existe pas matériellement. Il est donc moins proche de nous que l'objet d'une idée qui existe matériellement, comme pe le cheval.

Bien à vous,
Louisa


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