Volonté et entendement chez Spinoza: un problème logique.
Date: 04/07/2008
Sujet: Ontologie


La théorie spinoziste de la volonté est ouvertement anti-cartésienne et elle s'exprime dans la proposition 49 de l'Ethique 2:

"Dans l'esprit, il n'y a aucune volition, autrement dit aucune
affirmation et négation, à part celle qu'enveloppe l'idée, en tant
qu'elle est idée."

Et son corollaire:
"La volonté et l'intellect sont une seule et même chose".




Pour Spinoza, la négation n'est qu'une abstraction illusoire si on la considère indépendamment de toute idée. La négation en dehors d'une idée singulière donnée est une illusion qui est de même nature que l'illusion du libre arbitre.

Si la théorie anti-cartésienne de Spinoza est vraie, alors:

(1) aucun usage de la négation abstraite ne doit correspondre à une expérience qui soit capable de prouver une idée.

(2) on ne doit pas non plus pouvoir comprendre la négation indépendamment de l'idée singulière.

Or il est facile de voir que les conséquences (1) et (2) sont fausses. La logique mathématique formelle présente la négation comme un opérateur qui change la valeur de vérité de l'énoncé. Soit un énoncé p, si p est vrai, alors non-p est faux, et si p est faux, alors non-p est vrai. Ce point est d'importance parce qu'il est au principe de la réduction à l'absurde, chère à Spinoza: pour prouver la vérité de A, on nie A et l'on tente d'en dériver une absurdité, ce qui prouve que A est valide. On ne peut pas comprendre la réduction à l'absurde si l'on considère que la négation n'est pas un opérateur, c'est-à-dire une opération de l'esprit que l'on peut concevoir indépendamment d'une idée singulière donnée et qui peut s'appliquer à n'importe quelle idée. Le problème de la théorie de Spinoza, c'est qu'elle est en contradiction avec une des méthodes de démonstration qu'il emploie dans l'Ethique, à de très nombreuses reprises.

Le fait est que la méthode de réduction à l'absurde est une méthode claire et distincte de démonstration qui fait usage de la négation comme un opérateur abstrait. Le fait est que l'on comprend parfaitement ce qu'est la négation en dehors de l'idée singulière.

La théorie spinoziste de la volonté  est manifestement fausse, parce qu'elle ne correspond ni à notre usage intuitif de la négation, ni à la manière dont on décrit l'usage logique de celle-ci. Descartes aurait souligné le fait que la théorie de Spinoza est contraire à l'expérience que l'on fait de notre libre arbitre. Les logiciens intuitionnistes pourraient insister sur le fait que la théorie de Spinoza est contraire à notre compréhension de la logique et qu'elle est en opposition avec une méthode de preuve qui est fondamentale.




jvidal





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