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Les hommes se trompent en ce qu'ils se croient libres et cette opinion consiste en cela seul qu'ils sont conscients de leurs actions, et ignorants des causes qui les déterminent.
(Nempe falluntur homines, quod se liberos esse putant ; quae opinio in hoc solo consistit, quod suarum actionum sint conscii, et ignari causarum, a quibus determinantur).
ÉthiqueII, scolie de la prop. 35.
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Sur le « parallélisme des attributs »

GnoséologieSpinoza prend une option originale, économique et unificatrice : la Pensée et l’Étendue (l’Esprit et la Matière) sont deux « dimensions de l’être » (attributs) à la fois totalement distinctes et en parfaite correspondance (voir les extraits sur le « parallélisme » des attributs) : toute chose, tout événement, existe simultanément dans ces deux dimensions (ne faisant qu’un dans la substance unique, laquelle est tous les attributs en tant que Nature naturante (infinie) et tous les modes qui s’y rattachent en tant que Nature naturée). Si l’on n’a pas saisi cela, bien des aspects de l’ « Éthique » (en particulier le livre II) paraissent mystérieux. Cette option n’est pas, par ailleurs, sans poser de difficultés.

Ce qui suit cherche à en discuter, sous la forme sans prétention d’un monologue dialogué faisant référence à la seule « Éthique », sans prétendre en particulier ni à l’examen systématique, ni à épuiser le sujet – loin s’en faut – dans toutes ses conséquences, ni à la rigueur des termes, mais juste à porter significativement sur le fond, dans l’espoir que cela pourra éclairer ou susciter des discussions profitables :

- Toutes les pensées que nous percevons, nous les appelons du terme générique d’ « Âme humaine ». Nous ne pouvons pas avoir d’autre pensée que cette pensée là.

L’Âme humaine n’a aucune localisation géographique, ce qui serait un pur non-sens (E2P35S), par l’hypothèse (E2P5-8, E2P11, E2P21S, E3P2S,…), puisque la localisation relève de l’Étendue et que celle-ci est totalement disjointe de la Pensée. L’Âme humaine appartient à la dimension de la Pensée exclusivement.

L’Âme humaine a en revanche forcément un « pendant » dans le monde matériel. Ce pendant est le Corps humain, car nous savons que notre âme y est associée (E2A4, E2P11, E2P13).

- Mais comment se fait-il que, dans ces conditions, je n’aie en fait pas d’idée (directe) de la plus grande partie de mon corps (viscères, os, etc.) ?

- J’indique par E2P19, s’appuyant sur E2P9, laquelle est l’application à la Pensée de E1P28, pourquoi, en premier lieu, l’Âme humaine est en fait constituée des idées des interactions du Corps avec d’autres corps extérieurs (sensations). Je montre en outre que l’individu « Corps » étant très composé, ses parties n’en constituent l’essence qu’en tant qu’elles se communiquent mutuellement du mouvement, et non en tant qu’elles sont comprises en tant qu’individus dans le Corps (E2P24).

- Je dois dire que E2P19Dm ne me convainc pas pleinement sur le plan logique et me paraît être en fait destinée à un rétablissement a posteriori de ce qui est connu de soi. La proposition E1P28 – qui, en substance, affirme l’interdépendance des modes, et donc de leurs idées –, me convient, mais en même temps me semble assez décalée dans un contexte où est posée l’existence de modes déterminés, finis ou infinis. Car de deux choses l’une : ou bien les modes peuvent être réellement distingués et alors leurs idées se distinguent réellement : si l’Âme humaine est l’idée du Corps, elle est alors vraie ; ou bien ils ne se distinguent pas réellement et tout raisonnement qui part de modes certains et déterminés doit être exclu, comme par exemple celui qui associe l’Âme humaine au seul Corps humain (ce qui n’empêche pas que celui-ci soit toujours présent).

Ne peut-on dire tout simplement que l’Âme humaine est en fait, en premier lieu, l’idée des affections du Corps ? Les sensations, donc, seraient par conséquent vraies par nature (en tant, purement, que sensations), ce qui d’ailleurs semble connu de soi, et que tu sembles dire dans E2P19Dm.

- Non, car les modes de l’Étendue sont les corps (E2D1, E2A5), auxquels correspondent les modes de la Pensée que sont les idées qui les représentent en Dieu objectivement comme ils sont formellement. Une idée d’un corps est automatiquement modifiée quand ce corps est modifié ; cette modification est elle-même contenue dans l’idée lorsqu’elle se produit (E2P9C, E2P12), mais cette idée de modification ne peut être considérée en dehors de l’idée du corps, laquelle vient en premier dans l’ordre ontologique. C’est pourquoi je considère qu’une idée d’affection du Corps ne peut qu’être une partie de l’idée du Corps. C’est même comme cela que je démontre (par inversion) que l’Âme humaine est l’idée du Corps humain (E2P13Dm).

C’est exactement la même raison qui me fait dire que les idées des affections du Corps ne sont pas vraies dans l’Âme humaine (E2P28). En effet elle sont « à cheval » sur deux corps, le Corps humain (toujours le même pour une Âme particulière) et un corps extérieur (E2P16), sans « englober » ni l’un ni l’autre en totalité (E2P25Dm). Elles ne sont donc idées vraies ni de l’un (E2P27) ni de l’autre (E2P25, E2P26C). Quant à l’idée de cette idée, elle ne peut être plus adéquate que l’idée elle-même (il ne peut y avoir idée adéquate d’une idée inadéquate ; E2P29, E4P64)). Donc, finalement, quand l’Âme humaine perçoit les choses selon l’ordre commun de la nature (les phénomènes) elle n’a ni du Corps, ni des corps extérieurs, ni d’elle-même, une idée adéquate (E2P29C).

Sache aussi que, pour bien me comprendre, il faut bien peser tout mes mots : pour qu’une idée soit adéquate dans l’Âme humaine, il faut qu’elle soit en Dieu en tant qu’il constitue la nature de l’Âme humaine seule (ou seulement).

- Tu confirmes ce que disais juste avant : tu associes à la fois l’interdépendance des modes (E1P28) et l’affirmation de modes déterminés. En somme, je t’avoue n’être pas bien convaincu globalement par ton affirmation que l’Âme humaine est l’idée du Corps, alors qu’en fait elle n’existe en premier lieu que par l’interaction de ce Corps (qui, effectivement est toujours le même, ce qui montre assurément une association) avec des corps extérieurs. Mais admettons… J’ai une autre question : comment se fait-il qu’un cadavre, même encore chaud, n’ait plus de pensée associée (ce qu’en tout cas nous pensons être autorisés à supposer) ?

- Un corps composé de nombreuses parties est un certain individu qui conserve sa forme (son essence, son individualité) lorsque ces parties restent dans un certain ordre (lequel n’empêche pas ce corps composé de se mouvoir et de se déformer dans une certaine mesure). Lorsque cet ordre nécessaire est détruit, le corps composé en question n’existe plus à proprement parler, quoique une grande partie de cet ordre soit de toute évidence préservée (E2P13S, D et suite). L’information en parvient à l’Âme, alors même qu’elle tendait à continuer à imaginer le Corps comme présent (E3P11S).

- Mais il y a bien une idée associée à cet ordre résiduel, malgré tout ?

- Certainement, mais cette idée n’est plus la même qu’avant, et il nous faut constater qu’elle n’est plus ce que nous appelons « Âme humaine ».

- Bon, admettons aussi… Mais j’expérimente bien d’autres idées que les sensations, où sont les interactions avec des corps extérieurs qui leur correspondent ?

- Il y a pas que les idées des affections du Corps dont nous venons de parler, il y a aussi d’autres idées inadéquates que j’englobe sous le terme générique d’ « imagination ». Ces dernières viennent de ce que le Corps est composé de parties molles (Postulats à la suite de E2P13S). Celles-ci sont « impressionnables », c’est à dire qu’elles gardent en quelque sorte l’empreinte des interactions passées avec des corps extérieurs, si bien que lorsqu’elles viennent dans la même position que lors d’une interaction passée, l’Âme revoit le corps extérieur plus ou moins comme s’il était présent (E2P17-18). En résumé, j’explique ainsi la mémoire par la mécanique des corps déformables (tout en admettant, dans E2P17S, qu’il puisse en être autrement).

J’ajoute qu’aux idées des affections du Corps et aux souvenirs de ces idées s’ajoutent toutes les combinaisons de ces souvenirs, qui donnent une infinité d’idées inadéquates n’ayant généralement aucune correspondance dans le monde corporel extérieur. Elles donnent aussi une idée vague d’une certaine catégorie d’objets, idée générale moyennant leurs différentes images (E2P40S1-S2).

- Mais j’ai aussi d’autres « catégories » d’idées : par exemple, l’idée d’aller dans une boulangerie pour y acheter du bon pain et en faire mon déjeuner. Autre exemple : j’affirme de certaines choses certaines propriétés, comme : l’herbe est un être vivant qui pousse ; elle est verte et douce sous le pied. Je déduis aussi certaines idées d’autres idées. Tout peut-il être ramené à des sensations ou des mémorisations de sensations ?

- D’abord, je nie que l’Âme dirige le Corps (E3P2), puisqu’ils appartiennent à deux dimensions différentes de l’être. Ensuite, il faut distinguer entre différentes sortes de « mouvements psychiques » : il y a d’abord les idées proprement dites, rassemblées sous le terme d’ « Entendement » (au sens large), ensuite il y a le Désir (effort), et enfin deux émotions qui n’en font qu’une : la Joie et la Tristesse (E1P31, E3P9S, E3P11S). Dans tous les cas, l’idée est forcément donnée d’abord (E2A3) : le Désir comme la Joie et la Tristesse s’appuient forcément sur une idée (de la chose désirée, dans le premier cas, de sa propre puissance, ou de son augmentation, dans le second).

Pour la boulangerie, j’imagine le pain – c’est une première idée – et je l’imagine comme bon, pour le goût ou la valeur nutritive – c’est une seconde idée qui revient à énoncer une propriété – me vient alors le désir d’en prendre possession : c’est un désir. Avais-je faim, ce qui était une tristesse, me sustentant je rétablis mon corps : c’est une joie.

Quant à affirmer une propriété d’une chose, ceci est compris dans l’idée de la chose (E2P39Dm, E2P49), qui peut être adéquate ou inadéquate. Mais sache qu’on ne peut avoir d’idée adéquate de chose singulière (CT2C4 Note 2, E2P24-29, E2P37 + E2P38 par extrapolation). Par ailleurs, l’idée d’un bénéfice futur pour le Corps humain n’est pas à proprement parler une propriété de la chose, mais une imagination, un souvenir, du résultat d’une interaction précédente. C’est ce qui m’a fait finalement affirmer, corrigeant ce que je viens de dire, qu’en fait on estime une chose bonne parce qu’on la désire. L’idée de la chose vient donc en premier, puis le désir de l’acquérir, puis l’idée qu’elle est bonne (ou mauvaise si l’on désire s’en écarter ; E3P9S, E3P39S).

Enfin, effectivement, des idées, qu’elles soient adéquates ou non, se forment à partir d’autres idées (E2P36). Des idées adéquates ne peuvent naître que des idées adéquates (E2P40).

- Je note qu’il est quand même heureux pour ma survie que j’imagine le pain comme bon… Toute imagination n’est donc pas nuisible, au contraire. Par ailleurs, j’ai bien, moi, l’impression que l’idée que la chose est bonne vient avant le désir de l’acquérir. Ce qui vient avant l’idée que la chose est bonne, c’est le désir « en puissance », d’une part, et le souvenir de la joie de l’union avec une chose similaire, d’autre part. Mais j’admets le côté spéculatif de la chose, car je ne sais réellement, ici, ce que le pain que je vais acheter est en réalité et ce qu’il va m’apporter comme joie.

Mais je reviens à ce que tu as dit en premier, qui me laisse pantois. J’ai la certitude, moi, que l’Âme « commande » au Corps : si je décide (j’ai le désir) de bouger, « mon » corps bouge comme je l’ai décidé, sans qu’aucun autre corps ne lui ait communiqué de mouvement, comme tu as dit qu’il était nécessaire (E2P13S L1, L3 et suite, E3P2S). En compliquant un peu, si nous convenons que tu me commanderas un geste simple (ou, pour te suivre, un geste de « mon » corps), je l’exécuterai (mon corps l’exécutera) immédiatement, bien qu’isolé de tout autre corps mobile. Je présume que ce n’est pas le souffle qui accompagne les mots (d’autant que tu peux te trouver à grande distance, ou que tu peux l’écrire) que tu suppose avoir provoqué le mouvement.

Et puis, qui est-ce qui désire ? L’Âme seulement, comme tu sembles le dire, ou à la fois l’Âme et le Corps en même temps ? Dans le premier cas, dirais-tu que l’Âme imagine en tant qu’elle désire ? Dans le second cas, comment le Corps désire-t-il en vertu de la mécanique des corps sur laquelle tu t’appuies largement ?

Et aussi, comment considères-tu les mots, qu’ils soient parlés ou écrits, dans leur rapport à la pensée (qui est évident, au moins dans une certaine mesure) ?

- Je dis que comme Âme et Corps relèvent de dimensions de l’Être qui sont en parfaite correspondance mais sans intersection, l’Âme ne peut commander au Corps. J’avoue ne pas être en mesure de tout décrire par la mécanique des corps comme j’ai tenté de le faire en détail par ailleurs. J’en conclus que nous ne savons pas tout ce que peut le Corps, et donc qu’il y a des mystères dans le fonctionnement du Corps et parallèlement de l’Âme (E3P2S). En tout cas, personne n’est en mesure de lier l’Âme au Corps autrement que comme je le fais.

Pour le second point, le Corps tend à persévérer dans son être autant qu’il est en lui. L’Âme fait de même (E3P9), mais en plus elle s’efforce d’imaginer ce qui augmente la puissance du Corps, ce qui constitue par conséquent l’augmentation de sa propre puissance (E3P12, E3P54). Donc l’Âme imagine en tant qu’elle désire quelque chose (E3P2S) et, à proprement parler, elle est seule à désirer.

Pour le dernier point, savoir les mots, il est évident qu’ils relèvent de l’Étendue (E2P49CS). Pour le reste, ce que j’ai dit en premier s’applique.

- Je comprends mal que la tendance à « persévérer dans son être », ou principe d’inertie de la mécanique, se mue, au sein même du « parallélisme » entre Âme et Corps, en un « désir de puissance » qui, d’où qu’on le prenne, signifie une tendance à évoluer et donc à ne pas persévérer dans son être (ou alors, tout reste comme il est autant qu’il est en lui, point ; il n’y a aucun désir là-dedans, finalement) ; même si j’admets en même temps que l’Âme tend à persister dans son être à tout instant (qu’il n’y a pas de discontinuité dans la nature de l’Âme) ; mais le désir n’agit-il nécessairement dans le temps ? Le désir de l’Âme sans réel pendant dans le Corps me semble, dans le même ordre d’idée, décalé par rapport au principe du « parallélisme ».

Finalement, ce que j’en retire – et j’acquiesce en cela à une bonne partie de E3P2S –, c’est qu’on ne sait pas relier l’Âme au Corps (j’ajouterais qu’on ne le pourra jamais, par une limite indépassable de la Pensée à se comprendre elle-même et à comprendre la Matière ; en effet, un mode de la Pensée ne saurait être le Tout et doit donc buter immanquablement sur ses propres limites, et pas seulement vis-à-vis des choses singulières). Autant appeler selon moi le mystère, qui est aboutissement ici, par son nom ; je crois que tu aurais pu, pour arriver à cette conclusion, faire l’économie du « parallélisme » de l’Âme et du Corps – qui n’est pas connu de soi – et de tous les développements sur les corps, autrement dit de presque tout le livre II de ton Éthique ; ceci, par ailleurs, met en cause les attributs eux-mêmes, en tant qu’entités ontologiques réelles.

Mais, en même temps, ceci n’est rien, comparé aux grandes vérités dont tu nous montre du doigt partout ailleurs, et que je suis loin d’avoir épuisées, j’en suis sûr. Cette hypothèse originale du « parallélisme » des attributs montre en outre une grande liberté d’esprit et un souci de relier autant qu’il est possible l’idée première de la Substance unique et infinie à l’enjeu éthique réel qui accompagne toute vie de chose pensante, et tous ceux qui voient t’en remercient profondément.

Mais j’ai encore une dernière question : nous n’avons discuté jusqu’ici que des sensations, qui sont des idées inadéquates du Corps et des corps extérieurs, des imaginations primaires qui sont des souvenirs des premières, et des imaginations secondaires qui résultent de la combinaison de ces imaginations primaires. A ce point, il n’existe aucune idée adéquate ; or tu en as mentionné. D’où peuvent-elles donc venir ?

- Tout mon livre II est destiné à répondre à cela : c’est une « théorie de la connaissance » qui s’emploie à définir les conditions de la Vérité, de l’idée vraie (ou, ce qui est équivalent à la concordance avec l’objet près, de l’idée adéquate).

Les corps ont nécessairement des choses en commun, du fait qu’ils appartiennent à une même Nature (sous l’attribut de l’Étendue, ici ; E2P13CS L2). Dans une sensation, qui englobe à la fois et partiellement le Corps et un corps extérieur, ce qui est commun au Corps et au corps extérieur est, cette fois, entièrement contenu. L’idée de ce commun est donc « entière » dans l’Âme humaine, et donc adéquate (laquelle, en passant, n’est jamais l’idée d’une chose singulière, forcément inadéquate ; E2P11C, E2P39-40). L’Âme humaine atteint ainsi, pour ce qu’elle peut en connaître, l’essence des choses de la Nature, la Vérité, laquelle se fait connaître d’elle-même (E2P43). Les idées adéquates se déduisent en outre les unes des autres, donnant des idées nécessairement adéquates, comme nous l’avons déjà dit.

- Ceci est d’une grande logique dans le cadre fixé. Toutefois, il me vient les questions suivantes :

Le « commun » en question doit être perçu au moment même d’une sensation. Que dire lorsque ces idées sont maniées indépendamment de la sensation elle-même, en particulier pour en déduire d’autres idées adéquates. J’ai compris que, dans ce cas, le terme générique est « Raison », qui est inférieure à la vision obtenue par union directe avec la chose, mais considérée néanmoins comme composée d’idées adéquates. Mais n’est-elle pas cependant dans la situation de l’imagination vis-à-vis de la sensation ? N’est-elle pas nécessairement liée à la mémoire (ce que sans doute tu n’admettras pas, puisque pour toi la mémoire est corporelle avant tout, et que le corporel n’a de mémoire que de l’affection à laquelle correspond la sensation) ?

De quelle nature est ce commun ? Tu ne nous le dis pas s’agissant de la science intuitive (« vision »), si ce n’est, par ton exemple de la règle de trois (E2P40S2), que c’est la même chose que ce que produit la Raison, mais vu directement, sans le raisonnement. Or la Raison, telle que par exemple elle apparaît dans tes propositions, exprime des propriétés ou lois (et tu fais mention de nombreuses fois des « Lois de la Nature » - voir les extraits correspondants). Ce commun serait en quelque sorte une connaissance (partielle) de la Substance elle-même, mais est-ce sous sa forme « Naturante » ou sous sa forme « Naturée » ? La seconde semble quelque part nécessaire s’agissant de lois distinctes, et donc en quelque chose « modales ». De manière plus générale, toute pensée singulière est un mode de l’attribut « Pensée ». Ceci exclue en outre qu’il s’agisse de modes infinis (tu ne mentionnes comme tels que le Mouvement et l’Entendement ; quoique tu dise aussi que l’Entendement est une notion générale (E2P48S, E2P49S) ; mais sans doute le premier est-il l’entendement infini, ou idée de lui-même de Dieu (E2P3-4), le second l’entendement humain). Mais d’un autre côté, ces lois ne sauraient être des choses singulières, qui ne peuvent être connues adéquatement. Que conclure ?

Mais arrêtons-nous là pour l’heure, si tu le veux bien ; peut-être en ferons-nous l’objet d’un prochain débat, si tu y consens. Salut à toi…


 
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