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La vérité est-elle accessible ?

GnoséologieOn considère la vérité comme inaccessible si on pense que l'erreur est toujours possible, même là où nous croyons être en présence d'une vérité. Mais n'y a-t-il pas moyen de sortir d'un rapport de simple croyance à la vérité ?

1/ Pourquoi la vérité ne serait-elle pas accessible ?

Le scepticisme affirme qu'aucune vérité n'est accessible. C'est une philosophie qui remonte à l'antiquité grecque, au IV° s. av. JC. Skepsis en grec signifie examen : il ne s'agit donc pas de tout rejeter en bloc mais de comprendre pourquoi tout est douteux. Le fondateur de cette philosophie est Pyrrhon, d'où le terme " pyrrhonisme " pour désigner également le scepticisme. Voyons les principaux arguments du scepticisme tendant à l'idée que la vérité est inaccessible.

a) La régression à l'infini

Pour être sûr que nous avons affaire à une vérité et dépasser le doute, nous admettons habituellement qu'il suffit de prouver une proposition par un raisonnement. Une fois prouvée, la vérité de cette proposition serait établie. Je vais par exemple prouver que Socrate est mortel parce qu'il est un homme et que tous les hommes sont mortels. Mais pour que le raisonnement soit juste, il faut que ses prémisses soient elles même prouvées : qu'est-ce qui prouve que Socrate est bien un homme et que tous les hommes sont mortels ? Il faut donc une preuve de la preuve, puis une preuve de la preuve de la preuve et ainsi de suite à l'infini : toute preuve exige une preuve antérieure, d'où l'idée de régression à l'infini. Aucune preuve ne peut donc établir une vérité absolument.

b) L'insuffisance des sens

Les sceptiques avaient déjà formulé l'argument que nous avons examiné avec Descartes : nous ne savons pas si les sens qui servent de fondement à nos connaissances ne nous trompent pas chaque fois que nous nous y fions, comme c'est le cas lorsque nous sommes en présence d'un mirage. Les connaissances, en tant qu'elles sont fondées sur les sens, sont donc toujours douteuses.
D'autre part, les sens nous donnent un accès à la réalité, mais ce n'est jamais directement la réalité que nous connaissons par leur moyen, c'est notre perception de la réalité. C'est pourquoi chacun a sa perception propre du réel et que les avis divergent. La définition de la vérité est la conformité de ce que nous pensons et de la réalité. Mais ce que nous connaissons, c'est la réalité telle qu'elle est pour nous, subjectivement donc, ce n'est pas la réalité en elle-même.

Le scepticisme de Pyrrhon consiste donc à s'installer définitivement dans le doute : "aucune chose n'est plus ceci que cela", du moins telle que nous pouvons la connaître. Mais ce doute n'est pas une inquiétude. Au contraire, pour Pyrrhon, le doute permet de suspendre son jugement (épochè) et ainsi rien n'est plus ni bon, ni mauvais. Cette épochè permet l'ataraxia, c'est-à-dire l'absence de trouble, l'impassibilité face à tout ce qui peut arriver = bonheur. Pyrrhon vivait simplement dans la société en conformant sa vie extérieure aux opinions communes, tout en gardant intérieurement une indifférence vis-à-vis de ces opinions, en ne les considérant pas comme vraies ou fausses, bonnes ou mauvaises.
La critique qu'on peut faire de ce scepticisme est similaire à celle qu'on a vu pour le relativisme. En affirmant que rien n'est vrai, le scepticisme se détruit lui-même : si rien n'est vrai, le scepticisme n'est pas vrai non plus. Si le scepticisme se contredit, voyons ce que l'on peut y répondre.

2/ Comment dépasser le doute ?

a) L'évidence comme commencement

L'argument de la régression à l'infini implique qu'il n'y aurait pas de vérité possible parce qu'il n'y aurait aucune vérité première autosuffisante, c'est-à-dire qui n'aurait pas besoin de preuve pour être établie. A cela, la philosophie classique (Descartes, Spinoza, Leibniz), autrement dit le rationalisme répond qu'il y a des évidences, i.e. des jugements qui n'ont pas besoin d'être prouvés. En effet, une évidence, c'est un jugement qui s'impose à l'esprit de telle sorte qu'on ne peut penser autrement ce qui est jugé.

Pour qu'il y ait évidence, Spinoza montre dans son Traité de la Réforme de l'Entendement qu'il faut que nous soyons en présence d'une idée complète, suffisante en elle-même. Quand je dis par exemple " il n'y a pas de vie E.T. dans l'univers ", j'affirme quelque chose qui dépasse ma connaissance, c'est une idée que Spinoza qualifierait de "mutilée" parce qu'elle ne contient pas en elle-même ce qui la justifie. Une idée est évidente lorsqu'elle contient en elle-même sa propre preuve : ex. "l'homme pense" (E2A2), puisqu'affirmer le contraire serait absurde. Affirmer que l'homme ne pense pas, ce serait en tant qu'être humain, affirmer la pensée que l'homme ne pense pas ! Une évidence n'a pas besoin de preuve extérieure parce qu'elle se prouve elle-même.

A ce titre, Spinoza se distingue de Descartes, en considérant qu'on peut reconnaître qu'une idée est véritablement évidente sans avoir besoin de voir si elle résiste absolument à des doutes invraisemblables fondés sur des fictions comme le Dieu trompeur ou le malin génie. Une véritable évidence étant ce dont on ne peut pas douter. Prétendre douter comme Descartes que 3 et 2 font 5 sous prétexte qu'un malin génie aurait pu me tromper, ce n'est pas douter mais feindre de douter. Spinoza distingue à cet égard la certitude qui est l'impossibilité de douter d'une évidence et la conviction (autrement dit le préjugé) qui est la simple absence de doute (E2, P49, scolie).

De telles évidences pourront servir de fondement stable et suffisant (sans besoin de preuves extérieures) au savoir. Il n'y aura donc pas nécessairement de régression à l'infini. La méthode consistera à ne partir que de ce qui est réellement évident, et ensuite à combiner ces évidences entre elles pour en tirer de nouvelles propositions qui seront des évidences secondaires.

b) évidence et réalité

Mais comment être certain que mon idée, même réellement évidente, d'un objet correspond exactement à ce qu'il est en réalité alors que je n'accède à la réalité que par le biais de la perception sensible, sachant que cette perception est toujours ma perception de la réalité, un apparence incomplète, et non la réalité elle-même ?

Une idée vraie doit s'accorder avec ce dont elle est l'idée, c'est selon Spinoza la nature de l'idée vraie mais non pas la façon de la produire : l'idée vraie n'est pas une copie de la réalité. Pour savoir qu'une idée certaine est en même temps une idée vraie, c'est-à-dire conforme à la réalité, Spinoza montre qu'il suffit d'avoir des idées adéquates. Une idée adéquate est " une idée qui, considérée en soi et sans regard à son objet, a toutes les propriétés d'une idée vraie. " (E2D4).

Propriétés de l'idée vraie : Soit le carré A que nous admettons pouvoir connaître en lui-même, l'idée vraie du carré A sera exactement conforme à ce carré. Elle aura pour propriété d'être unique, parce qu'il n'y a qu'un seul carré A, nécessaire, parce qu'il n'y a qu'une seule façon de se représenter exactement ce carré, claire parce qu'autrement l'idée ne pourrait pas être comprise comme pouvant être vraie, distincte pour éviter la confusion avec une autre idée et donc l'inexactitude et surtout complète, parce qu'autrement la représentation ne serait pas conforme exactement à ce carré.

Une idée adéquate de ce carré A ne serait pas la connaissance directe de sa réalité, que nous ne pouvons certes pas avoir, mais une reconstruction mentale de ce qu'il doit être. Cette idée a toutes les propriétés d'une idée vraie : unicité, nécessité, clarté, distinction et complétude. Dès lors que nous parvenons à former une telle idée adéquate de ce carré, nous pourrons être certains de connaître indirectement sa réalité telle qu'elle est en soi parce qu'une telle idée a toutes les propriétés d'une idée vraie.

Par exemple, l'affirmation "tous les corps sont soit en mouvement, soit au repos" (E2, P13 A1). Si on se limitait aux sens, on ne pourrait jamais être certain de sa validité réelle, car ils ne nous permettent pas de connaître tous les corps. Mais c'est une idée adéquate parce qu'elle est unique et nécessaire : il n'y a pas d'autre façon possible de concevoir l'état des corps, soit le mouvement, soit le repos, il ne peut pas en être autrement, on ne peut en concevoir d'autre (qui ne se ramène pas d'une façon ou d'une autre à l'une de ces deux possibilités). Cette affirmation est claire et distincte parce qu'on ne peut la confondre avec une autre affirmation, puisqu'elle est la seule possible. Ensuite, cette idée se suffit à elle-même, elle est complète puisqu'il n'y a pas d'autre façon possible de concevoir l'état des corps. Cette idée adéquate a donc toutes les propriétés de ce que serait une idée vraie sur l'état possible des corps : on peut donc être certain que cette évidence est non seulement conforme aux propriétés d'une idée vraie, mais également conforme à la réalité elle-même.

En conclusion, la vérité est donc accessible par le biais des idées adéquates, qui peuvent constituer les premières bases suffisantes et certains de nos raisonnements et permettre de connaître la réalité non pas exactement telle qu'elle est en elle-même mais telle qu'elle doit nécessairement être. Il n'est donc pas insensé de rechercher la vérité sous prétexte qu'elle serait inaccessible. Une telle connaissance de la vérité sera le résultat d'un travail, mais la construction des idées adéquates n'est pas une invention arbitraire dans la mesure où elle obéit à des règles qui consistent à se conformer aux propriétés de la vérité.

Henrique Diaz


 
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Re: La vérité est-elle accessible ? (Score : 0)
par Visiteur le 27/09/2003
Bonjour Henrique,
Dans les exemples que tu donnes de 'vérités', tu cites un exemple de géométrie (le carré) et un exemple de physique a priori (le mouvement et le repos).
Chez Kant, ces deux exemples concernent les formes a priori de la sensibilité que sont l espace et le temps. Par conséquent le sujet n est 'pas sorti de lui meme' pour 'acceder a une realité' ou 'chose en soi', il est resté en lui meme.
En revanche, si le sujet parle de Dieu, il n y a plus d intuition , et le sujet parle d une chose située en dehors de l intuition, il croit connaitre une chose qui ne peut pas lui etre représentée.
Je maintiens que prétendre connaitre une chose sans représentation, c est proférer des non-sens. Ce n est pas pour autant que je suis sceptique.
Qu en penses-tu? Comment peut on parler de Dieu sans tomber dans une illusion transcendentale?
Cordialement,
Sacha Ghozzi



Re: La vérité est-elle accessible ? (Score : 1)
par gandhi (gandhi@romandi.com) le 23/01/2005
(Profil Utilisateur | Envoyer un message)
je pense que la vérité n'est pas accessible pour tout le monde. On est encore trop primitif pour discerner le bon (vérité) du mal... Certaines personnes peuvent faire la différences, mais celles qui sont plongées déjà depuis sa jeune enfance dans une conjecture que leur parents leurs inculque je ne crois pas qu'elles peuvent discerner grand chose...Voila ce que je pense...Si j'ai faux, pourriez vous me dire ce qui est faux?



Re: La vérité est-elle accessible ? (Score : 1)
par Geoffrey le 26/04/2005
(Profil Utilisateur | Envoyer un message)
Il me semble que les idées adéquates forment un système de connaissances auto-suffisant. Les idées vraies, se rapportant aux choses en soi, ne viennent se greffer au idées adéquates que parce que les idées adéquates sont définies comme des idées ayant toutes les propriétés d'idées vraies. Ne pourrait-on pas faire un retournement de point de vue à la Kant, c'est-à-dire, définir les idées adéquates, renvoyant aux autres idées de l'esprit humain, et ensuite, dire des idées vraies qu'elles ont les propriétés d'une idée adéquate ?

On concoit l'adéquation de l'idée "idée adéquate" mais pas la vérité de l'idée "idée vraie". L'idée de l'idée adéquate me semble précéder l'idée de l'idée vraie.

Prenons l’exemple du carré.

Chaque homme a formé une idée adéquate du carré grâce à une catégorisation de son expérience sensible dans son enfance (dans laquelle il a vu des formes confuses de ce que l'on appelle carré), et grâce à une re-catégorisation à l’école dans un cadre mathématique (où il a pu distinguer clairement les propriétés du concept carré).
Comment dès lors comprendre ce que voudrait dire « carré en soi » ou encore « l’existence du carré » ? L’idée vraie du carré me semble un ajout inutile à l’idée de « idée adéquate » puisque tout ce qui définit par la raison et sent (adéquatement) par l’intuition le carré est déjà contenu dans l’idée adéquate du carré.

Cordialement,
Geoffrey Compère






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