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La vertu, c'est la puissance même de l'homme, laquelle se définit seulement par l'effort qu'il fait pour persévérer dans son être.
Ethique IV Prop. 20, démonstration.
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Spinoza et Popper : la philosophie doit-elle être falsifiable ?

GnoséologieRéponse à la question : "y a-t-il un sens à parler de vérité chez Spinoza, si comme l'a démontré Popper, on ne peut ni vérifier ni falsifier un énoncé métaphysique, donc a fortiori un système métaphysique ?"

Popper a d'abord et essentiellement étudié les conditions de scientificité de la science physique. Et il l'a bien fait. Il faut peu de logique pour aboutir aux résultats de cette longue étude : il n'y a pas de compréhension des phénomènes physiques sans soumission à ce qu'ils nous donnent à penser. Or ceux-ci nous apparaissent comme pouvant toujours changer malgré les régularités que nous croyons y repérer. Il n'y a donc pas d'énoncé définitivement vrai en science physique, il n'y a que des approximations.

Le corrollaire de cela est le fameux principe de falsifiabilité : un énoncé qui porte sur un ou des phénomènes sensibles et qui s'efforce d'échapper par divers moyens à cette précarité du savoir des phénomènes ne peut avoir de valeur scientifique. Ainsi l'énoncé "il existe une formule latine permettant de guérir toutes les maladies" est irréfutable, cela ne justifie pourtant en rien sa scientificité ou sa vérité.

Mais qu'est-ce qui justifie que ce principe de falsifiabilité soit exporté dans d'autres domaines d'étude pour l'intelligence ? A ce compte, et de l'aveu même de Popper il me semble, les mathématiques ne seraient pas une science car ses fondements axiomatiques sont proprement irréfutables. Et pour cause, les mathématiques s'intéressent aux certitudes que l'intelligence peut tirer d'elle-même et non de l'étude de ce qui lui est extérieur. Nous ne sommes donc plus du tout dans le domaine des phénomènes, même si cette étude peut par la suite avoir des applications pour la compréhension et même la maîtrise des phénomènes sensibles. Exporter le principe de falsifiabilité en dehors des sciences physiques est donc aussi peu justifié que d'importer en physique - par exemple - les méthodes valables pour l'herméneutique.

La philosophie, telle qu'elle a été amenée à se caractériser à la suite de la prise d'autonomie des sciences physiques aux environs du XVIIème siècle, est l'étude des principes de l'existence, autrement dit des essences, tandis que les sciences que l'on qualifiera d'expérimentales s'attachent à comprendre le fonctionnement des phénomènes sans s'interroger sur leur nature.

L'idée vraie est celle qui convient avec ce dont elle est l'idée. Voilà un axiome, et non une simple définition, car elle affirme quelque chose de l'existence de l'idée elle-même : il n'y a idée vraie que s'il y a convenance avec ce qu'elle représente. Cet axiome vaut aussi bien en philosophie qu'ailleurs. Notons que Popper ne le conteste pas, en en tirant comme conséquence qu'alors aucun énoncé ne peut être intégralement vérifiable, reprenant avec les sceptiques et Kant, cette vieille idée que les choses en soi sont inconnaissables, ignorant superbement la solution que Spinoza avait apporté à ce problème avec les idées adéquates. Au passage, Popper lui-même ne saurait établir les conditions de falsifiabilité de sa thèse sur la nécessaire falsifiabilité des énoncés physiques et pour cause, il fait de la philosophie des sciences et non de la science physique.

Soit donc la question "comment les phénomènes fonctionnent-ils ?". Il est possible de s'approcher du vrai dans ce domaine en observant ces phénomènes, en dégageant des hypothèses expliquant ce fonctionnement, explication dont les conséquences devront être mesurables quantitativement, ce qui permettra une expérimentation précise. Il peut donc y avoir de la vérité ou plutôt une haute vraisemblance dans ces énoncés car il peut aussi y avoir de l'erreur. Si les résultats prévus par l'hypothèse ne sont pas conformes à l'expérimentation, l'hypothèse est réfutée ou "falsifiée".

Si maintenant on se demande quelle est la nature des principes de ces phénomènes comme le temps ou l'espace, faut-il adopter la même méthode ? A l'évidence, c'est impossible puisque ces principes échappent à l'observation empirique. N'y a-t-il alors que de l'arbitraire à énoncer à ce sujet ? Si c'était le cas, les philosophes ne se liraient pas les uns les autres et ne pourraient discuter un tant soit peu les uns avec les autres et il n'y aurait donc aucun effort de démonstration.

En fait, que le philosophe s'efforce d'énoncer des principes irréfutables sans pour autant manquer de rigueur rationnelle ne signifie pas du tout qu'il soit a priori prémuni contre toute erreur, comme le voudrait Popper. Il peut toujours y avoir eu manque de réflexion et on peut alors en discuter.

Soit le 2ème axiome de l'Ethique : "ce qui ne peut se concevoir par autre chose doit se concevoir par soi". Ce faisant il énonce le principe selon lequel toute chose doit avoir une cause positive, externe ou interne. En lui-même un tel principe ne peut être démontré et en fait, j'oserai le dire : pour une personne de bonne foi, il n'a pas besoin de l'être, du moins après un peu de réflexion pour bien comprendre ce que ce principe signifie. Il n'a pas besoin de l'être car il contient en lui-même sa propre nécessité, de même que l'énoncé non empirique "quelque chose existe" car l'énoncé lui-même existe nécessairement pour celui qui le comprend et il n'est pas de pensée qui ne suppose d'une façon ou d'une autre que "quelque chose existe".

Mais on pourrait se demander si l'auteur de l'axiome II n'aurait pas du envisager aussi ce qui peut se concevoir par rien. Auquel cas un spinoziste répondrait que ce qui ne se conçoit par rien ne peut donner à penser à quoique ce soit de positivement existant. Il pourra alors demander à son interrogateur si il peut concevoir intelligemment (non pas seulement imaginer) quelque chose qui naîtrait du néant. Une discussion est donc possible. De même, on pourrait aussi se demander s'il peut exister autre chose que des causes transitives, s'il y a un sens à parler de causalité par soi, il y aura donc une discussion possible sur la valeur de vérité de cet axiome.

Et tout cela est possible parce que nous avons en commun la même raison, autrement dit les mêmes notions communes (ex. pas de corps sans étendue, mouvement ou repos, pas d'individu sans composition d'autres corps et .) : revenir à cette base permet de distinguer les véritables évidences, qui s'imposent d'elles-mêmes et pleinement au mental, des fausses qui ne s'imposent à l'esprit que par manque de réflexion - réflexion qui est toujours possible pour le lecteur et qui justifie qu'il y ait sens à en discuter.

On est donc fort loin des vagues généralités de l'astrologie, modèle de fausse science pour Popper, qui n'est irréfutable que parce qu'elle affirme vaguement, laissant toujours place à l'interprétation. Quand Spinoza affirme que tout ce qui est, est ou bien en soi, ou bien en autre chose, il n'y a pas 36 interprétations possibles, pas même deux, le travail de l'historien de la philosophie étant d'examiner les différentes interprétations que rendent parfois nécessaire la langue naturelle et de voir celle qui s'impose, non au gré des événements mais selon la logique nécessaire du système.

Et ainsi la vérification est immédiate, contrairement aux vérifications valables dans les sciences empiriques : soit une chose existe en ou à partir d'autre chose, soit en ou à partir d'elle-même, pas besoin de parcourir tout l'univers pour en comprendre la nécessité, de même qu'il n'est pas nécessaire de mesurer tous les triangles de l'univers pour savoir que la somme de leurs angles fera toujours 180°. C'est possible parce qu'à un niveau de simplicité suffisant (ce qui n'est pas pour autant facile à appréhender), penser et être revient au même, puisque la pensée existe et que l'existence connue est pensée. Ainsi le champ du possible se réduit à sa plus simple expression : la nécessité.

C'est parce que la vérification d'un énoncé de philosophie fondamentale est immédiate qu'elle ne requière pas pour être valable rationnellement de pouvoir être falsifiée par une expérimentation donnée. Comme la vérification d'une hypothèse portant sur le fonctionnement d'un phénomène empirique ne peut qu'être médiate, elle doit être falsifiable puisque nous ne sommes pas alors dans le domaine où penser et être, c'est le même, comme disait Parménide. Mais en philosophie fondamentale, l'évidence, autrement dit ce qui s'impose absolument au mental vaut comme certitude parce que l'inverse n'est pas possible, à l'opposé d'énoncés tels que "les planètes influent sur notre vie" ou le contraire est à fait possible. On n'a donc pas à demander aux évidences philosophiques d'envelopper les conditions de falsifiabilité de leurs énoncés pas plus que la lumière ne peut d'elle-même s'obscurcir.

En un mot métaphorique, le philosophe étudie la lumière tandis que le "scientifique" au sens popperien, n'étudie que ce qui est éclairé (y compris bien sûr la lumière en tant que phénomène physique). Ne nous étonnons donc pas que les méthodes doivent être différentes et ne cherchons pas à imposer à l'un les méthodes de l'autre !

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Re: Spinoza et Popper : la philosophie doit-elle être falsifiable ? (Score : 1)
par jaime le 23/01/2005
(Profil Utilisateur | Envoyer un message)
"De même qu'il n'est pas nécessaire de mesurer tous les triangles de l'univers pour savoir que la somme de leurs angles fera toujours 180°." Cette remarque n'a pas grand sens car il n'existe tout simplement aucun triangle dans l'univers. Le triangle est un être qui s'inscrit, par une définition, dans une théorie mathématique. Suivant l'axiomatique de cette théorie, par démonstration, la somme de ses angles est un angle plat, ou inférieur à un plat, ou supérieur à un plat. Se référer aux mathématiques pour argumenter en philosophie me semble un exercice périlleux.

Je dis argumenter car prétendre démontrer, en dehors des mathématiques, me semble aussi problématique. C'est pourquoi j'attache bien plus d'importance au contenu de la philosophie de Spinoza, à son exigence de clarté et de rigueur, qu'à sa forme axiomatique qui l'enferme dans un type de système qui ne me semble pas approprié à la pensée philosophique et dont la conception, nous le savons par les logiciens du siècle dernier, conduit à des apories.



Re: Spinoza et Popper : la philosophie doit-elle être falsifiable ? (Score : 1)
par SCHOP le 29/06/2006
(Profil Utilisateur | Envoyer un message)
J'aimerai savoir si l'auteur de cet intérressant article considère aussi comme allant de soi que l'affirmation de Spinoza selon laquelle tout etre tend à persévérer en son être est une proposition (un axiome?) qui contient sa nécessité en soi même et est donc une proposition infalsifiable et si oui pourquoi?






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