Les 7, 8 et 9 décembre au Domaine d’O de Montpellier, puis au Théâtre de Chelles le 13 décembre et au Théâtre de la Madeleine de Troyes en mai 2012, la compagnie du groupetto, spécialisée dans la mise en scène des idées philosophiques propose une pièce intitulée "Cet asile de l'ignorance - Benoît Spinoza".
« …et
ils ne cesseront ainsi de vous interroger sur les causes des causes,
jusqu’à ce que vous vous soyez réfugié dans la volonté de Dieu, cet
asile de l’ignorance. »
(Ethique)
Reprise de l'article disponible ici.
Pierre Sauvanet, philosophe, a publié
un article intitulé Éthique et optique chez Spinoza, cette
juxtaposition entend approfondir, au-delà de l’analogie classique
lumière/raison, la relation intime, presque nécessaire, entre le métier
de polisseur de lentilles et celui de philosophe qu’a pu exercer
Spinoza.
Cette réflexion corrobore l’intuition que nous avons eue de
présenter sur la scène le philosophe réfléchissant tout en polissant
dans un environnement où la lumière serait un partenaire plus que
décoratif. Une autre image vient aussi alimenter notre idée : c’est
celle des tableaux bien connus de Vermeer ou de Rembrandt –
contemporains de Spinoza – où la lumière latérale vient d’une fenêtre
pour éclairer un homme qui étudie.
Fort de ces coïncidences qui, à vrai
dire, n’en sont pas tout à fait, nous allons donc essayer à notre tour
de juxtaposer le cheminement de la pensée du philosophe avec un parcours
proprement lumineux, c’est-à-dire que nous utiliserons la lumière non
seulement pour éclairer les corps mais aussi la parole, espérant ainsi
mettre à jour certaines obscurités
du discours…. La lumière en tant que corpuscule, en tant qu’onde,
réfléchie par des miroirs, concentrée par des lentilles, décomposée par
des prismes, ou matérialisée par de la vapeur. Au fil du développement
de la réflexion, un édifice lumineux se construira suggérant la
structure géométrique du texte voulue par Spinoza.
Jean-Marc Bourg incarnera le philosophe d’Amsterdam,
il sera costumé par Dominique Fabrègue,
la mise en scène sera de Didier Mahieu,
la scénographie de Mahi,
la lumière de Patrick Chiozzotto
la musique sera composée par Joël Drouin
et la video par Fred Ladoué.
Merci à Christopher Crimes, directeur du Domaine d’O, pour sa confiance renouvelée.
à Fabrice Audié du site des Amis de Spinoza pour son aimable aide,
et à Jacques Bioulès du Théâtre du hangar, pour son hospitalité.
Une scénographie analytique
La géométrie explique presque tout.
Georgio Morandi
Chez Spinoza, la Pensée
et l’Étendue sont les deux attributs d’une même substance. On peut dire
que la scénographie est justement une pensée de l’étendue, autrement dit
de l’espace.
Il est une science
inaugurée par Descartes (développée plus tard par Fermat) qui entend
établir une correspondance entre l’espace et des équations algébriques :
c’est la géométrie analytique et ses fameuses coordonnées dites
« cartésiennes ». En donnant au mot « pensée » un sens large, on
pourrait dire que cette nouvelle géométrie exprime de la pensée
(mathématisée) dans un espace (ligne, plan, volume). Cela corrobore la
proposition de Spinoza : l’ordre et la connexion des idées (ici des équations) sont les mêmes que l’ordre et la connexion des choses (ici des fonctions sous forme de lignes). Le philosophe ira même jusqu’à considérer les sentiments comme si il s’agissait de lignes, de plans et de volumes !
Il s’agira donc ici de
créer litttéralement une scénographie analytique figurant la pensée dans
l’espace ou plutôt une manière d’espace/pensée, métaphore de
l’immanence spinozienne : un monde où Pensée et Étendue ne sont que les
attributs d’une même substance – la substance.