Note préliminaire : « formel » et « formellement » doivent être associés à « forme » - qui apparaît lui-même à plusieurs reprises dans l’Éthique, où il rejoint « nature » et « essence » - sous l'acception que lui donne Spinoza - proche de celle des Anciens - c'est-à-dire à peu près celle d' « en-soi ». Voir par exemple, dans E2P10 ou dans les « prémisses au sujet de la nature des corps » à la suite de E2P13. (S. Shoeffert)
Court Traité
CT2C20(4) : « […] la chose pensante est unique dans la Nature et [...] elle s'exprime en une infinité d'Idées correspondant à une infinité d'objets qui sont dans la Nature. [...]. »
CT2C20(4) note 3 : « […]. 10. Entre l’Idée et son objet il doit y avoir nécessairement union parce qu’aucun des deux ne peut exister sans l’autre ; car il n’y a aucune chose dont l’Idée ne soit dans la chose pensante et aucune Idée ne peut être sans que la chose soit aussi. De plus, l’objet ne peut éprouver de changement que l’Idée n’en éprouve un et vice versa, de sorte qu’il n’est besoin d’aucun tiers pour produire l’union de l’âme et du corps. Mais il est à observer que nous parlons des Idées qui naissent nécessairement en Dieu de l’existence des choses conjointe à leur essence, et non des Idées que les choses, actuellement existantes, font apparaître et produisent en nous ; ces dernières diffèrent beaucoup des précédentes, car en Dieu les Idées ne naissent pas comme en nous d’un sens ou de plusieurs [ce qui fait que par les affections éprouvées nous avons des choses, le plus souvent, une connaissance tout à fait incomplète et que mon idée et la vôtre diffèrent, bien qu’elles soient des effets d’une seule et même chose] mais de l’essence et de l’existence, en conformité avec tout ce que sont les choses. »
CT2C22(3) note 1 : « […] puisque Dieu a été de toute éternité, son idée aussi doit être dans la chose pensante ou en lui-même éternellement ; laquelle idée s’accorde objectivement avec lui. »
CTApp2 : « [...]. (3) [...]. 1. La modification la plus immédiate de l'attribut que nous nommons Pensée contient en soi objectivement l'essence formelle de toutes choses ; et cela de telle façon que, si l'on posait un être formel quelconque dont l'essence ne serait pas contenue objectivement dans l'attribut sus-désigné, ce dernier ne serait pas infini et souverainement parfait en son genre, ce qui va contre la démonstration donnée dans la troisième proposition.
(4) Et, comme la Nature, ou Dieu, est un être de qui des attributs infinis sont affirmés et qui contient en lui les essences de toutes les choses créées, il est nécessaire que de tout cela une idée soit produite dans la pensée, laquelle idée contient en soi objectivement la nature entière, telle qu'elle est réellement en elle-même.
[…].
(6) D'où se conclut clairement que l'amour naturel, qui est en chaque chose, de conserver son corps ne peut avoir d'autre origine que l'Idée, ou essence objective de ce corps, qui est dans l'attribut pensant.
(7) De plus, puisque pour l'existence d'une Idée (ou d'une essence objective) nulle autre chose n'est requise que l'attribut de la pensée et l'objet (ou essence formelle), ce que nous avons dit est donc certain, à savoir que l'Idée ou essence objective est la modification la plus immédiate de l'attribut de la pensée. [...] l'Idée naît de l'existence de l'objet, quand l'objet s'altère ou est anéanti, son idée doit aussi, dans la même mesure, s'altérer ou être anéantie, et, puisqu'il en est ainsi, elle est ce qui est uni à l'objet.
[…].
(10) [...] l'essence de toutes les modifications est contenue dans les […] attributs, et […] tous ces attributs sont les attributs d'un être infini. C'est pourquoi aussi nous avons appelé créature immédiate de Dieu, dans le chapitre IX de la première partie, cette idée à cause qu'elle contient en elle objectivement l'essence formelle de toutes choses sans augmentation ni diminution. Et elle est nécessairement une, en raison de ce que toutes les essences des attributs sont l'essence d'un seul être infini. […] »
Traité de la «Réforme de l’Entendement»
TRE27 : « L'idée vraie (car nous avons une idée vraie) est quelque chose de distinct de ce dont elle est l'idée : autre est le cercle, autre l'idée du cercle. L'idée du cercle n'est pas un objet ayant un centre et une périphérie comme le cercle; et pareillement l'idée d'un corps n'est pas ce corps même. Étant quelque chose de distinct de ce dont elle est l'idée, elle sera donc aussi en elle-même quelque chose de connaissable; c'est-à-dire que l'idée, en tant qu'elle a une essence formelle, peut être l'objet d'une autre essence objective et, à son tour, cette autre essence objective, considérée en elle-même, sera quelque chose de réel et de connaissable et ainsi indéfiniment. Pierre par exemple est un objet réel ; l'idée vraie de Pierre est l'essence objective de Pierre, et en elle-même elle est aussi quelque chose de réel qui est entièrement distinct de Pierre lui-même. Puis donc que l'idée de Pierre est quelque chose de réel, elle sera aussi l'objet d'une autre idée qui contiendra objectivement en elle tout ce que l'idée de Pierre contient formellement, et à son tour cette idée, qui aura pour objet l'idée de Pierre, aura aussi son essence qui pourra de même être l'objet d'une nouvelle idée, et ainsi indéfiniment. [...] la certitude n'est rien en dehors de l'essence objective elle-même ; [...]. »
TRE62-63 : « Les propriétés de l'entendement que j'ai principalement remarquées et que je connais sont les suivantes : I Il enveloppe en lui la certitude, c'est à dire il sait que les choses sont formellement comme elles sont contenues en lui objectivement. […]. »