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Spinoza et Nous - Philosophie de l'affirmation: Documents

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Essence, existence, éternité, durée
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1 - Dans les PM
2 - Dans le TRE et le CT
3 - Dans l'Ethique
4 - Dans les Lettres, le TTP et le TP

1 - Dans les PM

Pensées Métaphysiques

(données en Appendice aux Principes de la philosophie de Descartes)


PM1Ch2 : Ce que c’est que l’Être de l’Essence, l’Être de l’Existence, l’Être de l’Idée, l’Être de la Puissance.


Ce qu'est l'Être de l'Essence, de l'Existence, de l'Idée et de la Puissance. – On voit clairement par là ce qu'il faut entendre par ces quatre être. En premier lieu, l'Être de l'Essence n'est rien d'autre que la façon dont les choses créées sont comprises dans les attributs de Dieu ; l'Être de l'Idée, en second lieu, se dit en tant que toutes choses sont contenues objectivement dans l'idée de Dieu ; l'Être de la Puissance ensuite se dit en ayant égard à la puissance de Dieu, par laquelle il a pu dans la liberté absolue de sa volonté créer tout ce qui n'existait pas encore ; enfin, l'Être de l'Existence est l'essence même des choses en dehors de Dieu et considérée en elle-même, et il est attribué aux choses après qu'elles ont été créées par Dieu.


Ces quatre « être » ne se distinguent les uns des autres que dans les créatures. – Il apparaît clairement par là que ces quatre être ne se distinguent que dans les choses créées mais non du tout en Dieu. Car nous ne concevons pas que Dieu ait été en puissance dans un autre être et son existence comme son entendement ne se distinguent pas de son essence.


Réponse à certaines questions sur l'Essence. – Il est facile aussi de répondre aux questions que les gens posent de temps à autre sur l'essence. Ces questions sont les suivantes : si l'essence est distincte de l'existence ; et si, en cas qu'elle soit distincte, elle est quelque chose de différent de l'idée ; et, en cas qu'elle soit différente de l'idée, si elle a quelque existence en dehors de l'entendement ; ce dernier point ne pouvant d'ailleurs manquer d'être reconnu.


À la première question nous répondons qu'en Dieu l'essence ne se distingue pas de l'existence, puisque sans l'existence l'essence ne peut pas être conçue ; dans les autres êtres l'essence diffère de l'existence ; car on peut concevoir la première sans la dernière. À la deuxième question nous répondons qu'une chose qui est perçue hors de l'entendement clairement et distinctement, c'est-à-dire en vérité, est quelque chose de différent d'une idée. On demandera de nouveau si ce qui est hors de l'entendement est par soi ou bien créé par Dieu. À quoi nous répondons que l'essence formelle n'est point par soi et n'est pas non plus créée ; car l'un et l'autre impliqueraient une chose existant en acte ; mais qu'elle dépend de la seule essence divine où tout est contenu ; et qu'ainsi en ce sens nous approuvons ceux qui disent que les essences des choses sont éternelles. On pourrait demander encore comment nous connaissons les essences des choses avant de connaître la nature de Dieu ; alors que toutes, je viens de le dire, dépendent de la seule nature de Dieu. Je réponds à cela que cela provient de ce que les choses sont déjà créées, car si elles n'étaient pas créées j'accorderais entièrement que cette connaissance serait impossible avant qu'on eût une connaissance adéquate de Dieu ; cela serait aussi impossible et même bien plus impossible qu'il ne l'est, quand on ne connaît pas encore la nature de la Parabole, de connaître celle de ses ordonnées.


Pourquoi l’auteur dans la définition de l’essence recourt aux attributs de Dieu. – Il faut noter, en outre, que, bien que les essences des modes non existants soient comprises dans leurs substances et que leur être de l’essence y soit contenu, nous avons voulu recourir à Dieu pour expliquer d’une manière générale l’essence des modes et des substances et aussi parce que l’essence des modes n’était pas dans les substances de ces modes avant que ces dernières fussent créées et que nous cherchions l’être éternel des essences.


Pourquoi l’auteur n’a pas examiné les définitions données par d’autres. – Je ne pense pas qu’il vaille la peine de réfuter ici les auteurs dont le sentiment diffère du nôtre et d’examiner leurs définitions ou descriptions de l’essence et de l’existence. Car de la sorte nous rendrions plus obscure une chose claire. Qu’y a-t-il de plus clair que de connaître ce qu’est l’essence et l’existence ? puisque nous ne pouvons donner aucune définition d’aucune chose que nous n’en expliquions en même temps l’essence.


Comment la distinction entre l’essence et l’existence peut être facilement apprise. – Enfin, en cas que quelque Philosophe doute encore si l’essence se distingue de l’existence dans les choses créées, il n’a pas à se donner beaucoup de mal au sujet des définitions de l’essence et de l’existence pour lever ce doute ; qu’il aille simplement chez quelque statuaire ou sculpteur en bois ; ils lui montreront comment ils conçoivent selon un certain ordre une statue n’existant pas encore et ensuite la lui présenteront existante.


PM1Ch3 : De ce qui est Nécessaire, Impossible, Possible et Contingent.


Les Choses créées dépendent de Dieu quant à l’essence et quant à l’existence. – 2° Il faut noter encore que non seulement l’existence des choses créées mais encore, ainsi que nous le démontrerons plus tard dans la deuxième partie avec la dernière évidence, leur essence et leur nature dépend du seul décret de Dieu. D’où il suit clairement que les choses créées n’ont d’elles-mêmes aucune nécessité : puisqu’elles n’ont d’elles-mêmes aucune essence et n’existent pas par elles-mêmes.


La nécessité mise dans les choses créées est relative ou à leur essence ou à leur existence, mais en Dieu les deux choses ne se distinguent pas. – 3° Il faut noter enfin que cette sorte de nécessité qui est dans les choses créées par la force de leur cause peut être relative ou à leur essence ou à leur existence ; car, dans les choses créées, elles se distinguent l’une de l’autre. L’essence dépend des seules lois éternelles de la Nature, l’existence de la succession et de l’ordre des causes. Mais en Dieu de qui l’essence ne se distingue pas de l’existence, la nécessité de l’essence ne se distingue pas non plus de la nécessité de l’existence ; d’où suit que, si nous concevions tout l’ordre de la Nature, nous trouverions que beaucoup de choses, dont nous percevons la nature clairement et distinctement, c’est-à-dire dont l’essence est nécessairement telle ou telle, ne peuvent exister en aucune manière ; car il est aussi impossible que de telles choses existent dans la Nature que nous connaissons présentement qu’il est impossible qu’un grand éléphant puisse pénétrer par le trou d’une aiguille ; bien que nous percevions clairement l’un et l’autre. Par suite l’existence de ces choses ne serait qu’une Chimère que nous ne pourrions non plus imaginer que percevoir.


Ce qu’est le possible et ce qu’est le contingent. – On dit qu’une chose est possible quand nous en connaissons la cause efficiente mais que nous ignorons si cette cause est déterminée. D’où suit que nous pouvons la considérer elle-même comme possible, mais non comme nécessaire ni comme impossible. Si, d’autre part, nous avons égard à l’essence d’une chose simplement mais non à sa cause, nous la dirons contingente ; c’est-à-dire, nous la considérerons, pour ainsi parler, comme intermédiaire entre Dieu et une Chimère ; parce qu’en effet nous ne trouvons en elle, l’envisageant du côté de l’essence, aucune nécessité d’exister, comme dans l’essence divine, et aucune contradiction ou impossibilité, comme dans une Chimère.


Que si l’on veut appeler contingent ce que j’appelle possible, et au contraire possible ce que j’appelle contingent, je n’y contredirai pas n’ayant pas coutume de disputer sur les mots. Il suffira qu’on nous accorde que ces deux choses ne sont que des défauts de notre perception et non quoi que ce soit de réel.


La possibilité et la contingence ne sont rien que des défauts de notre entendement. – S’il plaisait à quelqu’un de le nier, il ne serait pas difficile de lui démontrer son erreur. S’il considère la Nature, en effet, et comme elle dépend de Dieu, il ne trouvera dans les choses rien de contingent, c’est-à-dire qui, envisagé du côté de l’être réel, puisse exister ou ne pas exister, ou, pour parler selon l’usage ordinaire, soit contingent réellement ; cela se voit facilement par ce que nous avons enseigné dans l’Axiome 10, partie I : la même force est requise pour créer une chose que la conserver. Par suite, nulle chose créée ne fait quoi que ce soit par sa propre force, de même que nulle chose créée n’a commencé d’exister par sa propre force, d’où il suit que rien n’arrive sinon par la force de la cause qui crée toutes choses, c’est-à-dire de Dieu qui par son concours prolonge à chaque instant l’existence de toutes choses. Rien n’arrivant que par la seule puissance divine il est facile de voir que tout ce qui arrive arrive par la force du décret de Dieu et de sa volonté †.


Or comme en Dieu il n’y a ni inconstance ni changement (par la Proposition 18 et le Corollaire de la Proposition 20, partie I), il a dû décréter de toute éternité qu’il produirait les choses qu’il produit actuellement ; et, comme rien n’est plus nécessaire que l’existence de ce que Dieu a décrété qui existerait, il s’ensuit que la nécessité d’exister est de toute éternité dans les choses créées. Et nous ne pouvons pas dire que ces choses sont contingentes parce que Dieu aurait pu décréter autre chose ; car, n’y ayant dans l’éternité ni quand, ni avant, ni après, ni aucune affection temporelle, on ne peut dire que Dieu existât avant ces décrets de façon à pouvoir décréter autre chose.


† En marge dans la traduction hollandaise : Pour bien saisir cette démonstration il faut prendre garde à ce qui est exposé dans la dernière partie de cet Appendice sur la Volonté de Dieu, à savoir que la volonté de Dieu, ou son décret immuable, nous est connue seulement quand nous concevons quelque chose clairement et distinctement ; attendu que l’essence de la chose considérée en elle-même n’est rien d’autre que le décret de Dieu ou sa volonté déterminée. Mais nous disons aussi que la nécessité d’exister réellement ne se distingue pas de la nécessité de l’essence (chapitre IX, partie II) ; c’est-à-dire quand nous disons que Dieu a décrété que le triangle doit être, nous ne voulons pas dire autre chose sinon que Dieu a établi l’ordre de la Nature et des causes de telle sorte qu’à tel instant le triangle doive être nécessairement ; et par suite, si nous connaissions l’ordre des causes tel qu’il a été établi par Dieu, nous trouverions que le triangle doit exister réellement à tel instant avec la même nécessité que nous trouvons maintenant, quand nous avons égard à sa nature, que ses trois angles doivent être égaux à deux droits. Entendez par là, ajoute l’éditeur moderne, que l’essence et l’existence des choses découlent avec la même entière nécessité de la puissance divine.


La conciliation de la liberté de notre arbitre avec la prédestination de Dieu dépasse la compréhension de l’homme. – Pour ce qui touche la liberté de la volonté humaine que nous avons dit être libre (Scolie de la Proposition 15, partie I), elle se conserve aussi par le concours de Dieu, et aucun homme ne veut ou ne fait quoi que ce soit sinon ce que Dieu a décrété de toute éternité qu’il voudrait et ferait. Comment cela est possible tout en maintenant la liberté humaine, cela passe notre compréhension ; et il ne faut pas rejeter ce que nous percevons clairement à cause de ce que nous ignorons ; nous connaissons en effet clairement, si nous sommes attentifs à notre nature, que nous sommes libres dans nos actions et que nous délibérons sur beaucoup pour cette seule raison que nous le voulons ; si nous sommes attentifs aussi à la nature de Dieu nous percevons clairement et distinctement, comme nous venons de le montrer, que tout dépend de lui et que rien n’existe sinon ce dont l’existence a été décrétée de toute éternité par Dieu. Comment maintenant l’existence de la volonté humaine est créée par Dieu à chaque instant de telle sorte qu’elle demeure libre, nous l’ignorons ; il y a en effet beaucoup de choses qui passent notre compréhension et que nous savons cependant qui sont faites par Dieu, comme par exemple cette division réelle de la matière en particules indéfinies en nombre démontrée par nous avec assez d’évidence (dans la Proposition 11, partie II), bien que nous ignorions comment cette division a lieu. On notera que nous supposons connu ici que ces deux notions de possible et de contingent signifient seulement un défaut de notre connaissance au sujet de l’existence d’une chose.


PM1Ch4 : De la durée et du temps.


De la division faite ci-dessus de l’Être en être dont l’essence enveloppe l’existence et être dont l’essence n’enveloppe qu’une existence possible, provient la distinction entre l’éternité et la durée. Nous parlerons ci-après plus amplement de l’éternité.


Ce qu’est l’éternité. – Ici nous dirons seulement qu’elle est l’attribut sous lequel nous concevons l’existence infinie de Dieu.


Ce qu’est la durée. – Elle est l’attribut sous lequel nous concevons l’existence des choses créées en tant qu’elles persévèrent dans leur existence actuelle. D’où il suit clairement qu’entre la durée et l’existence totale d’une chose quelconque il n’y a qu’une distinction de Raison. Autant l’on retranche à la durée d’une chose, autant on retranche nécessairement à son existence.

Pour déterminer la durée maintenant nous la comparons à la durée des choses qui ont un mouvement invariable et déterminé et cette comparaison s’appelle le temps.


Ce qu’est le temps. – Ainsi le temps n’est pas une affection des choses, mais seulement un simple mode de penser, ou, comme nous l’avons dit déjà, un être de Raison ; c’est un mode de penser servant à l’explication de la durée. On doit noter ici, ce qui servira plus tard quand nous parlerons de l’éternité, que la durée est conçue comme plus grande et plus petite, comme composée de parties, et enfin qu’elle est un attribut de l’existence, mais non de l’essence.


PM2Ch1 : De l’Éternité de Dieu.


Division des substances. – Nous avons déjà montré qu’il n’existe rien dans la Nature des choses en dehors des substances et de leurs modes ; on ne doit donc pas s’attendre ici que nous disions rien des formes substantielles et des accidents réels ; car toutes ces choses, comme d’autres de même farine, sont complètement ineptes. Nous avons ensuite divisé les substances en deux genres suprêmes, savoir l’Étendue et la Pensée, et la Pensée en pensée créée, c’est-à-dire l’âme humaine, et incréée, c’est-à-dire Dieu. Nous avons d’ailleurs suffisamment démontré plus haut l’existence de Dieu tant a posteriori, c’est-à-dire par l’idée que nous avons de lui, qu’a priori, c’est-à-dire par son essence prise comme cause de son existence. Mais, ayant traité de quelques-uns de ses attributs plus brièvement que ne le réclame l’importance du sujet, nous avons décidé de les reprendre ici, de les expliquer avec plus de développement et de résoudre certaines difficultés.


Aucune durée n’appartient à Dieu. – L’attribut principal qu’il faut considérer avant tous les autres est l’Éternité de Dieu par où nous expliquons sa durée ; ou plutôt, pour n’attribuer à Dieu aucune durée, nous disons qu’il est éternel. Car, ainsi que nous l’avons noté dans la première partie, la durée est une affection de l’existence, non de l’essence. Ainsi nous ne pouvons attribuer aucune durée à Dieu, son existence étant de son essence. Attribuer à Dieu la durée, c’est distinguer en effet son existence de son essence. Il y en a cependant qui demandent si Dieu n’a pas une existence plus longue maintenant que lorsqu’il a créé Adam et, cela leur paraissant assez clair, ils estiment ne devoir en aucune façon retirer à Dieu la Durée. Mais ils font une pétition de principe ; car ils supposent que l’essence de Dieu est distincte de son existence. Ils demandent, en effet, si Dieu qui a existé jusqu’à la création d’Adam n’a pas ajouté à son existence un nouvel espace de temps depuis Adam jusqu’à nous ; ils attribuent ainsi à Dieu une durée plus longue pour chaque jour écoulé, et supposent qu’il est continûment comme créé par lui-même. S’ils ne distinguaient pas l’existence de Dieu de son essence, ils ne lui attribueraient en aucune façon la durée, attendu que la durée ne peut du tout appartenir aux essences des choses. Personne ne dira jamais que l’essence du cercle ou du triangle, en tant qu’elle est une vérité éternelle, a duré un temps plus long maintenant qu’au temps d’Adam. De plus, comme la durée est dite plus grande et plus petite, c’est-à-dire qu’elle est conçue comme composée de parties, il s’ensuit clairement qu’aucune durée ne peut être attribuée à Dieu ; car, puisque son Être est éternel, c’est-à-dire qu’il ne peut y avoir en lui ni avant ni après, nous ne pouvons lui attribuer la durée sans détruire le concept vrai que nous avons de Dieu : en lui attribuant la durée, nous diviserions en effet en parties ce qui est infini de sa nature et ne peut être conçu autrement que comme infini.


Raisons pour lesquelles les Auteurs ont attribué à Dieu la durée. – La cause de cette erreur commise par les Auteurs est :


1° Qu’ils ont entrepris d’expliquer l’éternité, sans avoir égard à Dieu, comme si l’éternité pouvait se connaître en dehors de la contemplation de l’essence divine ou était autre chose que l’essence divine ; et cela même provient de ce que nous avons accoutumé, à cause de l’insuffisance du vocabulaire, d’attribuer l’éternité même aux choses dont l’essence est distincte de l’existence (comme lorsque nous disons qu’il n’implique pas contradiction que le monde ait été de toute éternité) ; et aussi aux essences des choses, alors que nous ne concevons pas les choses comme existantes : car nous appelons alors les essences éternelles.


2° Qu’ils attribuaient la durée aux choses en tant seulement qu’ils les jugeaient soumises à un changement continuel, non comme nous en tant que leur essence est distincte de leur existence.


3° Qu’ils ont distingué l’essence de Dieu, comme celle des choses créées, de son existence.


Ces erreurs, dis-je, ont été l’occasion d’erreurs nouvelles. La première fut cause qu’ils ne connurent pas ce qu’était l’éternité mais la considérèrent comme un certain aspect de la durée. La seconde, qu’ils ne purent facilement trouver la différence entre la durée des choses et l’éternité de Dieu.


La dernière enfin que, la durée étant seulement une affection de l’existence, comme ils distinguaient l’existence de Dieu de son essence, ils durent, ainsi que nous l’avons dit, lui attribuer la durée.


Ce qu’est l’Éternité. – Mais, pour mieux faire entendre ce qu’est l’Éternité et comment on ne peut la concevoir sans l’essence divine, il faut considérer ce que nous avons déjà dit, à savoir que les choses créées, c’est-à-dire toutes choses sauf Dieu, existent toujours par la seule force ou essence de Dieu, non point par une force propre ; d’où suit que, non l’existence présente des choses est cause de leur existence future, mais seulement l’immutabilité de Dieu et pour cette raison il nous faut dire : Dès l’instant que Dieu a créé une chose il la conservera par la suite, autrement dit continuera cette action par où il la crée. D’où nous concluons :


1° Qu’une chose créée peut être dite jouir de l’existence parce qu’en effet l’existence n’est pas de son essence ; mais Dieu ne peut être dit jouir de l’existence, car l’existence de Dieu est Dieu lui-même ; de même aussi que son essence ; d’où suit que les choses créées jouissent de la durée, mais que Dieu n’en jouit en aucune façon.


2° Que toutes les choses créées, tandis qu’elles jouissent de la durée et de l’existence présente, ne possèdent en aucune façon la future, puisqu’elle doit leur être continûment accordée ; mais de leur essence on ne peut rien dire de semblable. Quant à Dieu son existence étant son essence nous ne pouvons lui attribuer l’existence future ; car cette existence qu’il aurait dans l’avenir lui appartient en acte dès à présent ; ou, pour parler plus proprement, une existence infinie en acte appartient à Dieu de la même façon qu’un entendement infini lui appartient en acte. Cette existence infinie je l’appelle Éternité, et il ne faut l’attribuer qu’à Dieu, mais non à aucune chose créée, alors même que sa durée serait illimitée dans les deux sens. …


PM2Ch4 : De l’Immutabilité de Dieu.


Ce qu’est le changement et ce qu’est la transformation. – Par changement nous entendons en cet endroit toute variation pouvant se produire dans un sujet quelconque, l’essence même du sujet gardant son intégrité ; bien qu’on prenne communément aussi le mot dans un sens plus large pour signifier la corruption des choses, non une corruption absolue mais une corruption qui enveloppe en même temps une génération subséquente ; comme quand nous disons que la tourbe est changée en cendre, que les hommes sont changés en bêtes. Mais les philosophes usent pour cette désignation d’un autre mot encore, à savoir transformation. Pour nous ici, nous parlons seulement de ce changement dans lequel il n’y a aucune transformation du sujet, comme quand nous disons : Pierre a changé de couleur, de mœurs, etc.


Aucune transformation n’a lieu en Dieu. – Il faut voir maintenant si de tels changements ont lieu en Dieu ; car il est inutile de rien dire de la transformation, puisque nous avons prouvé que Dieu existe nécessairement, c’est-à-dire que Dieu ne peut pas cesser d’être ou se transformer en un autre Dieu ; car alors et il cesserait d’être et il y aurait plusieurs Dieux et nous avons montré que ce sont là deux absurdités.


Quelles sont les causes du changement. – Pour faire entendre plus distinctement ce qui reste à dire ici, il est à considérer que tout changement provient ou de causes externes, avec ou sans la volonté du sujet, ou d’une cause interne, et par le choix du même sujet. Par exemple, noircir, être malade, croître et autres choses semblables proviennent dans l’homme de causes externes ; contre la volonté du sujet ou au contraire selon son désir ; mais vouloir se promener, se montrer en colère, etc., proviennent de causes internes.


Dieu n’est pas changé par un autre être. – Les premiers changements, qui dépendent de causes externes, n’ont point de place en Dieu, car il est seul cause de toutes choses et n’est patient vis-à-vis de personne. En outre aucune chose créée n’a en elle-même aucune force d’exister et par suite encore moins a-t-elle la force d’exercer une action en dehors d’elle-même ou sur sa propre cause. Et si l’on trouve souvent dans l’Écriture Sainte que Dieu a eu de la colère ou de la tristesse à cause des péchés des hommes et autres choses semblables, c’est qu’on a pris l’effet pour la cause ; comme quand nous disons que le soleil est plus fort et plus haut en été qu’en hiver, bien qu’il n’ait pas changé de place ni acquis de nouvelles forces. Et, que cela est même souvent enseigné par l’Écriture Sainte, on peut le voir dans Isaïe ; il dit en effet (chapitre 59 vers. 2), adressant au peuple des reproches : Vos iniquités ont fait séparation de vous et votre Dieu.


Dieu n’est pas changé non plus par lui-même. – Continuons donc et demandons-nous s’il peut y avoir en Dieu un changement venant de Dieu. Or nous n’accordons pas que cela puisse être et même nous le nions absolument ; car tout changement qui dépend de la volonté du sujet se fait afin de rendre son état meilleur, ce qui ne peut avoir lieu dans l’Être souverainement parfait. De plus un changement de cette sorte ne se fait que pour éviter quelque dommage ou en vue d’acquérir quelque bien qui manque ; or l’un et l’autre ne peuvent avoir lieu en Dieu. D’où nous concluons que Dieu est un être immuable †.


On notera que j’ai omis ici à dessein les divisions ordinaires du changement, bien que nous les ayons aussi embrassées en quelque manière ; il n’était pas nécessaire de montrer pour chacune d’elles à part qu’elle ne se trouve pas en Dieu, puisque nous avons démontré dans la Proposition 16, partie I, que Dieu est incorporel et que ces divisions ordinaires comprennent les changements de la matière seulement.


† En marge dans la traduction hollandaise : On observera que cela se voit beaucoup plus clairement si l’on a égard à la nature de Dieu et à son décret. Et en effet, comme on le montrera par la suite, la volonté de Dieu par laquelle il a créé les choses ne diffère pas de son Entendement par lequel il les connaît. Et c’est tout un de dire que Dieu connaît que les trois angles d’un triangle égalent deux droits ou de dire que Dieu a voulu ou décrété que les trois angles d’un triangle fussent égaux à deux droits ; par suite il doit nous être aussi impossible de concevoir que Dieu puisse changer ses décrets que de penser que les trois angles d’un triangle n’égalent pas deux droits. En outre cela, à savoir qu’il ne peut y avoir de changement en Dieu, peut encore être démontré d’autres manières ; pour ne pas allonger toutefois, nous nous en tiendrons là.


PM2Ch10 : De la Création.


Nous avons établi précédemment déjà que Dieu était créateur de toutes choses ; nous nous efforcerons d’expliquer ici ce qu’il faut entendre par création ; ensuite nous éclaircirons selon nos forces les choses communément affirmées au sujet de la création. Commençons par le premier point.


Ce qu’est la création. – Nous disons donc que la création est une opération à laquelle ne concourent d’autres causes que l’efficiente, c’est-à-dire qu’une chose créée est une chose qui pour exister ne suppose avant elle rien que Dieu.


De la définition vulgaire de la création. – Il faut noter ici : 1° que nous laissons de côté les mots du néant communément employés par les philosophes, comme si le néant était une matière de laquelle les choses fussent tirées. Si, d’ailleurs, ils s’expriment ainsi, c’est parce qu’ayant coutume, quand il s’agit de la génération des choses, de supposer avant elles quelque chose de quoi elles sont faites, ils n’ont pu dans la création laisser de côté ce petit mot de. Le même accident leur est arrivé au sujet de la matière ; voyant en effet que tous les corps sont dans un lieu et entourés d’autres corps, ils se sont demandé où était contenue la totalité de la matière et ont répondu : dans quelque espace imaginaire. Il n’est donc pas douteux que, loin de considérer ce néant comme la négation de toute réalité, ils ne se le soient forgé ou imaginé comme quelque chose de réel.


Explication de la définition adoptée. – 2° Que je dis : nulles causes en dehors de la cause efficiente ne concourent à la création. Je pouvais dire que la création nie ou exclut toutes causes sauf l’efficiente. J’ai mieux aimé dire : nulles causes ne concourent afin de n’avoir pas à répondre à ceux qui demandent si Dieu ne s’est proposé dans la création aucune fin, en vue de laquelle il ait créé les choses. De plus, pour mieux expliquer la chose, j’ai ajouté une deuxième définition, savoir : qu’une chose créée ne suppose rien avant elle sauf Dieu ; car si Dieu, en effet, s’est proposé quelque fin, cette fin n’est certainement pas extérieure à Dieu ; car il n’existe rien hors de Dieu par quoi il soit poussé à agir.


Les accidents et les modes ne sont pas créés. 3° De cette définition il découle assez qu’il n’y a point de création des accidents et des modes ; car ils supposent outre Dieu une substance créée.


Il n’a point existé de temps ou de durée avant la création. – 4° Enfin, avant la création nous ne pouvons imaginer aucun temps et aucune durée, mais le temps et la durée ont commencé avec les choses. Car le temps est la mesure de la durée ou plutôt il n’est rien qu’un mode de penser. Il ne présuppose donc pas seulement une chose créée quelconque, mais avant tout les hommes pensants. Quant à la durée, elle cesse où les choses créées cessent d’être et commence où les choses créées commencent d’être ; je dis les choses créées, car nulle durée n’appartient à Dieu mais seulement l’éternité, nous l’avons montré plus haut avec une suffisante évidence. La durée suppose donc avant elle ou au moins implique les choses créées. Pour ceux qui imaginent la durée et le temps avant les choses créées, ils sont victimes du même préjugé que ceux qui forgent un espace par-delà la matière, comme il est assez évident de soi. Voilà pour la définition de la création.


L’opération de créer et celle de conserver sont une même opération de Dieu. – Il n’est pas nécessaire ici de répéter encore une fois ce que nous avons démontré Axiome 10, partie I ; savoir, que tout autant il est requis de forces pour créer une chose, tout autant il en est requis pour la conserver, c’est-à-dire que l’opération de créer le monde et celle de le conserver sont la même opération de Dieu.
Après ces observations, passons maintenant à ce que nous avons promis en second lieu. Il nous faut donc chercher :
1° Ce qui est créé et ce qui est incréé ;
2° Si ce qui est créé a pu être créé de toute éternité.


Quelles choses sont créées. – À la première question nous répondons brièvement : est créée toute chose dont l’essence est conçue clairement sans aucune existence bien qu’elle se conçoive par elle-même ; comme par exemple la matière, dont nous avons un concept clair et distinct, quand nous la concevons sous l’attribut de l’étendue et que nous concevons avec une clarté et une distinction égales qu’elle existe ou n’existe pas.


Comment la pensée de Dieu diffère de la nôtre. – Quelqu’un nous dira peut-être que nous percevons la pensée clairement et distinctement sans l’existence et que nous l’attribuons cependant à Dieu. À quoi nous répondons que nous n’attribuons pas à Dieu une pensée telle qu’est la nôtre, c’est-à-dire pouvant être affectée par des objets et déterminée par la Nature des choses ; mais une pensée qui est acte pur et par suite enveloppe l’existence comme nous l’avons assez longuement démontré plus haut. Car nous avons montré que l’entendement de Dieu et sa volonté ne se distinguent pas de sa puissance et de son essence, laquelle enveloppe l’existence.


Il n’existe hors de Dieu rien qui soit co-éternel à Dieu. – Puis donc que tout ce dont l’essence n’enveloppe pas l’existence doit nécessairement pour exister être créé par Dieu et, comme nous l’avons maintes fois exposé, être continûment conservé par son créateur même, nous ne nous arrêterons pas à réfuter l’opinion de ceux qui ont admis un monde, ou un chaos, ou une matière sans forme aucune, co-éternels à Dieu et ainsi indépendants. Je passerai donc à l’examen de la deuxième question. Ce qui est créé a-t-il pu l’être de toute éternité ?


Ce que signifient ici ces mots : de toute éternité. – Pour la bien entendre il faut prendre garde à cette manière de dire de toute éternité, car nous voulons signifier par là tout autre chose que ce que nous avons expliqué auparavant quand nous avons parlé de l’éternité de Dieu. Nous n’entendons rien ici que la durée, sans commencement de la durée, ou une durée telle qu’encore bien que nous la voudrions multiplier par beaucoup d’années ou de myriades d’années et ce produit à son tour par d’autres myriades, nous ne pourrions jamais l’exprimer par aucun nombre, si grand qu’il fût.


Où il est prouvé qu’une chose n’a pas pu être créée de toute éternité. – Or, il se démontre assez clairement qu’une telle durée ne peut exister. Car si le monde rétrogradait depuis l’instant présent, jamais il ne pourrait durer la durée infinie qu’on lui assigne ; donc ce monde n’aurait pu non plus parvenir depuis ce commencement jusqu’à l’instant présent. Peut-être dira-t-on : rien n’est impossible à Dieu ; car il est tout-puissant, et il pourra faire ainsi une durée telle qu’il n’en puisse exister de plus grande. Nous répondons : Dieu, parce qu’il est tout-puissant, ne créera jamais de durée qu’il n’en puisse créer une plus grande. Car telle est la nature de la durée qu’on puisse toujours concevoir une durée plus grande ou plus petite qu’une durée donnée, comme il arrive pour le nombre. On insistera peut-être : Dieu a existé de toute éternité et a ainsi duré jusqu’au moment présent et il y a ainsi une durée telle qu’il ne s’en puisse concevoir de plus grande. Mais de la sorte on attribue à Dieu une durée composée de parties, erreur suffisamment réfutée par nous, quand nous avons démontré que, non la durée, mais l’éternité appartient à Dieu. Et plût à Dieu que les hommes l’eussent considéré attentivement, car ils auraient pu se dépêtrer de beaucoup d’arguments et d’absurdités et, pour leur plus grande délectation, ils fussent demeurés dans la contemplation bienheureuse de cet être.
Passons cependant à la discussion des arguments qui sont apportés par quelques-uns, savoir par ceux qui s’efforcent de montrer la possibilité d’une telle durée déjà écoulée.


De ce que Dieu est éternel, il ne suit pas que ses effets puissent être de toute éternité. – 1° Ils disent en premier lieu : une chose produite peut exister en même temps que sa cause ; donc, puisque Dieu a été de toute éternité, ses effets ont pu être produits de toute éternité. Et ils confirment cela en outre par l’exemple du fils de Dieu qui a été produit de toute éternité par le père. Mais on peut voir clairement par ce qui précède qu’ils confondent l’éternité avec la durée, et qu’ils attribuent seulement à Dieu la durée, de toute éternité ; ce qui se voit encore par l’exemple qu’ils allèguent. Car cette même éternité qu’ils attribuent au fils de Dieu, ils admettent qu’elle puisse appartenir aux créatures. De plus ils imaginent le temps et la durée avant la création du monde et veulent qu’il existe une durée indépendante des choses créées comme d’autres une éternité hors de Dieu, et il est constant maintenant que l’une et l’autre opinions sont les plus éloignées qu’il se puisse de la vraie. Nous répondons donc qu’il est très faux que Dieu puisse communiquer son éternité aux créatures ; et que le fils de Dieu n’est pas une créature mais est, comme le père, éternel. Quand donc nous disons que le père a engendré le fils de toute éternité, nous voulons dire seulement qu’il a toujours communiqué au fils son éternité.


Si Dieu agissait par nécessité, il n’aurait pas une vertu infinie. – 2° Leur second argument est que Dieu, quand il agit librement, n’a pas une puissance moindre que quand il agit par nécessité. Or si Dieu agissait par nécessité, comme il a une vertu infinie, il aurait dû créer le monde de toute éternité. Mais il est très facile d’y répondre, si l’on en considère le fondement. Ces bonnes gens supposent en effet qu’ils peuvent avoir plusieurs idées différentes d’un être d’une vertu infinie, car ils peuvent concevoir Dieu comme ayant une vertu infinie et quand il agit par nécessité de nature, et quand il agit librement. Mais nous nions que Dieu eût une vertu infinie s’il agissait par nécessité de nature ; et il nous est permis de le nier ; bien plus cela doit nous être nécessairement accordé par eux après que nous avons démontré qu’un être souverainement parfait agit librement et qu’on n’en peut concevoir qu’un seul. Que s’ils objectent qu’on peut supposer cependant, bien que cela soit impossible, qu’un Dieu agissant par nécessité ait une vertu infinie, nous répondrons qu’il n’est pas plus permis de supposer cela qu’un cercle carré, à l’effet de conclure que toutes les lignes menées du centre à la circonférence ne sont pas égales. Et, pour ne pas répéter des choses dites depuis longtemps, cela est assez certain par ce qui précède. Car nous venons de démontrer qu’il n’y a aucune durée dont on ne puisse concevoir le double, ou telle qu’on n’en puisse concevoir de plus grande et de plus petite ; et par suite une durée plus grande ou plus petite qu’une durée donnée peut toujours être créée par Dieu qui agit librement d’une vertu infinie. Mais si Dieu agissait par une nécessité de nature, cela ne suivrait en aucune façon ; seule en effet la durée qui résulterait de sa nature pourrait être produite et non une infinité d’autres plus grandes que celle qui serait donnée. Nous argumentons donc ainsi brièvement : Si Dieu créait la durée la plus grande, de façon que lui-même n’en pût créer une plus grande, il diminuerait nécessairement sa puissance. Or cette conséquence est fausse car sa puissance ne diffère pas de son essence. Donc, etc. En outre, si Dieu agissait par nécessité de nature, il devrait créer une durée telle que lui-même n’en pût créer de plus grande ; mais un Dieu créant une telle durée n’a pas une vertu infinie ; car nous pouvons toujours concevoir une durée plus grande qu’une durée donnée. Donc si Dieu agissait par nécessité de nature il n’aurait pas une vertu infinie.


D’où nous tirons le concept d’une durée plus grande que n’est celle de ce monde. – Un doute pourrait venir à quelqu’un à cause que, le monde étant créé depuis cinq mille ans et quelque chose en sus, si le calcul des chronologistes est exact, nous pouvons cependant concevoir une durée plus grande, alors que nous avons affirmé que la durée ne se peut entendre sans les choses créées. Il lui est facile de s’en délivrer s’il considère que la durée nous est connue non de la seule contemplation des choses créées, mais aussi de la contemplation de la puissance infinie de créer qui est en Dieu. Car les créatures ne peuvent être conçues comme existant ou durant par elles-mêmes, mais seulement par la puissance infinie de Dieu, de laquelle seule elles tirent toute leur durée. Voir Proposition 12, partie I et son corollaire.


Enfin, pour ne pas perdre de temps ici à répondre à de futiles arguments, il suffit de prendre garde d’une part à la distinction établie entre l’éternité et la durée et d’autre part à ce que la durée sans les choses créées et l’Éternité sans Dieu ne sont intelligibles en aucune façon ; cela étant clairement vu, on pourra très facilement répondre à toute argumentation. Il n’est donc pas nécessaire de nous attarder ici davantage.


PM2Ch11 : Du concours de Dieu.


Il reste peu de chose ou même il ne reste rien à dire au sujet de cet attribut après que nous avons montré que Dieu, à chaque instant, crée continûment une chose, pour ainsi dire, à nouveau ; d’où nous avons déduit que les choses n’ont jamais d’elles-mêmes aucune puissance pour produire quoi que ce soit ni pour se déterminer à aucune action ; et cela n’a pas seulement lieu dans les choses extérieures à l’homme mais dans la volonté humaine elle-même. Nous avons ensuite répondu aussi à certains arguments concernant ce point, et, bien que beaucoup d’autres soient allégués d’ordinaire, comme cela regarde surtout la Théologie, je n’ai pas l’intention d’y insister.


Comme il y a toutefois beaucoup d’hommes qui admettent le concours de Dieu et le prennent dans un sens tout autre que celui que nous avons indiqué, il convient d’observer ici, pour découvrir plus aisément leur erreur, ce que nous avons démontré antérieurement : à savoir que le temps présent n’a aucune connexion avec le futur (voir Axiome 10, partie I) et que cela est clairement et distinctement perçu par nous. Et si l’on prend sérieusement garde à cela, il se pourra répondre sans aucune difficulté à toute argumentation adverse pouvant être tirée de la Philosophie.


En quoi consiste l’action conservatrice de Dieu dans les choses qui doivent être déterminées à agir. – Pour ne pas avoir cependant touché ce point en vain nous répondrons, en passant, à cette question : Si quelque chose s’ajoute à l’action conservatrice de Dieu quand il détermine une chose à agir ? En parlant du mouvement d’ailleurs nous y avons déjà en quelque mesure répondu. Nous disions en effet que Dieu conserve la même quantité de mouvement dans la Nature. Si donc nous avons égard à toute la Nature matérielle, il n’est rien ajouté de nouveau à l’action qui la conserve ; mais si nous avons égard aux choses particulières, il se peut dire en quelque manière que quelque chose de nouveau s’y ajoute. On ne voit pas si cela a lieu aussi dans les choses spirituelles ; car il ne semble pas qu’il y ait entre elles la même dépendance mutuelle. Enfin, comme les parties de la durée n’ont entre elles aucune connexion, nous pouvons dire que Dieu ne conserve pas tant les choses que, plus exactement, il ne les procrée à chaque instant ; si donc un homme a actuellement une liberté déterminée à faire quelque action, on devra dire que Dieu l’a ainsi créé à ce moment même. Et à cela ne s’oppose pas que la volonté humaine soit souvent déterminée par des choses extérieures à elle, et que toutes les choses qui sont dans la Nature soient mutuellement déterminées les unes par les autres à quelque action ; car ces choses aussi sont ainsi déterminées par Dieu. Nulle chose ne peut déterminer une volonté et inversement nulle volonté ne peut se déterminer sinon par la seule puissance de Dieu. Comment cependant cela se concilie avec la liberté humaine ou comment Dieu peut faire cela tout en maintenant la liberté humaine, nous avouons l’ignorer ; nous avons souvent déjà parlé de cela.


La division vulgaire des attributs de Dieu est plutôt nominale que réelle. – Voilà ce que j’avais décidé de dire au sujet des attributs de Dieu, parmi lesquels je n’ai, jusqu’ici, établi aucune division. Pour celle qui se trouve maintes fois dans les Auteurs, je parle de ceux qui divisent les attributs de Dieu en incommunicables et communicables, pour dire la vérité, elle me semble plus nominale que réelle. Car la science de Dieu ne concorde pas plus avec la science humaine que le Chien, signe céleste, avec le chien qui est un animal aboyant, et peut-être lui ressemble-t-elle encore moins.


Division propre à l’Auteur. – Quant à nous, voici notre division. Il y a des attributs de Dieu qui expliquent son essence active ; il y en a d’autres qui n’exposent rien de son action mais bien son mode d’existence. De ce dernier genre sont l’unité, l’éternité, la nécessité, etc. Du premier la connaissance, la volonté, la vie, l’omnipotence, etc. Cette division est suffisamment claire et nette et embrasse tous les attributs de Dieu.


Traduction de Charles Appuhn. GF Flammarion N° 34


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